A Charles Charrié, mon ancien Maître.
A Charles Charrié, mon ancien Maître.
DANIEL
Souvent dans son enfance, vers l’âge de six ou sept ans, Daniel n’arrivait pas à trouver le sommeil. Il se levait, allumait le lustre de la salle à manger. Il revenait se coucher. Une lame de lumière traversait la diagonale de la chambre. Peu à peu les choses, autour de lui, redevenaient familières. Son bureau, sa chaise, son livre de lecture, quelques jouets sur le tapis. Enfin sortis de l’ombre, ils lui parlaient, ils peuplaient la nuit, ils faisaient à son corps une caresse douce, rassurante. Il aimait bien cette bande de lumière qui éclairait la pièce d’une clarté lunaire. Il la préférait à celle de sa lampe de chevet, trop réelle, trop présente.
Souvent, la nuit, lorsque l’obscurité battait ses tempes, que les murs devenaient subitement muets, que le silence ouatait la maison, il trouvait refuge auprès du filament d’une ampoule, d’une veilleuse, parfois de la flamme d’une bougie. C’est elle qu’il préférait, la bougie, avec sa clarté vacillante, la danse des ombres au plafond, son odeur de cire chaude, le grésillement de la mèche, la lente décroissance de la tige blanche, les perles de suif sur les bords de l’assiette qui tenait lieu de bougeoir.
Ça chante autour de lui, ça fait une musique très longue, un sifflement de flûte indienne. Chacun de ses pas soulève une poussière d’or qui, longuement retombe, gardant la trace claire de ses pieds nus. Hémérion ouvre la nuit de sa marche calme, assurée. Parmi le tremblement des feuilles, les crissements des insectes, le clapotis de l’eau, il entend parfois des paroles qui viennent de très loin, des mots qui creusent l’ombre, un souffle très long, comme une respiration, un murmure, une voix rassurante. Peut-être celle du vent, venue del’Océan ; celle d’Eole que le sommeil n’habite pas encore ; celle du miroir des eaux qui reflète la clarté du ciel.
(Pré-Textes)
Sur quelques phrases
minimales
de JMG Le Clézio
Le livre des fuites.
Gallimard (Collection "L'Imaginaire" - p 67).
"J'entends tout ."
Les bruits. D'abord on ne s'en aperçoit pas. D'abord ils sont dans notre corps, pareils aux courbes ophidiennes de nos intestins, aux dépliement de nos conques intimes, à l'efflorescence de nos capillaires. Ils vivent à notre rythme, ils se collent à notre peau, sinuent longuement dans l'eau glauque de la lymphe. D'abord ils sont des passagers clandestins. Il y faut l'attention, l'éveil au surgissement de ce qui pourrait advenir. Il faut les débusquer patiemment. Un à un. En faire l'inventaire. Ils sont les rumeurs intérieures que la clameur du monde vient inscrire à même notre chair. "J'entends tout."Cela veut dire que je m'entends au travers de ce langage intérieur. Et, d'ailleurs, est-ce bien le monde qui produit, orchestre ces rumeurs, ces susurrements, ce roulis permanent, ce bruit de fond ?
