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24 mai 2026 7 24 /05 /mai /2026 17:02
Parménide : l’Être et le Non-Être

Peinture : Barbara Kroll

 

***

 

 

   [Cette longue méditation fait suite à un texte commis sur une œuvre de Barbara Kroll. Son titre : « Vous, si repliée en vous ». Ce titre, dans l’optique présocratique visée par le questionnement qui va suivre, pourrait s’interpréter de la façon suivante : La Jeune Femme représentée dans la peinture paraît vouloir se protéger derrière le col de sa vêture, peut-être d’un danger imminent qui pourrait survenir, lequel remettrait en question une existence jugée fragile. Autrement dit, l’Être manifesté par ce Sujet, serait en proie au vertige métaphysique qui nous habite Tous, Toutes, d’une possible disparition de qui-nous-sommes, donc de qui-elle-est au même titre, Être en danger permanent de Non-Être.

   Ceux et Celles qui liront attentivement ce texte s’apercevront que la notion de Non-Être possède une double signification :

   un Non-Être absolu tel que rencontré dans les situations existentielles de l’avant-naissance et de l’après-mort, donc du pur Non-Sens.

   Puis un Non-Être relatif s’adressant au négatif de l’exister : inconscient, actes manqués, oublis, reflux des gestes amoureux, ombres manifestes qui occultent, souvent, l’horizon du vivre, donc un Non-Sens partiel.]

 

***

 

Å partir d’ici, l’Auteur que je suis s’adresse

à l’Inconnue de l’œuvre peinte de Barbara Kroll.

 

   Mais mon Je qui se met en quête du vôtre ne se résoudra ni à vous biffer de mon horizon ni à m’exonérer du vôtre. En réalité, bien qu’étant des Inconnus l’un pour l’autre (ainsi serons-nous à égalité), notre travail d’approche réciproque se réalisera sous l’unique couvert d’une intuition que nous souhaiterons aussi imaginative qu’originale, tirant de cette singularité la profondeur d’essence qui est relative à nos présences croisées. De Moi vous direz ce que vous voudrez, quant à Moi je dirai de Vous selon le mode de la description phénoménologique, tâchant de découvrir, ici ou là, quelque source native de qui vous êtes, Vous-l’Unique, le seul chiffre qui occupe actuellement l’entier phénomène de ma vision.

  

   Si une Artiste a pris le risque de vous représenter sur une toile, je conçois combien elle vous a accordé intérêt, pensant tirer de son œuvre quelque augmentation esthétique qu’elle versera au compte de ses prochaines créations. C’est bien le Néant lui-même qui vous entoure, n’est-ce pas, sur lequel votre silhouette se découpe avec le nécessaire mystère en quoi consiste l’émergence de ce Rien dont vous êtes l’inouïe nervure, la pure transcendance.

 

Transcender le Néant, voici la Grande Affaire

et la seule qui occupe la totalité du champ de l’Humaine Condition.

 

Provenir de l’Abîme,

se détacher de l’Insignifiance,

s’extraire de la Vacuité,

n’est-ce là l’Inaperçu,

l’Inaudible,

l’Invisible

 

   dont, peu à peu nous nous séparons, n’étant en toute hypothèse que des fragments de ces transparences, de ces diaphanéités originaires ? Oui, je sais combien votre trouble, votre désarroi, tout comme celui des Lecteurs et Lectrices, sont grands à l’aune de ces assertions qui, à défaut d’être gratuites, contreviennent fortement à ce que vous croyez être, à savoir des Humains assurés de leur être jusqu’en leurs racines les plus sûres.

