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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 16:05
 Ciel - Encre - Noir

       "Paysage nocturne avec un ciel d'encre noir"

            Photographie : Patrick Geffroy Yorffeg

 

 

***

 

 

Souffle le vent de la peur

Sur ces terres étroites

Elles disent l’avenue

De la Mort

La venue

De la Mort

Oui de l’Invisible

Qui chaque jour nous étreint

Elle notre Amante

Elle notre Muse

Qui nous distrait de nous

Pour mieux nous surprendre

 

*

 

Ainsi en va-t-il de la marche

Du monde

Un enfant est né

Dans sa juvénile patrie

Sourit aux anges

Aux ailes de tulle

Babille et susurre dans

Son berceau de chair rose

Son visage brodé d’innocence

Comment pourrait-il être

 Ailleurs

Qu’en sa nasse d’amour

Qu’en son destin

Aux diaphanes portées

Ne diffère nullement de soi

Entièrement contenu

Dans son germe natif

Il est totalité

En son corps assuré

Il est infini

Dans le pli de son être

 

*

 

Vous gens de curieuse nature

Voyez donc combien sa grâce

Qui paraît immarcescible

Est ce fil de la Vierge

Qui toujours ne demande

Qu’à se rompre

Vie est ce miracle

En attente de sa fin

Ver est dans le fruit

Qui fait rumeur

Mortifère

Dernière

 

*

 

Alors n’aurez de cesse

Que de palper

Votre anatomie

D’y chercher

Ce grain mortel

Qui vous ronge de l’intérieur

L’avisé Montaigne disait

« La préméditation de la mort

Est préméditation de la liberté »

Apprenons donc à mourir

C’est là notre bien

Le plus commun

 

*

 

Plus d’un se croyait prémuni

Des atteintes

De la Noire Engeance

Et thésaurisait

Et régnait sur les Mortels

Et affirmait son invincible

Puissance

Tel qui disait ceci

Aujourd’hui dans son linceul

De pourpre

Dort du sommeil des Justes

Des Justes bons à rien

Qui par inconscience

Ou altière estime de soi

Avaient fait de la vie

Leur illustre gloire

Ne le sachant mais ceci

Est ultime vérité

Le Bon et le Juste

Le Méchant et l’Inique

Sont tissés d’une toile unique

Qu’un ver depuis toujours

A condamné à n’être

Que vêture mitée

Roupie de sansonnet

 

*

 

Vous mes frères

 Qui comme moi vivez

À débusquer toute trace

De la Vénéneuse

Dès que bubon ou bien gale

Se manifestent

Dites-lui à la Léthifère

Que nullement ne la craignez

La désirez même

Tant son baiser vous ôtera

Bien des tracas

 

*

 

Ce n’est que conseil éclairé

Si l’Humaniste parlait

De liberté

Vu que Mort

Des pieds de nez ferez

À votre percepteur

À vos créanciers

Enfin à toute forme commise

À vous empêcher de valser

À votre guise

 

*

Nul n’est plus au sein

De son royaume

Que le Mort en sa Léthé

Que le Vivant en sa geôle

Là sont des lieux

De repos éternels

Nul ne viendra

Vous y rejoindre

Sauf contre son gré

Sachez ceci pour votre

Plus grand bien

Vos plus empressés laudateurs

N’ont qu’une hâte

Vous dépouiller

De ce qui vous appartient

Or rien plus que la Mort

Ne vous appartient

Telle la certitude

Des cœurs vaillants

Vous dépouillant

Ils ne gagneront

Que le Rien

 

*

 

Tendez donc les bras

 À vos oppresseurs

Avec vous ils se jetteront

Tête la première

Dans le brasier du Tartare

Brûlant vous les regarderez

Se consumer

Au feu de la dernière vérité

 Ciel au-dessus de vos têtes

Est toujours encre noire

Commise à votre perte

Mais perte est toujours gain

D’une condition nouvelle

Mortelle

Peut-être celle qui enfin

Nous dira son secret

Qui n’est que le nôtre

Comme Michel Eyquem

Dirons

« Il n'y a rien de mal

En la vie pour celui

Qui a bien compris

Que la privation de la vie

N’est pas mal »