Partout sont les bruits qui font leurs minces cantilènes, leurs effilements mielleux, leurs remous, leurs étirements aigrelets de bombarde, leurs clapotis de biniou. Ils sortent des bouches des égouts, des fissures de la terre, de l'entrelacs des racines, montent de failles abstraites, font leurs mouvances colorées, leurs danses mortifères. S'enroulent en lianes autour des concrétions étroites de nos jambes, s'étoilent en minces ramifications, enserrant notre cage à air, ligaturant le tube de notre gorge. Ils ricochent sur les aires granuleuses du cortex, s'enfoncent dans la spirale ombreuse du limaçon. Une fois à l'intérieur, ils ne lâcheront plus prise, ils feront partie de notre territoire. Mais, pour autant, nous n'en serons pas maîtres. Seulement les gardiens. Peut-être même les geôliers . Il y a urgence à les retenir. Aussi longtemps qu'ils nous habitent, nous demeurons vivants, éveillés à la signification la plus mince qui monte de la glaise, au souffle d'air qui glisse selon l'immense courbure du ciel. Clapotis de l'eau, surgissement de l'arc vibrant de la source dans l'obscurité compacte des choses. Que sont donc venus nous dire le chant de l'oiseau, la stridulation de la cigale, le cognement du seau dans la gorge du puits, sinon la magique symphonie de l'existant. Déployant ses rémiges, l'oiseau nous dit la majesté de l'espace; frottant ses élytres la cigale nous dit la mesure du temps qui passe; raclant les parois de roche et de sable, le seau nous dit la longue soif des hommes, leur dette vis à vis de la prodigalité de la nature.
Beaulieu. Si loin déjà. Juste une ombre, une silhouette indistincte, un frémissement sur la toile du souvenir. J’ai laissé la voiture sous l’orme au feuillage sombre. Le jour n’est pas encore levé et la falaise blanche s’imprime sur la nuit, craie légère posée sur un grand tableau noir. Les cubes des maisons y dessinent dans le gris, une mince guirlande. Tout en bas, sur le cours fuyant de la Leyre, le Moulin avec ses fenêtres couleur bouteille, son arche menue qui enjambe la rivière, son île où le saule pleure ses feuilles vers le sol couvert de mousse.
La voilà donc, la maison de mon enfance, telle qu’en elle-même, sauf une petite marquise de tuiles rouges surmontant la porte-fenêtre qui donnait accès à la chambre des Parents. Je m’adosse à la clôture de la Maison Siloë, grande demeure de pierre au toit d’ardoises élevé, aux fenêtres minces, qui fait face à la Maison au Marronnier, celle qui fut, l’espace de quelques années, le centre de ma vie, de mes jeux d’enfant, de mes rêves insouciants. J’allume une cigarette, la braise rougeoie doucement, faible étoile dans le matin des souvenirs. Le silence autour, la terre comme si elle était désertée et mes yeux suivent les longs filets gris qui se fondent dans l’air. Alors, au moment où le jour commence à basculer, où les choses sortent insensiblement de l’ombre, ne livrant de leur être que des lignes abstraites, quelques traits de lumière, un frémissement, un vertige me saisissent, comme si, soudain, je tombais dans un gouffre sans fin, dans le goulet d’un tunnel avec, tout au bout, une étrange lueur semblable au clignotement d’une étoile.
Le réel est une question. Une vraie question dont bien souvent nous ne prenons pas la mesure. Comment nous apparaît-il ? Comment nous parle-t-il ? Comment pouvons-nous le faire
nôtre, le posséder en une certaine manière ? Est-il si facile à appréhender qu'il y paraît de prime abord ? Et puis pouvons nous en saisir la substance ou bien n'est-il qu'une pure illusion à
l'orée de notre conscience ? Le réel est-il ce qui fait constamment phénomène devant nous et que nous acceptons aussitôt dans une manière d'évidence
? Est-il le même pour chacun d'entre nous ou s'illustre-t-il sous des figures différentes ? Une simple question de "point de vue" dont notre
subjectivité nous assurerait d'une façon singulière ? Mais prenons un exemple concret seul à même de nous guider dans une connaissance qui, faute de s'appuyer sur lui, demeurerait une simple
méditation intellectuelle.