  

   Vous aurez remarqué toutes ces Majuscules Initiales concernant « Vacuité, « Insignifiance » et ainsi de suite. Loin d’être pures fantaisies, elles veulent seulement souligner la Notion Capitale dont elles illustrent la réalité. Ici, reconduits à l’Essentiel (ce qui fait Essence pour nous), nous n’avons plus de recul, sauf à retomber dans ce Néant magnétique qui nous fascine autant qu’il nous révulse. Ici, nous n’aurons plus de possibilité de fuite en avant au terme de laquelle c’est bien le Néant, le Non-Être qui s’annonceront eux-mêmes en tant qu’épilogue, point terminal se disant sous le terme-couperet de Finitude. Nous sommes pris en tenaille, saisis dans les mors aporétiques d’un Néant polymorphe qui, toujours, nous déborde, toujours menace de nous reprendre en son sein. Ainsi en est-il de l’Être constamment  sur le point de chuter en ce Non-Être consubstantiel, en cette chair de pure translucidité, en cette pulpe imaginaire, tous prédicats de présence portant en eux l’envers de leur prétention à exister.

  

    Toute existence est pur paradoxe, grand écart, une main de chaque côté, sur le bord de l’aven de l’Être et le pendule du corps oscillant tragiquement à la verticale d’un vertige abyssal, cet envers de ce même Être, sa « complétude trouée» pourrait-on dire, son revers dialectique, car il en est du vivre comme de la lumière, tous deux, non seulement supposent, mais exigent ce qui, en réalité les accomplit et les conduit à leur nature, le mortel, le ténébreux, c’est-à-dire ce qui, de prime abord, paraîtrait leur inextricable contradiction. Le fléau de la balance n’est en équilibre qu’à se situer à mi-distance, dans le plus grand éloignement de ses extrémités, là où son irréversible destin ne lui promet que perte, disparition, plus jamais de verticalité (de transcendance), mais la terrible et angoissante immanence de ce qui est contrarié à jamais, perte des possibilités ontologiques en une zone d’extrême turbulence, de vents contraires, de tornades qui font d’un provisoire cosmos la texture même d’un irrémissible chaos.

 

Être est Cosmos

Non-Être est Chaos

 

   Jamais nous ne sortirons de cette antinomie de la Raison que constitue le « boomerang existentiel ». Plus nous jetons au plus loin, au plus haut, au plus fort la pale de bouleau de Finlande, symbole de l’exister, plus elle nous revient avec « l’énergie du désespoir », moissonnant notre prétention à « croître et embellir », nous reconduisant dans les gorges profondes nocturnes dont, à notre insu, nous provenons sans, pour autant, avoir prise sur qui elles sont, ces exterminatrices du faire, du voir, de l’entendre, du goûter, du toucher : le pur Non-Sens affectant le Sens que nous pensons pouvoir affecter aux présences qui nous entourent, lesquelles, à leur tour,  attendent leur heure de périclitation, de déclin terminal, exposition au péril le plus grand.

  

   Si l’on adopte soudain le discours d’un ton plaisant, et je ne doute guère que Vous, l’Inconnue n’en goûtiez le ton léger, l’on pourrait simplement dire, à évoquer le problème de l’Être et du Non-Être parménidien, que la question a été réitérée à nouveau frais par Shakespeare dans « Hamlet », avec la célèbre formule

 

« To be, or not to be, that is the question »,

« être ou ne pas être, telle est la question ».

 

   Car oui, à l’évidence, si nous sortons des pirouettes et habiletés conceptuelles dont la philosophie constitue le lieu privilégié, si, d’instinct, nous nous rapportons à notre vie concrète, matérielle, strictement bornée, comment pourrions-nous faire l’économie d’un regard lucide sur notre condition mortelle ?  Å ce propos écoutons Wikipédia :

  

   « Dans le monologue, Hamlet envisage son propre suicide, tente de peser le pour et le contre entre l'injustice et la douleur de la vie… »

  

Et encore dans l’acte 3, scène 1 :

  

« À tous ces chocs qui sont à notre chair

Un héritage de nature. Certes,

Cela serait se fondre en un néant

Pieusement voulu. »

 

