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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 16:59

 

L’estude & diète de Gargantua,
scelon la discipline de ses precepteurs
Sorbonagres.   Chap. xx
Vignette 69
Es premiers iours ainsi passez, & les cloches remises en leur lieu : les citoiens de Paris par recongnoissance de ceste honnesteté se offrirent d’entretenir & nourrir sa iument tant qu’il luy plairoit. Ce que Gargantua print bien à gré. Et l’envoyèrent vivre en la forest de Bière. Ce faict voulut de tout son sens estudier à la discretion de Ponocrates : Mais icelluy pour le commencement ordonna, qu’il feroyt à sa manière acoustumée : affin d’entendre par quel moien en sy long temps ses antiques precepteurs l’avoient rendu tant fat/ niays/ & ignorant. Il dispensoyt doncques son temps en telle faczon, que ordinairement il s’esveilloit entre huyt & neuf heures, feust il iour ou non, ainsi l’avoient ordonné ses regens theologiques, alleguans ce que dict David. Vanum est ante lucem surgere. Puis se guambayoit/ penadoyt/ & paillardoit par le lict quelque temps, pour mieulx esbaudir ses esperitz animaulx, & se habiloit selon la saison,  mays voulentiers portoyt il une grande & longue robbe de grosse frize fourrée de renards : après se peignoyt du peigne de Almain, c’estoit des quatre doigtz & le poulce. Car ses precepteurs disoient, que soy aultrement peigner, laver, & nettoyer, estoit perdre temps en ce monde. Puis fiantoit, pissoyt, rendoyt sa gorge, rottoyt, esternuoit, et se morvoyt en archidiacre, & desieunoyt pour abatre la rouzée & maulvays aer : belles tripes frites, belles carbonades, beaux iambons, belles cabirotades, & force soupes de prime. Ponocrates luy remonstroit, que tant soubdain ne debvoit repaistre au partir du lict, sans avoir premierement faict quelque exercice. Gargantua respondit Quoy ? N’ay ie pas faict bel exercice ? Ie me suis vaultré six ou sept tours par my le lict, davant que me lever. Est ce pas assez ? Le pape Alexandre ainsi faisoit par le conseil de son medicin Iuif : et vesquit iusques à sa mort, en despit des envieux : mes premiers maistres me y ont accoustumé, disans que le desieuner faisoit bonne memoire, pourtant y beuvoient les premiers. Ie m’en trouve fort bien, & n’en disne que mieulx. Et me disoit maistre Tubal (qui feut premier de sa licence à Paris) que ce n’est pas tout l’adventaige de courir bien toust, mais bien de partir de bonne heure : aussi n’est ce la santé totale de notre humanité, boyre à tas, à tas, à tas comme canes : mais ouy bien de boyre matin.
Unde versus.

Lever matin, n’est poinct bon heur,
Boire matin est le meilleur.

