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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 11:00

 

Sous la face, le réel.

 

  La Place d'Ouche ne serait pas ce qu'elle est en réalité, sans ses habituels occupants - les Branquignols -, mais aussi sans ses minuscules commerces, sans le Distributeur de billets de la banque d'Arcillac, mais aussi sans ses éternels pigeons et leurs roucoulements, leurs généreuses fientes, leurs neiges de plumes, leurs insistance à faire votre siège. Mais, voyez-vous, ceci est de peu d'importance au regard de tout ce que leur observation méticuleuse peut amener de compréhension. Pas seulement d'eux-mêmes, les gentils colombidés, mais par glissements sémantiques successifs, par habiles métonymies, de nous autres, les Hommes, les Femmes à la condition modeste qui peuplons la terre de nos égarements successifs. Car l'éthologie, cette belle science qui se met en quête d'en savoir un peu plus sur nos amis à deux ou quatre pattes, avec museaux, becs, queues en panache, l'éthologie, donc, nous en apprend plus sur nos mœurs, comportements, inclinations d'âmes que ne le permettraient, le plus souvent, nos rapides observations dans le miroir. Le très génial La Fontaine ne s'y était pas trompé, lui qui avait si finement décrit les us et coutumes zoologiques dont les humains devaient s'inspirer pour se construire les fondements d'une morale.

  Donc, si vous suivez bien les élucubrations des Copains sur les pigeons de la Place, non seulement vous en saurez un peu plus sur le sens des allées et venues des colombidés, mais aussi, mais surtout, sur vous-mêmes. L'éthologie VOLANT au secours de l'anthropologie. Comme pour dire la modestie à laquelle les hommes pourraient constamment s'abreuver, ceci remettant à sa juste place la très fameuse assertion de Protagoras selon laquelle "L'homme est la mesure de toutes choses." . Formule que nous serions bien inspirés, souvent, de reformuler, compte tenu de la persistance de la bête en nous, selon cette proposition-ci :"La bête est la mesure de l'homme.", tant il est vrai que sous le vernis de notre néocortex sommeille encore et souvent de manière sournoise, le limbique-reptilien, lequel est toujours prêt à déplier brusquement son corps de saurien, nous transformant en de dangereux prédateurs. De ceci nous devons être conscients afin de ne pas se réveiller sous les coups de boutoir du cauchemar majuscule, lorsqu'au petit matin, nous observant dans le miroir, nous n'y apercevrons que l'étroite fente verticale de notre œil, notre carapace d'écailles, notre longue queue crénelée, nos pattes arc-boutées sur une herse de griffes, notre denture en tenaille d'acier. Non, nous n'aurons pas rêvé. Nous aurons juste gratté, du bout de nos ongles inquisiteurs la surface du tain qui, jusqu'alors, ne reflétait de notre effigie que la face lisse et policée. Mais, plutôt que de continuer à me lire, pensant que je ne débite que des sornettes sans fondements, précipitez-vous donc devant vos psychés à la face luisante et interrogez-les sur le contenu qui s'y illustre. Vous ne manquerez pas d'être étonné(e)s !

 

 

 

 

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 08:29

 

De l'autre côté de la peau du monde.

 

 

 oeil

Source : SUNDAE's WORLD.

 


 

    Que dire de tous ces hasards platement existentiels qui font se croiser les orgueilleux et les envieux, les avares et les paresseux, les colériques et ceux livrés à la luxure, aux plaisirs de la bouche ? Que dire de tous ces péchés qui ne sont "capitaux" que parce que les hommes en ont décidé ainsi ? Que dire de tous ces mouvements, ces trajets, ces hésitations qui habitent ce peuple de fourmis qui sillonne la Terre, qui s'écoule dans les rues, se répand en filets le long des trottoirs, se faufile au ras des caniveaux, s'agglomère comme un essaim de guêpes sur les vitrines où brille l'éternel miracle ? Que dire ?

  Que faire, sinon ouvrir les yeux et regarderregarder toujours et sans cesse, ne perdre aucune miette de ce réel qui nous concerne, nous oppresse, nous fascine aussi ? REGARDER, ce qui veut simplement dire : sentir, percevoir, éprouver, comprendre, interpréter, donner du sens. C'est cela que nous essayons de faire au "Club des 7", avec modestie et chacun à sa manière, et, je vous assure, venez un de ces jours vous asseoir avec nous, on deviendra pour un moment le "Club des 8" et, alors que vous aurez regardé à votre tour, mais regardé VRAIMENT, avec toute la force décuplée de vos sclérotiques blanches, avec toute l'acuité de vos pupilles aiguës, alors vous pourrez jeter tous vos livres, tous vos mensonges en forme de petits signes, de petits crochets, de petites virgules, d'insignifiantes parenthèses; vous pourrez dépouiller les choses de leur pellicule glacée et opaque, vous aurez migré sans même vous en rendre compte, vous aurez traversé l'immensité de la conscience et vous vous retrouverez de l'autre côté de la peau du monde, là où les viscères, les meutes de nerfs, les empilements d'os, les ruisseaux de sang ne peuvent plus mentir, vous n'aurez plus de frontière et chacune de vos inspirations sera comme une immense bouffée d'oxygène qui aura traversé l'espace et le temps et vous pourrez vous voir vous-même, séparé, distant, distinct et vous pourrez faire tourner le piédestal où vous reposez et vous éprouverez un étrange sentiment, une bizarre ubiquité qui courbera votre vision, vous aurez gagné une manière d'omniscience, pas parfaite bien entendu, mais tout vous concernera dès lors d'une façon englobante, sphérique, circulaire, comme si vous étiez une planète et son satellite à la fois et vous jouerez à ce jeu subtil de la substitution, tantôt au centre, tantôt sur l'ellipse et nul autre que vous ne le saura et vous pourrez, vous aussi, la trouver votre "agora", votre "Place du Marché" d'où battra le cœur intime de la vie, ses pulsations, ses rythmes et plus jamais votre regard ne sera le même, plus jamais il ne sera linéaire, aveuglé par la ligne basse de l'horizon par où s'écoule le jour vers sa ligne de fuite et après il n'y a plus que la foule des ombres et le silence de la nuit.

  La cataracte qui recouvrait votre cristallin se sera fissurée et vous aurez surgi en pleine clarté, et dans le déboulé de la lumière, vous apparaîtront des nuées de minces cristaux aux facettes inconnues, des ondes en forme d'échos venues de très loin, des lisières à peine cendrées là où gesticule toute la démesure de la grande geste humaine, sa beauté aussi, son sens du tragique, son incessant métabolisme fou et alors, de votre point d'observation, sur le banc peint en vert, il ne s'agira plus seulement de la Place du Marché, mais de toutes les places du monde à partir desquelles vous saisirez, d'un seul empandu regard, tous les peuples de la terre et ces peuples auront déclos leurs bouches muettes aux lèvres serrées et ils vous livreront quantité de secrets dont vous aviez eu l'intuition mais qui n'avaient pu encore surgir de la clairière, ils vivaient alors leur vie paisible à l'ombre des forêts et n'étaient, pour vous, qu'insondables mystères.

 

 

 

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 10:04

 

Car connaître est pécher !

 

 

ccep.jpg 

 La Chute de l'homme 

par Lucas Cranach,

illustration du xvie siècle

Source : Wikipédia.

