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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 17:34
Il nous fallait ce feu

                 Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Il nous fallait ce feu

 

Il nous fallait cette ligne

Qui vibrait à l’horizon

Il nous fallait ce signe

Qui signait notre unisson

 

*

 

Nous partions dès avant l’aube

Les hommes dormaient

Dans leurs lits de bois

Les moutons

Dans leurs lits de laine

L’air dans la vallée

Etait cette invisible haleine

Cette voix à peine levée

Ce doux frisson semé

Parmi la brume

Parfois un reste de lune

Gonflait le lac immobile

Du ciel

 

*

 

Nous parlions peu

Avares de nos voix

Généreux de nos corps

Sur leur attentive margelle

Se devinait la divine impatience

Celle qui les unissait

Dans la neuve pliure du jour

Les aurions-nous ignorés

Ils auraient rugi tels des fauves

Que la faim terrassait

Leurs crinières faisaient

Leur halo insolent

 

*

 

Nous étions au centre

Du drame

Pareils à des enfants

Surpris en plein rêve

Qui demeurent hagards

Dans la flamme du jour

Leurs paumes ouvertes

De n’avoir connu

Qu’une partie

D’eux-mêmes

Ce suspens à jamais

Qui était adversité

 

*

 

Il nous fallait cette ligne

Qui vibrait à l’horizon

Il nous fallait ce signe

Qui signait notre unisson

 

Il nous fallait ce feu

Condition de notre passion

Eviter de trop nous connaître

Telle eût été notre perdition

 

*

 

En bas sur le seuil ombreux

Des maisons

Les hommes se levaient

Ivres de nuit

Les femmes titubaient

Privées de jour

Longue avait été la traversée

Rares les amours

Leurs chairs se tutoyaient

Mais se perdaient

Dans le tumulte du temps

Ce marais dont jamais

On ne saisit les rives

Ce fleuve étincelant

Qui vogue à l’infini

Cette gemme de l’instant

Qui nous éblouit

 

*

 

Il nous fallait ce feu

 

Nos étreintes étaient

Brèves et fiévreuses

Chargées du poids insigne

De la Mort

Témoins le bosquet

Au frais feuillage

Le geai des chênes

Dans sa fuite bleue

La mésange charbonnière

Le casque noir de sa tête

Le jais brillant de son œil

Son vol léger partout

Où l’air la cueillait

Se doutait-elle

De notre urgence

À être

Ici sous la lourde férule

Du ciel

 

*

 

La boule blanche du soleil

Trouait les nues

Les collines s’allumaient

De sinistres lueurs

L’aurore s’était abreuvée

 Du sang  des vivants

Elle disait au loin

La rude épreuve de vivre

Le sombre devoir

De clouer bientôt

Sa dépouille

Aux portes usées

Des demeures

C’était la coutume

Dans ce pays sans nom

 

*

 

Le sursis était pendu

Telle une boule de cristal

Qui crépitait de mille vérités

Hommes sur terre

Seul le signe d’AMOUR

Porté à son incandescence

Pouvait encore nous sauver

D’une dérive

Depuis longtemps

 Commencée

 

*

 

Le soir après avoir épuisé

Les ressources des buissons

Et des haies

Les chants du vent

Et le cours de la mer au loin

Nous redescendions

Parmi les hommes

Nous avions été

Dieu et déesse

L’espace de nos corps

Crucifiés

Il nous fallait redevenir

 Mortels

Infiniment mortels

Telle était la dure loi

Des étreintes qui cessent

Et parfois des pleurs saignaient

À nos yeux martyrisés

 

*

 

Il nous fallait ce feu

 

Il nous fallait cette ligne

Qui vibrait à l’horizon

Il nous fallait ce signe

Qui signait notre unisson

 

*

 

 

 

 

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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 11:56
Comment aimer sous le ciel gris ?

" Solitude des latitudes..."

Photographie : Alain Beauvois.