    Or ce « néant pieusement voulu » du suicide, en quoi diffère-t-il fondamentalement du Néant originaire retrouvé au terme d’une mort naturelle ? Certes, l’on dira la liberté du suicide opposée à la contingence faucheuse de vie de la disparition contre laquelle nous ne pouvons rien. Mais ce qui apparaît avec une cruelle vérité, qu’il s’agisse de liberté ou bien d’aliénation, c’est qu’un néant, « ontologiquement » (on devrait dire « non-ontologiquement »), un néant donc en vaut un autre dès l’instant où notre finitude accomplie, nulle différence de statut ne se fera jour parmi le Peuple des « Chers Disparus » tous logés à la même enseigne, celle du Non-Être définitif. Bien sûr les Croyants, les Mystiques, les habiles Artisans d’une Vie Éternelle retourneront la question à la manière dont on retourne un gant de peau, métamorphosant le Non-Être Mortel en Être Immortel, mais ici, l’irrationnel s’est substitué au rationnel si bien que l’exercice logique du concept trouve ses limites et son impossibilité même.

  

La vraie question qui se pose à notre sens est celle-ci :

 

Être et Non-Être occupent-ils des positions séparées à jamais irréconciliables

ou bien, au contraire, Être implique-t-il en soi, du Non-Être ?

 

    Bien que l’interrogation ne puisse jamais être résolue, la Métaphysique étant de nature illimitée, notre sentiment est bien celui d’une invagination du Non-Être en l’Être, une façon de « ver dans le fruit » coextensive à toute genèse humaine en sa valeur tragique, laquelle oscille dialectiquement

 

entre l’Ombre et la Lumière,

la Fausseté et la Vérité,

la Vie et la Mort.

 

   Incontestablement nous sommes, au sens propre, boulottés de l’intérieur par le virus fatal d’un exister funambule qui consiste, tel le Fildefériste, à tenir l’équilibre en jouant de sa perche jusqu’au moment de l’inévitable rupture. Alors notre Être bascule irrémédiablement en cette antinomie existentielle qui se nomme Non-Être, qui tout aussi bien pourrait se dire Néant.

 

Être : faire refluer le Non-Être.

Non-Être : l’Être en sa non-affluence.

  

   Nous sommes factuellement le lieu de rencontre de principes mixtes, ce qui veut dire que nous incombe la tâche de prendre conscience de notre état de vases communicants, de sites transitionnels, de médiateurs obligés

 

de ce qui est en nous

avec le plus de réalité, l’Être ;

 

de ce qui est hors-de-nous, le Non-Être avec

son coefficient d’irréductibilité,

lequel fait de nous des Êtres aliénés.

 

   « Nous sommes condamnés à être libres », énonçait avec une certaine emphase la philosophie existentielle sartrienne. Ce à quoi nous pouvons toujours répondre,

 

Vous qui n’existez qu’à hauteur de toile,

Moi qui n’existe qu’à longueur d’écriture,

pouvons répondre donc avec le sourire amer de la défaite :

« oui, condamnés à la Finitude »

et ceci est ferme et définitif :

un Absolu, la Finitude

adossée à un relatif, la Liberté.

 

Ainsi s’énoncent à la suite,

Principe de Réalité,

Principe de Plaisir,

deux visages opposés et complémentaires

d’une seule et identique vérité.

  

   Maintenant, si l’on rapporte à la Nature et aux divers Paysages nos réflexions sur l’Être et le Non-Être, nous ne serons guère longs à nous apercevoir du conflit permanent des intérêts entre  ce-qui-paraît et ce qui, non-paraissant, est tout aussi réel que son contraire.

   Combien la vie est présente dans l’apparente mort végétative de l’humus (étonnamment, « humus » : même racine que « homme »), là où la graine sommeille en attente de son réveil.

   Combien la mort est présente dans l’apparente vie de l’arbre, dans la touffeur de ses ramures, dans la profusion de ses feuilles (bientôt mortes). Partout, dans les célestes ramures, dans la compacité de l’écorce, dans la souveraine reptation des racines, l’entropie est à l’œuvre qui poursuit son inlassable travail de sape.