 

*

 

Pour l’heure vivons

Allons au bal

Encore faisons un pas

Le dernier

Il ne nous sera nullement donné

De l’admirer

Déjà il sera éternité

 

*

 

 

 

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 09:47
Sel de la vie

                           « Fleur de sel »

                          Salin de Gruissan

                    Photographie : Hervé Baïs

 

 

***

 

Et vois-tu cette encre du ciel

Un oiseau y a tracé son signe

Un mystère sans doute

Une fuite dans le bleu

Une distance de soi

Tout vol est ceci

Une séparation

Le début d’un songe

Un regard derrière l’horizon

Un monde se dit

Dans l’avenue du jour

Un monde s’évanouit

Que nous connaissions trop

 

*

 

Comment tirer une ivresse

Du journal aux caractères usés

Comment voir le visage familier

Sous d’autres facettes

Que celles d’un présent

 Infiniment réitéré

Grand est le danger

De toujours lire

La même lettre

De clouer le paysage

Derrière son globe

De verre

De fixer la colline

Dans sa courbe infinie

De ne voir que le même couloir

Qui ne débouche sur rien

 

*

 

Parfois je vais aux étangs

Cette métaphore liquide

Qui dit le temps

En son immobile

Longuement je regarde

La pellicule d’eau

Longtemps elle se referme

Sur son infinie densité

Mais pourquoi donc

Cette mer si menue

Ne dit-elle rien

Dont je pourrais faire

Mon profit

 

*

 

Et ce ciel si haut

Ses balafres marines

Ses irréelles coulures

Elles glissent à mon insu

Emportant avec elles

Quelque chose du monde

Dont je n’aurai plus

La jouissance

Ainsi nous quittent les choses

Ces efflorescences sans nom

Dont nous aurions voulu

La parole

Dont nous aurions souhaité

L’étincelle

 

*

 

Es-tu toi aussi

Ma lointaine confidente

Livrée au supplice du vent

Ecartelée à la flamme solaire

Dispersée dans ton corps

Lorsque s’y introduit

La palme du doute

Que s’y agitent

Les flots de l’angoisse

 

*

 

Nul repos ici qui ferait

Sa douce onction

Son juste murmure

Nulle attention

A notre cruelle dérive

Nous sommes des enfants

Livrés au caprice de l’heure

Nous tentons de remonter la clé

Qui fait tourner l’horloge

Et nos doigts gourds

En perdent vite la mesure

 

*

 

Parfois les aiguilles

Demeurent pareilles

A une glace figée

Sur quelque mare

Et nous sommes

Au désarroi

De nous sentir Ici

Ou bien Là

Insectes rivés

À la planche de liège

Lucanes au corps luisant

Que ne traverse

Ni la pluie des secondes

Ni l’étrave de l’heure

 

*

 

Ca qu’il faudrait

En es-tu au moins consciente

Nous asseoir

Sur le rivage

Mains posées

Sur les bouquets

De salicorne

Ecarter les touffes

Des roseaux

Dépasser la haie rose des flamants

Les noeuds noirs des anguilles

Connaître dans l’immédiat de la vision

Ces monticules blancs étincelants

Ces dunes de sel

Qui se reflètent dans l’eau

Tels des mirages

Oui des mirages

Et nous serions alors

Immensément libres

 

*

 

Nous planerions infiniment

Parfois sous nos ailes

L’eau serait rose

Une manière de sang dilué

Peut-être la couleur de tes joues

Qu’aviverait une nouvelle passion

Alors nous serions loin des hommes

Qu’abrite la haute tour

Que dissimulent les forets de toits

Quelques goélands friseraient l’eau

De leur carlingue de plumes

Nous ne saurions plus

Notre propre venue au monde

Battus par les vents

Usés de soleil

Cinglés d’étoiles

Dans la nuit qui sourdrait

 

*

 

Serions-nous alors

Ces simples fleurs de sel

Ces cristaux vibrant de l’intérieur

Nous voudrions tant demeurer

En silence au milieu

Des bruits du monde

Il est si heureux de n’être

Que ce passage blanc

Qu’une prochaine eau

Sans doute diluera

Oui diluera

 