 

 

***

 

 

Comment aimer sous le ciel gris 

 

Comment arriver à l’Autre

Alors qu’on est en peine de soi

La lumière est si basse

Qui cloître les yeux

En leur énigme de verre

Le jour est si peureux

Qu’à peine un oiseau effleure

 

*

 

Vois-tu parfois le courage d’être

Nous manque et nous proférons

L’esquive

Plutôt que donner lieu

À la rencontre

Nous demeurons sous la ligne

De roches noires

En notre essentiel mutisme

Mais peut-être n’avons-nous

D’autre issue

 

*

 

Là-bas dans l’inaperçu

Sont les mouvements du monde

Leur lente palpitation

Leur syncope parfois

Le rythme de l’amour

En son éternel recommencement

Un flux reflux qui n’a de cesse

Un balancement de nycthémère

Nous disant l’immédiate fusion

Du temps

 

*

 

Au plein des terrasses

Sont les cercles blancs des jupes

Les chemises ouvertes des hommes

Les grappes mauves des glycines

Les promesses que l’on fait

Sous l’œil complice des passants

Le rose monte aux joues

Le cœur s’emballe doucement

La vie émonde ses soucis

La passion furtivement rougeoie

 

*

 

Comment aimer sous le ciel gris 

 

En cette latitude

Il est si peu de présence

Solitude nous est remise

Comme seul mot

Que nous aurons à prononcer

Dans le concert inabouti

Des choses

Tout ici dans l’impalpable

La soie est douce

Son effleurement presque un péché

Il est trop tôt ou bien trop tard

Pour ne s’accroître que de soi

Les noces sont multiples

Elles nous appellent au rivage

De la belle inconnaissance

 

*

 

Tout demeure à apprendre

Du fond même

De sa propre conscience

Du nuage où glisse le ciel

De la mare où croit la mousse

Dans sa parure d’ombre

De la mer au loin qui bat les varechs

Odeur iodée posée

Sur le revers de l’âme

 

*

 

Sais-tu toi l’Inconnue

Attablée au seuil d’une vision

Combien je suis à toi

Ne te connaissant nullement

T’espérant seulement

Quand le vent apaisé

Porte avec lui la senteur

D’une chose rare

Un cyclamen un lotus

Le dépliement d’un camélia

Précieuse tu l’es

En ta distance

En ton éloignement

Ce prodige de l’espace

Nous unit bien mieux

Que ne saurait le faire

La liaison de nos corps

Assemblés

Car alors grande serait

La tentation

De nous déchirer

Rien de plus urgent

Que la coupure

 

*

 

Les hommes n’aiment rien tant

Que l’imperceptible brume

La voile derrière l’horizon

L’anémone de mer

Que recouvre la semence de l’eau

L’écume de neige à pic du ciel

Une absence naissant d’une présence 

 

*

 

Comment aimer sous le ciel gris 

 

Toi que je devine si attentive

Que me conseilles-tu

Sauf de me taire

De faire silence

De clouer mes lèvres

Sur la gemme d’un secret

J’aurais tant aimé un signe

Peut-être une pluie de papillons

Le chant d’une cigale

Dans la touffeur de la garrigue

N’importe

Une roupie de sansonnet

Eût fait l’affaire

Le bleu d’un sentiment

Le rose d’une affliction

Le noir d’un deuil

L’éblouissant arc-en-ciel

D’une pensée

À seule condition

Qu’elle fût sincère

Libre de toute affèterie

 

*

 

Depuis le rocher où ma vie se tient

Sous la courbure grise du ciel

Je ne suis peut-être

Que ce roitelet déchu

Attendant le don d’une couronne

Viens donc belle Illusion

Avant que la nuit ne m’étreigne

Il fera si froid ici

Parmi le désordre du vent

Et les premiers frimas

Grande est la gelure

Quand l’espoir tarit

Grand le silence

Quand se taisent

Les étoiles

 

*

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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 08:10
Le simple dans la venue du jour

Short story

100 x 70 Bristol

Barbara Kroll

 

 

***

 

 

 

Le simple dans la venue du jour

 

