Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 09:50
Choses essentielles.

Sur le chemin, nous marchons et regardons.

Mais que voit-on vraiment hormis soi ?

Hormis la blessure narcissique

que nous portons au-devant de nous

comme une offrande ?

Que voit-on du monde ?

Sinon quelques images floues

et nous regagnons le logis

et nous sommes quittes des choses

à seulement les avoir effleurées.

Le jour est encore une hypothèse,

quelque chose qui pourrait survenir

et glisser sur nous comme l’écume.

Nous sommes hagards.

Nous sommes aveugles.

Nous sommes sourds.

Nous sommes paralytiques.

Nous sommes muets.

Nous sommes sans goût,

sauf quelque madeleine ancienne

qui vibre dans la ruche de notre tête.

Et, cependant, nous avançons.

Nous semons sur le chemin

notre bave de limaçon.

Et, cependant, nous sommes

dans le creux,

la spirale,

la fermeture

de l’hélice.

Nous avançons mais demeurons sur place.

Tant que nous n’aurons pas décidé de nous mobiliser,

de faire se déployer le long métabolisme de la connaissance.

L’herbe dans sa belle phosphorescence,

nous ne la voyons pas.

L’ombre passe sur nous comme l’aile de la chauve-souris.

Nous ne la sentons pas.

L’arbre s’incline devant nous et reste au secret.

L’arche du pont qui s’élève dans un mouvement purement aérien,

nous passons dessous et l’ignorons.

Ou bien, alors, si nous prêtons attention

au brin d’herbe,

à la tache d’ombre,

à la colonne de l’arbre,

à l’architecture du pont,

nous n’avons de cesse de tomber

dans le bavardage à leur sujet,

c'est-à-dire que nous en faisons des objets.

Reconduire les choses à leur essence,

c’est tout simplement les laisser se déployer

et se mettre à l’écoute de ce qu’elles ont à nous dire.

L’herbe est le doute sur lequel le poète tisse ses vers.

L’ombre la vérité qui s’occulte, attendant de connaître la lumière.

L’arbre est l’appel vers la transcendance.

Le pont est le médiateur qui relie les rives et les hommes entre eux.

Mais peut-être avons-nous trop dit.

L’essence des choses est de la nature du silence.

Aussi convient-il de se taire.

Longtemps !

Choses essentielles.
Partager cet article
Repost0
15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 09:40
Le bonheur du jour qui vient.

Vous êtes dans le pli de vos draps.

Seulement attentif à votre corps,

à la liane qui l’attache encore

au murmure de la nuit.

Au-dessus de votre tête,

c’est comme un ruissellement

de gouttes claires,

une sudation perlant des murs.

Pleurs sur la paroi de calcite

et la grotte s’illumine

de votre désir de paraître.

Long a été l’hiver,

froide la saison,

gourds vos doigts

dans la préhension du monde.

Soudée, votre langue,

dans les mailles du silence.

Cela remue en vous

dans le genre d’un lac

qui voudrait quitter ses rives

et s’écouler en plein ciel,

dans l’air tissé de cristal.

Vous avez basculé, maintenant.

Vous êtes passé

de l’autre côté du réel,

de votre massif de chair occluse.

Vous êtes dans les choses,

dans la conscience sylvestre de l’arbre,

la douce agitation des herbes,

le soufre des arbres,

le gris-bleu des ombres,

l’espace libre de l’air,

la pure joie d’exister

et plus rien ne vous retient du côté

de ce qui se retire et ne montre

que les coutures de la vacuité.

Vous êtes la rivière

et l’onde qui s’écoule,

la cascade blanche,

l’écluse que franchissent les hommes,

la corolle des nymphéas,

le tremblement de la main de Monet

sur la toile fécondée de couleurs,

vous êtes l’ultime vibration

au-delà de laquelle

meurt le langage.

Là est le recueil du silence

devant la pure beauté.

Vous êtes le temps qui passe

et ne vous en apercevez pas.