   Quant à nous, Hommes et Femmes, Fils et Filles de la Phusis, nous sommes également versés dans l’effritement continu, le désordre de la substance, sa mûre et lente dégradation, lutte immémoriale de l’Esprit et de la Matière avec, toujours pour point d’orgue, la victoire du visible sur l’invisible. Ainsi, à bas bruit, depuis la douce comptine de notre naissance, au sein même de cet ombilic à partir duquel nous nous sommes déployés,

 

quelque part, dans l’indéfini,

cela dort en nous,

cela se retire en nous,

cela se perd en nous.

 

   Apodicticité contre laquelle nulle argumentation sensée ne pourra élever sa prétention à croître, à figurer sur la scène mondaine au-delà du raisonnable.

      S’il paraît contradictoire et illogique de dire l’Être est le Néant, a contrario cette assertion reçoit sa pleine confirmation ontologiquement.

 

L’Être partant du Néant pour y revenir,

l’Être donc participe au et du Néant.

 

   L’Être porte en lui son propre Néant, comme le fruit porte en lui, les germes de sa future et d’ailleurs toujours présente corruption. Ce propos envisagé dans l’horizon existentiel s’éclaire des motifs symboliques de toute expérience humaine.

 

Les Blancs entre les mots : du Non-Être.

Les silences dans la parole : du Non-Être.

 

   Existant entre deux finitudes, nous sommes par essence des Êtres troués et cette verticale incomplétude peut aussi bien se nommer : émergence du Néant à même l’exister. C’est aussi pour cette même raison que toute Vérité ne peut qu’être partielle, affectée de ce même degré d’incomplétude : à peine proférée que, déjà, le Néant en sa tâche de pure néantisation du tout de l’exister en a entamé le degré de crédibilité. Cette sorte d’immortalité assertive dont je pensais être le Détenteur, voici qu’elle est déjà ruinée en raison du fait que je ne pourrai en soutenir éternellement la positivité. Toujours le négatif creuse de l’intérieur ce positif que nous tenons pour la seule assurance qui puisse être attribuée aux effectuations spatio-temporelles auxquelles nous nous agrippons comme des Naufragés à l’écueil qui, bientôt, connaîtra l’abîme de son inévitable n’Être-Pas. 

  

   C’est notre socle incompressible d’orgueil, la démesure immodérée des prétentions de notre Ego qui font de nous des Quêteurs de toujours plus d’Être, nous opposant ainsi frontalement et résolument à cette hypothèse du Non-Être qui est notre contrariété, l’antagoniste de notre Volonté de Puissance.

  

   Et puisque la galaxie nietzschéenne vient d’être évoquée, sans doute convient-il, chère Image, d’exprimer notre sentiment quant à la pure violence de la « philosophie au marteau ». Le vibrant appel au tempétueux, à l’orageux du Dionysiaque, de l’Auteur du « Gai savoir », est hautement pathétique. Cri lancé du Génie en direction de cette Folie qui le mine déjà de l’intérieur. Il ne saurait y avoir nulle place pour un supposé « Surhomme ». « L’Übermensch » est une pure utopie de l’esprit, l’accentuation à son acmé de cette hubris humaine qui, déjà, a fait tant de mal dans l’Histoire. Que l’Apollinien, soit, de fait, limité dans ses talents, que son charme soit réduit, que sa beauté soit modeste, que son triomphe des forces involutives soit humble, tout ceci est bien préférable à cette morgue d’un Dionysos uniquement occupé de vagabonder, de cultiver le vin, d’enduire son corps de pampres, de séduire de Jeunes Grâces, de s’énivrer lors des dionysies, de ne prospérer que sur le déchaînement des instincts les plus vils.  Nulle place pour un « Surhomme », place seulement pour un Homme-Rien-qu’humain, et c’est bien, en cette formule, le Rien, autrement dit le Néant qui nous ronge jusqu’à l’os et suce cette moelle dont l’extinction programmée se déroule sous les auspices d’un impitoyable destin.