C’était le bleu de l’aube

Le bourgeon au printemps

La neige d’hiver

Les ors de l’automne

Une parole amie

Quelque part

Dans la gorge

D’un frais vallon

Une fête au village

La corde mauve

D’un ruisseau

Une pliure d’ombre

La cendre d’une rencontre

 

*

 

Souvent je me levais la nuit

Dans le froid lumineux

Avec les yeux des étoiles

Pour seuls témoins

Une luciole brillait au loin

Des amours se levaient

Des gestes se taisaient

Et rien ne paraissait

Que la langueur de l’heure

Et rien ne se disait

Que la beauté du monde

 

*

 

Souvent je t’ai surprise

A la margelle

De la fontaine

Seulement vêtue de nuit

Attentive à ne rien déranger

Qui aurait brisé

Cet infini cristal

Cet instant de métal

Cette nervure d’acier

Qui tenaient le ciel

Amplement ouvert

Qui tenaient le cœur

En son étrange suspens

 

*

 

A ma croisée

Accoudé dans l’attente de toi

Le temps n’avait plus cours

L’espace s’effilochait

Les rumeurs tarissaient

Le doute s’estompait

La vie souriait

De toutes ses dents blanches

Le muguet faisait

Son bruit de pervenche

Le cerf reposait

Au milieu de ses bois

Le paon éployait sa roue

Le lucane dormait

Dans sa cuirasse lustrée

Flamboyant renard

Enroulé sur sa pelisse

Feignait de somnoler

Mésanges fauvettes

Zinzinulaient

Les amants s’enlaçaient

Avant que le jour ne se lève

 

*

 

 Le simple dans la venue du jour

 

Je l’ai connu grâce à toi

Au buisson de tes cheveux

C’était un jais c’était une ardeur

Je l’ai connu à ton corps si blanc

Un nuage s’y est perdu

Je l’ai connu au feu de tes seins

Deux baies rouges à peine écloses

Et pourtant ils surveillaient l’ombre

De leur cruelle timidité

Le simple dans la venue du jour

Comment ne pas l’éprouver

Jusqu’à la graine de l’ombilic

Cette origine en attente

De son continuel ressourcement

Je l’ai connu à ta source vive

Cette nervure de ton sexe

Qui mordait ma chair

Dans la rubescente douleur

Connu encore dans l’albâtre de tes jambes

Sur l’éminence de tes chevilles

Sur les rubis de tes orteils

Connu en toi

Seulement en toi

Sagement assise

Sur la cerise rouge du désir

 

*

 

Le simple dans la venue du jour

 

Nulle part de plus belle volupté

Que cette sublime opalescence

Que ce corps de porcelaine

Ce regard de myosotis

Cette perle oubliée

Quelque part

Sur une feuille

De Bristol

De cela

De cette présence-absence

L’on peut mourir

Tel le héros

Au pied de sa déesse

Je meurs donc d’écrire

De te dire en mots

Le péché de chair est si doux

Dans le bleu de l’aube

Le bourgeon au printemps

La neige d’hiver

Les ors de l’automne

Il y a un violon

Loin là-bas

Qui joue en sourdine

Je crois bien qu’il s’agit

D’un adagio

Comment sortir de ceci

Autrement qu’à n’être plus

Qu’une larme

Sur le bord d’une paupière

Où ton regard

Où ta main

Où ton fruit

Qui me rendraient à moi

Où donc

 

*

 

 

 

 

 

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 16:14
De Toi le manque absolu

Dornröschen

Belle au Bois Dormant

Œuvre : Barbara Kroll

 

***

 

 

De Toi le manque absolu

 

C’était toujours de cette manière

Là au plein de la nuit

L’heure de ta visitation

Je ne dormais que par intermittences

Peut-être par procuration

N’être présent au rendez-vous

Eût mutilé mon âme

Au plus profond

De son illisible matière

J’étais ici j’étais ailleurs

Ne savais plus le lieu de mon être

Divaguais pareil à l’esquif

Balloté au gré des flots

 

*

 