Et puis l'homme n'est pas sans mémoire, sans vécu. Observant ces rochers, cette eau, ce sable, il ne reste pas dans une espèce de sidération qui le placerait vis à vis de ces choses avec une vue unique, des émotions stables, des idées définitives. Dès que l'acte perceptif s'ouvre, aussitôt surgissent mille perspectives, mille projets, mille foisonnements multiples faisant la richesse de l'individu, sa disponibilité au déploiement, à l'efflorescence, à la quintessence. Toutes ces conditions de la multiplicité du vivant ne pourraient lui être ôtées qu'à suspendre son essence, à le précipiter dans une manière d'hypostase le ramenant aux contingences les plus limitées. Sans tomber dans les excès projectifs de l'animisme faisons, l'instant d'une courte pause, l'étonnante hypothèse que les choses seraient douées d'une conscience, cette dernière fût-elle infinitésimale.
Ainsi, cette eau de l'océan, de proche en proche, fait-elle signe en direction de toutes les eaux de l'univers. Il en est de même pour les rochers et leur relation avec la terre, l'air et l'immensité de l'espace ouranien. Toujours un trajet du particulier à l'universel. Mais pour bien percevoir le monde en son déploiement, ses innombrables lignes de fuite, ses infinités d'interprétations il faut partir du fragment, du simple, de l'élémentaire et les rapporter à soi afin d'y faire surgir une première compréhension. Cette réalité du rocher qui me fait face, avant d'être idéelle et universelle est réalité-pour-moi; elle joue en écho avec ce que je suis en essence, avec mes préoccupations, mes affinités, mes souvenirs, mon imaginaire. Jamais le rocher-pour-moi ne peut être le rocher-pour-l'Autre. Ce rocher posé là, devant moi, s'il a bien été crée par la Nature, c'est toutefois moi qui lui ai accordé une réalité.
L'autobiographie ou écriture du "Je" est devenue un fait incontournable de l'édition contemporaine. Que le "je" remplace le "il" n'a, en soi rien, d'étonnant. Dans cet article, nous ne chercherons pas les justifications sociales, ou les fondements psychanalytiques d'une telle démarche mais essaierons de voir dans quelle mesure une telle écriture emprunte les voies du réel, plutôt que de l'imaginaire, et nous poserons la question de l'appartenance à la littérature d'un tel genre.
Mais considérons quelques œuvres situées dans cette veine, afin d'en tirer de possibles enseignements. Leurs auteurs y mettent en scène des expériences de leurs vécus, bien souvent du reste, liées à des souvenirs traumatiques. Eliane LECARME-TABONE, dans "L’autobiographie des femmes" en cite quelques figures animant la scène contemporaine
La gamme des possibles est immense par rapport au réel évoqué. Si, dans l'écriture du "je", c'est bien de lui que l'écrivain parle, il ne fait "qu'en parler", tenir un discours au sujet de, construire une existence d'encre et de papier. Et quand bien même nous aurions le narrateur physiquement présent face à nous, que pourrions-nous en déduire de plus quant à la réalité passée dont il se ferait le traducteur ? Jamais d'objectivité dans l'acte de lecture, dans l'écoute de l'autre, seulement la rencontre de deux consciences, la mise en relation de deux subjectivités.
Ici sont bien mises en lumière les limites de tout témoignage, ce dernier fût-il sincère. Il n'en demeure pas moins que sa nature l'incline à jouer constamment un jeu de funambule au-dessus de tentations mytho-réalistes. En dernier ressort la décision appartient au lecteur et à sa subjectivité. Que celui-ci, lisant une autobiographie, la considère avant tout comme une duplication du réel ou bien comme une fantaisie imaginaire importe peu en définitive. Ceci ne semble relever que d'un parti pris dont on ne saurait remettre en question les fondements.
Rien ne bouge sur les vagues de sable et le ciel est une voile tendue aux confins de la nuit. La brume du jour est réfugiée dans l'anse des barkhanes. Sur son tapis de laine le corps de Yuba a posé son empreinte parmi le froid de l'aube. Il est immobile, attentif au silence, à la reptation muette des racines dans les veines de la terre. C'est comme un murmure venu des profondeurs, une voix secrète lui disant l'instant unique de son âge nubile. Alors il repense aux paroles du vieux Wajir dans l'ombre claire de la tente, à ces paroles rapides qui recouvraient sa peau d'une nuée d'abeilles.
