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26 juillet 2025 6 26 /07 /juillet /2025 09:25
Les Égarés

Crayon : Barbara Kroll

 

*** 

 

    « Si notre corps est la matière à laquelle la conscience s’applique, il est coextensif à notre conscience, il comprend tout ce que nous percevons, il va jusqu’aux étoiles. »

 

Henri Bergson - « Les deux sources de la morale et de la religion »

 

*

 

   [Å l’incipit de cette méditation sur le crayonné de Barbara Kroll, le titre « Les Égarés » orthographie au masculin, doit se lire en tant que notation générique de l’Humain en sa multiple représentation. Å l’évidence, le dessin nous livre deux silhouettes féminines, lesquelles, vous en conviendrez, peuvent se ranger, sans privilégier un sexe par rapport à l’autre, sous la catégorie « Hommes ». Et, en arrière-plan, non seulement l’Humain est appelé à paraître, mais aussi bien l’espèce animale, tant elle est concernée, certes à des degrés différents, par la genèse de la vie en sa contingence la plus étroite.]

 

   La réflexion à laquelle nous invite Bergson est celle-ci même qui fait émerger, chez tout Vivant, singulièrement chez l’Humain, la coprésence de deux corps, dont l’un, le corps-matière est hautement palpable, identifiable, clairement déterminé, alors que l’autre, le corps-cosmique, est projection de notre lieu humain hors de son territoire propre, infigurable. Bien évidemment, corps éthéré, qu’à la rigueur nous pourrions rendre intelligible sous la figure de « l’aura » dont les synonymes « émanation », « ambiance », « halo », « nimbe », « phosphorescence » pourraient rendre compte, certes d’une façon troublante-étonnante, manière d’épiphanie venant en excès de notre être. Débordement que nous pourrions nommer « cosmophanie », toute cette réalité floue, indiscernable que nous ne pouvons guère évoquer que de manière allusive-intuitive, tant son être nous échappe dont, pourtant, nous sentons les effluves subtils sur le bord irisé, la périphérie nébuleuse de notre conscience.

   C’est, pourrait-on dire, ‘’la part surnuméraire’’ qui nous est accordée, celle au titre de laquelle seuls les prédicats de « joie », « d’ineffable », « d’indicible » peuvent être convoqués, tous ces moirages, ces diaprures, ces chatoiements dont la présence effective ne paraît qu’en creux, en tant qu’envers de ce qui est, à savoir sombres conjectures, troublantes péripéties, événements existentiels incompréhensibles, eux qui nous traversent continûment, eux dont nous ne saisissons jamais, qu’à grand peine, les rapides contours, dont nous n’éprouvons que les membranes translucides, dont nous ressentons, au plus profond, l’onction proprement déconcertante de ces vents noroît évanouis dès l’instant même où ils nous ont affectés.

   De manière incisive, Chacun, Chacune aura saisi combien, ici, nous sommes en Territoire Métaphysique, combien l’invisible se donne en lieu et place du visible. Mais c’est ceci, tous ces tremblants mirages, ces illusions douteuses, ces utopies flottantes, ces songes de dentelle, cet imaginaire subtil, qui tressent le coutil de la pure merveille d’être selon qui-nous-sommes, d’absolus hasards disséminés parmi la luxuriance, l’abondance, le foisonnement infinis du Monde. C’est ceci, et rien que ceci qui nous porte au jour, nous offre la clarté, nous fait don de la lumière lorsque le frimas appuie sur nos tempes, que la froidure vêt nos corps d’une gangue de glace, d’une tunique d’hébétude.

   C’est alors qu’il faut puiser à la source métaphysique, ce qu’en elle, elle contient de ressources inépuisables, nous n’en utilisons qu’une infime partie, inféodés que nous sommes à nos possessions matérielles, soudés à nos biens terrestres, aliénés à toute manifestation concrète exténuée de pesanteur. Dans la vaste polémique du Vivre, c’est toujours notre corps minime, notre corps-matière qui prend le pas sur notre corps-cosmique, lequel est si loin, si haut, flottement si hauturier que ses sublimes scintillements se dispersent au hasard des courants fluviaux, océaniques, célestes. Il n’en demeure qu’une faible et inaudible comptine pareille à une universelle et vaste épopée qui aurait usé ses superbes incantations à force d’être chantée par des Aèdes devenus aphones.