*

 

 

 

 

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 09:31
Sais-tu le poème

                    Photographie : Blanc Seing

 

 

***

 

 

 

Sais-tu le poème il faudrait l’user

 

Gommer la moindre aspérité

Combler la ride

Dissimuler le grain

Qui le porterait à l’actuel

Troubler en son sein

La moindre sortie de soi

Qui en ferait une chose

Un objet de curiosité

 

*

 

Sais-tu le poème

il faudrait le laisser

 

À soi

Ne plus le toucher

L’effleurer seulement

Du plat de l’âme

S’éloigner

Sur la pointe des pieds

Pareils à ces Etoiles

Danseuses qui glissent

Le long

De la barre de bois

*

 

Oui car sais-tu le Poème

Est juste chorégraphie

Envolée de tulle

Au-dessus du parquet armorié

Qui donc pourrait le dire

Sinon le lustre de cristal

Ses mille gouttes de Bohème

Ce fleuve Danube

En ses eaux mariales

Qui le suggérer

Sinon la Belle en sa loge

Cette corbeille incarnat

Dans laquelle elle déplie

Le luxe de sa chair

Qui tonne au rideau

 

*

 

Beaucoup n’ont d’yeux

Que pour elle

Cette Courtisane

Qui n’est là que

Pour faire au désir

Un reposoir

 

*

 

Ses Soupirants

Ces hommes de peu

Ne font que convoiter

Sa gorge

Soupeser

Les étoffes perlées

Qui retiennent son corps

Alors que sur scène

Se dit la parole

En sa plus exacte beauté

 

*

 

Sais-tu le poème il faudrait l’user

 

En restituer le lisse

D’un galet

En offrir seule la lumière

Oui quelques taches d’ombre

Oui quelques clairs-obscurs

 

*

Toute flamme

Y compris la plus vive

S’adoube à la nuit

Y creuse son intime réduit

Mais le Poème

Lui

Cette comète qui scintille

De ses mille feux

Pourrait-on l’immoler

Dans cet ubac qui jamais

N’en finirait

Effacerait de sa suie

Le mot disant

Ferait du vers

Une simple césure

Plongerait le rythme

Dans une hémiplégie

Que rien dès lors

Ne pourrait sauver

Immobile

En sa dernière

Demeure

 

*

 

Ainsi serait le Poème

 

Si nous avions la force

De le créer

Selon son essence

Le Poème serait paysage

Longue bande minérale

Posée dans le gris

Il serait ciel d’infini

Impalpable nuage

Dalle de pierre

D’où le jour se lèverait

 

*

 

Il parlerait depuis

Quelque faille d’ombre

Et ses lèvres seraient

Les bords d’une ravine

Une langue inouïe

Un souffle mémoriel

Une voix venue

De plus loin

Que son primitif silence

Une voix semblable

Au cairn dressé

Dans son énigmatique

Splendeur

On entendrait alors

Le gonflement de l’horizon

Sa rangée de rocs inclinés

Disant l’incision du temps

 

*

 

Le Poème nul ne le connaîtrait

Qu’à aller le rejoindre

Dans sa gangue immortelle

L’on se ferait gisant

Dans la lumière oblique

De la crypte

Cariatide aux yeux vides

Sous l’antique chapiteau

Gemme dans sa pulpe de limon

Bien au-delà des hommes

Bien au-delà des sources

Là où git l’Origine

En son étrange

Et insoutenable

Flamboiement

Là seulement serait

Le Lieu de l’Être

De l’Être du Poème

Celui qui ne se dit

Qu’à mieux disparaître

Pour ceci

Nous sommes toujours

En deuil de Lui

Le crêpe cerne nos fronts

Poème fuit

 

*

 

 

 

 

 

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 09:47
Abyssalement destinée

               "Luciférine"

       ou une lueur des abysses

        Œuvre : André Maynet

 

 

***

 

Qui est-Elle Elle

 Cette tresse grise

Dans sa chrysalide figée

Qui est-Elle

Nous questionnons

À savoir

Son nom

À percer

Son mystère

À ne demeurer dans l’inquiétude

Qui cercle ses anneaux

Autour de notre angoisse

 