Yuba sait cela, cette sorte de magie tout au fond de son corps, sur l'envers de sa peau. Il sait ces choses impalpables et silencieuses qu'aucun langage ne pourra jamais dire, aucune parole proférer. Il sait que, dans quelques heures, lorsque le jour aura basculé, se couvrant d'ombres longues, il se retrouvera, lui aussi, de l'autre côté du monde, immergé dans la grande vague bleue, dans les profondeurs marines des peuples solitaires. C'est sans doute ce qui le fait avancer, ce qui donne à Nyala son rythme lent et séculaire comme si, elle-même, du fond de son instinct, percevait la nécessité du chemin à accomplir.
Des flammes dansent sur la neige, alternant avec des tons bleus pareils aux fentes des banquises. Au milieu de la chute des flocons, parmi les dents aiguës des glaciers, c'est le vieux Wajir qu'il entend chanter, psalmodiant les signes de son peuple : la cohorte infinie des dunes, l'éclat du sel sur les lagunes, le vertige de l'eau dans la nuit dense des puits, le visage magique des enfants et leurs reflets de cuivre; la beauté des femmes aux cheveux tressés, le large cercle des créoles à leurs oreilles, les tatouages de leur peau pareils aux ailes des scarabées, leur regard sombre hanté de désir. La voix du vieux Wajir n'est plus bientôt qu'un écho lointain, une plainte semblable à celle de l'archet sur la corde de l'imzad.
mercredi 2 février 2011, par Jean-Paul Vialard
©e-litterature.net
D’abord il y a le corps. D’abord il y a le lieu. Le lieu du sens à créer à partir du corps. Le corps comme
création originaire, écriture. Texte du corps, corps du texte. Mais le texte ne pourra jamais signifier à la manière d’une narration, d’une disposition à l’événement, d’une ouverture à la simple
quotidienneté. Le texte est ontologique, qui engage l’être dans sa dimension totale, plurielle, polysémique. Car l’essence du corps artaudien repose sur l’ambiguïté essentielle du recueil et de
la dispersion. Recueil en un foyer des énergies disséminées, obsession d’une centralité, d’une aimantation. Limaille existentielle dont il faut assurer la convergence, le fragile rassemblement
dans le creuset d’une anatomie qui peine à contenir, à circonscrire, à exister par le dedans de ses propres membranes. Nécessité de reconduire les trajets du métabolisme, les vibrations
sensorielles, les énergies mentales à la bouche d’un puits, à une source, à un abri.
Mais ce mouvement de condensation ne trouve sens qu’à ériger un tremplin à partir duquel puisse avoir lieu la dissémination, la fragmentation, la
diaspora. Car le corps unifié est dans une geôle, il ne saurait signifier à partir de lui-même. Le corps est trop étroit pour enclore la puissance primordiale qui le peuple, ses convulsions
géologiques, les mégalithes de la pensée, les météorites du sens. Il lui faut trouver la voie d’une expansion, de la multiplicité seule à même d’assurer le rayonnement de l’être. La vastitude du
monde figurera le théâtre de cette dramaturgie. Seul ce déploiement sera à la mesure des attentes d’une conscience torturée, exigeante, cherchant à s’extraire de l’inévitable
déréliction.
Alors commencera le long voyage initiatique, tantôt imaginaire, tantôt réel, qui le projettera à l’extérieur de lui-même, sorte de giration, d’orbite mentale sans fin dont son corps de supplicié sera l’épicentre. D’une certaine façon, reniant ce corps comme il le ferait d’un objet "in-signifiant", il cherche à le projeter vers un signifié invisible, transcendant la matérialité, l’ordre des choses, leurs menus arrangements au sein d’une quotidienneté qui l’atteint si peu. Long cheminement existentiel, parcours sémantique en acte. La lucidité, l’intelligence ne lui laissent aucun répit, aucun repos. Plus l’esprit se dévoile, plus les orbes d’un sens perceptible se font jour, plus le corps régresse. Tragique dialectique du maître et de l’esclave. Combat de la lumière contre l’ombre. Combat de la fluidité de l’intellect contre un corps opaque, rebelle, insoumis mais dont les forces s’épuisent.