   Et maintenant, il nous faut interroger ce corps bergsonien qui « va jusqu’aux étoiles », et ceci, Êtres de chair et de perception, nous ne le pourrons qu’à héler les cinq sens qui nous font êtres voyant, entendant, sentant, goûtant, touchant, tous ces participes présents qui, de manière quasiment homonymique, nous font Présences participant au Monde, retirant de sa manifestation, Chacun, Chacune, selon ses propres affinités, cette part impartageable qui définit notre identité, trace les frontières de notre singularité, désigne notre indéfectible « ipséité ». D’une façon immédiate, nous sentons bien que tous ces canaux perceptifs au gré desquels la réalité s’annonce à nous, ne sont nullement à égalité de traitement, que certains d’entre eux, privilégiés, reconduisent les autres en des zones marginales en lesquelles ils ne peuvent que s’abîmer ou du moins végéter comme des significations subsidiaires.

   Donc il nous faut tenir la thèse selon laquelle une naturelle ligne de partage traverserait notre corps global, affectant au corps minime la récolte perceptive de l’odorat, du goût, du toucher, alors qu’à notre corps cosmique, d’une manière bien plus large, bien plus ouverte, seraient remises les moissons perceptives résultant de l’activité de la vue et de l’ouïe. Comme si, à cette division anatomo-physiologique, se superposait, en une certaine manière, une dualité plus profonde, métaphysique, donnant lieu à deux territoires distincts, celui du corps-matière affecté de simple contingence, celui du corps-cosmique promis aux hautes allées d’une pure transcendance. Bien plutôt que de nous limiter à la description de la première catégorie des effets accidentels, indéterminés du corps-mondain, nous orienterons la visée de notre conscience en direction des événements hors du commun de ce corps-sidéral qui tutoie « les étoiles », pour reprendre la finale de l’assertion bergsonienne.

    Nous dirons que les attributions perceptives résultant de l’activité de l’odorat, du goût, du toucher, liées de près à notre réalité corporelle concrète, s’en détachant à peine (sentir le parfum d’une fleur proche, goûter les saveurs d’une friandise, toucher la rudesse ou bien l’onctuosité d’une glaise), toutes ces préhensions du réel, commises au proximal, demeurent dans la simple approximation de ce qui vient à nous sans, qu’en quelque manière, notre volonté, notre intentionnalité en aient suggéré l’apparition. Ce proche, cet immédiatement accessible, ces présences mitoyennes s’imposent à nous à la manière d’un destin depuis longtemps déterminé sur lequel notre liberté n’aurait eu nulle prise. Autrement dit, ces levées de ceci qui se présente à nous sur le mode du circuit court, sont de la nature du non-événement, ce qui revient à affirmer que le sens de notre vécu n’en est affecté que de manière infinitésimale, qu’aussi bien nous aurions pu substituer à la fleur, l’odeur d’une cendre ; au goût d’une friandise, celui d’une baie sauvage ; à l’onctuosité d’une glaise, la froidure d’un métal. Tout ici est donc interchangeable sans que le sens global que nous avons du Monde n’en soit affaibli ou bien augmenté : une sorte ‘’d’in-signifiance’’ en acte.

   Il en va autrement de l’empan significatif atteint, d’emblée, par la prise en compte de notre environnement au gré de la vue ou de l’ouïe. Que l’on perçoive, au travers de nos yeux, la dimension infinie du Monde, la lisière de la montagne à l’horizon, la courbe du dôme océanique, le flottement sans limite des herbes de la savane et, à plus forte raison, la voûte du ciel criblé d’étoiles, alors nous nous déportons de nous, nous excédons notre propre dimension, nous nous dilatons jusqu’aux confins de l’univers. Nous sommes là où notre conscience nous porte, en des sites d’immense éclaircie, et, bien que notre corps ne s’absente nullement de nous, il devient cette matière touchée d’allégie, cette substance flottante pareille au monde étrange de « L'ukiyo-e », cette  « image du monde flottant ») qui, à  l'époque d'Edo, voulait traduire un peu de ce mystère enveloppant les estampes et peintures japonaises, cette impermanence du Monde, laquelle induit, chez le Voyeur, ce paradoxal sentiment d’être-du-Monde-hors-du-Monde, en une manière de grâce dont l’envers serait l’exil de toutes choses au terme duquel une ambiance étrange se donnerait, située à mi-cheval entre appartenance et non-appartenance à ce qui est soudain devenu un réel inqualifiable.