*

 

Car voyez-vous ne rien connaître

D’Une qui se fait lumière

Et alors nous tombons

Dans le sombre

Et alors nous sommes

 Un simple pli

De l’abîme

Un délaissement dressant

Son ulcérante flèche

Depuis le Rien

Où tout végète

 

*

 

Nul ne pourrait demeurer

Cloué à la falaise

Où seraient inscrits

À la cimaise du jour

Ces simples mots

ELLE

UNE

Mais sont-ils seulement

Des mots

A savoir un sens

Qui s’emparerait de nous

Et nous ferait avancer

 Sur le chemin

De notre contrée

 

*

 

Non

Seraient seulement

Une émanation du Néant

La fermeture de l’être

La vie en sa cruelle dépossession

Sans ceci

Sans Elle qui se dirait

Avec la certitude du réel

Chemin de croix

Crucifixion

Mains clouées

Larmes de sang

Couronne d’épines

Hanche percée

Femme éplorée

Marie de Magdala

En émoi

Et nous devenu

Figure christique

Disant

« Noli me tangere »

 

*

 

Et pourtant combien

Touché de cet intouché

Combien éloigné

De cet écart

Combien

Dépossédé

De cette impossession

Marie de Magdala

Est-ce toi qui figure ici

Epiphanie de l’imploration

Toi délivrée des Sept Démons

Toi la Prostituée anonyme

La Pécheresse qui dicte

Aux autres Pécheresses

La voie étroite de la damnation

Sauf à être reconnue en le Christ

Attentif

 

*

 

Nous sauverons-nous du naufrage

Marie de Magdala

Car maintenant tu nous appartiens

En cette seule esquisse

De la Pècheresse réconciliée

Avec le fils de son Dieu

Avec Dieu

 

*

 

Te voyant

Te nommant

Nous ne sommes plus livrés

Au feu de la consumation ordinaire

Cette plaie de l’âme

Qui fait ses bourgeonnantes entailles

Dans la livrée humaine

Peut-être irons-nous en enfer

De conserve Marie-la-Luciférienne

Avec toi nous serons Belzébuth

Ou bien Méphisto

Ou bien Ham Shatan

Les flammes lècheront

La corne de nos talons

Nos perruques sentiront le roussi

Notre chair la provende

Des affamés

Et des licencieux

Car il y a péché Marie le sais-tu

À offenser la chair de la femme

À déchirer aussi la venaison animale

Pour en faire son profit

 

*

 

Toute manducation de ce qui est

À notre image

Est pareille à une autophagie

Comment pourrions-nous consentir

À cette posture sauvage

Autrement qu’au sacrifice

De notre esprit

 

*

 

Marie

Madeleine

Nous séparons ton nom

 Nous réalisons ton écartèlement

Nous te dédoublons

Afin que tes fautes présumées

Soient moins lourdes

Présumées car les hommes

Le plus souvent

Sont des falsificateurs

 

*

 

Nous ne savions nullement

La vertu de ton corps

Cette mince silhouette

Cette si belle posture hiératique

Est-ce ta croix que tu portes

A la façon d’un scapulaire

Cette feuille en sa virginale présence

Ces fils qui ligaturent ta belle anatomie

Seraient-ce les flagelles des Mal-Disant

Qui te veulent confondre

Dans la lueur des abysses

 

*

 

Est-ce ceci l’endurance

De ton double nom

Marie

Madeleine

Le Bien d’un côté

Le Mal de l’autre

Marie, Mère des Larmes la Repentante

Madeleine Fille du Péché, la Fautive

« Point de milieu :

La débauche ou le repentir »

Tel est le lot commun

De qui chemine sur Terre

Oui sur Terre

 

*

 

Toujours nous sommes êtres des abysses

Jusqu’à l’instant où étant nommés

Nous échappons aux flammes

Là nous répudions l’étrange Lucifer

Car nous sommes reconnus

Ce que nous avons à être

Des Uniques qui créons notre monde

Nulle autre parole de réconfort

Hors ceci

Nulle autre

 

