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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:57

 

     AFFINITES.

 

*Non-affinité absolue : guerre - tyrannie - xénophobie.

*Polysémie de l'affinité. Langage du corps, des sens, des percepts, des affects.

*Jamais le Principe de Raison n'approchera d'un iota l'essence de l'affinité.

*Tout jeune enfant. Toucher, Regard, véhicules insignes de l'affinité.

*Déploiement de l'affinité. Ce qui me manque et que l'Autre m'apporte.

*Affinité : subtile alchimie du Même et de l'Autre.

*L'affinité ne se dit pas; elle s'éprouve. En cela elle est semblable à un acte de foi. Pur élan.

*Toute médiation a pour tâche de renouer les fils rompus de l'affinité.

*La folie ordinaire est l'enroulement sur soi d'une affinité sans fin et sans but. Errance.

*L'affinité est le fil d'Ariane existentiel qui nous délivre du labyrinthe.

*Affinité, jamais une équation. Du vécu à l'état pur.

*Dionysiaque ou apollinienne, peu importe la coloration. Seule compte l'affinité.

*Affinité. Mode d'approche phénoménologique. Jamais logique.

*Affinités intemporelles. Modes éphémères.

*Nul jugement dans l'affinité. Pente de l'intuition.

*Affinités avec le TOUT du monde, l'arbre, la pierre, l'animal, l'homme.

*L'affinité n'est jamais sans les éléments. Eau - Air - Terre - Feu.

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:50

 

Afin d'être en phase avec le temps médiatique dont chacun connaît la tyrannie, les réseaux sociaux étant les postes avancés de l'immédiateté et afin que chacun puisse choisir son rythme, la "très légère" sotie "HONNIES SOIENT…" vous est proposée dans son intégralité, en chapitres, en morceaux choisis.

  Ainsi chacun, chacune pourra se livrer aux joies de la dégustation de la petite "Bêtise de Cambrai" selon ses propres désirs : sans enlever le cristal qui l'entoure, en dépouillant la friandise avec lenteur et volupté, en remettant à plus tard l'éblouissement papillaire si, d'aventure, il consent à vous visiter.

  Bonne lecture en tout cas et félicitations aux plus valeureux et intrépides qui voudront bien butiner les pages jusqu'au bout. Parfois la surprise se trouve-t-elle dans le dénouement. Mais, souvent, c'est nous qui la faisons éclore à l'aune de notre insatiable curiosité.

 Que l'Amour Majuscule puisse donc vous frôler de sa palme d'écume, le temps d'une fiction ! 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:42

 

"Honnies soient qui mâles y pensent." (Morceaux choisis).

 

Sur le siège en cuir noir était posé un petit livre relié de cuir rouge, sans doute oublié par le voyageur précédent, dont le titre attira l’attention du Comte : " La Vie Parisienne ". Avant même d’avoir feuilleté l’ouvrage, il en supputa le contenu et, pensant avoir à faire au livret de l’opérette d’Offenbach, devant comporter, à son avis, quelques détails biographiques et des commentaires sur l’œuvre, il commença à tourner quelques pages, s’apercevant bientôt que le recueil en question n’était qu’une sorte de pensum apparemment dédié aux plaisirs faciles et nocturnes proposés par certains quartiers et vantant les mérites de quelques restaurants populaires et autres gargotes. Sur un haussement d’épaule plus fataliste qu’indigné, le Comte laissa choir le petit volume au maroquin rouge sur le siège de la voiture, remonta le col de sa pelisse et s’enquit, auprès du cocher, du temps qui le séparait de La Comédie Française où se jouait " Les Femmes savantes ".

 

*************

 

 

Monsieur le Comte, tout entouré de ses sentences et autres aphorismes, Monsieur le Comtebandait à leur seule évocation, ce qui l’étonna, faute de le troubler. Ce qui, surtout, le questionna, c’est que ces manifestations bien naturelles n’étaient aucunement comparables aux réflexes matutinaux qui visitaient tout homme normalement constitué, dès le lever du jour, le transformant en aimable angelot, papillonnant de ses ailes éphémères et diaphanes autour des fleurs féminines en vue de les butiner gentiment. Non, chez Monsieur le Comte, la bandaison était totale, sans compromission avec quelque autre forme que ce fût. Monsieur le Comteérectait dans la démesure, à tel point que le périscope de notre bon Jules Vernes dans "Vingt mille lieues sous les mers ", n’eût constitué qu’une aimable palinodie du phénomène qui habitait, tout le jour durant, son haut-de-chausse.

 

 

*************

 

  Aussi, Monsieur le Comte traversa-t-il une période essentiellement consacrée à relire ses poutres armoriées en y trouvant des sens divers et, force nous est de reconnaître, prosaïques, pour ne pas dire lubriques.

  "Montrer son béjaume. "qui, en fauconnerie désigne le fait d’exhiber un jeune oiseau, symbole de l’inexpérience, sonnait, pour Fénelon de Najac, comme le fait d’exposer, avec toute l’impudeur qui l’accompagne, une partie anatomique habituellement dissimulée par le port de la culotte.

 " S’agiter comme un diable au fond d’un bénitier. "évoquait en lui la vigueur d’un amant auprès de son amante.

  " Dans les petites boîtes, les bons onguents. "était l’évidence même du plaisir promis par les jeunes filles en fleur.

 " La bourse ouvre la bouche. "lui faisait penser à des pratiques dont Yvette-Charline n’était pas coutumière, du moins ne le sût-il jamais, si telles furent certaines pratiques de son épouse qui, alors, ne purent être qu’extra conjugales.

 

 

***************

 

  A sa grande stupéfaction, doublée, cependant, d’un contentement qu’il ne put feindre longtemps, le Comte découvrit, dans les feuillets jaunis de l’opuscule de feu son Grand-oncle, force dessins obscènes (étaient-ils de sa propre main ?); quelques vignettes à caractère pornographique; des extraits, soulignés, de textes de Donatien-Alphonse-François Marquis de Sade, dont "Justine " et " La philosophie dans le boudoir ", une liste d’adresses personnelles, où ne figuraient que des sobriquets féminins du genre : Lili, Sucette, Chatamoureuse, Rebelote, Toboggan; des pages, en assez  grand nombre, écrites à la plume, où s’étalaient, en toute impudeur, tout un inventaire de frasques et de fantaisies, visiblement sous l’influence du pervers Marquis, qu’il semblait même parfois dépasser, en imagination et en cruauté.