   Afin de consoner, selon nous, de façon exacte avec la pensée de Bergson, d’un corps qui « va jusqu’aux étoiles », installons-le, ce corps, au centre de la méditation d’Asai Ryōi qui écrit dans une préface, en 1665, les admirables vers suivants, lesquels, bien plus que d’être simple poésie, sont le reflet d’une pure métaphysique :

 

« Vivre uniquement le moment présent,

se livrer tout entier à la contemplation

de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier

et de la feuille d'érable... ne pas se laisser abattre

par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître

sur son visage, mais dériver comme une calebasse

sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo. »

 

   Certes, à lire rapidement ces quelques mots l’on pourrait leur attribuer la valeur cardinale d’un éloge des sens au nombre desquels figurerait en bonne place l’odorat (la fleur de cerisier), ainsi que le toucher (la feuille d’érable), mais ce serait bien vite oublier « la lune » (la dimension céleste bergsonienne), mettre entre parenthèse la « contemplation » en son essentielle valeur étymologique de « profonde application de l'esprit » (nullement du corps ordinaire, mais du corps-cosmique dont la dimension « spirituelle » n’est rien moins qu’évidente), ce serait aussi exclure toute l’action d’allègement du lexique au gré duquel « neige », « fleur de cerisier », « feuille d’érable », bien plutôt que de se livrer sous leurs vêtures de simples choses contingentes, têtues, opaques, se placent sous la vertu poétique qui désubstantialise les formes, les conduisant à de’’ l’in-formel ‘’, c’est-à-dire à l’esprit même de la poésie dont la nervure la plus apparente est abstraction, lexique excipant du réel, sémantique trouvant en son lieu-même, ce rythme, cette couleur à nulle autre pareils, et dans cette inimitable « petite musique », la source de son être. Ces quelques vers inspirés sont animés d’une pure énergie visuelle, laquelle installée dans le distal-plus-que-distal, est la seule qui puisse accomplir le prodige de la mydriase conscientielle, cette dilatation à l’extrême de l’Être-Homme qui pourrait bien s’approcher des parages de l’Être, sans doute cette Phusys, cette Nature surpuissante d’où proviennent, depuis un fond chaotique indéterminé, tous les événements que nous rencontrons, toutes les structures énigmatiques dont nous cherchons continûment à percer les secrets.

   Si le phénomène de la vision semble bénéficier d’une précellence sur la totalité des autres sens au motif du large empan perceptif dont il est l’opérateur effectif, l’ouïe n’est guère en reste, elle qui ouvre l’espace illimité des sons. Qui donc, écoutant par exemple le prodige d’interprétation d’un Glen Gould dans « Les variations Goldberg » de Bach, n’a éprouvé une sensation proche d’un vertige comme si son corps-mondain-minime, soudain emporté par la puissance immense des formes, harmonies, rythmes et raffinements divers se métamorphosait en autre chose que ce qu’il est, en ce cors-cosmique, précisément, cette indéfinissable émotion allant jusqu’à la passion : passion de la musique, passion de soi, possession de Soi-hors-de-Soi dans un genre d’exaltation que les mots ont bien du mal à circonscrire, limite souvent infranchissable au gré de laquelle ces mots sont sur un versant, le vivre sur un autre, comme l’adret faisant face à l’ubac sans que ces deux réalités ne puissent jamais pouvoir se rejoindre.

   Cette longue digression n’a en réalité pour but, que de préparer le terrain à l’interprétation du dessin de Barbara Kroll, au regard de la thèse suivante que nous donnons en tant que vraisemblable. Une impression, d’emblée nous submerge, à la manière de l’évidence suivante :

 

ces deux figures féminines auxquelles

nous attribuons le prédicat « d’Égarées »,

nous paraissent l’être au motif que,

dans l’exister,

elles paraissent n’avoir recours

qu’à leur corps-mondain-minime,

oubliant de le porter au-delà,

en cette mesure cosmique qui, seule,

autoriserait de les accomplir

totalement en leur être.

