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Concept d’Objet dans la pensée de Gleizes et Metzinger :
« Les objets se forment dans l’esprit »
(L’aventure de l’art au XX° siècle)
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« Les objets se forment dans l’esprit », nous disent les Auteurs. Et, loin d’être gratuite, cette assertion nous oblige à penser plus avant la façon dont le Monde se présentant à nous, l’Œuvre en l’occurrence, nous les saisissons, le Monde, l’Œuvre afin que, leur étrangeté se dissipant, nous puissions les faire nôtres, du moins en l’estime d’une première approche. Outre la véritable essence des « objets », dont la question est posée, sont-ils réels ? sont-ils imaginaires ?, c’est bien notre intime relation aux choses qui est questionnée en sa plus effective singularité. Donc, faisant l’hypothèse de la formation desdits objets en l’esprit (nous abondons dans le sens de cette thèse), sans doute convient-il de dresser le mince scénario selon lequel nous nous approprions leur nature, la confiant à la nôtre (nature), à des fins de connaissance.
Nous ferons des mots « esprit », « âme », « intellect » des notions quasi synonymes, arguant du fait que toutes ces essences tissées d’imaginaire, s’abreuvent à une source identique. Ce qui est à préciser avec conviction, c’est que la conscience prise à un instant « T » de son histoire, n’est, en aucune manière, une feuille vierge sur laquelle aucun signe n’aurait été apposé. Bien au contraire son être est le point de convergence, le lieu de fusion d’une kyrielle de perceptions-sensations, d’une foule de souvenirs, d’une multitude d’évènements qui, jusqu’ici, en ont constitué la trame. Et ceci n’est nullement anodin quant à notre prise en compte de ce qui, présentement vient à nous, cette Œuvre sur laquelle nous allons essayer de méditer. Ce que nous amenons, à pas feutrés, n’est rien d’autre que le phénomène de l’interprétation d’une réalité auquel chacun, chacune est soumis à hauteur de qui il est, mais cette mince meurtrière temporelle du présent ne saurait suffire, c’est aussi le « qui-nous-avons-été » qui est mis en jeu au travers des sédiments de notre mémoire et autres réminiscences, au travers de nos singulières affinités, au travers de tout ce qui a contribué à façonner notre fragile argile humaine.
Abordant le thème interprétatif à l’aune de notre propre historialité, nous nous apercevons combien le ressenti éprouvé à la rencontre d’une Œuvre diverge du tout au tout selon qu’il s’agit
du Soi, du Soi de l’Autre, du Soi de tous les Autres,
lesquels Autres éprouvent selon eux, nullement selon qui-nous-sommes. Ce sentiment d’une évidente connotation perceptive, originale, propre, n’ayant nulle part son équivalent du point de vue du sens, nous isole nécessairement, nous fait
êtres uniques quant à l’élucidation du mystère
dont une sculpture, une toile, un dessin sont les dépositaires, eux aussi, éminemment singuliers. Deux étrangetés se font face, chacune tirant de sa relation à l’autre, sa mesure de Vérité.
L’œuvre qui fait face n’est réellement
affectée de tel ou de tel prédicat
qu’au motif qu’elle est mienne.
L’œuvre qui fait face n’est réellement
affectée de tel ou de tel prédicat
qu’au motif qu’elle est tienne.
C’est dans le vivant et nécessaire écart du Mien au Tien que réside la belle et unique polyphonie des voix plurielles. Polysémie faite d’un assemblage de milliers de monosémies. Aucune d’elle ne l’emporte en qualité-vérité sur aucune autre, chacune tirant de Soi-rien-que-de-Soi la substance même de tout ce qui posé-là-devant,
ceci n'attendant que la confirmation
d’un regard, d’une conscience,
d’un esprit, d’une âme, d’une intellection
qui ne seront jamais ce qu’elles sont qu’à être
de pures entités impartageables.
Uniques, absolument uniques !
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Å partir d’ici, nous procèderons à l’évocation
de deux types d’interprétation
nécessairement opposés en leur nature.
1° interprétation : selon le Principe de Réalité
Nous sommes ici, sans partage et immédiatement, placés face au district des simples évidences. La description de la toile se fera donc pas à pas, dans le strict respect de ce qui est : coller autant que faire se peut à l’image, devenir son zélé Serviteur. C’est le profil du Personnage et ses atours immédiats que nous interrogerons exclusivement.