Après avoir bien à poinct desieuné, alloit à l’ecclise, & luy portoit on dedans un grand penier un gros breviaire empantouflé, pesant tant en gresse que en fremoirs & parchemin poy plus poy moins unze quintaulx. Là oyoit vingt & six ou trente messes, & ce pendent venoit son diseur d’heures en place, empaletocqué comme une duppe, & tresbien antidoté son alaine à force syropt vignolat. Avecques icelluy marmonnoit toutes ces kyrielles : & tant curieusement les espluschoit, qu’il n’en tomboit un seul grain en terre. Au partir de l’ecclise, on luy amenoit sur une traine à beufz un faratz de patenostres de sainct Claude, aussi grosses chacune, qu’est le moulle d’un bonnet : & se pourmenant par les cloistres, galeries, ou iardin en disoit plus que seize hermites. Puis estudioyt quelque meschante demye heure, les yeulx assis dessus son livre, mais (comme dict le Comicque) son ame estoit en la cuysine. Pissant doncq plein official, se asseoyt à table. Et par ce qu’il estoit naturellement phlegmaticque, commençoit son repas, par quelques douzaines de iambons, de langues de beuf fumées, de boutargues, d’andouilles, & telz aultres avant coureurs de vin. Ce pendent quatre de ses gens, luy gettoient en la bouche l’un après l’aultre continuement de la moustarde à pleines palerées puis beuvoit un horrificque traict de vin blanc, pour luy soulaiger les roignons. Après mangoit selon la saison viandes à son appetit, & lors cessoit de manger quand le ventre luy tiroit. A boire n’avoit poinct de fin, ny de canon. Car il disoit que les metes et bournes de boyre estoient quand la personne beuvant, le liège de ses pantoufles enfloit en haut d’un demy pied. Puis tout lourdement grignotant d’un transon de graces, se lavoit les mains de vin frais, s’escuroit les dens avec un pied de porc, & devisoit ioyeusement avec ses gens. Puis le verd estendu l’on desployait force chartes, force dez, & renfort de tabliers. Là iouyoit au fleux, au cent, à la prime, à la vole, à le pille, à la triumphe : à la picardre, à l’espinay, à trente & un, à la condemnade, à la carte virade, au moucontent, au cocu, à qui a si parle, à pille : nade : iocque : fore, à mariage, au gay, à l’opinion, à qui faict l’un faict l’autre, à la sequence, aux luettes, au tarau, à qui gaigne perd, au belin, à la ronfle, au glic, aux honneurs, à l’amourre, aux eschetz, au renard, aux marrelles, aux vasches, à la blanche, à la chance, à troys dez, aux talles, à la nicnocque. A lourche, à la renette, au barignin, au trictrac, à toutes tables, aux tables rabatues, au reniguebleu, au force, aux dames : à la babou, à primus secundus, au pied du cousteau, aux clefz, au franc du carreau, à pair ou sou, à croix ou pille, aux pigres, à la bille, au savatier, au hybou, au dorelot du lièvre, à la tirelitantaine, à cochonnet va devant, aux pies, à la corne, au bœuf \iolé, à la chevêche, à je te pince sans rire, à picoter, à déferrer l’asne, à laiau tru, au boiirry, bourry zou, à je m’assis, à la barbe d’oribus, à la bousquine, à tire la broche, à la boutte fojTe, à compère, prestez moy vostre sac, à la couille de bélier, à boute hors, à figues de Marseille, à la mousque, à l’archer tru, à escorcher le renard, à la ramasse, au croc madame, à vendre l’avoine, à soufSer le charbon, aux responsailles, au juge vit et juge mort, à tirer les fers du four, au fault villain, aux cailletaux, au bossu aulican, à Sainct Trouvé, à pinse morille, au poirier, à pimpompet, au triori. au cercle, à la truye, à ventre contre ventre, aux combes, à la vergette, au palet, au iensuis, à fousquet, aux quilles, au rampeau, à la boulle plate, au pallet, à la courte boulle, à la griesche, à la recoquillette, au cassepot, au montalet, à la pyrouete, aux ionchées, au court baston, au pyrevollet, à cline musseté, au picquet, à la seguette, au chastelet, à la rengée, à la souffete, au ronflart, à la trompe, au moyne, au tenebry, à l’esbahy, à la foulle, à la navette, à fessart, au ballay, à sainct Cosme ie viens adorer, au chesne forchu, au chevau fondu, à la queue au loup, à pet en gueulle, à guillemain baille my ma lance, à la brandelle, au trezeau, à la mousche, à la migne migne beuf, au propous, à neuf mains, au chapifou, aux ponts cheuz, à colin bridé, à la grotte, au cocquantin, à collin maillard, au crapault, à la crosse, au piston, au bille boucquet, aux roynes, aux mestiers, à teste à teste bechevel, à laver la coiffe ma dame, au belusteau, à semer l’avoyne, à briffault, au molinet, à defendo, à la virevouste, à la vaculle, au laboureur, à la cheveche, aux escoublettes enraigées, à la beste morte, à monte monte l’eschelette, au pourceau mory, à cul sallé, au pigeonnet, au tiers, à la bourrée, au sault du buysson, à croyzer, à la cutte cache, à la maille bourse en cul, au nic de la bondrée, au passavant, à la figue, aux petarrades, à pillemoustard, à cambos, à la recheute, au picandeau, à crocque teste, à la grolle, à la grue, à taille coup, aux nazardes, aux allouettes, aux chinquenaudes. Après avoir bien ioué & beluté temps, il convenoit boire quelque peu, c’estoient unze peguadz pour homme. Et soubdain après bancqueter c’estoit sus un beau banc, ou en beau plein lict s’estendre & dormir deux ou troys heures sans mal penser, ny mal dire. Luy esveillé secouoyt un peu les aureilles : ce pendent estoit aporté vin frais, là beuvoyt mieulx que iamais. Ponocrates luy remonstroit, que c’estoit maulvaise diète, ainsi boyre après dormir. C’est (respondit Gargantua) la vraye vie des pères. Car de ma nature ie dors sallé : & le dormir m’a valu autant de iambons. Puis commenceoit estudier quelque peu, & patenostres en avant, pour lesquelles mieulx en forme expedier, montoit sus une vieille mulle, laquelle avoit servy neuf Roys, ainsi marmonnant de la bouche & dodelinant de la teste alloit veoir prendre quelque conil aux filletz. Au retour se transportoit en la cuysine pour sçavoir quel roust estoit en broche. Et souppoit tresbien par ma conscience : & volentiers convioit quelques beuveurs de ses voisins, avec lesquelz beuvant d’autant, comptoient des vieulx iusques es nouveaulx. Entre autres avoit pour domesticques les seigneurs du Fou, de Gourville & de Marigny. Après souper venoient en place les beaux evangiles de boys, c’est à dire force tabliers, ou le beau flux, un, deux, troys : ou à toutes restes pour abregier, ou bien alloient veoir les garses d’entour : & petitz bancquetz par my : collations & arrière collations. Puis dormoit sans desbrider iusques au lendemain huict heures.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 16:55

 