 

   Elles vivent, selon nous, sur le mode de la scission, de la dissociation, de la disjonction, une ligne invisible mais de haute efficacité les plaçant de part et d’autre d’une vérité car, ayant occulté ce qui pouvait les arracher à leur propre contingence, elles s’y abîment avec l’image de la douleur qu’aucun baume extérieur ne viendrait amoindrir. Elles sont, dans le cadre de ce graphisme inquiet, de simples excroissances du sol, des sortes de stalagmites cavernicoles, des concrétions de pierre élevant dans l’espace les effigies de gemmes étroites au titre de leur déracinement, de leur caricaturale incomplétude. Afin de les qualifier de manière précise, nous aurons recours, une fois de plus au terme « d’aporie », lequel joue en écho avec « absurde » et « nihilisme ». Bien évidemment ce constat purement affligeant naît spontanément de la radicalité du geste esthétique.

   Voici le moment venu de mettre en scène le thème de ce dessin, au seul moyen dont nous disposons, ces mots qui parfois en disent trop, parfois pas assez.

   Tout surgit d’un vaste champ de neige gris-blanc, couleur s’il en est du néant même de la provenance, de ces Formes, de l’empreinte mélancolique dont elles conservent la mémoire, leur volonté cherchât-elle à en atténuer les ombres portées. Il y a comme une pesante fatalité qui monte de ce graphisme sans doute violemment projeté sur l’aire du papier. Violence du geste coalescente à une autre violence, celle de l’exister dont les jalons, le plus souvent, sont ressentis à raison en tant qu’une restriction du champ de notre liberté.

   Le soleil, cette image traditionnelle symbolique du Souverain Bien platonicien, voici que sa sphère ne se traduit qu’au motif illisible d’un rapide gribouillis noir dont rien ne semble pouvoir sortir qu’un visage de malheur. La ligne d’horizon, qui trace d’une manière visible la séparation de la Terre et du Ciel, autrement dit qui reproduit allégoriquement la césure entre le corps-mondain et le corps-cosmique, la voici si peu assurée d’elle, cette ligne, qu’elle pourrait tout aussi bien indiquer le danger permanent d’une confusion des deux registres dont la conséquence la plus palpable serait l’effacement du spirituel sous les coups de boutoir répétés du matériel, du charnel, du sensible. Le prosaïque phagocytant l’idéal, le morne abrasant le lyrique, l’insipide abaissant le noble et le merveilleux, les assignant à ce que, jamais, ils ne devraient être, à savoir de purs accidents, de simples indéterminations ne trouvant en nul endroit, en nulle temporalité, en nulle raison la justification de leur présence.

   Et, bien évidemment, le caractère d’absentement des formes féminines, leur sensible dénuement, leur versement au compte de quelque désastre ne vient nullement rehausser, parer de quelque éclat satisfaisant l’ensemble du paysage mental qui nous est adressé, peut-être à la manière d’une silencieuse supplique : plutôt que de tutoyer les bas-fonds, de se compromettre dans des actes sans grandeur, combien l’Humain gagnerait à se sentir pleinement Humain, à quitter son sol de désolation, à sortir de Soi, à s’élever pour de plus altières et exaltantes altitudes. C’est peut-être ce message subliminal qui nous est adressé, à nous, Voyeurs indolents, irréfléchis, oublieux de principes plus consistants au gré desquels nous connaîtrions, tout à la fois la perspective d’une possible vérité et, conséquemment, la dimension d’une immersive joie en laquelle donner assise à nos Êtres et les confirmer en leur essence intime.