Le bonheur du jour qui vient.
Partager cet article
Repost0
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 10:16
Parce que les hommes …

Parce que les hommes … ont peur.

Sous le rocher, tout près de l’eau aux reflets bleus sont les abris des hommes. Carte postale, minuscule image d’Epinal venue dire au monde la grande peur de vivre, ici, tout contre le ciel habité de dieux courroucés.

Parfois de grandes flammes blanches, des cascades de bruits, de longs délires qui frappent la cochlée, pareils aux percussions de la grêle. Alors on se réfugie au profond de la grotte, dans son pli intime, tout contre l’ombilic où les choses s’originent avec leur marche de guingois, un doute qui fore l’âme et vrille les pampres de l’esprit.

Alors, c’est une grande douleur que d’être là, simples présences dans la grande dérive universelle. On étrécit son corps à la dimension d’une bogue, on soude ses chairs, on resserre la blancheur de ses os dans la densité d’une gemme ; de son sang on fait de simples nervures blanches ; de sa tête une conque d’os où résonne le vide ; de ses bras des lianes arbustives dans lesquelles oublier que l’on est, ici, sur cette Terre affligée qui, tous les jours, perd de sa substance, s’amenuise aux dimensions d’une fourmilière.

Oui, c’est cela, d’une fourmilière. Mais privée de reine et les ouvrières sont folles qui croulent sous les brindilles de l’angoisse, et les mâles n’ont plus de lieu où déposer leur semence, d’outre à féconder, et les soldats tracent, dans la fortification assiégée, les trajets phosphorescents de l’impuissance à être.

Parce que les hommes … sont fous.

Partout sont les meurtres

qui font leurs fleuves étincelants.

Partout les humiliations

qui clouent les hommes

à leur condition minérale.

Menhirs levés dans l’éther

avec des gestes d’effroi.

Longue parturition du ciel

qui cherche à reprendre son dû.

Il y a tellement d’inconséquence sur Terre

et les sages ne sont pas encore dressés

qui seront les prophètes d’une ère nouvelle.

Oui, le dernier homme est venu

et il est si peu lisible

dans le chiffre brouillé des jours,

dans la multitude de hiéroglyphes

qui ne parviennent plus à être déchiffrés.

Inutiles sémaphores que les yeux ont désertés.

Bras qui agitent dans la brume leur étique silhouette.

Oui, la douleur est trop grande

qui réduit les bouches à des antres désertés.

Il n’y a plus de parole

et les mains sont vides

d’avoir trop griffé le néant.

Ah, que la délivrance vienne,

que se lève à l’horizon le vent du poème !

Nous sommes exténués par tant de douleur.

Exténués !

Partager cet article
Repost0
13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 14:01
Sous le pont coulent les jours.

Une simple irisation

à la face de l’eau,

un reflet,

le miroitement de l’onde.

Sommes-nous jamais plus

que ce tremblement ?

Cette vibration du temps qui,

un jour nous visite,

le lendemain,

nous laisse les mains vides,

le cœur irrésolu,

l’âme égarée ?

Est-ce votre silhouette

qui fait sa modeste apparition ?

Ou, alors, mon souci de vous

qui vous installe sur le rivage

avec parcimonie

et vous y laisse à l’abandon ?

Etes-vous le fruit

de mon imaginaire ?

Cet oiseau qui traverse le ciel

de sa trace blanche ?

Cette arche du pont

en partance pour l’avenir ?

Il est si douloureux

de ne rien savoir et de faire

comme si tout existait,

si tout allait de soi

et nous n’aurions plus

qu’à tendre les mains

pour recevoir l’offrande.

Les arbres, l’eau, le rivage,

ont-ils des consistances de brume ?

Des mains

que la lumière traverse ?

Des corps infinis

que, jamais, nous n’étreignons ?

Il faut inviter la clarté

à s’incliner, baisser ses paupières

sur le silence qui vient.