Comment Grantgousier congneut
l’esperit merveilleux de Gargantua à
l’invention d’un torchecul.   Cha. xii
Vignette 45
Us la fin de la quinte année Grantgousier retournant de la defaicte des Canarriens visita son filz Gargantua. Là fut resiouy, comme un tel père povoit estre voyant un sien tel enfant. Et le baisant & accollant l’interrogeoyt de petitz propos pueriles en diverses sortes. Et beut d’autant avecques luy et ses gouvernantes : esquelles par grand soing demandoit entre aultres cas, s’ils l’avoyent tenu blanc & nect ? À ce  Gargantua feist responce, qu’il y avoit donné tel ordre, qu’en tout le pays n’estoyt guarson plus nect que luy. Comment cela ? (dist Grantgousier.) Iay (respondit Gargantua) par longue & curieuse experience inventé un moyen de me torcher le cul, le plus royal, le plus seigneurial, le plus excellent, le plus expedient, que iamais feut veu. Quel ? dist Grantgouzier. Comme vous le raconteray (dist Gargantua) presentement. Ie me torchay une foys d’un cachelet de velours de voz damoiselles : & le trouvay bon : car la mollice de la soye me causoyt au fondement une volupté bien grande. Une aultre foys d’un chapron d’ycelles, & feut de mesmes. Une autre foys d’un cachecoul, une aultrefoys des aureilles de satin cramoysi : mais la doreure d’un tas de spheres de merde qui y estoient, m’escorchèrent tout le darrière, que le feu sainct Antoyne arde le boyau cullier de l’orfebvre qui les feist : et de la damoiselle, qui les portoyt. Ce mal passa me torchant d’un bonnet de paige bien emplumé à la Souice. Puis fiantant darrière un buisson, trouvay un chat de Mars. D’icelluy me torchay, mais ses gryphes me exulcèrent tout le perinée. De ce me gueryz au lendemain me torchant des guands de ma mère bien parfumez de mauioin. Puis me torchay de Saulge, de Fenoil, de Aneth, de Mariolaine, de roses, de fueilles de Courles, de Choulx, de Bettes, de Pampre/ de Guymaulves/ de Verbasce (qui est escarlatte de cul) de Lactues/ de fueilles de Espinards. Le tout me feist grand bien à ma iambe : de Mercuriale, de Persiguière, de Orties, de Consoulde : mais ien eu la cacquesangue de Lombard. Dont feu guary me torchant de ma braguette. Puis me torchay aux linceux/ à la couverture/ aux rideaux/ d’un coissin/ d’un tapiz/ d’un verd/ d’une mappe/ d’un couvrechief/ d’un mouschenez/ d’un peignouoir. En tout ie trouvay de palsir plus que ne ont les roigneux quant on les estrille. Voyre mais (dist Grantgousier) lequel torchecul trouvas tu meilleur ? Ie y estoys (dist Gargantua) & bien tout en sçaurez le tu autem. Ie me torchay de foi/ de paille/ de baudusse/ de bourre/ de laine/ de papier : Mais

Tousiours laisse aux couillons esmorche :
Qui son hord cul de papier torche.

Quoy ? dist Grantgousier, mon petit couillon, as tu prins au pot ? veu que tu rime desià. Ouy dea (respondit Gargantua) mon roy, ie rime tant & plus : & en rimant souvent m’enrime. Escoutez que dict nostre retraict aux fianteurs :

Chiart
Foirart
Petart
Brenous,
Ton lard

Chapart
S’espart
Sus nous.
Hordous
Merdous
Esgous
Le feu de saint Antoine te ard :
Sy tous
Tes trous
Esclous
Tu ne torche avant ton depart.
En voulez vous dadventaige. Ouy dea,

dist Grantgousier. Adoncq dist Gargantua.
Rondeau
En chiant l’aultre hyver senty

La guabelle que à mon cul doibs,
L’odeur feut aultre que cuydois :
Ien feuz du tout empuanty.

O si quelqu’un eust consenty
M’amener une que attendoys.
En chiant.
Car ie luy eusse assimenty
Son trou d’urine, à mon lourdoys.
Ce pendant eust avecq ses doigtz
Mon trou de merde guarenty.
En chiant.

Or dictez maintenant que ie n’y sçay rien. Par la mer Dé ie ne les ay faict mie, Mais les oyant reciter à dame grand que voyez cy, les ay retenu en gibbessière de ma memoyre. Retournons (dist Grantgousier) à nostre propos. Retournons (dist Grantgousier) à nostre propos. Quel ? (dist Gargantua.) Chier ? Non, dist Grantgosier. Mais torcher le cul. Mais (dist Gargantua) voulez vous payer un bussat de vin Breton, si ie vous foys quinault en ce propos. Ouy vrayment, dist Grantgousier. Il n’est, dist Gargantua, point besoing de torcher le cul, sinon qu’il y ayt ordure. Ordure n’y peut estre, si on n’a chié : Chier doncques nous fault davant que le cul torcher. O (dist Grantgouzier) que tu as bon sens petit guarsonnet. Ces premiers iours ie te feray passer docteur en Sorbone par dieu, car tu as de raison plus que d’aage. Or poursuyz ce propos torcheculatif, ie t’en prie. Et par ma barbe pour un bussart tu auras soixante pippes Ientends de ce bon vin breton, lequel point ne croist en Bretaigne, mais en ce bon pays de Verron. Ie me torchay après (dist Gargantua) d’un couvrechief, d’un aureiller, d’une pantoufle, d’une gibbessière, d’un panier. Mais o, le malplaisant torchecul. Puis d’un chappeau. & notez que des chappeaux les uns sont ras, les aultres à poil, les aultres velouttez, les aultres tafetassez, les aultres satinisez. Le meilleur de tous est celluy de poil. Car il faict tres bonne abstersion de la matière fecale. Puis me torchay d’une poulle, d’un coq, d’un poulet, de la peau d’un veau, d’un lievre, d’un pigeon, d’un cormaran, d’un sac d’advocat, d’une barbute, d’une coyphe, d’un leurre, Mais concluent ie dys & maintiens, qu’il n’y a tel torchecul que d’un oyson bien dumeté, pourveu qu’on luy tieigne la teste entre les iambes. Et m’en croyez suz mon honeur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirificque, tant par la doulceur d’icelluy dumet, que par la chaleur temperée de l’oizon, laquelle facillement est communicquée au boyau cullier & aultres intestines, iusques à venir à la region du cueur & du cerveau. Et ne pensez poinct que la beatitude des heroes & semidieux qui sont par les champs Elysiens soit en leur Asphodèle ou Ambrosie ou Nectar, comme disent ces vieilles ycy. Elle est selon mon opinion en ce qu’ils se torchent le cul d’un oyzon, et telle est l’opinion de maistre Jean Descosse.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 16:53

 