    Dire de ces deux Silhouettes qu’elles sont « Égarées », c’est encore trop peu dire et, finalement, substituer aux mots l’espace glacé d’une sidération. Oui, ces Personnages sont égarés, perdus qu’ils sont à Eux-mêmes, aux Autres, au Monde. Façons d’emboîtements gigognes de banqueroutes, de cataclysmes qui ne font que chuter de Charybde en Scylla. Les vêtures sont exténuées de blancheur. Le buisson des cheveux est hérissé de peur. Å l’extrémité de l’angle aigu formé par la jonction des avant-bras et des bras, le large battoir des mains occultant le visage en totalité. Épiphanie barrée qui en dit long sur la chute d’une existence qui ne semble commise à nulle rémission. Chute et tant que chute que rien, jamais, ne pourra relever. Figure occluse d’un désespoir à lui-même sa propre finalité. Qui, ici, face à ce néant, ne reconnaîtrait le Visage de l’Absurde, serait ou bien aveugle ou bien inconscient, peut-être même les deux. Souvent avons-nous exprimé, au cours de nos nombreux articles sur les travaux de l’Artiste d’Outre-Rhin, notre profond sentiment de toujours déboucher sur l’étrange lumière en clair-obscur d’un champ totalement Métaphysique. Ici, la Physique est consommée. Il ne demeure que le ‘’Méta’’, curieux préfixe sans contours bien délimités, dont le dictionnaire précise le vague contenu : « le fait d'aller au-delà, à côté de, entre ou avec ».

   Nous demandons alors :

 

« Aller au-delà » : de quoi ?

« Aller à côté » : de quoi, de qui ?

« Aller entre » : quoi et quoi ?

« Aller avec » : qui ou quoi ?

 

   L’image semble nous orienter vers cette considération totalement paradoxale, sans doute incompréhensible, que nous pourrions résumer sous l’étrange formule suivante :

 

« aller au-delà de Soi,

à côté de Soi,

entre Soi ou avec Soi »,

 

   certes, formule aussi alambiquée que contradictoire qui place toujours le Soi au centre du jeu, qu’il soit question d’extériorité avec « aller au-delà de Soi » ou bien d’intériorité avec « à côté de Soi », « entre Soi » ou « avec Soi ».  Quoi qu’il en soit de ce fameux Soi, il semble définitivement cloué au pilori en tant, sans doute, qu’impossibilité à se situer, aussi bien en-Soi qu’hors-de-Soi. C’est en tout cas, nous semble-t-il, l’index que pointe l’Artiste dans son dessin qui ne pose le Soi que pour mieux l’annuler !

  

Pour conclure, afin de faire écho au titre :

 

l’Égarement ?

Flotter en-Soi-hors-de-Soi,

ou Être-à-l’Impossible.

 

Ne rejoint-on jamais son propre Soi ?

Ne nous excède-t-il de toutes parts ?

Pouvons-nous cerner la figure de ce Soi-Infigurable ?

 

   Toujours le Soi nous plonge dans l’embarras au motif que son corps semble flotter en un insituable espace, en un impréhensible temps comme si ce corps d’exotique constitution, jamais ne se décidait entre le corps-matière et le corps-cosmique. Manière d’absence, de disette, de fugue, trois motifs à partir desquels traduire la substance sans substance de la Métaphysique.  Alors, Barbara Kroll, Artiste de l’Égarement ?

 

Ses représentations récurrentes du corps féminin,

soit esquissé, soit violenté de couleurs,

soit lacéré de griffures,

soit enchevêtrement complexe de lignes,

soit représentation perdue

dans l’irisation de son lavis,

 

   tout ceci pose la question verticale, jamais résolue, de la nature réelle du corps (notre identité ou bien seulement une attestation physique, visuelle, de qui-nous-sommes ?), la question de sa relation au Soi, de nos existences fuyantes, apparitions clignotantes dont nul crayon ne saurait exprimer la Forme, autrement dit, tracer les limites de notre Destin.

 

Au terme de cette médiation, sommes-nous plus avancés ?

Oui, si nous avons sondé un peu plus avant le mystère d’être-au-Monde.

Non si nous pensions aboutir à une vérité sans faille, à une certitude.

 

   Bien évidemment, exister, c’est toujours prendre le risque de l’incertitude. En la matière le travail de Barbara Kroll est exemplaire dont une esquisse s’impose à peine, que vient recouvrir aussitôt une pâte consistante, que viennent à nouveau remettre en question une griffure, une lacération, un gribouillis. Oui, nous sommes des Êtres d’un infini vertige, ce que ces œuvres foisonnantes indiquent à leur façon si spontanée qu’elles se donnent comme des fragments de Vérité. Il ne nous reste plus qu’à regarder et à nous interroger !

 

 

 

 

                                                                                                                                                                    

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