 

 

 Eh bien, voilà, dès que l'on parle "péché", soudain, tout se met à être "capital", comme si le péché était la chose la moins partagée du monde, situé en haut de quelque Annapurna, hors de vue, inaccessible. Et pourtant, cette petite chose peccamineuse, nous lui flattons le ventre au moins autant de fois que nous mangeons, buvons, aimons et, peut-être respirons. Seulement c'est tellement coalescent à notre humaine condition, c'est si intimement entrelacé à nos actes, nos pensées, nos projets, nos fantasmes, nos envies, nos désirs, nos tentations, nos frustrations, nos objurgations, nos palinodies que nous n'en apercevons même plus la silhouette. Ça se réfugie derrière nos sourires, ça se terre bien au chaud dans nos rictus sociaux, ça se dissimule dans la main que l'on tend, dans la caresse que nous prodiguons, dans la dénégation que nous opposons dès que la faille menace de s'ouvrir et de jeter au plein jour le revers de nos sentiments.

  Mais n'allez pas en déduire trop tôt que tout ceci résulte d'un manque de considération de l'Autre, d'une volonté de le dénigrer ou bien de le réduire à l'état de simple objet. Ceci, bien au contraire, signe un excès d'amour, un trop plein de juste passion dont nous voudrions faire l'offrande à la mesure de ce manque congénital qui creuse un vide en nous et dessine l'étrange brume de l'abîme. Car, tous, toutes nous sommes sous l'emprise de ces passions qu'on dit volontiers mortelles ou, à tout le moins, contraires aux règles de la morale.

  Mais la morale est une invention de l'homme, une pure abstraction et il nous faut le recours au symbole afin d'en percevoir la trace signifiante. La morale, c'est comme une pomme dans laquelle nous enfouirions notre museau obséquieux alors qu'un INTERDIT serait édicté de toute éternité par lequel cet innocent fruit porté à la dignité  serait l'essence même de la connaissance. Et nous voilà revenus auJardin d'Eden et à la virginité première dont l'homme, la femme étaient censés habiller leur nudité.

  Le problème là dedans, c'est la présence du "troisième homme", Dieu, sauf son respect, lequel introduisait lui-même, par son regard Transcendant, par son jugement altier, le ver dans la pomme. Car, si Adam et Eve portaient déjà en eux le germe de la perversion - comment, d'ailleurs eût-il pu en être autrement ? à moins d'une génération spontanée -, ils pouvaient en jouir réciproquement, sans conséquence fâcheuse. Leurs relations fussent-elles empreintes de ce que, plus tard, on jugeaitpeccamineux, rien n'en aurait altéré la qualité, la spontanéité, le don de soi et ainsi, de péché en péché, comme par un simple décret de la nature, les choses seraient allées d'elles-mêmes sans que le cours de l'univers en eût été affecté.

  Imaginons un instant une manière de "scène primitive", genre d'archétype et d'anticipation de la"Comédie humaine" dont, d'ailleurs les Protagonistes dans leur innocence native n'auraient nullement alertés. Prélevant des fruits sur l'Arbre de la connaissance du bien et du mal, les dégustant sans arrières pensées, d'un façon quasiment "virginale", Adam aussi bien qu'Eve; Eve aussi bien qu'Adam auraient pu se livrer au péché sous de multiples manières sans même que leur conscience manifestât quoi que ce fût à leur égard. Car, en direction de cette pomme, ou bien de Celui, Celle qui fait face, manifester orgueil, avarice, envie, colère, luxure, paresse, gourmandise c'eût été "vivre" tout simplement dans une bien naturelle inclination, "exister" serait pour plus tard.

Et si nos ancêtres avaient pu poursuivre leur aventure généalogique dans cette optique généreuse, sans entrave d'aucune sorte, nous les hommes, les femmes d'aujourd'hui, serions en train de commettre toutes sortes de péchés, la paix dans l'âme - celle-ci, sans doute n'aurait eu aucune raison d'apparaître -, le corps en repos, l'esprit en roue libre. Le problème, du reste, est venu d'un conflit entre nature etculture. Ainsi naissait la première version édénique de la dialectique. Car il y avait paradoxe et paradoxe majeur à déguster un fruit porteur d'interdit, stigmatisé par les ruses du serpent, jugé par Dieu.

  La morale était ce "tiers-instruit" - allusion à l'ouvrage du génial Michel Serres -, qui, s'immisçant entre les consciences, "instruisait" simplement du fait, culturel entre tous, que certains actes pouvaient recevoir l'approbation divine, d'autres étant fortement prohibés, avec, tout au bout, les flammes coruscantes de l'Enfer. "L'enfer, c'est les autres" disait Sartre à bonne raison, à commencer par l'Autre Majuscule, ce sublime empêcheur de tourner en rond, à savoir Dieu. Dans la nature, l'Eternel-Dieuavait jeté une poignée de sable, la culture, et tout le système s'était enrayé, produisant de la différence dans ce qui, à l'origine n'en avait pas; la différence établissant sa mortelle ligne de partage entre le Bien et le Mal. Désormais, il y aurait les actions vertueuses, les délictueuses. C'est pour cette raison, qu'aujourd'hui même, pensant, écrivant, lisant, nous réinvestissons symboliquement le paradigme d'une connaissance marquée du sceau du péché.

Pensant, nous péchons. Ecrivant, nous péchons. Lisant, nous péchons. Existant nous péchons.

Cependant nous continuons à pécher puisqu'aussi bien c'est inscrit au profond de la destinée humaine et qu'une vie sans péchés serait comme un sexe nu, une simple désolation dont nous ne souhaiterions jamais que nos yeux soient abreuvés.

 

 

 

 

 

 

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 10:23

 

Nous sommes des sauriens.

 

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      Varanus prasinus

  Enfin, nous y voilà à la petite pochette surprise de l'humanité prise en flagrant délit de mensonge permanent, d'arrangements avec la vérité, de faux-fuyants, d'esquives récurrentes, de menus pas de deux afin de ne pas se faire piquer, les doigts dans la confiture, de subtils entrechats dès fois qu'on découvrirait chez Madame BCBG de somptueuses tendances à la volupté ou bien chez la Concierge au-dessus-de-tout-soupçon une nette inclination à la kleptomanie, ou bien chezla Boulangèreune nymphomanie bien cachée derrière les fagots de son Mitron de Mari, lequel, selon toute vraisemblance, le serait "marri", de surprendre la menotte menue et gracile de sa Conjugale copieusement engoncée dans la première braguette venue, particulièrement celle de L'Apprenti boutonneux tellement inapparent, on dirait un éphèbe.

  "C'est pas reluisant", pensez-vous et vous vous mettez à douter et vous pensez que je vous roule dans la farine et vous pensez encore "non, tout de même, l'Ecriveur-Impénitent, il exagère, il pousse le bouchon, juste par plaisir ou provocation jusqu'au tréfonds de l'âme et, de cette manière, il justifie sa prose."