*

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 09:10
Ces taches vois-tu

Aquarelle et encre de Chine

Œuvre : Sophie Rousseau

 

 

***

 

Ces taches vois-tu

 

Elles ressemblent à tes yeux

Oui à tes yeux teintés d’ombre

Un khôl posé sur l’azur

Une manière de vie

Faisant son mince trait

T’es-tu au moins aperçue

Toi l’illisible forme

La distraction faite signe

Du précieux de l’heure

De l’instant en sa fuite

De la beauté sans égale

Du jour qui point

De ceci qui surgit

Que jamais

Tu ne reverras

 

*

 

Ce nuage si haut

Cette ténèbre qui vient de loin

Ces flocons d’air en suspens

Ils disent l’étrangeté du monde

La tienne aussi

Dont la présence

Est fluide telle l’eau

À peine un battement de cils

Et l’envolée a lieu

Qui se donne

Comme mystère

Comme épuisable source

 

*

 

Tu n’as nul effort à faire

À seulement exister

À tendre les paumes de tes mains

Dans la présence qui crépite

Mais es-tu au moins assurée

De ton nadir

De ta foulée accomplie

Là juste à l’horizon

Cette faille qui t’attend

Comme sa complétude

 

*

 

Es-tu si libre que tu le prétends

Alors tu serais simplement un elfe

Nageant parmi l’océan de bleu

Le céruléen le céleste l’indigo

Le marine le maya le minéral

Ces taches vois-tu

Elles sont toi

Elles sont aussi

Ton absence

Ta hâte à les saisir

Le diapason de ton âme

Les verras-tu jamais

 

*

 

Tout est Rien

Tu le sais bien

Alors pourquoi chercher

A t’évader de toi

A te fondre

Dans cet Air cette Mer ces Rochers

Ils ne sont là que pour t’abuser

Le comprendras-tu toi

L’illisible qu’on nomme œuvre

Cette fuite à jamais

Dans les coulisses du temps

Mais qui donc embrassera

Le mystère de ton être

Puisque tu n’es qu’apparence

Pure décision formelle

Abritement du monde

Alors même que tu en ouvres un

MONDE

Que bien peu perçoivent

Mais ils sont tellement rivés

A leurs propres illusions

Ils en deviennent touchants

Infiniment

 

*

 

Lèveraient-ils les yeux

S’écarteraient-ils de leur chair

Ils verraient le tumulte des flots

L’horizon hérissé d’échardes

Le ciel en sa continuelle dérive

Le nuage lourd d’affliction

Le vent arrêté au firmament

Ils verraient l’absence

De l’oiseau

Perdu le goéland à l’œil noir

Dans le dais serré des brumes

Ils verraient les blocs de rochers

Tels de funestes présages

Ils imagineraient une fantasmagorie

Elle ne serait que la leur

Projetée sur la scène mondaine

Rien n’est triste que ce que l’on confie

À la tristesse

 

*

 

Ces taches vois-tu

 

Elles dessinent l’empreinte

La tienne la mienne

Celle des navigateurs errants

Des perdus en mer

Des naufragés privés d’amer

Des Lyriques des Tragiques

Car le destin de toute poésie

La Toile en est une

N’est que de se tenir

Dans le pli du Néant

Seuls les hommes peuvent

 L’en délivrer

Allumer sur son rivage

La lumière d’une présence

Ce n’est qu’un feu de Bengale

La montée de courtes flammes

Un brasillement dans la nuit dense

L’ouverture de la conscience

 

*

 

Ces taches vois-tu

 

Mais les vois-tu vraiment

Toi la Femme Muséale

Toi l’œuvre en sa justesse

Elles disent en prose humaine

Ce que l’invisible a de mortel

Car même le Rien est provisoire

Oui infiniment rétractile

Ceci nous le savons

Nous-mêmes sommes

Et ne sommes pas

Origine et

Au-delà de l’origine

Cependant en sursis

Nous avançons vers plus loin

Que ne voient nos yeux

 

*

 