  

   Ici, le temps est venu de faire une incise méditative symbolique, appelant les renforts, à des fins de démonstration logique, de quelques métaphores inscrites, par nature, dans la genèse des humains que nous sommes. Ce que nous voudrions exprimer :

 

cette alternance constante de Vie et de Mort,

cette navigation de conserve du Yin féminin, du Yang masculin ;

cette coalescence des opposés, Nuit/Jour, Clarté/Obscurité,

 

   comme autant d’éléments trouvant leur exacte homologie dans les mouvements physiologiques qui nous affectent en propre, comme si le rythme immémorial du Monde trouvait, en nos corps mondains et mortels, l’écho de son ample cadence cosmique. En réalité, à notre insu, tous nos battements intimes, nos clignotements de luciole, nos progressions et nos retraits, nos enthousiasmes et nos désespoirs seraient ceux-là même de l’Univers dont nous ne constituons que d’infimes mimétismes. En ce domaine, l’explication est aussi hardie que possiblement étayée en toute logique. Le comprendre est toujours un risque à assumer. Donc ce que nous synthétiserons du rapport du microcosme (notre corps) au macrocosme (corps du Monde), s’énoncera de la façon suivante :

  

   Nos inspirs/expirs ne seraient que les images de l’air qui parcourt la Planète.

   Nos pulsations cardiaques ne seraient que le calque des phases saisonnières, haute et basse.

   Les scansions pulsatives de notre sexualité ne seraient que les répétitions des flux et reflux qui animent le Globe.

  

   Ce qui revient à dire qu’inspirs, systoles, excitations sont le reflet, en nous, de l’Être.

   Ce qui revient à dire, a contrario, qu’expirs, diastoles, résolutions sont le reflet, en nous, du reflux de l’Être en direction du Non-Être.

  

   Bien évidemment, nous comprenons aisément que la thèse de Parménide ne soit noyée dans un océan de mots qui la rendra peu visible, complexe qu’elle est déjà en sa formulation et redoutable en son interprétation. Mais ceci constitue l’incompressible marge d’incompréhension entre des Subjectivités qui, par nature, non seulement ne sont nullement miscibles l’une en l’autre mais qui, parfois s’opposent, comme la Nuit se distingue radicalement du Jour.

  

   Dès ici et pour en finir, au moins temporairement, avec les postures du Penseur Présocratique, nous ajouterons quelques précisions qui pour être tardives n’en sont pas moins importantes quant à la notion générale d’Être et de Non-Être, celle de transcendance étant nécessairement liée à ces deux postures fondamentales du Paraître et du Non-Paraître, de la Manifestation et de son contraire, la Dissimulation. Sans doute n’est-il pas indifférent que les deux Philosophes à partir desquels l’existentialisme se développe, à savoir Martin Heidegger et Jean-Paul Sartre aient cogité, chacun à leur manière, sur ce thème paradigmatique de toute la Métaphysique. Edmund Husserl interviendra en complément, de manière originale.

 

Heidegger d’abord

 

    Jean-Michel Salanskis précise :

  

   « Heidegger en tire la conclusion que le néant appartient, à la substance de l'être. »

 

   Dans son ouvrage « La notion de transcendance. Son sens, son évolution », Michel Piclin pointe le fait suivant, si important pour notre compréhension du rapport Être/Non-Être :

    

   « Cependant, dans des notes ultimes, Heidegger a précisé que, ce qu’il appelait néant, c’était sans doute cet être qui n’est aucun des étants. » 

 

   Note de Encyclopédie de Philosophie Larousse :

  

   « De l'essence du fondement reprend la question de la transcendance comme mouvement de dépassement de l'ontique vers l'ontologique, qui fait du Dasein non une essence subsistante, close sur elle-même, mais un abîme de liberté :

  

   « Mais en transcendant l'existant par son projet du monde, le Dasein doit se transcender lui-même pour pouvoir, de cet exhaussement, se comprendre soi-même avant tout comme un abîme. »  

 

   Il y a donc, chez Heidegger, selon nous, création d’une chaîne sémantico-logique établissant un lien de parenté, sinon une similitude entre être, néant, abîme, liberté, ce qui, paradoxalement, aboutit à confirmer que le Non-être appartient à l’Être comme son essence la plus propre. L’on sait combien, chez Heidegger, les thèmes de la finitude, de la résolution devançante quant au problème de la Mort sont soulignés avec insistance. La totalité de l’existence n’est accomplie qu’avec la survenue, dans la vie, de la Mort elle-même.