  Oh, sans doute n'avez-vous pas tort et toute écriture, par définition, est une transgression du réel, une gentille fiction vous menant par le bout du nez, quelque part, dans une manière de "métamonde" où tout ce qui était connu jusqu'alors se retourne comme un gant et les coutures sont juste là, exprès, pour vous montrer l'envers des choses. Car, vous Lecteur, Lectrice, placez-vous donc face à un miroir, seul, seule, dans l'absolue vérité dont votre âme - c'est le mot juste -, est capable et, sans compromission d'aucune sorte, observez-vous jusqu'au mitan du corps, là où les choses sérieuses font leurs battements métaphysiques; jusqu'au fin fond de l'esprit, là où la raison pure vous pousse dans vos derniers retranchements, vous ôte les voiles dont vous vous êtes revêtus afin de vous travestir sous les auspices de la personne (étymologiquement, du latin "persona",  « masque de théâtre », « rôle, personnage ») et alors sous votre maquillage social, sous vos vêtures bourgeoises conventionnelles, sous le balancement chaloupé de votre marche altière, ne tarderont guère à faire phénomène mille petits tressautements que, jamais, vous n'auriez soupçonnés, mille minuscules picots, une multitude d'élévations, chair de poule de l'envie, du désir de l'Autre, du désir de paraître, frisson du désir de gloire, de richesse, de connaissance, de domination, de royauté, de puissance, envie de Surhumanité comme chez Nietzsche, démangeaisons épidermiques, exhaussements tendineux, élongations vertébrales, déhanchement occipital, aspiration de la fontanelle vers le zénith, manière d'apogée sans fin dont vous supputez qu'elle ne finira jamais, vous exilant de la marée des nécessiteux de l'intellect, vous ouvrant la gloire et les chemins vers quelque condition sublime dont même Faust lui-même, aurait désespéré de croire. Toujours une manière de désespoir dont l'énergie est une aimantation par-le-haut, jamais une descente, le bas c'est l'enfer, comme les Autres, Sartre nous l'a bien assez répété. Car c'est bien le regard des autres qui nous aliène et nous prive de notre liberté. Mais, à tout bien considérer, ce fameux regard de l'autre que nous croyons cause de tous nos maux, ne serait-il pas seulement notre propre regard qui se serait retourné vers nous, un peu comme le désespéré braque l'arme sur sa solitaire et étique poitrine ?

  Car, imaginez donc, une seconde, que toutes mes hypothèses soient exactes et, alors, vous penseriez, à juste titre d'ailleurs, que les hommes sont fous, les femmes cernées pareillement de démence. Oui, folie à bas bruit, juste au-dessous de la ligne de flottaison, démence que nous refoulons à force de civilité, de comportements moraux, de badigeons éthiques, de fards complaisants, de perruques dissimulant notre constante calvitie, de bonnes manières, "d'après vous, je vous en prie", de "quel plaisir de vous revoir", lesquels parfois ne dissimulent que des canines aigues, des incisives tranchantes comme la lame, des envies de mordre. Notre néocortex "d'homo socialus" dissimule à grand peine les circonvolutions, remous, convulsions de notre archaïsme limbique reptilien. Il y a du saurien en nous, de l'alligator, toutes dents de sabre dehors, arc-boutés sur notre queue épineuse, prêts à bondir, à dépecer. Dans le marigot dans lequel nous séjournons avec nos congénères, nous feignons de dormir, nos yeux assassins se dissimulent derrière la meurtrière de la paupière, mais comme le chien de Pavlov attendait le tintement de la cloche, nous sommes tendus comme un ressort, veillant le moindre faux-pas d'un autre saurien, blessé ou bien faible. Et, alors le marigot couleur d'argile boueuse devient un magma de sang où flottent les débris de ceux qui n'ont pas attaqué ou bien su se défendre. C'est ainsi et nous le savons bien du fond de notre conscience. Nous feignons de croire à notre infinie bonté, à notre naturel penchant rousseauiste postulant l'homme bon et, pourtant, du-dedans, nous sentons les bouillonnements de lave, l'effusion, le jaillissement toujours sur le point de s'actualiser. Voyant le danger, les hommes, les femmes, ont inventé, pêle-mêle, l'amour, l'art, la diplomatie, les jeux, les voitures automobiles, les plages, la gastronomie, l'olympisme, le sport, les promenades mais ça veille toujours, comme les torchères des champs pétrolifères et il suffirait de Mais, volontairement, nous ne franchissons pas la frontière fatidique et mortelle des points de suspension, nous voulons bien être des "machines désirantes" comme les appelait Deleuze, mais à l'économie, sur le plan social, s'entend, sur le plan de notre psyché.

  Cependant le machinique est là qui, toujours, nous tire vers le bas, vers l'abîme au-dessus duquel nous ne faisons que des sauts de puce et que nous savons être notre destinée. De temps en temps, nous nous livrons à une petite incursion dans l'abîme en question, juste le temps de savoir en quoi il consiste et alors nous l'habillons de prédicats, de haillons colorés comme l'habit du Fou et qui se déclinent sous les formes de l'Orgueil, de l'Avarice, de l'Envie, de la Colère, de la Luxure, de la Paresse, de la Gourmandise et qui ne sont "Capitaux" qu'en raison d'une incurie de notre part à les atteindre facilement. Nous les hommes, les femmes qui vivons sur terre notre vie contingente parmi les misères du monde et les inconséquences de toutes sortes, combien il est bon, pour le corps, l'esprit et aussi bien l'âme, pareillement au bon Robinson qui se vautrait dans la soue, de commettre le péché qui, pour être interdit, ne saurait être que véniel, c'est du moins ce que nous pensons et, déjà, nous ne pouvons nous retenir de rire sous cape !

 

 

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 10:53

 

Seul notre regard esthétise le monde.

 

 

 

 "De la Place du Marché", tel pourrait être le titre d'un ambitieux essai sur la toponymie, la fonction symbolique des lieux, la socialité naturellement investie dans les objets du quotidien que nous n'apercevons plus faute de trop les avoir sous les yeux. Une vraie thèse de sociologie que viendraient étayer des arguments psychologiques, peut-être même la projection de quelque nouveau philosophème. Ainsi métamorphosée en Principe philosophique, La Place serait-elle regardée différemment par les habituels chalands qui la traversent sans même s'apercevoir qu'une simple Place, ça parle, que des Bancs réfléchissent, que les Platanes se livrent à une dialectique ascendante, alors que les Trottoirs, pour immanents qu'ils paraissent, n'en sont pas moins le sol sur lequel Aristote-le-pigeon, roucoulant et fiantant, élabore, depuis l'éminence de ses caroncules, quelque nouvelle théorie à même de poser les bases d'une singulière éthique, peut-être même d'une épistémologie renouvelée. Car toute connaissance, pour être reconnue en tant que telle, souvent, pour ne pas dire toujours, procède par accumulations de fait empiriques, concrets, journellement éprouvés, afin qu'un savoir juste, incarné puisse se faire jour en lieu et place des sombres ruminations instinctives dont la tyrannie du "on" ( on pense comme Untel, on juge comme Tel Autre, on bâtit des hypothèses sur les croyances communément admises) finit par faire des systèmes complets à valeur soi-disant universelle.

  C'est tout de même étrange cette cécité des humains face au réel. Ils ne le perçoivent qu'à la mesure d'une masse compacte, souvent abstraite, simple rotondité, assemblage d'angles, percussions de lignes, polygones emboîtés, architectures muettes, cubes de Lego, vissages  de pièces de Meccano, empilements de baguettes de Mikado. Et, alors, comment s'y prendre pour faire fonctionner le tout, matière contre matière, boulons sur boulons, rivets sur rivets. Toute une théorie de pièces ne jouant qu'à la mesure d'une théorie mécaniciste. Simplement juxtaposition de corpuscules et d'atomes. Ainsi relié à une fonction simplement objectale, le Vivant se réduirait, de pas sa perception des choses, au seul statut d'homme-machine.

 

"Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?..."

 

Lamartine - "Milly ou la terre natale."