 

 

**************

 

 

(…) l’index de la main droite, le plus expert, en direction de la fente longitudinale qui, partant de la ceinture de l’époux, descendait en direction de ses parties les plus nobles, non dans le but de les exposer à la vue, mais de favoriser leur passage lors des mictions nocturnes, sur le vase de nuit en porcelaine de Sèvres, hérité de son père, Alphonse-Bernardet, l’index, donc, au moment de s’introduire ô, après bien des hésitations et de multiples reculades, dans la fente sans doute prometteuse, du moins l’avait-elle toujours été jusqu’à ce fameux soir où le Comte, émoustillé par les histoires lubriques de son Grand-oncle, décida de couper court à l’assaut du prédateur, amorçant sur lui-même une vrille vigoureuse qui surprit l’Aimée dont l’index, pris en tenaille par le resserrement soudain de la fente de lin, subit un fort pincement, comme celui résultant du serrement de la mâchoire d’un étau, se retenant pour ne pas crier de douleur, et surtout de dépit, en entendant les ronflements de l’amant qui l’avait éconduite (…)

 

 

**************

 

 

  Or, si Yvette-Charline, commençait à trouver les nuits fort longues et ennuyeuses, Monsieur le Comte, les estimait trop brèves à son goût et les prolongeait, à pied, à cheval, en voiture et même, le plus souvent, entre les poutres de sa Librairie érudite. Dès lors, jours et nuits se transformèrent en un vaste pandémonium, où satyres, malins et autres génies jonglaient et lutinaient, mêlant à l’envi les fantasmes du Grand-oncle Eustache-Grandin et les phantasmes de son petit neveu, le Comte Fénelon de Lamothe-Najac.

 

 

**************

 

 

La soirée était fort avancée lorsque Fénelon  Lamothe, qui en avait même oublié sa particule, salua la noble compagnie du Pied de Cochon, prit congé de ses hôtes, dans des effusions qui allèrent jusqu’à l’accolade du Patron et de son épouse, leur promettant de franchir à nouveau le seuil dès que son emploi du temps le lui permettrait.

  Au moment de sortir dans la rue, retrouvant ses réflexes d’homme du monde, il tint l’un des battants de la porte aux vitres dépolies, s’effaçant pour laisser le passage à une jeune et belle inconnue qui, l’espace de quelques secondes, occupa l’étendue de son champ visuel. Ninon, une familière des lieux, s’installa sur un haut tabouret, sortit une cigarette de son étui, pendant que Symphorien lui préparait un café double et corsé : la longue nuit n’était pas encore arrivée à son terme.

 

 

*************

 

 

Il tourna à droite, Rue du Cygne, fit un détour par la Rue Mondétour, s’amusa du nom des rues, « Petite Truanderie », suivie de la « Grande Truanderie », passa Rue Saint-Denis où, sous des portes cochères, se tenaient en retrait, moultes péripatéticiennes qu’il n’eut aucun mal à identifier au vu de leurs accoutrements et de leurs bonnes manières, décochant aux badauds des œillades et des gestes qui n’avaient rien de séraphique.

  Fénelon de Lamothe, plus curieux qu’émoustillé, décida de remonter la rue jusqu’au Châtelet. Se succédèrent ainsi, au hasard des portes cochères, une Blonde décolorée aux lèvres rouges et pulpeuses; une Fille brune, à peine majeure, dont la jupe haut fendue s’ouvrait sur des jarretières rose bonbon; une Femme d’âge plus que mûr, lourde poitrine propulsée vers le haut par une gaine à lacets; des clins d’œil entreprenants; des lumières rouges dans les renfoncements des portes d’hôtel; des messieurs pressés qui suivaient des dames de petite vertu dans de sombres rues adjacentes; des bistrots violemment éclairés où des Femmes vulgaires et bruyantes apostrophaient les passants; une Femme âgée qui arpentait le trottoir en claudicant et en vantant ses mérites; une Femme aux lourdes créoles, à la jupe longue et plissée, qui ressemblait à une danseuse de flamenco (…)

 

 

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  Ninon était parvenue à libérer son bustier qui, ayant chu sur le parquet, révélait à Monsieur le Comte, de profil mais de façon non moins évocatrice, une généreuse et ferme poitrine qui lui rappela, par sa forme, sa couleur, sa densité, sa tenue, les grains de muscat d’Italie, gorgés de soleil, tendus sous la brise, prêts à libérer leur suc à la moindre pression, à la façon des capsules des impatients qui éclatent dès qu’elles sont effleurées, libérant leurs semences par centaines.

  Encore sous le charme des charmilles de la Riviera où poussait la vigne généreuse dont les fruits évoquaient les rondeurs de Ninon, Fénelon entreprit de défaire la ceinture de son caleçon - il faisait encore frais à Paris en ce début de printemps - , laquelle entourait la taille du Solognot de plusieurs longueurs de flanelle.

 

 

************

 

 

Etait-il vrai que la couleur des yeux changeait pendant l’amour, ainsi que la taille et le pigment des aréoles, lesquelles secrétaient un doux nectar semblable à du miel ? Etait-il vrai que le Mont de Vénus, soumis à une douce et régulière pression, s’exhaussait sous le désir ? Etait-il vrai que la peau s’irisait le long du dos, que la chair de poule naissait sur les courbures les plus intimes ? Etait-il vrai que les chevilles se cambraient, que les orteils s’arc-boutaient, que les doigts se creusaient dans un mouvement de supination, que le corps entier se métamorphosait pour célébrer Eros ?

 

 

************

 

Occupé à inscrire de nouveaux adages sur les poutres de sa Librairie, à lire et à relire des livres dont il ne se séparait plus guère, ayant une inclination particulière, depuis sa rencontre avec Ninon, pour une littérature « légère » mais non moins érudite, dont les titres s’égrenaient parfois, au cours des longues nuits. Ainsi lut-il, identifiant souvent les héroïnes des romans à son amante, de grands classiques de la littérature érotique du XVIII° Siècle, dont il connaissait par cœur certains passages et qui  avaient pour noms : « Fanny Hill, la Fille de joie » de John Cleland; « Thérèse Philosophe » du Marquis Boyer d’Argens; « Point de lendemain » de Vivant Denon, Diplomate de son état; « Le doctorat impromptu » d’Andréa de Nerciat; « Vénus dans le cloître » de l’Abbé du Prat.

