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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 11:13
Chair de plénitude

Œuvre : Barbara Kroll

 

***

 

Chair de plénitude,

tu nous interroges si fort

sur Nous

sur l’Autre, sur le Monde

Chair de plénitude

 

En ce temps

où la guerre fait rage,

en ce temps où les hommes

semblent avoir perdu

leurs repères,

leur raison,

comment pourrais-je

me détourner de Toi ?

Certes, tu n’es qu’Esquisse

sur une toile

mais Esquisse présente

bien au-delà

de ta forme,

de ta teinte,

de ta posture.

Une Esquisse en Soi

qui réhausse le sentiment

que je peux avoir de moi.

C’est étrange et rassurant

cette vertu de l’art

de métamorphoser

Celui Celle

 qui s’y adonnent avec ardeur,

de les ôter à eux-mêmes,

de les déposer au lieu

où ils pourront éprouver

une heureuse complétude.

 

Chair de plénitude,

Tu nous interroges si fort

Sur Nous

Sur l’Autre, sur le Monde

Chair de plénitude

 

Te pensant,

 t’imaginant,

 te nommant,

toujours je trouve

le sublime mot de

PLÉNITUDE

Telle Celle que tu es,

tu es une manière d’orient

qui m’indique le chemin

vers Modigliani,

vers « Nu couché ».

Même carnation,

même corps souple

offert à la vue,

même confiance

en la vie,

même liberté

à l’intérieur de Toi.

Certes tu es plus pudique

que « Nu couché »,

mais ceci n’est-il peut-être

qu’une réserve provisoire.

Si la forme diffère,

le fond consone.

 

Chair de plénitude,

Tu nous interroges si fort

Sur Nous

Sur l’Autre, sur le Monde

Chair de plénitude

 

C’est une véritable

Ode à la Joie

qui se lève de vos deux figures.

Eloignées dans le temps,

 unies dans l’identique du dire.

Mais c’est Toi que je vais

regarder maintenant.

Toi et le Monde

qui paraît si près

de sa fin.

 La vague souple

de tes cheveux

n’est-elle le signe

de ce généreux abandon

qui semble te combler

et te porter hors de toi

vers qui voudra bien

t’apercevoir

selon ta propre vérité.

Tes yeux clos ne le sont-ils

qu’à biffer le Monde

en quelque sorte,

à l’abandonner

à sa propre finitude ?

 

Chair de plénitude,

Tu nous interroges si fort

Sur Nous

Sur l’Autre, sur le Monde

Chair de plénitude

 

Ta peau soyeuse,

que tend une chair pulpeuse,

se pare de si heureuses touches !

En Toi, une lumineuse palette

qui dit l’intensité de la vie,

l’urgence de te donner

au bonheur sans réserve.

Uniquement des couleurs

de félicité :

Coquille d’œuf

qui dit sa discrétion,

l’atténuation de la lumière ;

Chair qui affirme sa densité ;

Saumon et déjà tu remontes

 à ta source ;

 Dragée et tu rejoins

les rives radieuses

de ton enfance.

 

Chair de plénitude,

Tu nous interroges si fort

Sur Nous

Sur l’Autre, sur le Monde

Chair de plénitude

 

Et ce linge rouge

qui t’entoure,

ce Rosso Corsa

plus vif que la Pourpre,

est-il large fauteuil,

tenture ou fond

d’où tu proviens,

un genre d’incendie

dont nul ne connaît la raison,

 que nul ne pourrait éteindre ?

n’est-il tout uniment l’épiphanie

d’une félicité intérieure

qui traverse ton corps

 et bourgeonne à la façon

de l’éclosion d’une fleur,

singulièrement d’une rose ?

 Nullement le bouton

 replié sur lui-même,

mais plutôt

le déploiement

des pétales,

le luxe ouvert

de la fragrance,

la tête vous tourne

à son contact mais

le vertige est délicieux,

il est réminiscence

des temps anciens,

il est floraison

des souvenirs éteints.

 

Chair de plénitude,

Tu nous interroges si fort

Sur Nous

Sur l’Autre, sur le Monde

Chair de plénitude

 

L’un de tes bras suit

la diagonale de ton corps

dans un geste de protection.

 De quoi est-il le signe :

d’une pudeur native ?

 D’une retenue

 en ton intime ?

 D’une crainte vis-à-vis

 des syncopes du Monde ?

 L’autre bras est

une longue liane

qui épouse ton flanc,

semble le flatter.

Une jambe est relevée et pliée

sur laquelle ta tête prend appui.

L’amande de ton sexe

est visible,

 à la manière de celle

d’une Jeune Fille nubile

 qui, encore, n’aurait connu

le signe de la défloration.

Et, en quelque sorte,

tu serais en-toi-hors-de-toi,

en voyage pour

une nuptiale cérémonie.

 Certes, tu souhaiterais devenir,

en un seul et unique

trait de ta volonté,

devenir l’Épousée

du Monde,

mais l’Épousée

d’un Monde heureux,

débarrassé de ses scories,

dispensé de ses maux,

exhumé de ses biffures,

 un Monde sans hébétude

ni servitude,

un Monde

sans négritude

ni solitude,

mais surtout

un Monde

de quiétude,

de plénitude,

car seulement à ce prix

 la vie vaut d’être vécue,

 d’être éprouvée en sa pulpe

douce comme la pêche,

souple comme la pluie,

veloutée comme

la joue du nouveau-né.

Oui, nous avons

un réel besoin

de renaître

 à nous-même,

aux Autres,

de même que le Monde

a besoin de retrouver

les traces de son origine,

une blancheur,

une page vierge

où rien ne figure

que la pure

possibilité d’être,

de devenir.

 Un sourire

 à l’orée du Vivant,

 un regard empli

de la lumière

des choses.

 

Chair de plénitude,

Tu nous interroges si fort

Sur Nous

Sur l’Autre, sur le Monde

Chair de plénitude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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