 

 

  Et, ici, comment ne pas faire référence aux vers célèbres de Lamartine, le chantre de l'âme, lui qui disait de la poésie qu'elle était « de la raison chantée », merveilleuse formule par laquelle les choses ne se révèlent pas seulement à nous par leur côté orthogonal, géométrique, quadrangulaire, cet aspect dont la raison fait son ordinaire; mais aussi par leur "chant", autrement dit par leur voix, leur langage, leur côté inclinant à l'imaginaire, au rêve, à la dimension archétypale du monde, car le monde n'est pas seulement cet objet-ci, cet objet-là en leur unicité, leur occlusion mais tous ces modèles d'objets idéaux, ces parangons auxquels, par nature, nous nous référons inconsciemment afin de percevoir ce réel, précisément dans sa singularité. Avant de percevoir cette pomme-ci en tant que signifiant, nous en avons une nécessaire précompréhension en tant que signifié, la pomme en tant que telle.

  La Place du Marché; Milly, il s'agit toujours pour l'homme de se situer par rapport à un lieu investi de significations particulières, d'en tirer ce fameux "chant raisonné" qui, seul muni de ces deux faces explicatives, nous délivre la force intime et mystérieuse du lieu, sa puissance. 

"Montagnes; vallons, saules; vieilles tours; murs noircis par les ans; coteaux, sentier rapide, fontaine; chaumière, toit", ne brillent pas seulement de l'extérieur, à la manière d'objets séparés du Poète. Le Poète, ce lieu natal, il l'a investi dans le moindre repli de chair; il l'a lié à son souffle, accordé au rythme de ses battements de cœur, à l'allure de ses pas. En termes psychanalytiques, on dirait qu'il a introjecté tous ces objets afin que le signifiant métabolisé devienne du signifié, à savoir de l'essence, de l'âme. La Montagne n'est plus simplement forme, élévation dans l'espace d'une géologie, adret et ubac. La Montagne est cette projection fantasmatique dont le Regardant métamorphose la naturelle apparition. D'objet simplement posé devant soi, la Montagne devient Sujet à part entière, c'est-à-dire langage, c'est-à-dire conscience si l'on veut être cohérent dans son analyse. La Montagne vit, parle, éprouve, ressent et peu importe si tout ceci résulte d'une projection anthropologique faisant de la pierre un objet vivant, existant peut-être même. La compréhension du monde n'est jamais qu'une hypothèse que nous faisons en sa direction avec notre inévitable interprétation subjective. Les choses ne sont pas fixées comme si une loi d'airain les concernant avait été gravée à la manière d'un quelconque décret humain ou bien même divin.

  C'est notre regard qui esthétise le monde, lui attribue telle ou telle forme, telle couleur, telle fonction, tel aspect. Le monde en-soi ne se modèle qu'en fonction de l'idée que nous nus faisons de lui. Le monde, nous le sculptons. Toute conscience vise l'objet et l'assigne à sa propre vision. S'il en était autrement, que les choses fussent immuables, alors la vision du monde rétrécirait comme peau de chagrin et le regard de tous les individus de la Planète serait contenu dans la même nasse étroite. Or, bien évidemment il n'en est rien. Chaque être, de par sa singularité, habille le monde selon sa propre liberté.

  La montagne pour moi, jamais ne sera la montagne pour toi. Tout simplement parce que chaque expérience la concernant l'a investie d'une pluralité de sens, par essence, différents. "La Montagne magique" de Thomas Mann, n'est pas "Le Mont analogue" de René Daumal, lequel n'est pas l'Annapurna de Maurice Herzog.

  La Place du Marché, pour la bande de Branquignols, se décline d'autant de façons qu'il y a de regards s'appliquant à en faire l'inventaire. La Place de Simonet-le-penseur n'est pas la Place de Pittacci-le-voyeur. Sans doute cette rapide démonstration était-elle superflue. Cependant il y a nombre de portes que l'on croit ouvertes alors qu'on y bute souvent. La Place du Marché est de telle nature qu'elle appelle une polyphonie des voix, une multiplicité des regards. Il suffit de s'y laisser aller !

 

 

 

 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 12:21

 

L'Autre, comment le percevoir adéquatement ? 

 

 

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      Source : AVOIR-ALIRE.COM.

 

 

   L'Autre, ce fameux continent inconnu, comment procéder afin, qu'un jour, il devienne visible?  Un peu comme si, devant soi, on avait un bloc d'argile, que l'on se munisse d'une mirette ou bien d'une spatule et que, patiemment, à petits coups, l'on dégage des pellicules de terre afin de parvenir à découvrir la sculpture qui s'y occultait. Ou bien que l'on se saisisse d'un crayon, d'un Conté un peu gras, par exemple, faisant sur des grandes feuilles de Canson des esquisses à partir desquelles nous pourrions saisir un peu de cette réalité extérieure que nous tend l'Autre sans que nous puissions bien en prendre la mesure.

  La méthode utilisée par Jules a essentiellement consisté, d'abord, à bien regarder ses Copains - La Place du Marché est une manière de lieu idéal -, à scrupuleusement noter les nervures, creux, dépressions et dolines dont ses Amis lui faisaient quotidiennement l'offrande, une manière de géologie à ciel ouvert, puis jetant quelques notes sur des feuilles quadrillées. "Quadrillées", cela a-t-il tellement d'importance ? Mais bien évidemment, quand on connaît le Jules. Pensez seulement à son ancien métier de Magasinier à la Manu et, déjà, vous aurez un début de réponse. Le Jules, du temps du boulot, classait journellement des milliers de pièces, ressorts et autres clavettes, dans des centaines de tiroirs : les fameuses catégories d'Aristote, si l'on veut. Quand on essaie de rationnaliser, c'est toujours de la même façon que l'on procède. Le réel, que nous percevons d'abord sous la forme d'une masse profuse, plurielle, luxuriante, un peu comme la forêt pluviale dense se montre à l'explorateur égaré, ce réel donc, nous sommes contraints de le découper, comme avec un simple cutter, puis, posant les pièces du puzzle devant nous, nous reconstruisons ce puzzle.

  C'est tout juste ce qu'a fait ce bon Jules LabesseSes Copains, il les a un peu démantibulés, a placé, d'un côté la tête et le cou; d'un autre les membres, façon Ravaillac; puis le torse; puis le reste des pièces détachées et, ainsi, comme le faisait Picasso avec ses modèles, les amenant à éclater sous la poussée plastique du cubisme, disposant devant lui les aires anatomiques selon son bon plaisir, disjonction du visage, diaspora des membres, fragmentation des seins, du sexe, le tout devenant disponible, immédiatement préhensible, aussi bien dans l'ordre du fantasme que dans celui de la visée artistique. Mais, vous l'aurez compris, Labesse n'était pas Picasso, pas plus que Jules n'était Pablo. Mais peu importe, l'on peut vivre sans forcément être né sous le soleil de Malaga et se prendre pour le Minotaure lui-même.

  Donc Jules ayant étalé ses Copains devant lui, avait tout le loisir de les observer sur toutes les coutures, aussi bien les extérieures, les corporelles, mais aussi les intérieures, le caractère, les mœurs, les pensées, l'esprit, les fantasmes et aussi bien l'âme parce que, lorsque vous la cherchez adéquatement, vous finissez par mette la main dessus. Enfin, façon de parler, vu qu'elle est infiniment mobile et que, lorsque vous pensez l'apercevoir dans quelque pli, le foie, la rate, elle se débine aussitôt dans un autre secteur, la tête, le sexe ou bien au mitan de la glande pinéale.