 

 

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  «  Le pauvre enfant répondait  toujours d’un ton niais et honteux selon mes désirs. Quand je crus l’avoir assez bien préparé, un jour qu’il vint à son ordinaire, je lui dis de fermer la porte en dedans. J’étais alors … dans un déshabillé fait pour inspirer des tentations à un anachorète. Je l’appelai et, le tirant près de moi par la manche, je lui donnai pour le rassurer deux ou trois petits coups sous le menton … Je glissai les doigts, en le baisant, sur une de ses cuisses le long de laquelle je sentis un corps solide et ferme que sa culotte trop juste paraissait étrangler. Alors, faisant semblant de jouer avec les boutons qui étaient prêts de sauter par leur grand tiraillement, tout à coup la ceinture et la braguette s’ouvrirent et présentèrent à ma vue émerveillée, non pas une babiole d’enfant, ni le membre commun d’un homme; mais une pièce d’une si énorme taille, qu’on l’aurait prise pour celle du géant Polyphème ».

 

 

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  « Le fripon me leva les jupes et la chemise au-dessus des hanches. Je me plaçai  moi-même dans l’attitude la plus favorable pour exposer à ses regards le petit antre de voluptés et le coup d’œil luxurieux du voisinage. »

             

  Disant ces mots, perdant, semblait-il, tout recul par rapport au texte, s’y ruant même d’une certaine manière au sens propre, exposant aux « joueuses » de Labastide Sainte-Engrâce, au comble de l’impudeur, ses creux et bosses les plus intimes, ses replis et sombres excroissances, faisant songer à la lune au milieu des bouleaux dans le ciel de Sologne, la Comtesse, dont les « museaux de chien » frémissaient comme sous l’effet d’une drogue, ou mieux d’une transe, peut être de l’influence d’un chaman, se livra tout entière, plus nue qu’une âme au fort de la tourmente, assiégée par Lucifer lui-même, à une sorte de, comment dire ?, de … carmagnole, tant était révolutionnaire son incroyable posture (…)

 

 

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  Madame la Duchesse, donc, tirant sur sa mince culotte pour qu’elle réintégrât l’axe médian, faisant glisser pudiquement sa ceinture de perles autour de ses hanches, comme s’il se fût agi d’une ceinture de chasteté, se saisit du petit livre qui sentait le musc et la rosée, en tourna délicatement quelques pages, s’autorisant donc à pratiquer une coupure, à moins que ce ne fût une censure, Monsieur le Comte s’apercevant, en définitive, que le saut pratiqué n’était qu’une commodité pour parvenir à l’endroit du texte qui semblait émoustiller sa lectrice, la disposant même à adopter une position identique à celle occupée par l’héroïne de Fanny Hill, et apparemment si acrobatique, qu’il advint, de la petite toile de soie qui protégeait l’intimité de Charlaine, la même chose que celle qui avait frappé la canne de Monsieur le Comte : on ne revit pas l’artifice vestimentaire qui, pour petit qu’il fût, n’en était pas moins de soie de Chine, tissée selon la tradition et non dissimulable cependant dans le fond d’un dé à coudre.

 

 

 

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  Eh bien, Lecteurs, au risque de choquer votre pudeur et votre morale, ce que vit Monsieur le Comte, sous la forme de l’hydre aux mille têtes et qu’il entendit à la manière de chants polyphoniques venus des fonds marins, mais, je suis sûr, votre sagacité aura pris les devants, était simplement le reflet de Fanny Hillla quadruple fille de joie qui, sous les traits charmants des quatre comédiennes qui servaient précédemment sa cause, avaient repris la lecture, à quatre mains cette fois, du livret érotique, où tour à tour, se confondaient les différents rôles en un maelstrom qui mêlait  les parties intimes de leurs anatomies respectives. Gestes experts et lascifs, chuchotements, désirs, assiduité à servir la cause d’Eros tout puissant qui, depuis des mois déjà, peut être des années, fouettait leur sang à vif, les écartelait, les démembrait, les livrait entières et consentantes au plaisir que le bridge, le thé, les petits gâteaux et les mollesses conjugales ne parvenaient plus à combler.

 

 

 

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Ce qui fut fait, dans l’heure qui suivit, où l’on banqueta et festoya à la santé des présents -nombreux auvergnats de Paris - , et des absents, nobles provinciaux de Sologne qui ne pouvaient, un seul instant, imaginer la roturière naissance du fils de Monsieur le Comte Fénelon de Lamothe-Najac, dans un bistrot populaire logé au cœur des Halles. Ce secret à garder serait sans doute la plus lourde tâche de ceux qui en étaient les détenteurs. Il y allait de leur honneur d’abord, du bonheur ensuite de cette vie toute neuve qui venait d’éclore au Pied de Cochon et dont l’avenir était entre leurs mains.

 

 

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« Une pomme par jour éloigne le Médecin .»

 

  Sigismond, dissimulé derrière la pièce d’eau, avait écouté l’entretien, et bien qu’il n’eût point perçu le degré de gravité qui affectait Monsieur le Comte, estima la situation suffisamment sérieuse pour qu’il retînt l’adage cité par le Médecin dont il n’appréciait guère les visites. En effet, dans son esprit, régnait une confusion dont l’origine n’était cependant aucunement liée à un défaut de perception du second degré, mais plutôt à une logique enfantine qui mélangeait la cause et les effets. Son entendement de la situation se résumait à ceci : c’étaient les visites du Docteur qui entretenaient la maladie et non cette dernière qui justifiait les venues quotidiennes du disciple d’Hippocrate. « Point de Médecin, point de maladie. »telle eût pu s’illustrer la conception de Sigismond concernant la nature des relations thérapeutiques.

 

 

*************

 

 

le Comte de Lamothe-Najac dont la pierre tombale, au milieu des pierres familiales, portait, entourée d’angelots aux joues rebondies et de carquois destinés à Eros, l’épitaphe suivante :

 

« HONNIES SOIENT QUI MÂLES Y PENSENT »

 

dernier clin d’œil de Fénelon de Najac à toutes les femmes qu’il ne connaissait pas, à son épouse, aux amies de son épouse, à Ninon, son ancienne amante, aux filles qu’il n’avait pas eues et dont il aurait voulu honorer les rameaux de son arbre généalogique.