Qu’y a-t-il derrière le paravent

De cette marine

Que nos yeux indigents

Ne sauraient voir

Qu’y a-t-il

Toi la Femme-œuvre

Délivre nous donc de nos chaînes

Nous sommes si à l’étroit

Dans la geôle de nos corps

Si à l’étroit

Or nous voulons la lumière

La courbure de l’espace

La dimension infinie des choses

Mais le pouvons-nous

Nous sommes en attente de vivre

Et la nuit tombera bientôt

Pareille à un flamboyant suaire

Oui flamboyant

 

*

 

Ô obscurité du poème

Atteins-nous donc

Au plein de notre hébétude

D’attendre nous n’en pouvons plus

Ainsi parlent les déshérités

Que nous sommes depuis

Le massif ombreux de nos corps

Cette geôle aux meurtrières occluses

Infiniment occluses

 

*

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 09:49
Funambule en sa cage

"PADO 7", en bronze, cm 28,5 x59x46

Lugano - Pietrasanta 2011

Œuvre : Marcel Dupertuis

 

***

 

Sais-tu cette pliure

Dans la luminescence du jour

Sais-tu la complexité des choses

Leur chemin bordé d’entailles

Leur gloire d’être

Qui parfois s’enlace

Use le temps

Le distille selon le rythme

Du Non-Sens

Oui, Majuscule

Car tout Nihilisme

Cette levée du Rien

S’adoube au Néant

Epouse les sinueux contours

De la déréliction

 

*

Vois-tu l’on croit tenir

Dans les serres

De ses mains

Un inusable bonheur

Le soleil en son éclat

La Lune en sa laitance

Et ne demeurent

Dans la grille confuse

Des doigts

Que ce sable usé

Ces grains de mica

Qui disent le Temps

En son irrémédiable passée

 

*

 

Alors comment devenir

Autrement qu’à la mesure

D’un destinal espoir

Qui ne promet rien

Se livre au Hasard

S’élance en avant

Avec la foi des innocents

La sincérité naïve des amants

La fougue native des enfants

 

*

 

Me croiras-tu

J’ai rencontré une sculpture

J’ai vu la pliure d’un bronze

Emu jusqu’aux larmes

Il s’agissait de MOI

Oui pardonne ce haussement de l’EGO

Mais il ne pouvait en être autrement

As-tu déjà fait l’expérience

De ta propre rencontre

Je veux dire du TOI

TE regardant

Comme si posé à l’angle

De tes yeux demeurait

Cette insaisissable image

Cette esquisse approchée

Toujours fuyante

Jamais l’on ne s’appartient

A l’Autre peut-être

En son indicible présence

 

*

Mais se voir n’est jamais un luxe

Pure comète traçant

Son sillage de feu

Dans l’espace attentif

Se voir est conflit

Se voir est polémique

Quoi de plus insoutenable

Que d’avoir affaire

Au Non-Distant

Au rassemblé

En un même lieu

À Celui qui jamais

Ne t’apprendra

Ne t’aimera

Ne s’affligera de ta peine

Puisque LUI et TOI

Dans le même creuset réunis

Êtes les visages sans visages

D’une épiphanie sans lieu

Nul ne peut différer de soi

Qu’au prix exorbitant

De la FOLIE

 

*

 

Que je te dise la feuillée troublante

De mon exister sur Terre

Imagine donc la touffeur

D’une mangrove

Son air de catacombes

Un emmêlement de racines

Une confluence de ramures

Des tapis de rhizomes

La sombre luxuriance

D’un clair-obscur

A contre-jour duquel

Rien ne ferait parole

Qu’un confondant silence

 

*

 