  Car, voyez-vous, l'âme, avant d'être un bout du corps, aussi intime fût-il, c'est surtout de la mobilité, du passage, de la fuite, de la translation, du vent, du souffle, du déplacement, du voyage, de la pérégrination, une zébrure, un changement coloré, une métamorphose, une imago, un écoulement, un ruissellement, une onde-corpuscule, un phosphène, du brouillard au-dessus du marais, un glissement, un sillage, une spirale, une ligne sans fin, une voie vers l'horizon, un éther, la courbure du cristal, la vibration du grain de silice, l'amplitude du quartz, le vol de l'éphémère, la goutte de rosée, le scintillement au bout des herbes, la persistance du givre, le cristal de neige, le gaz au-dessus de la tourbière, la part des anges, le glacis de la toile, le tain du miroir, la quadrature du cercle, la sphère céleste, l'eau des abysses, le clignotement des étoiles, l'éclipse, la queue coruscante des comètes, l'éblouissement, l'instant d'avant le jour, la couleur lisse de la perle, le gris, le gris, le gris, l'écume sous le vent, la respiration du monde, l'ellipse sans fin des mots, l'arcature du jour, l'enclin du soir, la nuit souveraine, le chant de la Lune, le balancement du nycthémère, la diastole-systole, le gonflement du cardia, les yeux, la pupille, l'occlusion ouverte de l'obsidienne, la courbure du galet, l'ambroisie, la gemme des mots, le susurrement, la confidence étoilée, le secret polychrome, l'estompe du temps, la Petite Madeleine, les rivages lagunaires, les Syrtes, le glissement sur la lame d'eau, le souffle du marais, le bleu de l'iceberg, le peyotl, les météores, l'île, l'utopie, les chants polyphoniques, la voix voilée, le regard de Picasso, l'outre-noir de Soulages, l'extase matérielle de Le Clézio, les lieux de Duras, la flûte au sommet des Andes, la laine des vigognes, la mémoire oblitérée de Modiano, l'odeur des incunables, la rencontre, les affinités électives, les chants maldororiens, la folie artaudienne, les moustaches de Nietzsche, la démence de Zarathoustra, la fée aux miettes, le nuage, les gouttes de pluie, les visages de cuivre des Indiens, la main tendue, les guillemets, l'apostrophe, la coupure dialectique, la césure du soir, les matins bleus, les mains du vent dans l'olivier, le balancement du palmier, l'épaule des dunes, la fuite de l'eau dans les acéquias, l'agitation menue des oyats, le poème du feu, le rayonnement de l'âtre, les escarbilles, les feux de Bengale, la musique des astres, l'amour platonicien, les sphères, les sphères, les sphères, le signe de l'infini, le delta, les lettres, la ponctuation, la divine comédie, Thélème, la vision panoptique, les fragments colorés du kaléidoscope, la mutation du caméléon, la brise marine, le sommet des montagnes, la canopée multiple, les seuils, les portes, les clés, les embouclements du langage, la question, la question, la question, l'instant Métaphysique, le silence, le silence, le silence et encore plein de dilatations, de gonflements, d'éploiements, d'efflorescences, de conques ouvertes, de cornes d'abondance, de dépliements de crosses de fougères, et encore plein de pleins de pleins de pleins, c'est tout cela l'âme, c'est tout cela que Jules Labesse cherchait à comprendre parmi les circonvolutions, diapreries et autres arabesques que faisaient, à longueur de temps, ses Amis sur la Place du marché et aux alentours d'Ouche. C'est cela même qu'il essayait de mettre en musique par ses tableaux, ses graphiques, ses milliers de gribouillis, c'est cela qui le faisait avancer, le faisait croire à un possible avenir. C'est cela, cette complicité, cet assemblage étroit, comme le font les moules sur leurs bouchots, qui permettait aux Copains de naviguer d'une rive à l'autre de l'existence avec du sens accroché entre les bornes, l'originelle, l'ultime. C'est cela que vous, LecteursLectrices, cherchez si, d'aventure, vous avez eu le courage de cheminer à mes côtés jusqu'ici.  C'est du SENS dont vous êtes en quête. Et peu importe qu'on l'appelle amitié, amour, art, esprit, âme, peu importe. L'essentiel est d'être en chemin vers plus illisible que soi et d'essayer, patiemment, méticuleusement, d'extraire cette fameuse "chair du milieu" (attention : marque déposée) dont nous sommes construits et que, souvent, nous n'apercevons pas, faute qu'elle soit dressée devant nous à la manière d'un menhir.

 

 

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 10:58

 

L'Autre : grille de lecture singulière.

 

 

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  C'est toujours pareil, parmi les hommes, comme une ligne de partage qui délimiterait, une césure qui les placerait les uns à côté des autres, en ferait des échantillons à placer sous la loupe du regard.  D'un côté les grands, de l'autre les petits; les chevelus, les chauves; les Noirs, les Blancs; les Futés, les Modestes du bonnet. Mais voyez-vous, tout ceci repose essentiellement sur les vertus de la dialectique, laquelle depuis les anciens Grecs, cherche à créer du paradoxe, à opposer les énoncés, leurs contenus, à différencier, à confronter. Or, si la dialectique est la forme qui convient aux agoras afin que s'y produisent échanges et discours, il en va tout autrement dès qu'il s'agit d'établir des catégories, des sortes de classifications selon lesquelles se répartiraient les Hommes, les Femmes, eu égard aux prédicats qui leur sont attachés.

  C'est ce que fait Henriette depuis la radicalité de son jugement, et, bien sûr, prenant l'amplitude de ses convictions pour la vérité toute nue, elle classe, d'un côté les Bien lotis, les Méritants; de l'autre les Insuffisants, les En-voie-d'accomplissement, comme s'ils émergeaient juste du limon et qu'une main démiurgique, sans doute, eût à les façonner afin qu'ils parviennent à une éclosion adéquate. Mais adéquate à qui ? Mais adéquate à quoi ? Mais bien évidemment au sentiment qu'a Henriette de posséder la bonne clé d'interprétation. Or, ce qui est vrai d'Henriette est aussi vrai pour chacun des Individus faisant sa marche obstinée sur le bout de Terre qui, pour un temps, lui a été alloué. Bien évidemment, vous aurez reconnu là les singuliers entrechats, les subtiles broderies avec lesquels toute conscience s'arrange, juste dans l'intention de pouvoir prétendre taper dans la cible, en plein milieu de sa signification majeure, à savoir la justesse de sa propre appréciation concernant les choses. Et les hommes aussi car, si l'on possède le bon outil, pourquoi ce dernier faillirait-il à sa tâche ?

  Le problème est bien celui qui pointe le bout de son museau chafouin, dont je suis sûr que vous aurez perçu ses trémulations vicieuses, tout comme le raisonnement biaisé qui lui est attaché. Si la taupe peut se contenter d'un jugement à courte vue, prélevant ici ou là une racine ou un tubercule sans en connaître la nature profonde - tout fait ventre identiquement dans les circonvolutions ombreuses de l'humus -, bien évidemment il ne saurait  être question de chercher à fouir le sol anthropologique de la même manière que celle utilisée pour le simple et naïf végétal dont le nom indique, du reste, la vie simplement végétative. Mais, me direz-vous, un jugement est bien possible concernant l'homme, la femme. La morale, la justice, l'amour se nourrissent bien de ces différences existant entre les individus afin que l'humain dispose d'un code selon lequel apercevoir la vérité ou son contraire, la fausseté, l'inexactitude à être.

  Certes. Non seulement un jugement est possible, mais il est indispensable à tout fonctionnement social. Il y aura toujours des humanistes et des délinquants; des esthètes et des matérialistes; des bons Samaritains, des  Prêtres et des Lévites longeant le corps du malheureux sans même lui accorder un regard. C'est ainsi, la nature humaine est une manière d'auberge espagnole, de caravansérail où se croisent dans une incroyable complexité pèlerins honnêtes et marchands véreux, ou bien l'inverse, la variété humaine tenant à la fois de la merveille et de la simple abomination dans un même geste continu d'exister. Sans doute n'y a-t-il pas de pomme sans ver ! Autant en prendre notre parti. Et maintenant, après ces allusions aux paraboles éclairantes et aux métaphores explicatives, il suffit de se reporter aux comportements de nos aimables protagonistes car, à leur façon, ils sont pareils à des images nous aidant à nous saisir du réel.