Comment le nom fut imposé à
Gargantua : et comment
il humoyt le piot.  
Chapitre. vi
Vignette 8
E bonhomme Grantgousier beuvant, et se rigollant avecques les aultres entendit le cris horrible que son filz avoit faict entrant en lumière de ce monde, quand il brasmoit demandant à boyre/ à boyre/ à boyre/ dont il dist, que grant tu as, supple le gousier. Ce que oyans les assistans, dirent que vrayment il debvoit avoir par ce le nom Gargantua, puis que telle avoyt esté la première parole de son père à sa nativité, à l’imitation et exemple des anciens Hebreux. À quoy fut condescendu par icelluy, & pleut tresbien à sa mère. Et pour l’appaiser, luy donnèrent à boyre à tirelarigot, et feut porté sus les fonts, et là baptisé, comme est la coustume des bons christians. Et luy feurent ordonnées dix et sept mille neuf cens vaches de Pautille, et de Brehemond : pour l’alaicter ordinairement, car de trouver une nourrice convenente n’estoit possible en tout le pais, consideré la grande quantité, de laict requis pour icelluy alimenter. Combien qu’aulcuns  docteurs Scotistes ayent affermé que sa mère l’alaicta, et qu’elle pouvoit trayre de ses mammelles quatorze cens pippes de laict pour chascune fois. Ce que n’est vraysemblable. Et a esté la proposition declarée par Sorbone scandaleuse, et des pitoyables aureilles offensive, et sentant de loing heresie. En cest estat passa iusques à un an et dix moys, en quel temps par le conseil des medicins on commencza le porter, & fut faicte une belle charrette à bœufz par l’invention de Iean Denyau, et là dedans on le pourmenoit par cy/ par là, ioyeusement & le faisoyt bon veoir car il portoit bonne troigne, et avoyt presque dix et huyt mentons : & ne cryoit que bien peu, mais il se couchioyt à toutes heures, car il estoit merveilleusement phlegmaticque des fesses, tant de sa complexion naturelle, que de la disposition accidentale qui luy estoit advenue par trop humer de purée Septembrale. Et n’en humoyt poinct sans cause. Car s’il advenoyt qu’il feut despit, courroussé, faché, ou marry, s’il trepignoyt/ s’il pleuroyt, s’il cryoit, luy aportant à boyre, l’on le remettoyt en nature, & soubdain demouroyt quoy et ioyeux. Une de ses gouvernantes m’a dict, que de ce fayre il estoyt tant coustumier, qu’au seul son des pinthes & flaccons, il entroyt en ecstase, comme s’il goustoyt les ioyes de paradis. En sorte qu’elles considerant ceste complexion divine pour le resiouyr au matin faisoyent davant luy donner des verres avecques un cousteau, ou des flaccons avecques leur toupon, ou des pinthes avecques leur couvercle. Auquel son il s’esguayoit, il tressailoit, & luy mesmes se bressoit en dodelinant de la teste, monichordisant des doigtz, & baritonant du cul.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 16:49

 


GARGANTUA

oOo0O000000000000O0oOo
ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ
OooooooooooooooooooooO

LA VIE
INESTIMABLE

DU GRAND
Gargantua, pere de
Pantagruel iadis composée
par
 L’abstracteur
de quinte essence


Livre plein de
pantagruelisme



MDXXXV


On les vend à Lyon, chez
Françoys Iuste devant nostre
Dame de Confort.

  
Au Lecteurs



Amis lecteurs qui ce livre lisez,
Despouillez vous de toute affection.
Et le lisants ne vous scandalisez,
Il ne contient mal ne infection.
Vray est qu’icy peu de perfection
Vous apprendrez, si non en cas de rire.
Aultre argument ne peut mon cueur elire.
Voiant le dueil qui vous mine & consomme,
Mieulx est de ris que de larmes escrire,
Pour ce que rire est le propre de l’homme.