La tête est droite, à la manière de ces visages énigmatiques des Mannequins de De Chirico.
Le cou est légèrement incliné.
La gorge révèle un seul de ses attributs, l’autre se déduisant par un simple phénomène d’écho.
Les bras sont quasi mécaniques sinon robotiques, manière de rigidité architectonique proche du phénomène de la catalepsie.
Les jambes sont partiellement dissimulées, l’une portant en son extrémité le clavier régulier de quatre orteils.
La vêture, bien plus que d’être d’étoffe souple et de soie enveloppante est constituée d’une succession de pans coupés qui font penser à ces feuilles de papier selon les lois de l’origami traditionnel japonais, pliage sur pliage.
Si nous prenons l’ensemble de la représentation dans son effectivité la plus réelle, nous nous apercevons que nous avons affaire
à un Sujet dépouillé du principe qui le rendrait vivant, mobile,
Existant parmi le peuple des autres existants,
non seulement à la façon d’une anonyme pièce d’échec,
un Fou, une Reine, une Tour,
mais, au contraire, une germination,
une effervescence, un déploiement
de ce qui meut toute vie biologique,
un énergique métabolisme révélant
la nature d’un secret bien caché, intime, précieux
parce que lié à ce qui est essentiel,
à savoir une psyché qui en anime la perdurance.
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2° interprétation : selon le Principe de Plaisir
Passer du Principe de Réalité au Principe de Plaisir suppose une inversion totale du paradigme de saisie de ceci même qui fait question. Si le constant et éternel Principe de Réalité en sa carrure même, genre de pierre angulaire nous intimant l’ordre de demeurer rivés aux objets que nous considérons,
si donc ce Principe nous aliène
et nous remet à une simple mesure terrestre,
le Principe de Plaisir, lui,
déplie la corolle du réel,
l’ouvre à de plus aériennes altitudes.
Tout ce qui était mesuré,
donné selon des coordonnées orthogonales,
tout ce qui était enclos en un
genre de croquis immuable,
tout donc se dilate,
tout devient irréel,
tout devient imagination libre de soi.
Au logico-rationnel de la Réalité
se substitue le pur intuitif,
au géométrique s’oppose le passionnel,
à l’exactitude déterminante s’adosse
le pathico-émotionnel
se libérant de rivages trop étroits.
Nous évoquerons d’abord la Robe, le motif du Sujet s’enchâssant en elle, en sera la belle et sublime résultante.
Å la Robe-origami pliée selon
les lois de la Raison,
donnons la réplique à la hauteur
d’une Robe qui en serait
le naturel contrepoint,
à savoir la Robe-mystico-rituelle
telle que figurée dans l’Ordre
des Derviches-Tourneurs,
cette belle et étonnante « tennure » marquée du sceau de la spiritualité, son symbolisme évoque le « détachement du monde matériel et le voyage de l'âme vers le divin » (IA). Nous substituerons au lexique trop connoté de « divin » celui « d’ineffable » ou de « féerique » afin d’ôter tout contenu religieux de l’espace de notre méditation qui se veut universelle, destinée à tous, nullement orientée vers quelque dogme ou foi que ce soit.
Envisagée selon cette perspective,
la Robe devient le double de la vie intérieure du Sujet,
la Robe devient, en quelque sorte,
de la nature de l’âme, de l’esprit ou de l’intellect
pour rester fidèle à l’horizon de pensée
que nous avons évoqué plus haut.
Robe symbolique s’il en est,
laquelle essaime son essence
en direction du Sujet qui l’habite.
Alors la couleur Verte ne se limiterait plus
à être une simple déclinaison d’une mode passagère,
ne se résoudrait plus à témoigner de la Nature,
des forêts et des prairies,
elle aurait gagné la valeur essentielle
qu’elle possède dans l’islam,
genre de talisman auquel sont attachés,
aussi bien la notion de Sacré que celle de Sagesse
dont ce Sacré suppose l’existence.
Le grand saut qui a été accompli,
le brusque et soudain passage
du Réel à l’Imaginaire
trouve ses points d’ancrage,
non seulement dans les moirures de la Robe,
mais aussi dans l’étrange clignotement blanc virginal
de quelques objets disséminés ici ou là,
qui tracent la voie d’une merveilleuse cosmopoétique,
constellation infinie,
nullement spatiale, limitée au cadre de la toile,
mais bien pléiade lumineuse
de ce qui anime l’esprit lorsque ce dernier
est confronté à ce qui le dépasse,
mais l’excède selon une Transcendance
dont il est toujours en quête, le sachant ou non.