De Toi ne savais rien

Si ce n’est ce curieux nom de

Belle Dormante

Dont je ne puisais jamais

Que l’onirique forme

Cette faille dans l’ombre

Qui s’ouvre et palpite

Il me plaisait de t’imaginer

Sous les traits étranges

D’une anémone de mer

Présence pulsatile

Dont je ceignais

La douve étroite

De mon front

 

*

 

Te scrutant j’entendais

Au creux de l’intime

La belle légende

D’un charme mortel

A toi destiné

Ce fuseau qui piqua ton doigt

Te rendit éternelle

Jamais on n’oublie la grâce

D’un conte

Jamais de la félicité du rêve

On ne fait son deuil

Présente tu l’étais plus

Qu’étincelle sur la crête des vagues

Qu’oiseau dans sa dérive céleste

Que libellule sur le miroir de l’eau

 

*

 

Il fallait à mon contentement

Cette fuite à jamais

Cette feuillure

Dans la perte du jour

Cette lumière qui s’éteignait

Dans le ressac du crépuscule

L’inverse d’un bourgeonnement

Le pli d’un recueil

 

*

 

De Toi le manque absolu

 

Ce qui se dessinait

A l’horizon de mes désirs

Etait toujours en fuite de soi

Des jambes d’ébène

Que la couleur épuisait

La chute d’une robe

Tel un blanc calice

Telle une écume

A la bordée du jour

Et tes bras ces lianes

Qui n’étaient effusives

Qu’à l’aune d’un impossible

Saisissement

Mais de quoi donc

D’une vérité verticale

D’un bonheur passager

D’une joie faisant son feu

Là au rivage de tes nuits

 

*

 

Quelle était donc la flèche

De ton destin

Quelle la poésie dont tu tressais

Ton énigmatique visage

Nulle épiphanie qui eût pu proférer

La goutte oblongue de tes yeux

La braise douce de tes pommettes

Tes lèvres que je projetais purpurines

Cette fossette au menton

Qui t’eût identifiée entre mille

 

*

 

De Toi le manque absolu

 

C’était bien ceci

Cette pièce anonyme

Où tu te dressais

La matité silencieuse des murs

Un plafond de verre

Qui te retenait captive

Et ce tourbillon rubescent

Ce volubilis de sang

Qui perlait ses gouttes amnésiques

Sans doute étais-tu sans mémoire

Perdue dans le corridor

De desseins inachevés

Ce flottement te rendait irréelle

Ces lignes baroques

Dont tu vêtais ton mystère

Emplissaient mon manque de toi

De la dague délicieuse du vertige

Puisses-tu demeurer sans demeure

Puisses-tu ne jamais prendre visage

Puisses-tu encore une fois

Piquer ton doigt au fuseau ténébreux

Alors je ne sais

Ce qui adviendra de toi

Ce que sera le cours

De mon existence

Flux et reflux sont si forts

Qui nous éloignent de nous

 

*

 

Où les chimériques rivages

Où nous pourrions habiter

Dans l’union passagère des cœurs

Il est si facile de s’égarer

En ces temps de confusion

Mais l’insu est un délice

Auquel toujours nous voulons

Nous abreuver

Nos lèvres sont sèches

Notre gorge en feu

Rebelles

Indociles

Nous voulons

L’Absolu

Nous voulons

Le Rien

Sans doute

Ne le savons-nous pas

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 09:18
Ce chemin dans la chair

                     Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Ce chemin dans la chair

Dont nous pensions

Qu’il nous sauverait de nous

Sans doute l’avions-nous

Trop emprunté

Au gré de nos passions

Au feu de nos instincts

Il était inscrit en nous

De toute éternité

Car nul n’échappe

 À la mesure humaine

De ses pas

 

*

 

De Toi tu n’avais emporté

Que le deuil de ta séparation

Pour Moi la solitude à jamais

Avec ses ailes de carton

 

*

 