                                                                                                                                                                                                         

 

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:28

 

Honnies soient qui mâles y pensent (36)  

 

 Le septième jour, le Docteur ne se rendit au chevet de son noble patient que pour ne pas se soustraire au serment d’Hippocrate et afin que sa conscience pût dormir en paix. Les marches dela Librairie furent un chemin de croix que le brave homme accomplit, marquant de nombreuses stations, avant de parvenir à la porte de Monsieur le Comte. Ce dernier venait de recevoir les derniers  sacrements et livrait à l’emphysème une de ses ultimes batailles. Le souffle, grâce à la pompe à air, maintenait encore quelques fonctions vitales qui, d’après Artémis de Lalande, ne dépasseraient pas la semaine. Il ne put, ce jour-là, que calmer la douleur du Comte en lui administrant des injections de morphine et regagna la cour devant le Manoir, fort contrit à l’idée de se séparer bientôt d’un patient qui, au fil du temps, était devenu un ami. La démarche du Docteur était mal assurée, tant par le chagrin qu’il éprouvait que par les séquelles des multiples contusions qu’il avait subies les jours précédents. A peine fut-il installé sur le siège qu’un bon quintal de pommes s’abattit sur l’infortuné Médecin qui, aidé par Anselme, venu lui porter secours, se débattait au milieu des fruits ronds et charnus qui avaient failli causer sa perte.

  Pas plus Anselme que le Médecin, devant l’urgence à regagner le cabinet de Labastide, ne songèrent à lever les yeux vers le pommier pour y interroger les fureurs qui, depuis une semaine, agitaient ses imposantes ramures. Le « sauveur des corps » de Sainte-Engrâce ne dut son salut qu’à la célérité d’Anselme qui le conduisit, aussi vite que la jument pouvait trotter, vers son épouse. Cette dernière lui prodigua des soins efficaces, que des remèdes de « bonne femme » vinrent renforcer. La thérapeutique fut prompte à agir, mais les chairs étaient si fortement tuméfiées, les muscles si endoloris, les articulations si malmenées, la peau si irritée, que l’infortuné Docteur dut se résoudre à garder le lit une semaine durant - c’était l’intervalle de temps correspondant au pronostic de vie de l’hôte de la Marline - , et le Comte, privé des soins palliatifs habituels, se dessécha sur pied, ne devint que l’ombre de lui-même, et l’on avait beau actionner la  pompe à air, on ne parvenait guère à faire de sa peau qu’une sorte de ballon de baudruche dont bientôt ne sortit plus qu’un râle où s’ébaucha l’esquisse d’une phrase, qu’on reconnut ensuite, après moultes interprétations, comme étant l’ultime adage de Fénelon de Lamothe, s’inspirant d’un proverbe du XVI° Siècle, qu’un de ses lointains ancêtres avait peut être prononcé avant lui :

 

« Contre la mort point de remède. »

 

  A Labastide Sainte-Engrâce et dans toute la Sologne, où Monsieur le Comte et sa famille étaient tenus en la plus haute estime, la nouvelle se répandit à la vitesse du vent parmi les feuilles des bouleaux au plus fort de la bise. On se morfondit d’autant plus que le cher disparu ne laissait à la contrée aucun héritier qui pût assumer dignement sa suite.  Nul ne se serait douté que Monsieur le Comte Fénelon de Lamothe-Najac avait, en fait, été tué par un de ces proverbes qu’il aimait tant, lequel, pris au pied de la lettre, avait fait à son existence un croc en jambes final.

  L’enterrement fut célébré en grandes pompes au Manoir de La Marline de Clairvaux, Monsieur le Comte reposant dans le petit cimetière de famille attenant à la chapelle de La Devinière où s’était déroulé le mariage d’Anselme et de Marie-Grâce. La foule y fut nombreuse et recueillie. On releva, parmi l’assistance, nombre de notables, de roturiers, d’inconnus, de présences facultatives, d’autres obligatoires. Au nombre de ces dernières, l’on put dresser l’inventaire suivant qui constitua un long cortège entre la Librairie et le lieu de repos éternel de son hôte illustre :

  - La Comtesse Yvette-Charline de Lamothe-Najac.

  - Hyacinthe de Plessis-Robinson dont on ne vit que l’ample robe noire et non la petite culotte qui officiait au boudoir.

  - Son mari, l’Apothicaire, qui préparait les potions et onguents de Monsieur le Comte, venant de perdre un ami sincère et, en même temps, des revenus confortables.

  - Fanny Hill, Fille de joie, dont on put supputer la présence, au moins dans quelque recoin de l’imaginaire de l’escorte funèbre.

  - Madame La Duchesse Sylvaine de la Mirande-Gramont, en robe très sobre, seulement décorée d’une ceinture de perles qui ceignait ses hanches, encore fort avenantes bien que sur le déclin.

  - Son époux, Le Duc, consterné par la disparition d’un ami très cher, qui, de plus, possédait l’une des plus belles chasses de Sologne.

  - Charlaine de Fontille-Meyrieux qui s’appuyait, de sa main droite, sur une canne à pommeau ayant appartenu au Maître des lieux.

  - Son époux, Aristide de Fontille-Meyrieux, qui dissimulait, dans ses mains recluses de goutte, un petit viatique recouvert pour la circonstance, d’une toile noire.

  - La Tante de la Comtesse, Eliette-Raymonde de Boissimont qui souriait tristement dans un médaillon fixé sur une stèle de pierre blanche.

  - Alphonse-Bernadet de Lamothe-Najac, père du Comte; Hugues-Richard-Artimon, le grand-père du Cadre Noir de Saumur; Eustache-Grandin, le grand oncle propriétaire de la Scierie; certains en habits de chasse, d’autres en uniformes ou en costumes de propriétaires terriens, dont les images mangées de mousse et de vert-de-gris, semblaient adresser aux « processionnaires », des messages d’outre-tombe.

  - Le fidèle Régisseur Anselme Gindron (le fils « presqu’adoptif » de feu Monsieur le Comte).

  - Ninon Fille de joie de la Rue du Pélican.

  - Eliette Sauval, la teinturière des Halles.

  - Marie-Grâce des Bruyères (future épouse d’Anselme).

  - Marie-Grâce Gindron (épouse du Régisseur).

  - La fille de feu le regretté Docteur Charles d’Yvetot.

  - Symphorien Lavergnolle (logeur d’Eliette-Ninon et parrain de Calinpe).

  - Segondine Lavergnolle, son épouse (Marraine de Calinpe).

  - Calinpe Sauval, Instituteur à Labastide Sainte-Engrâce (Fils de Fénelon et de Ninon; demi-frère de Sigismond).