  Si Henriette, aussi bien que Jules ont le "droit", chacun à leur manière, de percevoir les objets du monde, ils ne procèdent pas identiquement, loin s'en faut. Henriette, en prise directe sur les choses, volontiers concrète et un brin expéditive se confie, le plus souvent, à des opinions instinctuelles, genres d'arc réflexe produisant du sentiment, de l'opinion (la doxa des Grecs), du prêt-à-porter de la pensée, de la mondanéité, de l'expression sur le mode du "on" : on pense comme Paul, comme Pierre et tout ceci, évidemment, court-circuite une bonne partie du libre-arbitre. Le libre s'évacue, ne reste plus que l'arbitre ! Ceci énoncé ne veut en rien signifier que l'insistance à être d'Henriette serait en une certaine façon, inférieure à celle de Jules qui, on l'aura compris, fonctionne lui également avec l'arbitre mais en ménageant, tout autour, une aire de liberté. Car, si apprécier une pomme peut se satisfaire d'une manière d'immédiateté perceptive : celle-ci me paraît meilleure; celle-ci moins goûteuse, en matière d'humain il convient de prendre des pincettes, à savoir de conférer au jugement une assise plus large. En définitive, tout est en ce domaine, relié à une question spatio-temporelle. Poser un jugement, pour Jules, suppose une antériorité d'appréhension du sujet dont il est question, en même temps que l'édification d'un vaste espace tout autour afin que celui-ci, cet empan de liberté, crée les conditions mêmes d'une possible vérité. C'est pour cette raison que pour Jules, identiquement à son ancien métier de Magasinier, c'est à la suite d'une longue expérience, d'une maturation des données réelles se présentant quotidiennement à lui, que va découler son activité de classification du divers - pour lui boulons, soupapes et biellettes -,  dans des catégories particulières. Car toute taxonomie doit nécessairement s'enquérir, bien en-deçà de l'événement actuel qui fait phénomène, des assises qui ont précédé son apparition et, déjà, apercevoir, bien au-delà de son actuelle structure, les formes possibles de son devenir. Pour faire référence à une métaphore facilement compréhensible : s'enquérir de la pomme ne peut avoir lieu qu'après avoir pris acte des racines qui l'ont portée à son éclosion et, déjà, de sa corruption, donc de sa disposition de s'abandonner pour laisser place à une autre génération de pommes.

  C'est simplement pour cette raison que Jules a élaboré une grille de lecture complexe, intégrant aussi bien la relation des ses Copains au registre de la sensorialité, des archétypes, des formes symboliques, des manières d'exister, grille que vous découvrirez lors de la prochaine publication et dont déjà, votre perspicacité aura tiré quelques anticipations. Et, pour clore ce propos sur notre perception du monde, disons que le mode d'approche, pour Henriette est "proximal" donc opérant dans un rayon d'action immédiat, alors que pour Jules, il est "distal" donc a priori éloigné du sujet à observer, ce recul lui assurant, cependant, une perception plus "objective" du réel. Pour autant, si vous questionniez Jules et Henriette sur la qualité de leur singulière approche, chacun serait persuadé d'avoir fait le "bon choix", tellement il est vrai que chacun de nous a une telle familiarité avec sa propre nature qu'y introduire le moindre grain de sable peut gripper la machine. Peut-être, en définitive, dans tout ceci n'est-il question que de rouages, de clavettes et de pignons s'emboîtant "naturellement". Ce n'est pas l'ancien Magasinier de la Manu qui nous contredirait, lequel cependant, fait fonctionner la machine à sa manière. Unique, bien évidemment !

 

 

 

 

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 16:45

 

Dieu aime-t-il les pauvres ?

 

 

 

  Parfois, avouez, c'est à n'y rien comprendre au comportement des hommes, à leurs lubies, à leurs petites manies, à leurs gentils radotages, à leurs croyances. Remarquez, les croyances des autres cela ne nous empêche pas d'avancer et de tremper notre bout de crouton dans la gamelle, et de vivre selon nos propres principes. Après tout, la foi ça se respecte et il faut bien un peu de tolérance dans la société afin qu'elle puisse faire tourner ses bielles et actionner ses rouages sans autre forme de souci.

  "La tolérance ?  Il y des maisons pour ça !", affirmait le très catholique Paul Claudel. Oui, et après tout on peut aussi bien "aller aux Putes" qu'honorer la Vierge Marie le dimanche. Peut-être, d'ailleurs, les deux ne sont-ils pas incompatibles ! C'est toujours d'un même acte d'amour dont il s'agit. L'un est amour vénal incliné au commerce avec les Dames de petite vertu; l'autre amour sublimé en direction d'une Dame à la grande vertu. Du moins nous l'a-t-on appris ainsi dans la petite sacristie qui sentait bon le moisi et le pain azyme et même on n'avait qu'une hâte avec les autres chenapans, c'était de sortir au soleil, de s'égailler dans la nature en criant comme des beaux diables, oubliant ce que le bon Curé aux oreilles découpées dans du carton - cause aux engelures -, nous avait inculqué longuement, et que nous nous dépêchions de disséminer aux quatre vents le temps de chaparder quelques cerises vertes. C'était à la période du bon "Mois de Marie". A part le Curé, la Sainte du coin, le carillonneur et les trois ou quatre enfants de chœur commis à servir l'Immaculée, on peut pas dire que la Maison du Bon Dieu avait à pousser ses murs afin d'y accueillir la foule des fidèles ! Mais revenons-en aux vertus de ces Dames et aux diverses croyances subséquentes, sans cependant s'engager ici dans le débat urticant qui, toujours, s'installe entre dévots et agnostiques. C'est affaire de penchant personnel, non de raison.

 

   "La foi ne se prouve pas, elle s'éprouve. Les croyants n'ont pas besoin de preuves, mais d'épreuves.", comme l'affirmait subtilement Julien Green .

 

  Or, si nous suivons l'Ecrivain dans son assertion, nous en approuverons le contenu surtout quant à la finale de son énoncé : "Les croyants [ont besoin] d'épreuves".

 Et, bien évidemment, ce n'est pas Henriette qui nous contredira, elle dont le long monologue est une violente diatribe en direction des religions, du joug qu'elles imposent, des fourches caudines sous lesquelles doivent se ployer les croyants afin qu'ils soient dignes de recevoir l'amour divin. Mais de quoi l'homme s'est-il rendu coupable pour qu'il lui soit demandé de subir ces fameuses "épreuves" ? Certes la pomme, certes les fruits de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais peut-on se laisser abuser longtemps par une si mince fable ? Et quand bien même l'âme de l'homme, en sa nature, eût dissimulé depuis l'origine, les stigmates d'une "joie" peccamineuse, Dieu, en son infinie bonté - c'est du moins l'antienne des bedeaux et autres catéchumènes -, eût pu consentir à "passer l'éponge" pour plagier la très concrète Henriette.

  Car, sur Terre, entre hommes de relativement bonne volonté, lorsque la justice rend son verdict, l'homme condamné "purge sa peine", pour, ensuite, ressortir à l'air libre et marcher en tous sens selon les délibérations  de sa nouvelle liberté. Mais il est vrai que la justice des hommes n'est pas celle de Dieu, et comme Dieu est le Transcendant par excellence, il est "juste" que sa sévérité soit exemplaire au regard du piètre comportement de l'humaine condition.