 Sais-tu la plissure de l’âme

Le tourneboulis de l’esprit

La geôle complexe du corps

Lorsque tout se donne

Dans la confusion

Tu avances

Sur le chemin de vie

Mains en avant

Pareil au funambule

Tu évites pièges

Et chausse-trappes

Tu tâches de tenir

L’équilibre

Tes poignes de fil-de-fériste

Serrent le vide

La perche tremble et hennit

Tes pieds se cabrent

Tu as peur que le câble

Ne s’enroule

Ne te métamorphose

 En momie

Qu’une résille de bronze

Ne t’enlace

Avant même

Que ne te soit donné

Le baiser muriatique

De la Mort

Mais qui es-tu donc

Toi-Le-Mortel

Le destiné à t’absenter

Pour ainsi regimber

De quel droit

Mais de quel droit

T’exonèrerais-tu

De la broussaille

De l’emmêlement des fils

De la cage de fer

Qui t’embastillera

Qui es-tu pour affirmer

Pareille arrogance

La messe sera bien vite dite

Qui passera autour

De ton cou de rapace

Le scapulaire de la

Dernière strangulation

Oui de la dernière

 Et baisse donc les yeux

S’il te plaît

Engeance

Oui engeance et retourne

À tes jeux puérils

Tu n’es qu’une mince corde

d’ADN

Qui se prend pour Dieu

Non mais

 

 

 

 

 

 

 

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 15:39
Cette eau fuyante à qui tu ressemblais

             Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

 

Cette eau fuyante à qui tu ressemblais

 

Y avait-il d’autre profil à saisir

De toi que cette eau fuyante

Ce remuement de bulles

Cette étrange clarté

Cette fuite du jour

Vers son unique destin

 

***

 

Semblable au fragile éphémère

Tu en avais la consistance de soie

La transparence de cristal

Et cette irrépressible joie

A toujours esquiver

Ce qui venait à toi

Que sans doute tu vivais

Comme le sceau

D’une effraction

Dans la nuit

De ton propre mystère

 

***

 

Personne n’avait jamais pu

T’approcher

Si ce n’est la palme du jour

Le tremblement de l’heure

Toutes choses sans conséquences

Toutes effusions contenues

Dans le ressac même

De leur propre vacuité

Dans la braise vite éteinte

Que la cendre métamorphosait

En ce rien dont tu paraissais

Le subtil écho

 

***

 

Cette eau fuyante à qui tu ressemblais

 

En avais-tu au moins éprouvé

Le rare l’indicible

Cette essence qui se faisait

Gouttes

Puis ruisseau

Puis rivière

Enfin estuaire perdu

Dans les flux du vaste océan

 

***

 

Savais-tu au moins

Le prix de ton parcours

Savais-tu les Amants

Qui longeaient tes rives

Les enfants insoucieux

Qui gambadaient

Les vieux messieurs

Aux rêves usés

Les belles du passé

En leur confondante peine

Voyais-tu cela depuis

Ton souple glissement

 

***

 

Cette eau fuyante à qui tu ressemblais

 

 

Vois-tu combien il est étrange

De poser toutes ces questions

Elles ne concourent qu’à m’égarer

A ne t’envisager qu’à être

Une feuille d’air

Jouée par le vent

Pourtant il serait si doux

De faire ton portrait

De l’enchâsser

Sous le dôme d’une vitre

D’allumer à son entour

Quelque lampe destinée

À veiller une Icône

À prier une Déesse

Dans la lumière étroite

D’un clair-obscur

 

***

 

Mais ne seras-tu donc jamais

Que cette Fille au fil de l’eau

Cette mousse

Cette écume

Que le premier vent chassera

De ses doigts véniels

Que le premier gel

Métamorphosera

En dentelle de glace

 

***

 

Es-tu bien réelle

Toi qui visites mes songes

Tiens le fanal de ma rêverie

Éveillé

Toi qui n’es toi

Qu’à être le souffle

Entre mes lèvres

Le mot d’un poème

La césure d’un vers

L’ode jamais finie

De ce qui me visite

Avec l’insistance

D’un refrain de nuit

 

***

 

Ô toi ma Présence

Ne t’efface donc point

Dans la poudrée du jour

Je serais l’inconsolable

À jamais

Et il ne convient nullement

A mon âme d’errer

Infiniment

J’ai à me poser en toi

Ailleurs serait

Un renoncement

L’annonce du rien

Or ceci

Je ne veux l’envisager

La lumière est forte

Qui taraude mes yeux

Oui forte

Plus que tu ne pourrais

L’imaginer

Toi

La main qui me fait défaut

Pour connaître mon corps

Toi

L’esprit qui vacille

Et ne s’appartient plus

Ne se connaît plus

Y aurait-il pire châtiment

Je te le demande

Ne me laisse pas au silence

Celui-ci est un tel CRI

 