Les articles figurant sous la rubrique "PRE-TEXTES" n'ont pas pour rôle essentiel de résumer le contenu d'une œuvre ou d'en constituer une approche critique. Sous le titre de "PRE-TEXTE", il faut comprendre simplement une libre méditation sur quelques phrases empruntées à un Auteur, laquelle méditation a parfois à voir avec l'œuvre d'origine, mais parfois s'en éloigne sensiblement, cherchant seulement l'ouverture vers une possible écriture.
Et, du reste, à quoi bon répéter l'antienne, sinon à en amplifier l'obsédante rumeur ? On est pris dans la masse cotonneuse, on est entouré de fils de soie compacts, comme la chrysalide et l'on sait que la métamorphose sera longue avant que de produire sa petite mélodie. L'existentielle. Celle qui obsède et rumine et vous envoie par le fond dès que vous commencez à y comprendre quelque chose au trajet que vous accomplissez sur votre coquille de noix. Au fait, avez-vous bien réfléchi au fait que ladite coquille est simplement l'image inversée de votre cortex dont la dure-mère serait le vernis au contact de la dernière eau ? N'est-ce pas là comme la métaphore d'une issue incontournable : le retour aux eaux originelles, l'amnios basculé cul par-dessus tête, le plongeon dans le placenta final ? Une manière de l'éternel retour du même, l'ambroisie première et dernière en tant que baiser muriatique du néant. Voilà. Il fallait le dire. Même à convoquer une sorte de métaphore vide, tellement le silence est grand qui suit de tels aveux. Dont tout un chacun est porteur dans son monde forclos. Le danger est toujours présent. Du langage. De la profération. Dans des temps antiques on coupait la langue des détenteurs de secrets et des prédicateurs pour moins que cela.
LETTRE AUX GUETTEURS DE LUMIERE
Non, ne le niez pas, vous la possédez depuis l'enfance cette manière de vérité. Déjà elle vous habitait du temps de votre repli fœtal, au sein de la grotte amniotique. Déjà, au-dessus de votre fragile fontanelle, se déployait un dôme de lumière diaphane, opalescente. Vous en étiez éclairé de l'intérieur. Cela faisait de rapides trajets, depuis la boule informe de votre tête jusqu'à la nervure des orteils. Cela fusait de vos yeux aveugles et soudés, cela détourait vos mains jointives et transparentes comme l'ambre, cela sinuait dans le lacis de votre ventre, cela s'étoilait dans les rhizomes de vos nerfs, cela battait doucement comme l'écume sur les rochers de lave. Vous n'aviez rien d'autre à faire que de vous laisser aller à la migration de la clarté, de disposer votre peau translucide à l'avancée de la lumière. Rien d'autre à faire. Un suspens seulement. Une attente de l'événement. Une passivité ouverte. Une affinité occupée à son propre déploiement. Une pure conscience végétative livrée aux eaux originelles. Tout ceci vous habitait si naturellement, d'une façon si enveloppante, comme une deuxième peau, comme un souffle déplissant vos alvéoles. Cela coulait en vous dans le genre d'une lymphe baignant vos vaisseaux, vos cellules. Tout au long du cordon qui vous reliait à la vie, le patient voyage des nutriments, l'avancée de l'oxygène, la diffusion de l'eau, le fourmillement des globules, tout ceci n'était que la mise en scène de la lumière, de son long métabolisme, de sa volonté de coloniser jusqu'à la plus infime de vos parcelles, jusqu'au dernier atome de votre territoire de chair et de sang.