 

Le Non-être rencontre l’Être et s’y abîme.

 

Sartre ensuite

 

     Note de Encyclopédie de Philosophie Larousse :

  

   « Ainsi, ‘’L'Être et le Néant’’ explicitera en quoi la conscience est un néant qui dévoile l'être. »

                                             

  Nous n’épiloguerons pas davantage, le rapport de l’Être et du Néant étant évident dans cette assertion. Par contre, nous demeurerons dubitatifs quant à la Conscience comme Néant, elle par qui le Tout du Monde devient visible-audible-préhensible.

 

Husserl enfin

     

   Encyclopédie de Philosophie Larousse :

  

   « L'objectivité pourra dès lors être construite par le travail de la constitution. Le problème du transcendantal n'est donc plus, malgré la reprise du vocabulaire kantien, d'indiquer les règles d'un dépassement de l'expérience, mais celles d'un dépassement de l'attitude naturelle. »

 

   Tant que l’Ego, le Vôtre en Peinture, le Mien en chair, tant que l’Ego donc adoptait l’attitude naturelle, n’étant nullement séparé du Monde, cette énigme mondaine pouvait être ressentie à la manière d’un pur Non-Être, d’une manifestation nullement explicitée. A contrario, après le travail de réduction, c’est l’Être même du Monde qu’entreprend de dévoiler la conscience. Ceci est parfaitement synthétisé par Claude Romano dans son important volume « Au coeur de la raison, la phénoménologie » :

  

   « Que l’ego soit ‘’transcendantal’’ signifie qu’il est au fondement de toutes les transcendances, qu’il en est l’origine. Phénoménologie transcendantale signifie donc phénoménologie constitutive. La réduction peut dès lors se définir comme la reconduction d’un concept étroit (cartésien) d’immanence à son concept vaste (l’immanence intentionnelle) en vertu de laquelle toute transcendance réelle apparaît comme le corrélat transcendantal d’une opération de constitution. »

 

   Bien évidemment ces divers concepts, ceux de Husserl singulièrement, sont difficiles d’accès et c’est toujours le danger d’une simplification du contenu d’une riche pensée que d’en dévoiler  une infime partie. Un immense travail de recherche a été réalisé en amont, dont on ne retient qu’un mince reflux. L’essentiel, ici, même si la perception n’est que conclusive, percevoir l’Ego dans sa signification la plus opérative quant au positionnement par rapport au concept parménidien d’Être et de Non-Être.

   Si, originairement le Monde, vis-à-vis du Sujet qui le vise, ne se donne que dans l’opacité, donc dans un certain Non-Sens,

   ce qui se manifeste après que le Monde a été réduit à son « plus petit dénominateur commun » (qui, en réalité est sa pure essence), c’est bien un Monde Possible, un Monde révélé, un Monde Sensé et ceci est précieux afin de disposer d’une boussole à des fins d’orientation. Cette boussole husserlienne se détermine selon la direction de trois aiguilles essentielles, que l’on pourrait dire quasiment « magnétiques », tellement leur puissance de vérité, de désocclusion de ce qui jusqu’ici nous demeurait inaccessible, devient soudain clair et immédiatement compréhensible.

Ces nervures d’interprétation se donnent, en un seul et unique mouvement génétique

 

en tant que Fondement ou Origine,

en Intentionnalité,

en Pouvoir de Constitution.

 

   C’est bien parce que l’Ego, seul entre tous parmi le vivant, exerce sa conscience intentionnelle à titre de fondement et, partant, de constitution de toutes les transcendances qui viennent à lui, que quelque chose comme « l’Ouvert », « la Clairière »  (en lexique heideggérien) peuvent paraître et signifier, porter l’Être à l’acmé de son rayonnement, faire, par voie de conséquence, refluer le Non-Être jusqu’à ne plus être visible, simplement un péril qui s’évanouit et annonce la réelle Liberté  d’un Ego ayant surmonté son initial chaos.  