Identique à des pluies d’étoiles,
ce qui se donne à voir et à méditer
nécessitera le recours à une herméneutique
symbolique classique dont nous
n’aurons nul mérite à énoncer le contenu :
La coupe sur la cheminée et celle sur le guéridon. Comment n’y pas voir l’image du réceptacle intérieur qu’est toute psyché attentive à s’ouvrir à la plurielle sémantique du Monde ? Comment n’y nullement reconnaître la disponibilité toute féminine-intuitive, cette naturelle disposition à accueillir ce qui est autre que Soi, à en faire le motif d’une connaissance, un germe pour l’esprit ?
La lettre sur le guéridon : n’évoque-t-elle la tenue d’un « Journal intime », ce lieu absolument indéfectible, ce lieu confidentiel, source de tant de mystères, ombre éternellement projetée sur le clair-obscur étrange qui tapisse notre propre caverne, cette mesure largement ténébreuse qu’André Breton traduisait avec tant de génie dans « Nadja », ce qu’il nommait « l’infracassable noyau de nuit ». Écoutons-le :
« [...] ce mot de "folie" [...] pour l'homme qui n'est pas encore tout à fait la proie des hommes, il n'est pas au pouvoir de la médecine de faire que le rêve de l'esprit ne l'emporte de beaucoup sur l'exercice de la vie. Pour celui-là, j’en sais quelque chose, l'infracassable noyau de nuit qui subsiste au fond de toute condition humaine et que rien ne saurait entamer, recèle un trésor de clartés virtuelles. »
Le livre de Poésie sur le guéridon. Il est, tout à la fois, du moins en faisons-nous la vraisemblable hypothèse, aussi bien la projection symbolique du Corps du Poète (ce lieu de pur passage, ce lieu de médiation entre ce réel qui résiste, cet imaginaire qui brode et sème ses gemmes au hasard des pages), que celle du Corps de la Femme (ce lieu de parturition où se sécrète le destin du Monde, création des Hommes en leur plus essentiel mérite), ces Corps qui se peuvent résumer dans le Corps de la Poésie. Écoutons Pierre Reverdy dans « Le gant de crin » (le « gant de crin » n’est-il le travail assidu d’une conscience lucide affairée à la désocculusion de ce réel qui se cabre et se révolte ?) :
« Ce qui est, ce n'est pas ce corps obscur, timide et méprisé que vous heurtez distraitement sur le trottoir – celui-là passera comme tout le reste –, mais ces poèmes, en dehors de la forme du livre, ces cristaux déposés après l'effervescent contact de l'esprit avec la réalité. »
Le chat. Il se donne tel le double du Modèle. Il recèle en lui, comme lui, cette part double de clarté aurorale, de suie crépusculaire, comme si, pour Reverdy, il manifestait d’une façon quasi mystérieuse, ce tremblé, ce frémissement, cette étrange scintillation. Ce sont les stigmates s’il en est de cette troublante confluence de l’esprit toujours insaisissable en son constant nomadisme, de cette réalité lourdement sédentaire dont il semble, à première vue, que l’on ne puisse rien tirer d’autre que cette immense léthargie, ce large somnambulisme dont, tous, toutes, nous sommes les victimes propitiatoires. Nous espérons secrètement tirer, de cette éprouvante et permanente confrontation, de ce sacrifice essentiel, quelque raison d’espérer autre que celle d’une chute sans fin en de confondants abysses.
En réalité, c’est une rédemption que nous attendons,
situés que nous sommes
aux confins de la Nuit-aveugle,
du Jour-voyant,
souhaitant extirper au domaine des Ombres,
notre part de Clarté.