  - Le Docteur Artémis de Lalande (successeur du Docteur Charles d’Yvetot), qui portait encore les traces du proverbe malmené par Sigismond.

  - Camille Lacertaire, Bedeau, forgeron de son état (Père « adoptif » de Calinpe).

  - Idalie Lacertaire, sa conjointe (Mère « adoptive » du fils naturel de Monsieur le Comte).

  - Câline Vermurin, Teinturière, logeuse et employeuse d’Eliette-Ninon.

  - Silène Marsaut, nourrice de Calinpe.

  - Grâce Nantercière, ancien « employeur » de Ninon à l’Hôtel du Midi, Rue du Pélican.

  - Gaston Leglandu, « employeur » de Grâce Nantercière, « employeur » de Ninon Fille de joie.

  - Un groupe d’auvergnats, amis de Symphorien Lavergnolle, amis de Ninon et de feu Monsieur le Comte.

  - Une délégation de l’Administration des Chemins de Fer.

  - Le Maître d’hôtel de la Rue Meyerbeer.

  - Le Cireur du Grand Hôtel.

  - Le Portier du grand Hôtel.

  - Le Cocher assurant la ligne passant par la Gare Saint-Lazare, l’Opéra et les Grands Boulevards.

  - Des employés de la Chasse et de la Scierie de Monsieur le Comte.

  - Des Prostituées de Pigalle, Blanche, de la Rue Saint-Denis, de la Rue Sainte-Opportune, de la Rue du Pélican, anciennes collègues et amies de Ninon, réunies grâce à l’Amicale de la « Queue de Cochon », œuvre de bienfaisance pour d’anciennes « filles » nécessiteuses.

  - Sigismond Gindron, enfin, fils d’Anselme et de Ninon-Eliette-Marie-Grâce, qui, par l’entremise de quelques pommes innocentes, avait envoyé au Paradis, tout en espérant le sauver, le Comte de Lamothe-Najac dont la pierre tombale, au milieu des pierres familiales, portait, entourée d’angelots aux joues rebondies et de carquois destinés à Eros, l’épitaphe suivante :

 

« HONNIES SOIENT QUI MÂLES Y PENSENT »

 

dernier clin d’œil de Fénelon de Najac à toutes les femmes qu’il ne connaissait pas, à son épouse, aux amies de son épouse, à Ninon, son ancienne amante, aux filles qu’il n’avait pas eues et dont il aurait voulu honorer les rameaux de son arbre généalogique.

                                                                                                                                                                                                          

 

FIN.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:25

 

Honnies soient qui mâles y pensent (35)   

 

 Le premier jour qui suivit « l’adage de la pomme », Sigismond, tôt levé, s’était empressé de grimper dans le vieux pommier, de se camper sur la fourche des branches qui prolongeaient le tronc, dissimulé par les épaisses frondaisons du vénérable arbre fruitier. Lorsqu’Artémis de Lalande eut terminé sa visite, il s’empressa de regagner son cabriolet afin de poursuivre ses visites aux malades des environs de Labastide Sainte-Engrâce. A peine s’était-il installé sur le siège, qu’une pomme, de taille fort respectable chut sur sa casquette qui accusa le coup, s’enfonçant légèrement sur le crâne du brave homme. Le désagrément, somme toute mineur, fit sourire Artémis qui attribua la chute à une saute de vent subite dont la Sologne avait le secret.

  Le deuxième jour, la pomme tomba, avec plus de vigueur que le premier jour, sur le genou droit d’Artémis qui pensa qu’il n’avait point de chance et qu’il devrait sûrement, le lendemain, passer un onguent sur l’hématome qui ne manquerait pas de résulter de la contusion.

  Le troisième jour, vit la chute successive de deux pommes, l’une sur l’avant-bras gauche d’Artémis, celui auquel il confiait les rênes de la jument, l’autre sur le genou du même côté, dont il pensa qu’il lui faudrait surveiller l’ecchymose, laquelle bénéficierait d’une compresse de tilleul et de feuilles de saule.

  Le quatrième jour fut marqué par le rebond d’une pomme sur le siège de cuir, par l’impact d’une seconde pomme sur l’épaule droite du Docteur de Lalande qui estima nécessaire de repasser à son cabinet où son épouse, fort instruite de la science médicale, lui poserait une bande enduite d’argile verte, afin que l’articulation ne fût pas affectée par le léger traumatisme des tissus superficiels.

  Le cinquième jour, le Docteur Artémis de Lalande, estimant qu’il jouait de malchance, chercha un meilleur endroit où ranger l’attelage. Il s’avéra cependant que le pommier était le seul refuge qui s’offrait à lui, par sa proximité du Manoir et l’étendue du feuillage qui convenait à sa jument, cette dernière étant fort affectée par la chaleur qui, cette année-là, frôlait la canicule. Redescendant de la Librairie où l’état du Comte empirait de jour en jour, remontant dans son cabriolet, ne songeant même pas à porter son regard sur les frondaisons au milieu desquelles officiait Sigismond, le brave Médecin s’apprêtait à partir lorsqu’une volée de pommes s’abattit, au hasard, sur diverses parties de son anatomie. Pensant, qu’à l’instar de Monsieur le Comte, le Destin ne lui était pas des plus favorables, il regagna Labastide Sainte-Engrâce où il calma ses meurtrissures grâce à un bain aux huiles essentielles de thym et de romarin.

  Le sixième jour, bien que mal remis de sa mésaventure de la veille, Aristide se rendit, tant bien que mal, au chevet de son malade et trouva les marches de la Librairie bien ingrates à monter. La descente et le retour au cabriolet ne se firent pas sous les meilleurs auspices, le brave Docteur écopant d’une bonne dizaine de pommes, fermes et rebondies, sur la nuque et le dos, à l’instant où il donnait une impulsion sur le marchepied pour se hisser dans sa voiture à cheval, dont il faillit tomber, sauvé toutefois par des réflexes encore vifs et bien entretenus. Il revint à son domicile et demanda à son épouse de prévenir ses patients qu’il n’irait les visiter que le lendemain. Les meurtrissures étaient fort visibles et douloureuses, Madame de Lalande, revenue de sa visite aux patients, enveloppa son époux dans des bandages sous lesquels elle glissa des feuilles d’eucalyptus et des bourgeons de bouleaux.

