Sous la face, le réel.
La Place d'Ouche ne serait pas ce qu'elle est en réalité, sans ses habituels occupants - les Branquignols -, mais aussi sans ses minuscules commerces, sans le Distributeur de billets de la banque d'Arcillac, mais aussi sans ses éternels pigeons et leurs roucoulements, leurs généreuses fientes, leurs neiges de plumes, leurs insistance à faire votre siège. Mais, voyez-vous, ceci est de peu d'importance au regard de tout ce que leur observation méticuleuse peut amener de compréhension. Pas seulement d'eux-mêmes, les gentils colombidés, mais par glissements sémantiques successifs, par habiles métonymies, de nous autres, les Hommes, les Femmes à la condition modeste qui peuplons la terre de nos égarements successifs. Car l'éthologie, cette belle science qui se met en quête d'en savoir un peu plus sur nos amis à deux ou quatre pattes, avec museaux, becs, queues en panache, l'éthologie, donc, nous en apprend plus sur nos mœurs, comportements, inclinations d'âmes que ne le permettraient, le plus souvent, nos rapides observations dans le miroir. Le très génial La Fontaine ne s'y était pas trompé, lui qui avait si finement décrit les us et coutumes zoologiques dont les humains devaient s'inspirer pour se construire les fondements d'une morale.
Donc, si vous suivez bien les élucubrations des Copains sur les pigeons de la Place, non seulement vous en saurez un peu plus sur le sens des allées et venues des colombidés, mais aussi, mais surtout, sur vous-mêmes. L'éthologie VOLANT au secours de l'anthropologie. Comme pour dire la modestie à laquelle les hommes pourraient constamment s'abreuver, ceci remettant à sa juste place la très fameuse assertion de Protagoras selon laquelle "L'homme est la mesure de toutes choses." . Formule que nous serions bien inspirés, souvent, de reformuler, compte tenu de la persistance de la bête en nous, selon cette proposition-ci :"La bête est la mesure de l'homme.", tant il est vrai que sous le vernis de notre néocortex sommeille encore et souvent de manière sournoise, le limbique-reptilien, lequel est toujours prêt à déplier brusquement son corps de saurien, nous transformant en de dangereux prédateurs. De ceci nous devons être conscients afin de ne pas se réveiller sous les coups de boutoir du cauchemar majuscule, lorsqu'au petit matin, nous observant dans le miroir, nous n'y apercevrons que l'étroite fente verticale de notre œil, notre carapace d'écailles, notre longue queue crénelée, nos pattes arc-boutées sur une herse de griffes, notre denture en tenaille d'acier. Non, nous n'aurons pas rêvé. Nous aurons juste gratté, du bout de nos ongles inquisiteurs la surface du tain qui, jusqu'alors, ne reflétait de notre effigie que la face lisse et policée. Mais, plutôt que de continuer à me lire, pensant que je ne débite que des sornettes sans fondements, précipitez-vous donc devant vos psychés à la face luisante et interrogez-les sur le contenu qui s'y illustre. Vous ne manquerez pas d'être étonné(e)s !