V I V E z I O Y E U x
  
Prologue de lauteur.
Vignette 3
Euveurs tresillustres & vous Verolez tresprecieux (car à vous non à aultres sont dediez mes escriptz) Alcibiades en un dialoge de Platon, intitulé Le banquet, louant son precepteur Socrates sans controverse prince des philosophes : entre aultres paroles le dict estre semblable es Silènes. Silènes estoyent iadis petites boites telles que voyons de present es bouticqs des apothecaires, pinctes au dessus de figures ioyeuses et frivoles, comme de Harpies, Satyres, oysons bridez, lievres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limonniers, & aultres telles pinctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire. Quel fut Silène maistre du bon Bacchus. Mais au dedans l’on reservoit les fines drogues, comme Baulme, Ambre gris, Amomon, Musc, zivette, pierreries, et aultres choses precieuses. Tel disoit estre Socrates : parce que le voyans au dehors, & l’estimans par l’exteriore apparence, n’en eussiez donné un coupeau d’oignon : tant laid il estoit de corps & ridicule en son maintien, le nez pointu, le reguard d’un taureau : le visaige d’un fol : simple en meurs, rusticq en vestemens, pauvre de fortune, infortuné en femmes, inepte à tous offices de la republicque,  tousiours riant, tousiours beuvant à un chascun, tousiours se guabelant, tousiours dissimulant son divin sçavoir. Mais ouvrans ceste boite, eussiez au dedans trouvé une celeste & impreciable drogue : entendement plus que humain, vertu merveilleuse, couraige invincible, sobresse non pareille, contentement certain, asseurance parfaicte, desprivement incroyable de tout ce pourquoy les humains tant veiglent, courent, travaillent, navigent & bataillent. À quel propos, en vostre advis, tend ce prelude, & coup d’essay ? Par autant que vous mes bons disciples, & quelques aultres folz de seiour lisans les ioyeux tiltres d’aulcuns livres de nostre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fessepinthe, La dignité des braguettes, Des poys au lard cum commento etc, iugez trop facilement ne estre au dedans traicté que mocqueries, folateries, & menteries ioyeuses : veu que que l’enseigne exteriore (c’est le tiltre) sans plus avant enquerir, est communément repceu à derision & gaudisserie. Mais par telle legiereté ne convient estimer les œuvres des humains. Car vo’mesmes dictes, que l’habit ne faict point le moine : & tel est vestu d’habit monachal, qui au dedans n’est rien moins que moyne : & tel vestu de cappe hispanole, qui en son couraige nullement affiert à Hispane. C’est pourquoy fault ouvrir le livre : et soigneusement peser ce  qui y est deduict. Lors congnoistrez que la drogue dedans contenue est bien d’aultre valeur, que ne promettoit la boitte. C’est à dire que les matieres icy traictées ne sont tant folastres, comme le tiltre au dessus pretendoit. Et posé le cas, qu’on sens literal vo’trouvez matières assez ioyeuses & bien correspondentes au nom, toutesfois pas demourer là ne fault, comme au chant des Sirènes : ains à plus hault sens interpreter ce que par adventure cuidiez dict en guaieté de cueur. Crochetastes vo’oncques bouteilles ? Caisgne. Redvisez à memoire la contenence qu’aviez. Mais veistez vo’oncques chien rencontrant quelque os medullare ? C’est comme dict Platon li. 2 de rep. la beste du monde plus philosophe. Si veu l’avez : vo’avez peu noter de quelle devotion il le guette : de quel soing il le guarde : de quel ferveur il le tient : de quelle prudence il l’entomne : de quelle affection il le brise : et de quelle diligence il le sugce. Qui l’induict à ce faire ? Quel est l’espoir de son estude ? quel bien y pretend il ? Rien plus qu’un peu de mouelle. Vray est que ce peu, plus est delicieux que le beaucoup de toutes aultres pour ce que la mouelle est aliment elabouré à perfection de nature, comme dict Galen 3. facu. natural. & 11. de usu particu. À l’exemple d’icelluy vo’convient estre saiges pour fleurer sentir & estimer ces beaux livres de haulte gresse, legiers au prochaz : & hardiz à la rencontre. Puis pour curieuse leczon, & meditation frequente rompre l’os, & sugcer la substantificque  mouelle. C’est à dire : ce que ientends par ces symboles Pythagoricques, avecques espoir certain d’estre faictz escors & preux à ladicte lecture. Car en icelle bien aultre goust trouverez, & doctrine plus absconce que vous revelera de tresaultz sacremens & mystères horrificques, tant en ce que concerne nostre religion, que aussi l’estat politicq & vie oeconomicque. Croiez en vostre foy qu’oncques Homere escrivent l’Iliade & Odyssée, pensast es allegories, lesquelles de luy ont beluté Plutarche, Heraclides Ponticq, Eustatie, & Phornute : & ce que d’iceulx Politian a desrobé ? Si le croiez : vo’n’aprochez ne de pieds ne de mains à mon opinion : qui decrete icelles aussi peu avoir esté songeez d’Homere, que d’Ovide en ses metamorphoses, les sacremens d’evangile : lesquelz un frère Lubin vray croquelardon s’est efforcé desmontrer, si d’adventure il rencontroit gens aussi folz que luy : & (comme dict le proverbe) couvercle digne du chaudron. Si ne le croiez : quelle cause est, pourquoy autant n’en ferez de ces ioyeuses et nouvelles chronicques ? Combien que les dictant n’y pensasse en plus que vo’qui paradventure beviez comme moy. Car à la composition de ce livre seigneurial, ie ne perdys ny emploiay oncques plus ny aultre temps, que celluy qui estoit estably à prendre ma refection corporelle : sçavoir est, beuvant et mangeant. Aussi est ce la iuste heure, d’escrire ces haultes matières et sciences profundes.  Comme bien faire sçavoit Homere paragon de tous philologes, et Ennie père des poëtes latins, ainsi que tesmoigne Horate, quoy qu’un malautru ait dict, que ses carmes sentoyent plus le vin que l’huile, Autant en dist un Tirelupin de mes livres, mais bren pour luy. L’odeur du vin ô combien plus est friant/ riant/ priant/ plus celeste, & delicieux que d’huile. Et prendray autant à gloire qu’on die de moy, que plus en vin ay despendu que en huyle, que feinst Demosthenes, quand de luy on disoit, que plus en huyle que en vin despendoit. À moy n’est que honneur et gloire, d’estre dict et reputé bon gaultier et bon compaignon : & en ce nom suis bien venu en toutes bonnes compaignies de Pantagruelistes : à Demosthenes fut reproché par un chagrin que ses oraisons sentoyent comme la serpillière d’un hord & sale huilier. Pourtant interpretez tous mes faictz et mes dictz en la perfectissime partie, ayez en reverence le cerveau caseiforme qui vous paist de ces belles billes vezées, et à vostre povoyr tenez moy tousiours ioyeux. Or esbaudissez vous mes amours, & guayement lisez le reste : tout à l’aise du corps et au profict des reins.