  

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:23

 

Honnies soient qui mâles y pensent (34)  

 

Les exemples auraient pu se multiplier à l’infini, Sigismond, dont l’intelligence, par ailleurs, était des plus normales, avait pour le second degré une profonde « surdité » à laquelle la Faculté, consultée sur ce point, ne put émettre aucune hypothèse crédible. On ne parlait pas encore, à cette époque-là de « maladies orphelines », mais gageons que Sigismond eût pu en être le dépositaire idéal. De cette fantaisie de la nature, chacun au Manoir prit son parti, riant souvent des méprises du jeune garçon, plutôt que de l’accabler ou de se lancer dans des explications qui, pour être répétées, furent toujours vouées à l’échec. Cette petite anomalie, mise sur le compte de l’immaturité, fit vite partie des « us et coutumes » de La Marline et personne plus n’y prêta attention, pas même Monsieur le Comte, qui pour autant, ne renonça pas au plaisir d’instruire son jeune disciple des petits bonheurs attachés à la pratique des dictons et autres soties. Fénelon fit son deuil du second degré, se résolvant à penser que « faute de grives on mangeait des merles. » et que, tout bien considéré, le premier degré n’était pas plus préjudiciable que le second. Monsieur le Comte, fort avisé de la sagesse populaire, ne savait pas cependant que la séparation des degrés, somme toute arbitraire, pouvait parfois changer le cours des choses. A dire vrai, il n’avait jamais rencontré, dans les volumes de sa Librairie, de sentence qui fût consacrée à cette question et il fut bien aise que cette interrogation fût bientôt rangée au chapitre des vestiges et antiquités.

  Si le second degré ne fut plus de l’ordre des préoccupations du « lettré » de La Marline, le terrain des petits questionnements ne fut pas pour autant déserté, bientôt remplacé par des crises d’emphysème de plus en plus aiguës qui amenèrent à consulter, d’abord épisodiquement, le Docteur de Lalande, fort dévoué et aussi excellent praticien que son prédécesseur, le Docteur Charles d’Yvetot.

On renforça les prescriptions thérapeutiques, on conseilla l’usage fréquent de la pompe à air, qu’actionnaient, à tour de rôle, les hôtes et visiteurs de La Marline. Le brave Comte n’en suffoquait pas moins et, son état empirant, le Docteur de Lalande effectua une visite quotidienne à son patient, lequel nécessitait des soins permanents.

  La santé de son mari ne s’améliorant pas, un matin, Yvette-Charline, alarmée par les ravages de l’emphysème, s’entretint sur le perron du Manoir avec l’éminent homme de l’art qui lui fit comprendre, avec tact et compassion, que Monsieur le Comte vivait ses ultimes instants et lui conseilla de prendre ses dispositions au cas où sa disparition interviendrait brutalement.

  A la question de la Comtesse qui cherchait, dans les arcanes de la pharmacopée, l’existence d’une hypothétique plante salvatrice, le Docteur Artémis de Lalande, connaissant le goût de son Patient pour les fruits en général et les pommes en particulier, lança, à tout hasard :

 

« Une pomme par jour éloigne le Médecin .»

 

  Sigismond, dissimulé derrière la pièce d’eau, avait écouté l’entretien, et bien qu’il n’eût point perçu le degré de gravité qui affectait Monsieur le Comte, estima la situation suffisamment sérieuse pour qu’il retînt l’adage cité par le Médecin dont il n’appréciait guère les visites. En effet, dans son esprit, régnait une confusion dont l’origine n’était cependant aucunement liée à un défaut de perception du second degré, mais plutôt à une logique enfantine qui mélangeait la cause et les effets. Son entendement de la situation se résumait à ceci : c’étaient les visites du Docteur qui entretenaient la maladie et non cette dernière qui justifiait les venues quotidiennes du disciple d’Hippocrate. « Point de Médecin, point de maladie. », telle eût pu s’illustrer la conception de Sigismond concernant la nature des relations thérapeutiques. Or, l’attachement de l’enfant à Monsieur le Comte était à tel point fusionnel, que la dégradation de l’état de santé de ce dernier exigeât qu’une décision fût prise. Et elle le fut dès le jour qui suivit.

  Le Docteur Artémis de Lalande réservait à Monsieur le Comte la première visite à domicile de la journée. Il avait coutume de ranger son cabriolet sous les frondaisons d’un majestueux pommier que le grand-père d’Hugues-Richard-Artimon avait planté en un temps fort éloigné, ce dernier étant l’arrière arrière grand-père de Fénelon de Lamothe. Dès que le Médecin mettait pied à terre, Anselme Gindron venait à sa rencontre, attachant le licol de la jument au tronc de l’antique pommier, pendant qu’Artémis , muni de sa trousse médicale, rejoignait promptement la Librairie où l’on avait installé un lit, afin que Monsieur le Comte pût profiter, tant qu’il en était encore temps, de la vue sur son Domaine, des livres qu’il affectionnait tant et des sentences qui illustraient les poutres que ses ancêtres avaient débitées dans les troncs des chênes de La Devinière et de La Marline de Clairvaux.

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:21

 

Honnies soient qui mâles y pensent (33)  

 

Le commentaire de quelques proverbes, tels que Sigismond pouvait les « interpréter », tiendra lieu de « défense et illustration de la langue primaire » à laquelle le jeune garçon était uniquement réceptif, ce qui avait, pour inévitable corollaire des comportements pour le moins inadéquats, dont, dans un premier temps, tout le monde s’amusa, aussi bien dans la cour de récréation que dans l’enceinte de La Marline de Clairvaux.

 

« Acheter chat en poche. », supposait que Sigismond trouvât un félin bien réel, tigré, siamois ou même bâtard, peu importait, à condition que ce dernier pût loger dans les profondeurs de sa redingote, avant que d’aller à l’épicerie du village acheter quelque friandise.

             

« Quand les cheveux commencent à blanchir, laisse la femme et prend le vin. ». Entendant ce proverbe dans la bouche de Monsieur le Comte, il s’étonna que ce dernier, dont les cheveux étaient saupoudrés de neige, continuât à vivre auprès d’Yvette-Charline et ne s’adonnât pas davantage à la boisson.

 

« A qui se lève le matin, Dieu aide et prête la main. », lui fit l’effet d’un « pieux mensonge », son père Anselme, levé aux aurores, n’ayant jamais bénéficié d’une aide divine d’aucune sorte.