  Soit. Mais ce qui est confondant dans toute cette histoire, c'est que ce sont toujours les pauvres diables, les laissés pour compte, les paumés de tous ordres qui paient, tout au long de la longue aventure humaine, la plus lourde facture. Comme si la pauvreté elle-même était une des conditions requises pour souffrir davantage et s'extraire de son extrême condition de pêcheur impénitent à la seule force du poignet.  Ainsi, aux quatre coins de l'univers, dans les sombres, étroites et humides galeries des mines, pour quelques pièces, les damnés  arrachent au sol ses richesses en priant la Pachamama, la "généreuse" Terre-Mère (= la Vierge Marie) de leur accorder pain  quotidien, alcool et longue vie alors que, de leurs gueules noires coule, en longs filets jaunâtres, le jus de feuilles de coca qui, chaque jour un peu plus, les envoie en enfer. Remarquez, ils y sont déjà et n'ont donc plus rien à craindre ! Et ce qui est vrai dans le cadre de la cosmogonie andine l'est tout autant sous d'autres latitudes, aussi bien dans le chamanisme Inuit, que chez les esprits de l'animisme, les rites vaudous, le totémisme, ainsi que dans toutes les mythologies religieuses ou assimilées qui ont fleuri de tous temps sous les divers tropiques, fussent-ils "tristes" ou bien versés au pur hédonisme. 

  Traits communs à ces diverses épiphanies du fait religieux : une certaine naïveté des populations, souvent beaucoup d'ignorance, de piété mystique, de prosternation devant des phénomènes inexpliqués, le refuge instinctif dans la meute tribale, une peur quasiment viscérale de la nature et des déifications qui semblaient l'avoir investi de toute éternité, l'adhésion à des cosmogonies "primaires" fondées sur des chaînes de causalité claudicantes, une existence recluse et incluse dans un territoire "féodal" où perdurait souvent la fameuse dialectique hégélienne du "Maître et de l'esclave". Mais, malheureusement, pour ces peuples opprimés, la logique de la "Phénoménologie de l'Esprit" semblait être grippée, ne produisant que rarement le résultat qu'énonçait le postulat, à savoir que l'Esclave excédé par sont sort finissait par se rebeller et prendre le pouvoir à son tour.

  On voit donc comment la pesanteur humaine, l'inertie naturelle des sociétés dominantes permettaient, par le recours à la force, mais aussi, bien évidemment, à la soumission qu'exigeait la pratique d'une religion ou d'une croyance, de maintenir dans un statut de quasi-dépendance des légions de travailleurs affamés, en haillons et hagards, lesquels n'avaient guère que le recours au fameux "opium du peuple" auquel recourir afin de ne pas tuer dans le germe le mince espoir qui s'insinuait encore dans les consciences à la manière d'un filon étique, de plomb plutôt que d'or. Le métal jaune répandait une sorte de mandorle ceignant le front des Méritants, alors que la gangue de plomb faisait ployer l'échine des Coupables. Ainsi semblait s'accomplir la parabole inscrite depuis la nuit  des temps à la cimaise du Paradis Terrestre :

 

  " Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez." (Genèse 3).

 

  Ainsi s'exprimait le Serpent face à Adam et Eve, instillant dans leur âme ainsi que dans celle de leurs descendants, l'idée même de la Mort, du péché éternel et du rachat  dont l'homme devenait  redevable avant que de redevenir fréquentable. Cependant à ce jeu du rachat, c'était comme au Monopoly, certains gagnaient et amassaient des fortunes alors que d'autres végétaient et croupissaient dans des quartiers peu reluisants. C'est ce constat en forme de yatagan ou bien de guillotine acérée qu'Henriette énonce avec virulence devant Jules médusé (Voir "les Copains d'abord"), lequel Jules n'en pense pas moins mais le tient bien au chaud en quelque pli secret du corps.

  Bien évidemment, ce type d'interrogation suspendue dans le vide - pourquoi des pauvres ? -  nous cloue contre le mur de la déréliction, puis nous livre, pieds et bouche scellée, dans le puits sans fond de la sombre aporie, là où se referme la compréhension, là où la questionnement se retourne comme un gant inutile ne pouvant plus guère nous assurer que de saisir le monde à la manière d'un filet d'eau putride et nauséabonde. Le sens - cette transcendance réalisée - s'absente soudain de nous, nous laissant sans voix, c'est-à-dire nous ôtant ce que nous avons de plus noble, à savoir le langage et la conscience qui en assure l'effusion. Et, même si le souverain Principe de Raison fuit de notre pensée à la vitesse des comètes - corollairement au sentiment de fermeture de l'aporie -, essayons tout de même de nous poster sur le seuil d'une possible réflexion et, à tout le moins, d'un entendement avec nous-mêmes.

  Ces "Mineurs de la Pachamama" - ces croyants étalant devant nous la palette des offrandes, quelques feuilles de coca, une giclée d'eau de vie, une goulée de bière, une pincée de poudre de perlimpinpin; le font-ils par amour pour eux-mêmes, par pure égoïté, attendant de leurs prières un juste retour; le font-ils pour une supposée félicité qui, un jour, pourrait leur être offerte afin que soit effacée leur douleur; le font-ils pour l'amour qu'ils adressent à la Pachamama, à Dieu, à un Absolu comme finalité, sans espoir de quelque bénéfice ?  Le font-ils seulement "pour le faire", pour que quelque chose soit accompli, mus par un sombre et impérieux instinct ?

  Mais tout ceci est un autre enjeu qui, en définitive, pose le problème du sens à accorder à l'amour. Nécessaire réflexion dès que l'on s'adresse à l'Autre, fût-il humble, roi ou bien Dieu. La question demeure posée.

 

 

 

 

 

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 09:33

 

L'âme flotte-t-elle ?

 

 

 

  Aujourd'hui, ça va juste être le tour de ce bon Pittacci; Calestrel ce sera pour la prochaine fois. Car, voyez-vous, c'est comme dans la "Comédie humaine" de Balzac, les personnages, faut prendre le temps de les détailler, les mettre sous l'œil du microscope, prendre son scalpel et de voir ce qui se dissimule sous la peau, au-delà de l'épiderme, dans le profond du corps, à cet endroit mystérieux où se dissimule l'âme. Faut chercher longtemps vu que c'est de l'invisible, l'âme. Depuis le temps qu'on en parle et qu'on gire tout autour sans bien savoir en quoi elle consiste, quelle est sa nature profonde, si elle ressemble à un boomerang, à une langue de feu transcendant la réalité, à un pur souffle d'air avec quelques volutes blanches alentour. Souvent, avec les choses invisibles, on se comporte comme les gamins qui imaginent le château de la Belle au bois dormant, et le château et la Belle, on les imagine selon ses inclinations personnelles. Des fois c'est un château romantique comme celui de Louis II de Bavière, perché sur son éperon de rochers, tout près des nuages et avec plein de frondaisons vertes comme de la mousse à la pistache. Parfois c'est un sombre château écossais de pierres brunes dont la silhouette s'efface par le haut au milieu des nuages, par le bas dans le lac où Nessie fait ses contours ophidiens. Parfois c'est juste une superposition d'idées, une dérive onirique, un glacis à la surface de la toile, un moulin avec ses ailes bariolées qui tournent dans le vent.