Mais escoutaz vietz d’azes, que le mau
lubec vous trousque : vous soub-
vieigne de boyre à my pour la
pareille : et ie vous plegeray
tout are metys.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 16:36

 

Contes de Perraulr1

 

Contes de Perraulr2

 

Contes de Perraulr3

 

Contes de Perraulr4

 

Contes de Perraulr5

 

Contes de Perraulr6

 

Contes de Perrault12

 

Contes de Perrault13

 

Contes de Perrault14

 

Contes de Perrault15

 

Contes de Perrault16

 

Contes de Perrault17

 

Contes de Perrault18

 

Contes de Perrault119

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 16:19

 

 

Prologue

 

 

  Ce court texte est à considérer comme une "biofiction", c'est-à-dire qu'il part d'événements réellement vécus, s'entrelaçant rapidement avec des faits imaginaires. Ainsi tout réel, dès l'instant où il est soumis à être relaté,  est confronté à la perspective d' une inévitable métamorphose.

  Que reste-t-il, en effet, dans la conscience d'un enfant, des fragments d'une histoire relatée et mise en mots bien des années plus tard ? Et, du reste, ce fameux réel dont on nous assure qu'il est l'évidence même, l'incontournable vérité, n'a-t-on pas l'occasion, en de multiples occasions, de constater  ses manquements à être, son aptitude foncière à la malléabilité, à la plasticité.  Parfois ne débouche-t-il guère que sur une aimable fiction, laquelle aurait quelque difficulté à faire émerger les fondements qui en ont assuré l'émergence. Et puis, en définitive, est-on bien sûr que le réel existe vraiment, qu'il n'est pas simple hallucination, projection onirique, fantaisie de l'imaginaire. ? Et les frontières entre ces diverses manifestations de l'esprit humain  ne sont-elles pas poreuses, incertaines, couleur d'aube ?

  "La Maison au marronnier"dont il est parlé dans le texte ci-après; les personnages; l'épisode de la guerre et les faits qui y ont été associés ont bien existé.

  Par contre la soirée d'octobre, l'accueil des amis, le vent cernant la maison ont été posés comme cadre afin de faire surgir un possible événement qui, en son temps, eût pu témoigner de la guerre, de sa confondante brutalité, de sa capacité à infléchir le destin de ceux qui l'ont vécue, en même temps que de poser sa marque indélébile  dans des consciences d'enfants.

  Et la force de la fiction, lorsqu'elle a été écrite avec authenticité et respect des faits, qu'elle a impliqué la propre immersion de l'auteur dans l'histoire, c'est de se révéler avec encore plus d'acuité que le réel n'en a mis à imprimer son sceau sur les événements. La fiction est le réel lui-même auquel ont été ajoutés une perception singulière des choses, un ressenti, un état d'âme.

  Sans cette dimension méliorative, aucun fait ne pourrait prétendre exister vraiment, sauf à demeurer dans une sourde immanence, pareillement à la compacité recluse sur elle-même de la pierre. Par nature, tout événement vécu est destiné à s'ouvrir, à se déployer selon quantité de ramifications signifiantes. Cela, il fallait l'affirmer, afin que toute lecture puisse se dérouler en toute connaissance de cause. Il ne peut jamais y avoir de lecture objective, pas plus qu'il ne saurait exister d'écriture objective. La beauté du réel, à supposer qu'il existe vraiment, c'est bien de nous offrir le tremplin à partir duquel élaborer notre propre fiction. La seule, en définitive, qui nous parle !

 

 

****************

                  

 

 

AU-DELA DE L'HORIZON                     

 

                                                                    A mon père Armand, ombre parmi les ombres.

 

 

      Mardi 7  Octobre                                                                                                                                                                                   

 

  Octobre et son cortège de pluie. Poussière fine qui talque les vitres, métamorphose le jour en une longue attente. Parfois des heures plus claires. Rares. Le plus souvent des brumes légères flottant au ras du sol et l’air qui se tisse en étoupe et les bruits se réduisent au silence. Je suis dans la pièce grise, celle aux vitres dépolies que tu aimais tant. Tu disais souvent que le jour s’y abîmait comme au bord d’un secret, d’un lac éteint, semblable au repliement d’une corolle.

  Cinq ans déjà que tu nous a quittés . Et depuis peu, Suzy, notre mère est venue te rejoindre dans ton exil hors du temps.

  Armand, tu ne manqueras pas d’être surpris de cette manière de « journal d’outre-tombe ». C’est si étrange, en effet, de parler à ceux qui sont au-delà de l’horizon, dont on n’apercevra jamais plus les silhouettes familières. A ma sœur Reine et à moi-même, il ne reste plus de vous deux que le souvenir voilé de vos voix, quelques attitudes, des photographies jaunies. Assurément un trésor au regard de la mémoire, de l’affection. Mais tu sais bien que seules sont vraies les images que nous portons en nous à la façon de simples réminiscences et le souvenir aurait pu suffire à combler le vide qui, souvent, nous tient lieu d’existence. Ces photographies sont malgré tout précieuses et nous avons  essayé d’y retrouver un peu du bonheur d’autrefois. Je ne t’étonnerai pas en te disant que Reine a choisi les photos claires, lumineuses, portées par des projets, des unions, des mariages, des célébrations de famille. Je l’ai laissé choisir. Les photos qui restaient étaient surtout celles de la guerre, grises, sombres, certaines pliées aux angles, usées par le temps. Entre Reine et moi, comme une césure naturelle, une ligne de partage des eaux. Pour elle, le versant océanique, les plages de sable ouvertes au futur, la longue fuite de la lumière sur l’horizon, l’espace déployé à l’infini. Pour moi, le versant méditerranéen, plus sombre, plus abrupt, où la vue ne porte jamais au loin, où les criques succèdent aux criques et la garrigue plie sous les assauts du vent. La guerre en quelque sorte, sous sa forme géologique, brute, escarpée, incompréhensible surtout. Et ne va pas croire, Armand, que se soient insinués en moi une quelconque frustration, un mécontentement, une nécessaire pliure de l’âme d’avoir hérité de ces images parfois austères, souvent dépourvues de poésie, figées dans un passé qui semble tellement éternel. Jamais je ne te l’ai avoué mais, depuis toujours je crois, la guerreme fascine. Au sens premier, s’entend. Comme le cobra tient la proie sous son charme avant de fondre sur elle.