 

 « Il vaut mieux arriver en retard qu’arriver en corbillard. », lui paraissait également une assertion erronée, les hôtes de La Marline, qu’ils fussent en avance ou en retard, arrivaient à pied, à cheval, en voiture, mais jamais en corbillard, ce que, du reste, il regrettait profondément, tout du moins en ce qui concernait les visiteurs les plus antipathiques.

  Bien qu’à l’école il se comportât parfois comme « un empêcheur de tourner en rond. », il n’avait jamais interrompu les rondes et farandoles des filles, pas plus qu’il n’avait « mis de bâton dans les roues. » des bicyclettes des garçons.

  Ses longues déambulations auprès de la Limeuille ne l’avaient jamais amené à rencontrer un meunier qui « jetât son bonnet par-dessus les moulins. ».

  Ceux qui affirmaient : « La nuit tous les chats sont gris. », étaient, soit mal informés de la variété des félins, soit atteints de troubles de la vision.

  Le chien du Notaire, qui était une véritable teigne, avait de fort longues et belles oreilles, lesquelles battaient en brèche l’affirmation :   « Chien hargneux a toujours les oreilles déchirées ».

Sigismond qui nourrissait une aversion certaine à l’encontre d’Elie Garouille, n’avait jamais eu« de dent de lait contre lui. », pour la simple raison que le fils de Marie-Grâce gardait à l’intérieur de sa cavité buccale la totalité de ses ratiches, y compris celles de lait.

  Monsieur le Comte qui avait l’habitude de faire de nombreux projets lesquels, souvent, ne trouvaient pas l’ombre du début d’une réalisation, ne possédait pour autant aucun « Château en Espagne ».

  Sa mère, Marie-Grâce, dont la douceur était connue bien au-delà des limites de la Marline, n’avait jamais mariné dans quelque saumure que ce fût, sous prétexte que « les femmes sont trop douces et qu’il faut les saler ».

 

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:18

 

Honnies soient qui mâles y pensent (32)  

 

Les dix années qui suivirent la naissance de Sigismond, comme les eaux calmes de la Limeuille, coulèrent en parfaite harmonie au milieu des bruyères et des landes de la Sologne. Les tempes de Monsieur le Comte avaient blanchi, la démarche d’Yvette-Charline était moins assurée, les parties de bridge moins longues; le couple Anselme-Marie-Grâce fonctionnait à merveille, attentif au développement de Sigismond qui, pour être harmonieux, n’en était pas moins sinueux et parfois même primesautier, à la façon des ruisseaux de montagne qui, au travers des rochers, cherchent à creuser leur lit.

  Bien que le lien du sang unît Calinpe et Sigismond, leur comportement respectif était fort dissemblable, Calinpe étant toujours d’humeur égale alors que Sigismond était plus impulsif, plus imprévisible, sautant souvent « du coq à l’âne » sans qu’aucune raison pût, la plupart du temps, expliquer les volte faces dont il était coutumier. Calinpe, parfait modèle de l’enseignant scrupuleux et organisé, méthodique, plongé dans les livres plus qu’il n’aurait fallu, contrastait avec son demi-frère, de tempérament brouillon, spontané, aimant plus que tout la nature qui constituait son lieu de prédilection. La Librairie de Monsieur le Comte ne l’attirait guère que pour les quelques ouvrages de botanique et de zoologie qu’elle contenait, vivants résumés des plantes et insectes que produisaient à foison les forêts entourant La Marline, que Sigismond parcourait à longueur de journée, connaissant le moindre sentier, le plus petit ruisseau, le plus infime terrier. Nul ne se désolait de cette attirance pour les espèces végétales et animales qui, dans la région, constituaient les racines mêmes de tout natif Solognot. Quant aux études, encadrées de près par Calinpe, bon gré mal gré, elles allaient leur bonhomme de chemin, sans que Sigismond y produisît des étincelles qui en eussent fait, comme son demi-frère, un candidat de choix pour l’Ecole Normale. Nullement opposé à la classe, il n’y prélevait toutefois que le strict nécessaire, pensant que les bons élèves n’étaient que des amateurs de superflu qui encombraient leur mémoire de bien fastidieuses choses, préférant réserver à ses circuits cérébraux quelques pistes de choix qui avaient pour nom, pêche, chasse, cannes à moulinet, lacets, collets et autres artifices aptes à meubler ses occupations dès que les volets de l’école se refermaient sur les pupitres où les livres dormaient « du sommeil du juste ».

  On comprendra le peu d’attrait de Sigismond pour la chose intellectuelle, dont le seul centre d’intérêt dans ce domaine, entretenu par Monsieur le Comte d’une façon constante, était l’écoute de proverbes et dictons qu’il trouvait amusants, plus par leur forme souvent archaïque et leur rythme semblable à des comptines, que par leur contenu réel. La petite « séquelle » de l’immaturité, dont avait parlé le Docteur Artémis de Lalande, semblait se situer dans le fonctionnement de Sigismond, uniquement au premier degré, le second degré lui paraissant parfaitement hermétique. Son processus mental faisait inévitablement penser à un schéma primaire semblable au système de l’arc réflexe chez les batraciens. Toute idée frappant le cerveau de Sigismond semblait se comporter à la façon d’une goutte d’acide dont l’action, sur le système nerveux de la grenouille, entraînait aussitôt la contraction des faisceaux musculaires et le repliement de la patte, sans que le système nerveux central en fût informé, tout se passant à la  périphérie et nullement dans les centres de la conscience et de la vigilance. Ainsi ne percevait-il, des proverbes et dictons, que la forme extérieure, «l’enveloppe », à défaut d’en saisir la substance interne et la signification sous-jacente. En un mot, Sigismond se contentant de la surface des choses, de leur aspect, peu enclin à en saisir les subtilités et les nuances. On argumentera que ce « défaut » de perception concernant les proverbes n’était en aucune façon préjudiciable à l’évolution du jeune Sigismond et l’on aura raison, à condition toutefois, de bien mesurer les conséquences d’un fonctionnement au premier degré qui, parfois, recèle des pièges plus redoutables que les collets auxquels les lapins livrent leurs cous en toute innocence.

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:16

 

Honnies soient qui mâles y pensent (31) 

 

 

 Les dix années qui suivirent la révélation de la nouvelle se passèrent sans heurts et sans qu’aucun motif particulier vînt assombrir le quotidien des protagonistes de La Marline de Clairvaux. Yvette-Charline demeurait entourée de son cercle d’amies. Monsieur le Comte vaquait toujours à ses occupations, plus occupé à parcourir ses terres solognotes qu’à visiter la Capitale où il allait parfois négocier avec les Chemins de Fer, profitant de l’occasion pour rejoindre le quartier des Halles et déguster une soupe à l’oignon en compagnie de Symphorien et Segondine, lesquels avaient été désignés parrain et marraine du petit Calinpe qui, dans l’intervalle, était devenu grand.