Sur du mouvant

Nous nous étions assemblés

Telles les feuilles qui filent

Au ras de l’eau

 À leur perte prochaine

Nous étions deux courants

Que rien ne rapprocherait

Tu étais trop lointaine

J’étais bien trop en souci

De mon être

Qu’attend-on

Si ce n’est d’arriver à soi

D’y parvenir jamais

 

*

 

Nous étions pareils

A Simon du Désert

En proie au doute éternel

En quête d’absolu

J’errais parmi les dunes

Le silence était grand

L’ombre des barkhanes

Faisait ses sombres croissants

Au creux des nuits que ne visitaient

Ni Lune ni Etoiles

Ciel d’encre dans lequel

Nous dérivions

Orphelins de rêves

Erratiques figures

 

*

 

Le matin nous trouvait hagards

Les mains tournées au ciel

Les paumes ruisselantes de vide

Les doigts englués d’aube

Nous avions toutes les peines

A nous hisser hors le pli

De nos cauchemars

Chrysalides empêtrées

Dans cette soie qui aurait dû

Nous être douce

Elle n’était que parois

De notre commune geôle

Nous étions ermites

En nos blanches méditations

Nous étions ascètes

Perdus dans le labyrinthe

D’un morne ennui

Et le Diable soufflait

En nos âmes

La complainte du chagrin

 

*

 

Ce pays des Hauts Vents

Hors toute raison

Hors toute présence

Hameau déserté des Vivants

Nous l’avions choisi

D’un commun accord

Pensant que ce lieu vide

Serait le premier mot

D’une phrase que nous dirions

Le premier jour d’un poème

L’existence était en prose

Les heures de plomb

 

*

 

Nous passions un long temps

A regarder au travers des vitres

Que le dépoli froissait

Les troupeaux que conduisaient

Les bergers

Nous nous usions

A lire Cioran ou bien Unamuno

Le tragique ornait nos fronts

Les pleurs lissaient nos yeux

La mélancolie tissait nos âmes

Des fils infinis d’une invisible toile

 

*

 

Sans doute pour des Etrangers

Aurions-nous été transparents

Tels des phalènes au crépuscule

Qui meurent sans le savoir

Jour et nuit étaient du même goût

Une amande sans saveur

Habitait nos palais

Une amertume creusait

Son vertige

 

*

 

Parfois nous allions sur ces collines

Teintées d’argile claire

Sur ces crêtes prises de vent

Que n’habitaient que

De maigres genévriers

Que ne troublait

Que le vol des sauterelles

 

*

 

Parfois le calvaire de fer

Tout en haut de son pain de sucre

Nous voyait corps unis

Corps soudés

Il était le météore

Auquel nous confiions

La juste mesure

De notre égarement

La Mer tout au loin

Se laissait apercevoir

Dans un moutonnement bleu

Qui ne manquait de nous étonner

Existait-il encore quelque chose

Qui eût du sens en quelque endroit

Du Monde

Quelque chose qui proférât

En dehors d’une affliction originelle

 

*

 

Ce chemin dans la chair

Que nous avions inclus

Dans la dague ouverte

De nos corps

Cette  chair repue

Aurait-elle connu

L’instant d’une courte extase

L’éclair d’un possible bonheur

Mais après ces brèves étreintes

Qu’en était-il

De nos vies qui ne soit inutile

La chair est triste hélas

Et j’ai lu tous les livres

disait le Poète Mallarmé

Fuir  là-bas fuir

 

*

 

Que fuir sinon son être

Qui est toujours en avant de soi

En arrière de soi

Il est si difficile

De coïncider

Avec soi

De faire unité

Avec sa propre chair

De demeurer

Dans la brume infinie

Qui nous fige

Ici

Et nulle part

Ailleurs

 

*

 

D’un chemin hors la chair

Nous exilant

De nos tourments

Serions-nous à nous-mêmes

Advenus

Rien n’était moins sûr

Jamais les Hauts Vents

Ne cessaient de souffler

Ici

Dans la courbure

Du jour

Jamais

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 08:53
Qu’est-il ici occulté

        Œuvre : Marcel Dupertuis

 

 

***

 