Ici, encore, faut-il rebondir sur l’insoupçonnable profondeur des vertus interprétatives, lesquelles sont, par définition, illimitées, plurielles à la mesure de toute psyché s’y confrontant, cherchant en soi, dans le plus tumultueux des labyrinthes cet étonnant Fil d’Ariane au gré duquel affirmer sa propre liberté. Alors que, face à l’énigme de la toile, l’aliénation seule, l’errance seule, nous paraissaient promises comme l’unique don qui nous fût remis, l’unique et étroite obole acceptant de nous rencontrer et de répondre à notre fièvreuse recherche dans l’ombre d’une angoisse immaîtrisée. Écoutons à nouveau le doublet Albert Gleizes/Jean Metzinger das « Du cubisme » :
« De ce que, l’objet étant véritablement transsubstantié, l’œil le plus averti éprouve quelque peine à le découvrir, il résulte un grand charme. Le tableau ne se livrant que lentement semble toujours attendre qu’on l’interroge, comme s’il réservait une infinité de réponses à une infinité de questions. »
C’est bien ceci qui est passionnant au-delà de toute entente de l’œuvre en sa seule dimension canonique invariable, pensée de l’unique promise à tous, dans l’étroitesse d’un regard canalisé, orienté, par avance, vers une fin à laquelle il ne saurait échapper. Quelques mots sémantiquement soulignés constitueront les révélateurs d’une liberté à l’œuvre pour tout Regardant excédant de beaucoup le motif halluciné par une culture trop convenue.
« transsubstantié », est-il dit de l’objet situé au foyer de notre regard. Transmutation d’une chose en une autre qui ne saurait avoir d’équivalent, métamorphose du réel se dépassant lui-même en direction d’un horizon multiple doué des virtualités les plus puissantes qui se puissent imaginer. Ce que souligne, à l’évidence, « l’infinité de réponses », autrement dit l’infinité de perspectives s’ouvrant à la mesure de cette autonomie pensante qui place l’Art à l’acmé, au zénith de la conscience humaine. Toujours faut-il dégager la visée esthétique du carcan des entendements convenus, ils stérilisent notre esprit, le rendent quasi minéral alors que l’éther est son seul domaine, son unique raison d’être.
Dans un de nos précédents écrits sur le Cubisme, nous avions alloué à ce dernier l’ineffable prestige d’habiter l’intellect, de faire une large place au concept, et, bien évidemment, nous ne renions nullement cette hypothèse. Si, aujourd’hui, notre jugement pointe l’index en direction de la valeur pathique-affective-émotionnelle de l’œuvre telle que développée dans « La robe verte », c’est tout simplement au gré d’un glissement du regard et de l’interprétation qui lui est coalescente, vers un domaine qui, jusqu’ici, paraissait vouloir se dissimuler sous l’architecture abstraite-rationnelle telle que révélée par la précision des travaux du Cubisme Analytique. Ici, l’Analytique est dépassé afin de donner droit au Synthétique,
le simple s’ouvre au complexe,
l’unitaire se déploie selon le multiple.
Ce qui, précédemment était isolé,
tel motif, puis tel autre motif,
en une visée somme toute conventionnelle,
voici que ceci se diffracte à l’infini,
que la vue connaît des myriades
d’étoilements insoupçonnables
avant même cette « conversion du regard ».
Ci-dessous nous extrairons d’une Synthèse IA, les événements majeurs qui nous paraissent les plus opportuns à saisir quant à la sémantique profonde de « La robe verte » :
« Le chat introduit une notion de douceur et de quotidienneté »
« La présence d'une lettre sur la table évoque l'intimité, l'attente amoureuse ou la mélancolie. »
« une atmosphère psychologique subtile. »
« une attitude pensive, une intériorité presque mélancolique et chaste. »
Les motifs psycho-affectifs sont assez clairs pour qu’il soit inutile d’y insister.
Malgré une visée de premier abord qui place en exergue, de façon évidente, le caractère géométrique de la composition, son exposition en des plans clairement structurés,
lentement, dans l’élaboration
d’un regard méditatif-contemplatif
dirigé sur la profondeur de l’œuvre,
bien plutôt que sur sa surface,
émergent, progressivement et de manière captivante,
ces suggestions émotionnelles sans lesquelles l’œuvre,
non seulement échouerait à se dire en sa totalité,
mais renoncerait, d’emblée à être « comprise ».
« Comprise » au sens étymologique
de « prendre, saisir » littéralement
« saisir ensemble, embrasser
quelque chose, entourer quelque chose »,
ce qui veut dire s’approprier, faire de la chose,
par essence distante, spatialement, émotivement,
donc en faire son bien propre,
la porter en soi en tant que familière,
la loger au creux de ses affinités,
là où le sens exulte et rebondit en
une sorte d’humeur joyeuse.