    

   Loin de pouvoir trancher quoi que ce soit au terme de cette méditation métaphysique dont les rivages s’éloignent à mesure que l’on pense s’en approcher, une conclusion provisoire s’énoncera de la façon suivante :

 

La nécessité du Non-Être est une nécessité fondationnelle

de l’ordre du sol ou fondement primordial

à partir duquel seulement

quelque chose comme un Être peut transcender

en direction de ce qu’il a à devenir :

une manifestation de l’étant dans la dimension du réel.

 

   Processus dialectique en vertu duquel chaque chose présente s’oppose son négatif, rencontre son absence et, par effet de simple contraste, trouve le lieu de son effectuation.

 

Disant « Être », en même temps et d’un seul élan

nous sous-entendons « Non-Être »,

tout comme nommant le « Jour »,

c’est la « Nuit » qui vient en sa plus effective dérobade.

 

   Parménide ne fait que mettre en musique, dans son Poème, le jeu de cette relation duelle, visage janusien à deux faces, dont l’une suppose et attend toujours l’autre,

 

confirmation de l’Être

dans sa confrontation

au N’Être-Pas.

 

   Paradoxe certes apparent, mais seulement superficiellement, cependant essentiel dans la profondeur abyssale de la présence du Monde. C’est ceci, cette nécessaire polarité double des choses que dévoile le concept heideggérien de « Différence ontologique »,

 

lequel place en un vis-à-vis immémorial,

l’étant (la présence)

et l’Être (l’absence, la néantisation).

 

   Cette vive polémique, loin d’être facultative, se donne comme condition de possibilité de ceci qui vient nous rencontrer quotidiennement.

 

L’Être n’est

qu’à biffer,

au moins temporairement,

le N’Être-Pas.

 

    Peut-être ne sommes-nous que les Médiateurs, les Observateurs à distance de ce balancement ontologique qui, par essence, est infini ! Comment savoir ?

  

   Alors, Vous l’Être-de-la-peinture, au moins à la force d’irréalisation de mon imaginaire, êtes vous réelle-plus-que-réelle au motif qu’ayant envahi la totalité de mon champ de conscience, vous y avez versé le flux d’une irrémissible Vie ? Ce faisant, nulle place pour la fuite, la dérobade, la disparition ultime en un mortel horizon. Voyez-vous, l’Énigmatique Figure, dans l’instant même de mon énonciation pensante, à la seule force de ma liberté de postulation, je vous ai fait le don de l’Être en même temps que je me confirmais en le mien.

 

« Car la même chose

sont pensée et être »,

 

   disait aussi le méditatif Éléate. Nous n’investiguerons guère plus avant car toute pensée n’est jamais plus crédible qu’à l’instant de se clore. En guise de « rideau de fin », je vous fais présent d’une sentence d’Héraclite-L’Obscur en laquelle l’Être est aussi et toujours en question (peut-être ne s’agit-il que de ceci tout au long des méditations humaines),

 

« L’Être aime son propre retrait »,

 

en graphie grecque

(cette si belle Forme de la Pensée !)

 

« Φύσις κρύπτεσθαι φιλεῖ »

 

 

Toujours l’Être rencontre le motif de sa propre dissimulation

 

Et encore, au plus secret de cette abyssale pensée originaire

 

ἀλήθεια

 

l’Essence de la Vérité de l’Être

 

« ce qui apparaît a laissé derrière lui l'occultation » 

 

« Apparaît : « Être »

 

« Occultation » : « Non-Être »

 

Tous ces mots essentiels,

en tant que fondement de la pensée,

n’ont été collationnés qu’à

des fins d’éclaircissement

afin de faire suite au motif parménidien

tel que proposé par Christine Raison.

Qu’elle en soit, ici, vivement remerciée.

 

Tous, Toutes, nous avons à Être

au plus vif de qui-nous-sommes.

Pour l’instant de votre lecture

Pour l’instant de mon écriture

Nous sommes en dérobade du Non-Être

Nous sommes visibles-audibles

Notre Parole est Jeu du Monde.

 

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