[Cette poésie se donne à comprendre

en tant que tentative orphique

de  saisie du Rien]

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

On interroge et cela se ferme

Cela résiste et se cabre

Cela se réfugie dans la pureté

Du non-dit

Cela oblitère le sens

 La logique s’insurge

 La raison vitupère

Le langage s’aphasie

Les mots se révulsent

Et ne connaissent plus la forme

De leur usage

 

*

 

La forme s’informe

Se déforme

Se réduit à l’informel

Pareil au cristal

Qui vibre de l’intérieur

Et ne livre du secret

De son chiffre

Qu’un insoutenable éclat

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

Il faut limiter la puissance des yeux

Il faut la fente de la myose

Juste un rai qui frappe la pupille

Un regard félin

 D’abord on voit une impossibilité

Que faire de cet affrontement

Qui ne soit jeu gratuit

Anneau girant sur lui-même

Enonciation vide

Chute

 

*

 

Ainsi se donne la folie

Qui mêle les formes

 Du réel

De l’imaginaire

 De Soi

Le dehors s’écoule

Dans le dedans

Le dedans plonge à même

Le dehors

Où la limite 

Où le moi en sa glaise durcie 

Où le réel en son silex tranchant 

Où la rencontre des deux

Où rugit le vent

De la démence

 

*

 

Le Rouge percute le Noir

Le Rouge expulse le Noir

Le Noir macule le Rouge

 Macula de la vision

Le Noir veut broyer le regard

L’aliéner dans sa plus profonde

Dimension

Car voir serait offenser

Ce qui toujours

Veut se dissimuler

Et pourtant se montre

Mais à bas bruit

Sous la ligne d’horizon

De la conscience

Sous les cils vibratiles

De l’esprit

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

Mais au juste faut-il VOIR 

Faut-il entendre

Faut-il même espérer

Il faut se faire anti-Rimbaud

Se faire NON-VOYANT

Glisser sous la lame du réel

Briser les mots du poème

Il faut se faire Matière

NOIRE

ROUGE

S’éprouver en tant que taches

Sur l’aire immense de la toile

Là où le combat a lieu

Noir blessé jusqu’au sang

Ecume rubescente

Qui emporte la nuit

Au plein de son incandescence

Forges qui hurlent

Les loups sont entrés dans Paris

Noires les croix

Rouges les plaies

 

*

 

Lumière haute dans le ciel

Incendie zénithal

Œil bouillant verse

Ses scories

Arène Noire

Noire de monde

Rouge de passion

Pouces baissés

Foule exulte

Poussière vole

Poitrines hurlent

Acier a frappé

Garrot mutilé

Fleuve de sang

Robe de suie

Nuit de mort

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

De l’infime myose

Il faut basculer

A la vertigineuse mydriase

S’ouvrent les abîmes

Par où marcher

Sur le bord des choses

Au risque de les comprendre

Et d’en mourir

Jamais œuvre ne nous est donnée

D’emblée

Jamais Aimée remise

Dans son écrin

Jamais Art à portée

De la main

Apporter quelque chose

Au-dedans de soi

Dans la Vérité

Est entailler le derme

Y verser l’acide

De la question

Ouvrir les portes

De Corne et d’Ivoire

Au gré desquelles Nerval

Connut le songe

Et la Folie qui y était logée

Comme le ver dans le fruit

 

*

 

Du NOIR il faut faire

Quelque chose

Rime à l’Initiale seulement

Nuit

Néant

Nul

Négation

Il est du destin de [N] de Néantiser

D’énoncer le Non

D’ouvrir la Nasse

Par laquelle le Rien s’annoncera

A la finale

Ce [R] uvulaiRe

Rocailleux

EchaRde

Comme ultime décision

Du mot

Roc de Sisyphe en surplomb

De l’Être

 

*

 

Dans le NOIR

C’est la NUIT qui veille

Coefficient d’ombre

A jamais imprenable

Dans la NUIT gît le NU

Que l’I pointe

Que le T observe

Du haut de sa potence

Tel Villon pendu

Clamant son épitaphe

Aux Frères humains

 