 

      Jeudi 9 Octobre

 

 

  Hier, le plus clair de mon temps a été consacré au classement des photos. Je crois que cette brusque résurgence du passé m’a été salutaire. Il y avait des photos que je ne connaissais pas, des personnages qui parlaient une langue autre que la mienne, des paysages qui ne m’éclairaient guère sur le lieu réel où tu te trouvais. Plus personne maintenant auprès de nous qui puisse apporter son témoignage sur cette période si trouble et lointaine qu’elle semblerait même se perdre dans le labyrinthe des jours. Mon imaginaire comblera les lacunes, remplira les interstices, à sa manière.

 

                                                                                                                                                     

 

      Vendredi 10 Octobre.

 

  Rêvé cette nuit. J’ai tout juste sept ans, « l’âge de raison » comme on disait dans cette époque si sensible à la justesse des choses. Nous sommes dans la « Maison au marronnier ». Toi et Suzy avez invité les Fortel à dîner. C’est l’automne comme maintenant. A la fin du repas Suzy apporte des crêpes qui sentent la vanille et la fleur d’oranger. Ce soir Reine a décidé qu’elle n’aimait pas les crêpes. Elle est allé jouer avec le chat, près de la cuisinière, dans la pièce à côté. Deux ou trois crêpes. Je n’ai plus très faim. Je demande la permission de rejoindre ma chambre dont je prends soin de laisser la porte ouverte. Le bruit de la conversation me rassure et les histoires des adultes sont si étonnantes !

 Tu n’as pas 40 ans encore, tout juste la « force de l’âge », cet âge si fluide, si aérien, auréolé de grâce et de mystère pour l’enfant que je suis, de puissance aussi, à la façon d’un fortin inaccessible. Tu es en verve ce soir. Peut être en raison de la présence des Fortel, amis de toujours, du vin blanc qui resplendit dans les verres couleur de paille, de Suzy qui t’épaule si bien dans la vie et te soutient d’un regard appuyé, bienveillant.

  C’est la première fois, je crois, où je t’entends parler de la guerre, d’une façon passionnée, fiévreuse, presque enthousiaste. Les Fortel approuvent, Suzy écoute. Cette heure est à toi. Pleinement. Les autres ont perçu l’urgence qui était la tienne à soulever les cendres du passé, à souffler sur les braises, vivantes échardes plantées dans le tumulte de ta chair. Dans le petit salon salle à manger, au-dessous du lustre où brûlent des ampoules en forme de bougies, il y a soudain comme d’étranges vibrations, des secousses, peut être des appels, des cris, des bruits semblables à de lointaines explosions. La Guerre est là, présente, tout autour de nous et nous peinons à contenir nos émotions, nos angoisses, cette sourde certitude que, d’un instant à l’autre, tout pourrait s’écrouler, comme à Londres après la terrible nuit du « Blitz » et il ne resterait plus alors que des briques fumantes, des flammes et le désarroi des hommes.