 

***

 

 

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 10:48
L’inépuisable ressource du monde

               Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

 

Les souches m’avais-tu dit

Leur sourd effondrement

Les racines t’avais-je répondu

Leur infinie croissance

Il en est toujours ainsi

Une chose apparaît

Une chose disparaît

Et le monde est vivant

Que nous pensions mort

*

Ce bord du lac

Cent fois nous en avions fait

Le tour

Devisant de tout

De rien

Il s’en fallait de beaucoup

Que nos âmes fussent tranquilles

Nos corps disponibles

Nous avancions

 Le long de notre étrave

Soucieux d’être

Soucieux de ne point

Nous absenter

*

Et pourtant se produisait

Le pur miracle

De notre présence

Qui durait bien au-delà

De nos plus fols espoirs

Nous avions je crois

Accordé nos étranges destins

A la tâche de mourir

La seule liberté me disais-tu

Le seul lieu d’une possible félicité

T’assurais-je

Les jours de brume et de poix

Nous marchions en silence

Le long d’arbres décharnés

Le long de blancs ossuaires

*

Les pierres me disais-tu

Leur admirable longévité

Leur puissance

Je te disais la roche

Devenue poussière

La montagne en sa perte

 Ce sable qui courait à l’infini

Poussé par les meutes de vent

*

Parfois nous ne disions rien

Et nos chairs s’allégeaient

Du noroît du doute

Nous ne savions plus trop

Pris dans les mailles

D’une vision altérée

Si j’étais toi

Si tu étais moi

*

Nous étions alors telle la souche

Livrés à la touffeur de la glaise

Nous étions aussi le blanc nuage

Que le ciel gommait

Dans des teintes si légères

Que sûrement nous l’avions inventé

Nous étions tout et rien à la fois

*

Un jour de lassitude

Le souvenir est fiché

Dans ma mémoire

Pareil au clou dans la planche

Tu t’es assise sur le bois usé

Et je crois bien que tu souhaitais

En devenir une possible nervure

*

Ces rides me disais-tu

Ces vergetures

Ces profondes entailles

Ne prédisent-elles l’avenir

La chute infinie dans la ravine

Dernière de l’exister

Cet emmêlement reprenais-tu

Cette mangrove des événements

Ces crabes aux pinces levés

Ces palétuviers qui sonnent

Tels de funestes avertissements

Ces mares de limon

Dont nous ressortons hagards

Où conduisent-elles

Sinon au bout de notre

 Propre épreuve

À l’extrémité du temps

Qui est le nôtre

À l’avenance du jour

Qui toujours est notre lieu

Nous n’en saisissons

Que l’ultime figure

Cette eau du lac qui ne reflète

Notre pure esquisse

Qu’à la mieux reprendre

En son onde insondable

*

Nous ne vivions qu’à flotter

Auprès de nos corps

En attente d’une complétude

Qui jamais ne viendrait

Nous en connaissions

Le prix à payer

Longer la rive circulaire

En accomplir mille fois

La révolution

Telles les planètes

Dans l’immense galaxie

Nous étions des étoiles

Tombées du ciel

Mais n’en avions plus

La mémoire

C’est pourquoi

Depuis des temps immémoriaux

Nous cherchons notre être

Ici dans la souche épuisée

Là dans la blanche racine

*

Le mot de nous-mêmes

Qui nous dirait l’instant

De notre unique présence

N’est encore nullement venu

*

Qu’il gire et bourdonne

Tout autour de nos têtes

Là est notre destin le plus lisible

Le livre est à moitié écrit

Qui nous dira la trace

De qui tu es

De qui je suis

*

L’attente déjà

 Est notre demeure

Le silence notre parole

Nous voyez-vous au moins

Vous les incrédules

Aux mains tremblantes

Aux visages révulsés d’angoisse

Vous les hérétiques

Nous apercevez-vous

Âmes errantes à la recherche

De leur ciel

Nous voyez-vous

Nous n’avons que ceci

Pour exister

 

*

 

 

 

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