*

 

NOIR-NUIT

Dans leur dénuement

Le plus tragique

S’immolent dans la rivière pourpre

Des passions

Aurores de feu et d’incarnat

Teintées du sang des victimes

Que nous dites-vous

Qu’on regarde et ne voit pas

L’amour en son éclat

L’art en sa cimaise

L’être en son énigme

 

*

 

Nous sommes si démunis

Et de crier

Du Rouge au Noir

Du désir au deuil

Nos lèvres sont lassées

Vienne l’heure de Minuit

L’heure de l’entre-deux

Encore temps pour nous

De demeurer à la limite

Du Noir Hadès

Du Rouge Enfer

Ils sont le même

Et nos mains ne griffent

Que le Rien

Le Rouge

Le Noir

Le Rien

 

*

 

Que pourraient-elles faire

D’autre

Que griffer

Et griffer encore

Muets sont les signes

Plurielles les lignes

Perdues les couleurs

En leur insondable

Douleur

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 08:05
Blonde vision

                Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

 

Parfois les hommes

 

Dans leurs rêves de soie

Et d’organdi

Voient ce que

Depuis longtemps

Ils attendaient

Dans un nuage de joie

L’amour en son éclat

Cette étrange beauté

Ils n’en peuvent douter

Est venue tout juste

Pour eux

Leur apporter le muguet

De son feu

Heureux ils le sont

Plus qu’un adolescent

En son destin innocent

 

*

 

Parfois les hommes

 

Du fond de leur sommeil

Tendent vers l’avant

Leurs mains

Aux ongles vermeils

Essaient de happer

La moindre parcelle

De félicité

Ici le sourire éclatant

D’une Belle

Là la promesse

D’un avenir radieux

Un vent léger

Sur des lèvres carminées

Le doux clignement

D’une paupière

Le feu assourdi

D’un khôl

Le désir planté

Au fond d’une pupille

A ce jeu puéril

Ils gaspillent

Le peu qu’il leur reste

De vie

 

*

 

Les jours sont si pressés

Qui font leurs forêts

D’hirsutes brigadiers

Leurs sombres emmêlements

Leurs buissons

Aux éclairs si ardents

 

*

 

Parfois les hommes

 

Dans l’étrange remuement

De leurs âmes

Sont pris de tremblement

Et le  bruit d’une lame

Venue du plus loin de l’espoir

Un triste soir

Brûle telle une flamme

 

*

 

La douleur

Ils n’en sentent pas

La profondeur

Ils sont bien au-delà

Dans l’insondable rumeur

Des consciences perdues

D’eux-mêmes

Ils sont exclus

D’eux-mêmes

Ils n’osent plus

Hanter les sombres couloirs

Visiter les inutiles reposoirs

Tant désertés ils sont

De tout espoir

 

*

 

Leur vue est

Si basse

Que dans le tain du miroir

Ils n’aperçoivent

De guerre lasse

Que le tout dernier éclat

De leur histoire

Leur existence si longue

Qui s’étend d’un horizon

 À l’autre

Paraîtrait bien dérisoire

A qui voudrait tenter

D’en déchiffrer

Le cours en forme

De périssoire

Leur navigation

Plus qu’illusoire

Ils en cherchent fiévreusement

La trace pareille à un  onguent

Dont ils voudraient vêtir

La herse de leurs jours

Avant que le mal définitif

Ne les atteigne

Sur le frêle esquif

La coquille de noix

Qui vogue vers le Styx

Avec sa voile en forme de croix

 

*

 

Parfois les hommes

 

Sur le drap blanc

De leur sclérotique

Tels des héros tragiques

Revenant au foyer

Après maints périples

Reniés par leurs anciens disciples

Pris d’une soif inextinguible

Projettent sur la toile

De leurs fantasmes

Quantité de belles âmes

Foultitude de jolies dames

Tout ceci pour du beurre

Car tout ceci n’est qu’un leurre

Une habile fantasmagorie

Une sombre supercherie

 