  Vous voyez, c'est si bizarre, les choses de la nature de l'âme, des sentiments, de l'esprit, du spirituel, de l'art. Ça change infiniment selon le regard de celui qui applique son œil au microscope et cherche à voir ce qui, par hasard, voudrait bien s'éclairer. C'est un peu comme les fragments colorés du kaléidoscope, facile métaphore d'une vérité multiple, toujours fuyante, insaisissable à mesure que l'on s'en approche. Car c'est bien là la manière qu'a la vérité de se présenter à nous, par petits bonds successifs, avec une marche de guingois, souvent claudicante, hérissée de faux-bonds, glissant infiniment au-devant d'elle comme si, elle-même voulait se précéder afin de se mieux connaître. Et, souvent, plus on pense au problème de la vérité, plus on cherche à en savoir davantage, plus on s'empêtre dans le marécage des contradictions. C'est comme si on avait les mains enduites de guimauve collante, élastique, avec laquelle on finit, bientôt, par faire une manière de boule unique, indistincte.

  Mais revenons à l'âme. Faute de pouvoir en tracer une esquisse satisfaisante que nous pourrions dessiner sur une feuille de Canson, puis l'épingler au mur sans autre forme d'inquiétude, nous préférons lui conférer une forme, lui donner corps, l'inclure dans une concrétude, en faire, sinon un objet, du moins un simple colifichet qu'aussi bien nous pourrions porter au-devant de nous, à la manière d'une offrande et qui contribuerait à nous définir. Une photographie en somme. Une image identitaire. Comme les prisonniers, nous pourrions tenir une ardoise grise sur laquelle serait tracée, à la craie blanche, la couleur de notre âme. Ainsi, au hasard de nos déambulations dans l'établissement pénitentiaire, pourrions-nous lire : "Amour" - "Don de soi" - "Sexe" - "Pêche à la ligne" - "Nourriture" - "Rencontre" - "Altérité "- "Femmes" - "Hommes" - "Orgueil" - "Avarice" - "Envie" - "Colère" - "Luxure" - "Paresse" - "Gourmandise" .

  Mais voilà, qu'en dernier ressort, nous n'avons énuméré que les 7 péchés capitaux. Mais l'âme aurait-elle d'abord à voir avec ceux-ci, serait-elle une simple hypostase du Bien, du Beau, du Vrai et leur toujours possible chute dans les ornières de l'humaine condition. Par exemple Sarias est constamment attiré vers le piège de l'égoïsme; Pittacci complètement livré aux affres de la luxure; la Mère Gignoux par la gourmandise; la Mère Dubreuil par la colère. Quant aux autres, les vertueux, les bien-pensants, bien-agissant , les Simonet et autres Vergelin, ne nous exposent-ils ce côté brillant de leur âme qu'à en dissimuler le revers d'ombre ?

  Vivre, ou plutôt exister, serait-ce toujours naviguer à vue en évitant les écueils, les barres de rochers, les carcasses échouées, les récifs d'autant plus dangereux qu'ils sont cernés d'une certaine invisibilité ? Vivre serait-ce laisser flotter son âme entre deux eaux, les eaux claires de surface, celles plus sombres, abyssales et glauques des grands fonds ? Les Copains, sur leur frêle esquif essaient, à leur façon, de poser cette éternelle question à défaut de pouvoir y répondre. C'est une des raisons qui font que leur continuelle navigation, par vents et marées  s'accomplit toujours selon la devise célèbre : " FLUCTUAT NEC MERGITUR". "Il flotte mais ne sombre pas". Sans doute l'âme est-elle de cette nature. En faire l'hypothèse nous maintient au-dessus des flots aussi longtemps que nous porte cette croyance. Mais peut-être n'est-ce qu'un leurre ?  Interrogez votre âme, peut-elle consentira-t-elle à vous répondre ?

 

 

 

 

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 10:09

 

La délicieuse petite subjectivité égocentrée.

 

 

   Vous aurez deviné, Henriette, on peut pas vraiment dire qu'elle est vraiment en phase avecGarcin. Faut dire, le Garcin, il est plutôt du genre mal équarri et il semble plus tenir à la complétude de sa bedaine qu'à l'incomplétude de ceux qu'il croise. C'est comme ça, Garcin, c'est pas le mauvais diable, mais il n'hésite jamais à jouer des coudes dans la fille d'attente de la primaire, à pousser un brin la viande des Mitoyens, de façon à piquer la place à côté du poêle qui ronfle alors que les giboulées font les malignes juste derrière le carreau.

  Oui, vous me direz que vous en connaissez plein des types du genre de Garcin, des pas-gênés-aux-entournures qui pensent qu'ils sont la Terre, le ciel et les étoiles. Ils sont comme des soleils avec le carrousel des planètes qui tourne autour et ça les empêche pas de mettre un pied devant l'autre.

  Des fois, Henriette, elle dit que tous les hommes sont comme ça. Des fois Jules dit que toutes les femmes sont comme ça. C'est étrange, tout de même, cette manie de se défiler dès l'instant où il s'agit de prendre le miroir et de trouver au milieu du tain brillant ses petites taches, ses petites éclaboussures, lesquelles sont là juste là pour nous dire nos insuffisances, nos manquements, nos obsessions mesquines et la vie qui tourne autour et qui n'en peut mais !

  Indulgence avec soi, exigence avec les Autres comme si ces derniers étaient de faibles et confondantes hypostases de notre propre royauté. Mais c'est tout simplement magnifique cette manière d'inconscience qui nous permet d'exister à l'économie, le cul posé sur les braises sans même en sentir la chaleur. Oh, souvent, il y a bien des inquiets, des atrabilaires, des métaphysiques qui viennent souffler sur les braises, juste histoire de voir si, au-dessus, brûle la flamme de la conscience. Mais heureusement pour chacun de nous, nous sommes desSubjectivités montées sur pattes, de minuscules volcans animés de l'intérieur et nous ne consentons à prendre acte des autres insularités qu'à projeter en leur direction, fleuves de lave, rigoles de feu, jets de lapillis et autres bombes volcaniques.

  Et, de cela, y a-t-il lieu  d'en prendre ombrage, d'aller en place de Grève, de dresser l'échafaud et de disposer sa tête sur le billot ? Mais alors nous ne serions que notre propre bourreau, nous mettrions fin à l'individu, pas à l'humanité, à ses travers, à ses marches de guingois. Car, voyez-vous, nous sommes comme les crabes. Nous ne consentons à sortir de notre abri de rocher qu'à aller sucer la moelle de l'Autre, le pauvre et innocent bernard-l'hermite qui traîne son existence derrière lui à la façon d'un obséquieux boulet. Mais, dans ceci, il n'y a rien de tragique, pour la seule raison que, tour à tour et collectivement, nous sommes tantôt crabes, tantôt bernard-l'hermite et nul ne songerait à s'en offusquer ! Et comme je suis, comme vous, une pure Subjectivité, je sais que vous pensez comme moi.

  En son temps, un type comme La Bruyère - quel nom délicieux tout de même pour dire aux arbres que nous sommes comment ils doivent pousser ! -, ce type donc, dans les "Caractères"dressait le portrait robot de l'humaine condition, avec justesse, nous inclinant à corriger nos défauts.  Mais c'est au délicieux Blaise Cendrars que nous laisserons le soin de conclure :

  "Sans l'appui de l'égoïsme, l'animal humain ne se serait jamais développé. L'égoïsme est la liane après laquelle les hommes se sont hissés hors des marais croupissants pour sortir de la jungle."

   Sans doute sommes-nous continuellement occupés à sortir de la jungle des comportements et sentiments humains. Mais qui donc consentira à lâcher la liane le premier ? 

 

 

 

 

 

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