Alors, de la Toile à qui-nous-sommes,
il n’y a plus guère de différence
que la texture matérielle de la « chose »,
alors que son caractère intime
nous fait face en une sorte
de dialogue singulier,
confluence subtile
de l’Autre et du Même.
Nous sommes la Toile,
comme la Toile est Nous
et ceci se nomme
« osmose »,
« association »,
« synergie »,
la « chose » devient
strictement « humaine »,
tout comme Nous-les-regardeurs
devenons fragments
de l’Art à part entière.
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De « La robe verte à « La robe bleue »
Metzinger déclarait de manière un brin solennelle :
« Je rêvais de peindre [...] des nus définitivement chastes. Je voulais un art qui se posât d'abord comme une représentation de l'impossible. »
Or, ce que nous retiendrons de cette formule, moins la « chasteté » que « l’impossible » qui signe, selon nous, la pure intériorité qui, toujours, nous demeure inaccessible au motif que nous pouvons en parler, l’évoquer, en tracer les vagues contours, mais jamais en devenir « maitres et possesseurs ». Immense paradoxe : cette intériorité qu’à bon droit nous revendiquons comme nôtre, cette intériorité s’éloigne de nous à mesure que nous cherchons à en deviner la subtile texture.
« L’impossible », voici le génial prédicat
qui définit, aussi bien le mystère de notre psyché,
de notre profondeur, et aussi bien
la consistance de l’Art en son
éternel évanouissement.
Comme si, nous penchant sur une œuvre, quelle qu’en soit la forme et le motif, nous nous mettions en quête de qui-nous-sommes en nos assises les plus réelles. Ce que dessinent en creux, « La robe verte », « La robe bleue », ce sont les arcanes en lesquels notre esprit se perd dès l’instant où, abandonnant le régime des certitudes du réel, il s’aventure dans les terrains indéfrichés de l’imagination, de la chimère, du songe. Toute œuvre, sans exception, est tissée de cette essence-là, elle est dévoilement instantané, immédiatement recouvert du voile qui en protège la fragile nature.
L’Art est arachnéen,
diaphane,
opalescent
Le Vert ou le Bleu des robes ne sont que des motifs d’appels, le recours à des attributs usuels dont, à l’analyse, l’on perçoit vite qu’ils se doublent d’une quantité indéchiffrable de significations connexes dont nul esprit, fût-il exercé et aguerri, ne parviendrait à faire l’inventaire. Si la couleur se donne comme « surnuméraire », il en est de même avec les vêtures dont il importe peu qu’elles soient robes, blouses, jupes avec volants ou dentelles. La Robe est le nom en lequel s’enchâsse, en abyme, le secret de l’Être, le subliminal, l’inconscient, le dissimulé, le clandestin scellés sur l’insondable de leur propre abîme. Et si nous nous aventurons à décrypter ce qui se dit (ou ce qui ne se dit pas) de « La robe verte », nous serons vite alertés que, s’en tenir au purement formel, nous fait manquer la cible de ce qui est en question :
l’INTIME, à savoir ce qui se « dérobe »
(nous devions orthographier « dé-robe ») :
ce qui, de la Robe est invisible et nous invite
à la fête de l’âme, de l’esprit, de l’intellect
pour reprendre la trilogie lexicale
que nous avons donnée, plus haut,
en tant qu’essentielle, en tant que
réserve d’un sens inépuisable.
Bien considérée, la Robe
n’est qu’apparence,
ce qui EST vraiment,
la Nudité sous-jacente,
autrement dit l’INTIME
est l’autre nom de
la Vérité de l’Exister.
C’esr pourquoi notre regard se doit d’être la fine pointe du diamant forant l’infinie dureté de la matière, comme si, au terme du motif de la vision, quelque chose comme une lave rubescente nous était révélée, inépuisable énergie trouvant en son sein les ressorts de sa mouvance à jamais, le tremplin de son effectivité infinie.
L’Art est ceci qui pointe l’index
sur les ressorts, le tremplin et ceci même
qui en anime l’étonnant déploiement :
cette sourde dimension existentielle qui,
dans le motif de la rencontre,
se vêt de masques et bergamasques,
ces fondements ironiques
d’une commedia dell'arte
toujours à l’œuvre dans les travées mondaines
sillonnées par les Acteurs que sont les Hommes,
par les Actrices que sont les Femmes.