Reine s’est arrêté de jouer avec le chat et ne pense même plus à tisonner le foyer de la cuisinière comme elle le faisait compulsivement tout au long du repas. Suzy est accrochée à tes paroles. Les Fortel acquiescent souvent, empreints d’un air grave et d’une attention teintée d’amitié et de sollicitude. Tu parles de tout, des tirs d’armes automatiques sur les hauteurs au dessus de « Bareltou », le jour même de ma naissance ; tu parles de la mobilisation, de celle de ton ami Lucien qui habite la ferme d’à côté ; tu parles de l’occupation, de Suzy dissimulant sous une prétendue grossesse les victuailles qu’elle apporte aux cousins de Neuville, des soldats allemands qui l’arrêtent, la questionnent gentiment, la taquinent sur ses rondeurs sans chercher à en connaître la vraie nature, des braves types parfois ces Boches, tu rajoutes avec un brin de compassion, mais sans hostilité, sans rancune ; tu parles du front, des types qui tombent les uns après les autres sous les coups d’un diabolique jeu de massacre venu de nulle part, du sommeil des soldats à même la terre sous le feu nourri de la mitraille, certains ne se relèveront jamais ; tu parles de tes parents, du travail pénible à la ferme, de leur inquiétude de te savoir éloigné, exposé, et de tes deux enfants, Reine et moi, tellement absents, une simple effervescence, une ligne cendrée, un tremblement à la pliure du ciel et de la terre, tu nous connais si peu; tu demandes des photos, tu parles du moment où, avec tes camarades, vous êtes faits prisonniers, du sentiment de défaite, d’humiliation qui y est associé ; tu parles des boîtes de biscuits que Suzy t’envoie, du courrier, des photos qu’elle y dissimule, seule une femme sait faire cela ; tu parles du travail forcé en Allemagne, des « kartoffeln » qui tapissent ta gamelle de croûtes semblables à des desquamations, parfois à des lambeaux de chair et ces visions te  donnent la nausée ; tu parles de tout sans te soucier de la chronologie, du déroulement logique  des événements – mais que peut-il y avoir de logique dans une telle absurdité ? , et plus tard, bien plus tard, après mes « humanités », je repenserai à cette soirée, à cette épreuve si difficile pour toi, à ce torrent de paroles qui ressemble si fort à une catharsis, tu parles surtout pour te rassurer, pour exorciser et peu t’importe, Armand si personne ne t’écoute, tu es ta propre caisse  de résonance, l’écho revient à tes oreilles et tu t’enivres de ta parole comme tu le ferais d’un alcool fort, d’une absinthe, d’une ambroisie magique, tu sembles un moment hésiter, ta blancheur soudaine atteste un égarement, une douleur mais ce n’est qu’une distraction, une déchirure dont tu ne veux pas profiter, puis c’est une digue qui lâche, un flot pressé, une course rapide, haletante, tendue comme celle du taureau dans le goulet étroit des ruelles de l’encierro au milieu de l’été andalou ; tu parles de la tuberculose qui te rongeait à ton insu, te minait de l’intérieur jusqu’au jour où elle a fini par te terrasser alors que tu travaillais malgré toi pour le compte de l’ennemi, ce dont ta conscience souffrait longuement ; tu parles de ton hospitalisation précipitée en Suisse, des  aiguilles que le médecin enfonçait dans ta plèvre pour insuffler l’air qui était censé guérir le lobe atteint, des viandes rouges que tu dois consommer jusqu’à plus faim pour reprendre des forces, de la neige si épaisse, si blanche qui recouvre les chalets, les montagnes d’une immense toile de silence qui éteint le monde ; tu parles de la nostalgie que tu éprouves, de ta culpabilité parfois, vis-à-vis de tes camarades restés en Allemagne, de ta famille, nébuleuse si lointaine mais la vie au Sanatorium te paraît si douce après les rigueurs des combats et ton vécu de prisonnier ; tu parles du travail harassant dans les ateliers envahis de bruit et de froid, des dortoirs pouilleux et malodorants, de l’inévitable promiscuité, de la perte si proche, si menaçante et toujours possible de ta propre identité comme une sourde menace au dessus d’une raison vacillante, cette peur panique de sombrer dans l’abîme, de tomber au fond de l’innommable qui resserre ses liens de toutes parts ; puis tu sembles sur le point de basculer, de t’évanouir peut-être et Suzy pose aussitôt sur ton front une serviette imbibée d’eau fraîche, tu reprends peu à peu des couleurs mais tes yeux sont comme éteints, tes pupilles transparentes à la façon d’une écume et je sais alors, dans l’aube de ma lucidité d’enfant que tu viens de tutoyer l’enfer et cet enfer porte, en lettres de feu, le mot terrible : GUERRE  et c’est comme si ce mot s’était imprimé à jamais sur la face de ta peau, à la manière d’un tatouage existentiel, cicatrice à la mémoire longue et j’ai soudain l’impression d’un immense vide tout autour de moi et dans la pièce où l’air vibre à la façon d’un cri, la « Maison au marronnier » se met à tanguer dans le vent mauvais, la pluie bat aux volets, tout comme aujourd'hui et je crois bien que le mot maudit s’est gravé dans ma conscience, dans celle de Reine aussi, assurément, et c’est pour cela sans doute que j’ai fait ce rêve, mais tu le sais bien Armand, ce rêve est le reflet d’une réalité déjà ancienne, il n’est pas une simple fantaisie, un  « voyageur  de passage », cette soirée avec les Fortel a bien existé, Reine et moi pouvons encore en témoigner mais ni l’un ni l’autre n’avons jamais voulu en reparler, une sorte de serment, de secret bien gardé. En nous la guerre continue et étend ses ramures, comme en chacun des hommes sur la terre, à chaque instant de son existence, mais ma sœur et moi nous savons qu’elle est là, enclose dans l’espace de nos corps et que plus rien ne pourra l’en déloger que notre propre finitude.                                                                                                                                         

 

 

 

                                                                                                                                                                                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                

 

 

 

 

 

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 16:51

 

Affinité

 

*Affinité : le QI ou souffle originel des chinois comme osmose des dualités.

*Tes affinités te déterminent tout autant que tes actes.

*Tes affinités : le SENS pour toi.

*Privé de tes affinités originelles ?  Exposé à la mort.

*Tes affinités : elles te reconduisent à ta propre essence.

*Affinités électives ou la magie de l'attraction réciproque.

*Affinité absolue : fusion de l'UN dans l'AUTRE.

*Affinités naturelles : Noces de la terre et du Ciel.

*Athanor des affinités. Transmutation du plomb en or.

*Evidence des affinités : "Parce que c'était lui, parce que c'était moi." La Boétie - Montaigne.

*Chute des affinités. Eloignement de deux monades celées dans leur autarcie.

*Affinité des coquillages : eau qui les relie.

*Amour vrai : affinités transcendées.

*L'affinité n'a jamais à voir avec l'immanence. Il lui faut le lieu, le passage, l'ouverture. La transcendance.

*Art : mise en scène des affinités.

*Les affinités ont ceci de remarquable qu'elles sont identiques à elles-mêmes dans le temps. 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 10:45

 

Dans l’hindouisme, il est GaneshGaneshaVinayakaGanapati (« le Chef -Pati- des troupes de divinités -Ganas- » ou mieux « le seigneur des catégories ») ou Pillayar dans le sud de l’Inde. Il est le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. C’est le dieu qui lève les obstacles des illusions et de l'ignorance. Il est le fils de Shiva et Pârvatî, l’époux de Siddhi, le Succès, de Buddhi, l'Intellect, et de Riddhî, la Richesse.

 

Ganesh16

 

Somatne fata (8)

 

Ganesh3

 

                                                                                                                       (Source : Wikipédia).

                                  

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 15:39

 

fant27

 

fant28

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 10:50

 

DESS65

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