La nuit est proche

qui nous reprendra en son sein.

Nous sommes, avant toutes choses,

des êtres nocturnes

et nous avons peur du jour.

Cette cruelle vérité !

Sous le pont coulent les jours.
Partager cet article
Repost0
12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 09:08
Venue de l’ombre.

L’ombre était si présente.

Pareille à une écaille échappée de la nuit.

Peut-être un rêve, tout simplement.

La parution des choses

au bord des lèvres.

Le silence avant la parole.

Le grésillement

précédant la lumière.

Nous étions seuls au monde.

Vous dans le mystère bleu.

Moi vous suivant.

Quel étrange magnétisme

m’attachait à votre image ?

Vous étiez si loin

dans votre sombre vêture.

Emergence de chrysalide.

Globe des yeux encore soudés.

Cécité qui durait.

Pour vous, je n’existais pas plus

que l’air printanier.

Une simple fragrance

dans la levée du jour.

Suivre est une fascination,

un attrait de l’inconnu

et l’on frôle le danger.

Pourtant, ce pas de deux

n’avait de sens qu’à céder, bientôt,

sous la poussée de la lumière.

La voie de votre destin

n’était pas la mienne.

Au bout de la rue, vous avez pris

la venelle, sur votre gauche.

J’ai continué tout droit,

jetant à votre silhouette

un dernier regard.

Déjà vous sortiez de votre

silencieux anonymat.

L’imago survenait

dans un bruissement d’élytres.

Puis, bientôt, l’envol

et la simple trace

de deux ocelles

que la clarté reprenait.

C’est ainsi

que vivent les papillons.

Comment donc

vivent les chasseurs

lorsque leur filet est vide

et que les heures passent

en bourdonnant.

Comment ?

Venue de l’ombre.
Partager cet article
Repost0
11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 08:41
Léda, les cygnes et moi.

Vous étiez sur la rive,

pareille à une apparition.

Sur le sable léger,

votre corps nu était posé

comme la nacre au fond du coquillage.

A peine une brume

et déjà l’on était en partance

pour un pays au-delà des rêves.

C’était le printemps, il est vrai,

et mon sang était fouetté de désir.

Vous voir, là, sur la berge opposée

et demeurer dans l’enceinte de mon corps

avec son picotement de venin.

La nage m’aurait-elle sauvé

d’un possible péril ?

Je n’eus pas le temps de me dévêtir que, déjà,

trois cygnes vous faisaient la cour.

Trois fois Zeus pour vous seule

dans la lumière du jour.

Interdit, je l’étais jusqu’à la mutité

et mes jambes étaient de plomb,

mon cerveau envahi de nuées bien étranges.

Le vertige, soudain, m’a saisi

et je suis tombé, là,

inanimé, en deuil de vous.

Lorsque je suis revenu à moi,

les trois cygnes glissaient sur l’eau

avec la facilité que possèdent les dieux,

seulement.

Leurs becs étaient trois braises ardentes

et je savais que votre hymen

avait été consommé.

De cela, jamais je ne devais revenir.

Je vous écris de ma cellule blanche,

au fond des murs réservés aux fous.

On a cru à une fable

ou bien à une hallucination.

Dites-moi, Léda,

avez-vous au moins existé ?

Cela, je veux le savoir,

non pour m’évader de ma geôle.

Pour donner une consistance à mes rêves,

une forme à mon délire.

Puisque, aussi bien, jamais je n’en sortirai.

Léda, venez me visiter,

quoi qu’il vous en coûte.

Vous rencontrerez un demi-vivant,

mais que m’importe,

puisque vous êtes trois fois reine !

Léda, les cygnes et moi.
Partager cet article
Repost0
10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 09:39
Dans la chambre étroite du doute.

On était à l’arrière de soi,

dans la chambre étroite du doute.

Rien, du monde, ne se dévoilait,

sauf ce reniement des choses à figurer

de telle ou de telle manière.

Les yeux étaient des boules de porcelaine occluses.