Reprenant « La robe verte », nous essaierons de montrer en quoi, c’est bien le motif de l’INTIME qui en constitue le foyer et en quoi ce foyer est l’ultime question que nous devons nous poser à partir de l’œuvre en direction de tous les secteurs de l’exister. Ontologie fondamentale qui se résume à l’interrogation :
« Qu’est-ce que l’être »,
ou « Pourquoi y a-t-il de l’étant et non pas plutôt rien ? »
Si nous en demeurions à l’observation strictement « Physique » de l’œuvre, nous ne pourrions que noter, à titre d’inventaire visuel, le Sujet central, les Maisons, la Robe, la Cafetière et la Tasse, nous satisfaisant de cette simple énumération formelle sans chercher à en connaître les fondements. Si, alertés de l’insuffisance de notre exploration, nous décidons d’introduire du Méta dans la pure Physique, voici que s’éclaireront des coulisses qui, jusqu’ici, étaient demeurées dans l’ombre, que l’avant-scène sur laquelle nous figurerons s’illuminera de mille scintillements dont notre esprit se mettra en quête afin que tout ce qui était occlus commence à proférer, au moins à demi mots, en attente de plus explicites révélations.
Donc « La robe verte » et sa relation à l’Intime.
Tout en haut de la toile, les Maisons sont, bien avant d’être de simples constructions de matière, le lieu d’élection d’Hestia, la déesse grecque du feu sacré, de l'âtre et du foyer : mesure de l’Intime s’il en est !
La Cafetière, la tasse ne font qu’évoquer un genre de divine libation en laquelle Hestia (le Sujet de la Robe verte), communie, dans un genre d’offrande particulière, avec tous les objets du Monde, avec tous les Sujets du Monde : Libation en tant que geste de l’Intime.
Le Sujet lui-même
Le Regard. Il n’est nullement dirigé vers le Monde en sa confondante pluralité. Ce Regard est entièrement méditatif-contemplatif, tourné vers ce Soi qui constitue le sublime accusé de réception de l’Univers en sa donation infinie. En réalité, sur le plan strictement formel, ce Regard est à la croisée d’une vue de profil du visage, d’une vue de face de ce même visage, comme pour dire mieux le retour sur Soi de la vision au foyer même de la Pure Intériorité, cette gemme en laquelle se reflète le complexe, emmêlé et infini diagramme du spectacle du Monde.
Les Mains sont quasiment des motifs sculpturaux enchâssés l’un en l’autre, geste s’il en est, à la fois de protection, de réserve et, surtout, d’abri de ce Monde Intérieur en lequel brille, d’un feu assourdi, mais d’un feu intentionnellement ardent, la force de vivre et de répandre alentour cette lumière de la Conscience attentive à déchiffrer les hiéroglyphes de la pluralité mondaine. Et est-ce vraiment un hasard si, le lieu que nous attribuons symboliquement à l’Intime-Intériorité, que nous nommerons, à défaut de mieux « Plexus Solaire », se trouve à l’eaxct croisement des lignes de la composition, corsage/poitrine, le définissant ainsi en tant que lieu manifeste du scintillement de l’Être ? Est-ce un hasard ? et mainteant nous demanderons à l’IA de nous donner la riche symbolique de ce « Plexus Solaire » :
« Sur le plan symbolique, le plexus solaire est intimement lié à l'identité personnelle, au pouvoir intérieur et à la gestion des émotions. Siège du Soleil Intérieur, Feu sacré - Rayonnement : On l'associe à la couleur jaune vive. Il symbolise la lumière intérieure, la clarté d'esprit et la joie de vivre. »
Car on ne saurait mieux dire pour décrire la nature d’une Essence dont, sans doute le siège est partout et la réalité nulle part, afin que, nous égarant davantage, nous consentions enfin à nous interroger sur les questions essentielles. Certes, pour chacun, pour chacune, elles diffèrent certainement du tout au tout, seule la notion d’Intime en réalise l’heureuse synthèse.
Questionnons alors,
selon « La robe verte »,
selon « La robe bleue »,
selon le sexe des anges,
brassons du vent autant
qu’il nous plaira,
entreprenons de vider l’océan
avec une petite cuillière,
mais osons Questionner,
sans doute la seule
ressource qui demeure
lorsque nous avons exploré
toutes les voies possibles.
Questionnons sans faiblir.
Interprêtons sans frémir.
Il ne saurait guère y avoir
d’autre porte
en direction du salut !
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