  Calinpe venait d’ailleurs de terminer brillamment ses études à l’Ecole Normale et s’apprêtait à remplacer, comme Instituteur débutant, Monsieur Labasque-Dentain dont l’âge de la retraite approchait.

  Marie-Grâce s’était parfaitement accommodée au mode de vie de Labastide, de l’encadrement de son « intendant » à qui elle reprochait, toutefois, une certaine austérité liée, semblait-il, à un tempérament parfois taciturne.

  Le Docteur Charles d’Yvetot, emporté par une tuberculose, reposait dans le cimetière de Labastide,  tout près de la tombe familiale des de Lamothe-Najac dont il avait été, sa vie durant, un fidèle serviteur.                                                                                                                                                                                                                 

 Le nouveau Docteur, Artémis de Lalande, remplissait sa tâche avec conscience et efficacité, surtout préoccupé par l’emphysème de Monsieur le Comte, qui le tenait alité des jours durant, le souffle court, la poitrine oppressée.

  La troisième année qui suivit la nomination de Calinpe comme Instituteur titulaire à l’école de Labastide, fut marquée par un événement qui, pour n’avoir pas de retentissement dans la bourgeoisie solognote, ne manqua point de chambouler les habitudes de La Marline. Les noces d’Anselme Gindron et de Marie-Grâce des Bruyères furent célébrées en la chapelle de La Devinière dont, jusqu’ici, il n’a pas été fait mention, pour la simple raison que l’édifice, en état de ruine avancée, ne présentait plus aucun des attributs lié à son office, et que Monsieur le Comte avait patiemment fait reconstruire, pierre à pierre, afin que la célébration à laquelle il la destinait secrètement depuis des années, fût à la hauteur de ses espérances. Car, Monsieur le Comte, depuis belle lurette, n’entretenait plus de relation amoureuse avec son ancienne amante, bien que leur amitié gardât encore de belles traces de leurs amours anciennes, mais l’âge avançant, l’hôte de La Marline pensait que son Régisseur, fidèle et doué de remarquables qualités, constituait l’époux incontournable que Marie-Grâce gagnerait à prendre pour compagnon. A la façon  d’une partie d’échecs, Fénelon, en toute bonne foi, et doué de louables intentions, avait disposé, à l’intérieur et aux environs immédiats de La Marline, les points cardinaux de son existence.

  Le huitième mois qui suivit le mariage d’Anselme et de Marie-Grâce vit la naissance de Sigismond, enfant légèrement prématuré, dont le Docteur Artémis de Lalande assura qu’il ne porterait aucune séquelle de sa naissance précoce, sauf, peut être, une petite immaturité qu’il supposait compensée d’avance par la qualité du cadre familial et le milieu de vie stimulant que lui offrirait le Manoir solognot.

 


 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:13

 

Honnies soient qui mâles y pensent (30) 

 

  La sixième année qui suivit le départ de Ninon de la Rue du Pélican fut une année cruciale. Il y fut décidé que Calinpe et Ninon rejoindraient la campagne. D’une part Monsieur le Comte craignait que son fils ne fût prédisposé à l’emphysème dont il était lui-même affecté et qui, par périodes, lui laissait le souffle court; d’autre part, Labastide Sainte-Engrâce disposait d’une école de fort bonne réputation où Calinpe pourrait accomplir sa scolarité sous l’œil vigilant de son père et l’affectueuse attention de sa mère.

  Dès que « l’option solognote » fut adoptée, on vit Monsieur le Comte, de préférence en fin de journée, entre « chien et loup », rendre des visites fréquentes au couple Lacertaire, non qu’il fût, comme il a déjà été précisé, croyant et pratiquant assidu, ses incursions chez le Bedeau (c’était la fonction qu’occupait Camille en plus de son état de forgeron) ayant pour seule justification de leur confier l’éducation et le quotidien du jeune Calinpe, en attendant l’âge de sa majorité. On s’accorda sur les raisons à donner aux villageois trop curieux : l’enfant serait officiellement un petit neveu orphelin dont le bedeau et sa femme auraient eu la garde, aucune proche famille ne pouvant assumer cette charge.

  Quand Fénelon eut la certitude que l’éducation de son fils serait correctement assurée, il ne lui resta plus qu’à trouver à Eliette un confortable pied à terre et une fonction correspondant à ses souhaits et afin que nul ne pût établir de relation entre Calinpe et sa mère naturelle, Monsieur le Comte bénéficiant des connaissances éclairées de son ami Notaire en matière patronymique, obtint pour son amante un nouveau nom, moins ordinaire et, si l’on peut dire, plus « solognot », troquant Eliette Sauval contre Marie-Grâce des Bruyères, la particule l’introduisant au sein de l’aristocratie locale, laquelle ne ferait que se réjouir de l’agrandissement du « cercle de famille ».

  La Marline de Clairvaux, sous l’impulsion d’Yvette-Charline, recevant de plus en plus d’invités, Monsieur le Comte s’empressa de proposer les services de sa « protégée » qui était une supposée petite cousine de l’homme de loi, aussi bien douée pour le ménage que la cuisine et le linge de maison. Yvette-Charline n’opposa aucune résistance à l’engagement de Marie-Grâce qu’elle mit entre les mains d’Anselme Gindron, le Régisseur, afin que ce dernier assurât sa formation et, tenant lieu de supérieur hiérarchique, lui confiât les tâches nobles et multiples qui assuraient au Manoir une réputation autant flatteuse que méritée.

  La scolarité de Calinpe se déroulant sous les meilleurs auspices, sa bonne aptitude au raisonnement et à la compréhension, décidèrent ses parents, peu après son septième anniversaire, à lui révéler les conditions de sa naissance. L’annonce fut faite sous les antiques poutres de la Librairie et Calinpe, d’humeur égale et disposé, comme son père, aux faveurs du Destin, accueillit la nouvelle avec sérénité et naturel, ne lui donnant, somme toute, pas plus d’importance que si son Maître, Monsieur Labasque-Dentain, lui avait révélé qu’il venait d’obtenir le Prix d’Honneur qui, chaque fin d’année, récompensait les élèves disciplinés et méritants.

 

 

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