Les oreilles, des feuilles emplies d’étoupe.

Les doigts gourds ne saisissaient que le vide.

La langue soudée au palais était une sangsue.

Il n’y avait plus de langage.

Plus de profération possible.

Ô neige du non-savoir !

Ô douleur des mandibules rétives !

Ô souffrance d’être au monde

dans le vertige de soi,

des autres !

Il y avait si peu à espérer.

L’air était de la résine.

Les vivants, les derniers, s’y engluaient,

y faisaient leurs minces remuements

en forme de prie-Dieu.

Parfois des sanglots

comme des chapelets de buis,

des grains de silence usant leur paupérisme

aux angles vifs de la finitude.

Le frimas était partout

qui faisait son ébruitement,

et les mains happaient le vide.

Dans la chambre étroite du doute.
Partager cet article
Repost0
9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 09:42
Comment paraître ?

Comment paraître ?

Il y a si peu de présence.

Les balcons sont vides.

L’air une à peine teinte

Posée sur la face des choses.

L’horizon est si flou

Qui absorbe le regard,

Dilue l’encre pâle des yeux.

Et la flamme des arbres

Sur le point de vaciller,

De s’éteindre.

Et la pluie jaune des feuilles

Comme un pastel s’effaçant

Dans la pliure du jour.

Que faut-il pour vivre ?

Lutter contre l’effeuillaison du monde ?

Ou s’incliner à disparaître soi-même ?

Bientôt la rouille aura gagné

Et le sol ouvrira son reposoir

Afin de dire la douleur

Partout répandue.

Nervures ossuaires

Dans la glaise compacte

Des hommes.

Alors le temps adviendra

Et nos mains grifferont l’air

Et nos bouches seront muettes.

Comment paraître

Dans notre effigie de buée,

Sinon à demeurer

Dans l’orbe de soi

Et de n’en point sortir ?
Comment ?

Comment paraître ?
Partager cet article
Repost0
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 09:48
Perdu de vous.

Perdu de vous dans le miroir du monde.

Oui, c’est bien cela, perdu

Et mon ombre est sans reflets.

C’est ici, près de l’arbre vert

Que je vous ai aperçue,

Un jour, dans le tumulte de l’heure.

Et jamais revue.

Il fait froid et mon âme pleure.

Vous reverrais-je ou bien ne serez-vous

Que cette hallucination,

Cette perte à jamais ?

Êtes-vous cette lumière

Qui court au ras du sol

Pareille au feu follet ?

Ou bien le vide qui m’habite

Et me fait douter de moi ?

Il est si douloureux de vivre

Et de ne le point savoir.

Je demeure, là où je suis,

Dans la contrée du vide

Avec vous logée dans ma chair

Et l’espoir, un jour,

De pouvoir saisir votre image.

Au moins votre image !

Perdu de vous.
Partager cet article
Repost0
7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 10:25
Si troublant de passer…

Si troublant de passer

Et de ne rien voir, ne rien deviner.

De vous, là, dans cette antique demeure

Envahie par l’automne.

Vos cheveux ont-ils la couleur du feu ?

Celle des feuillages ?

Votre visage,

La teinte claire de la façade ?

Etes-vous romantique ?

Familière du Grand Meaulnes ?

Ou bien rationnelle,

Admirative des Lumières ?

Et ce gris de l’ardoise,

N’est-il pas la dominante de votre humeur ?

Une manière de dérive,

Des « Eaux étroites » à la Julien Gracq ?

Ô combien j’aurais aimé lire en vous,

Y déchiffrer la clé de votre mystère.

Tous les jours,

Je longe votre mur de pierres,

Avec, dans l’esprit,

l’écharde vive du doute.

Puissé-je ne jamais vous rencontrer !

Il est si doux de rêver !

Si troublant de passer…
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : fugues & contrepoints
  • : Littérature - Philosophie - Art - Photographie - Nouvelles - Essais
  • Contact

Rechercher