*

 

Parfois les hommes

 

Rêvent debout

Et tant mieux

Plutôt rêver

Que de croire

À la réalité

A la Ré-a-li-té

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 08:25
 Ils avançaient les hommes

                " Paysage avec arbres "

                Patrick Geffroy Yorffeg

                  ( Technique mixte )

 

 

***

 

 

Ils avançaient les hommes

 

Dans l’effroi d’eux-mêmes

Ils avançaient et leurs mains

 Étaient des serres

Que la lumière ne connaissait pas

Ils n’avaient d’horizon

Que leur peau

Ils ne voyaient

Que les globes

De leurs yeux

Ne sentaient que les paumes

De leurs mains

Partout était la terreur

Qui lançait ses flammes

Partout le vertige

Qui déployait ses lianes

 

*

 

Le chemin était long

Qui partait de la ruche

De leur corps

Revenait à leur socle

De chair

Avec les plis serrés

De la haine

Tantôt ils s’abreuvaient

De mots usés

Tantôt s’essayaient

À la station debout

La terre était noire

Et de lourd bitume

Qui recevait l’abîme

De leurs génuflexions

 

*

 

Partout étaient les guerres

Les jets d’aveuglant napalm

Les sifflements d’obus

La déflagration des tympans

Ils voyaient rouge

Les hommes

Le ciel s’embrasait

Les arbres-torches

Lançaient vers le ciel

La supplique

 De leurs frondaisons

Tragiques

 

*

 

Crucifiés les hommes

Pour la gloire

De quelques uns

Des Importants

Dingues à lier

Au loin étaient

Les casemates de verre

Où le pouvoir semait

Son vent de démence

Les couloirs feutrés

Où la mort se levait

Désignait ses innocentes

Victimes

Peu importait la couleur

Pourvu qu’on possédât

L’ivresse

 

*

 

Ils avançaient les hommes

 

Hagards

Perdus

Ne se possédant plus

Comment être à soi

Sous le régime

De la terreur plénière

Comment connaître

Son frère

Au visage creusé

Par tant d’obliques desseins

Comment être hommes

Alors que l’humanité

Est terrassée

Opprimée

Réduite aux acquêts

Si humbles

Si parcimonieux

À peine s’ils se donnent

À voir

Une simple lisière

Aux contours de l’être

 

*

 

Un jour un vent se lèvera

Qui dira aux hommes

 

La folie d’exister

De tuer ses frères

De n’avoir pour viatique

Qu’une inique moraline

Non une éthique

Qui les guiderait en raison

De ne thérauriser que de l’avoir

Une estime de SOI

Uniquement de SOI

De son EGO poli comme

Un bronze

 

*

 

Un jour un vent se lèvera

Qui dira aux hommes

 

Le refus de l’Autre

L’appât du gain

La recherche du brillant

Le refuge derrière l’ostentatoire

Tout cela qu’il faudra biffer

Gommer jusqu’au Rien

Broyer jusqu’au noir

 

*

 

Il faut beaucoup de sagesse

Il faut beaucoup d’humilité

Pour construire une humanité

Il faut se dessaisir de soi

Se porter au-devant

De son être

Voir avec les yeux de

Qui-n’est-pas-Soi

Du Pauvre

Du Déshérité

Du Laissé-sur-le-bord-du-chemin

 

*

 

Beaucoup de trains passent

Dont plus d’un ne voient

 Que les signaux rouges

Un sillage dans le temps

Une perte au fin fond

De l’espace glacial

Sidéral

Minéral

De l’espace qui boit

La vrille de l’espoir

La réduit à néant

 

*

 

Il faut beaucoup de temps

Beaucoup de patience

Pour faire un homme

UN VRAI

 

*

 

Ils avançaient les hommes

 

Sous le ciel d’airain

Sous le ciel incendié

Où les arbres-torches brûlaient

Où le chemin de goudron

S’enfonçait

Dans la nuit du monde

Dans la nuit

Furibonde

Du monde

 

*

 

Ce qu’il fallait faire

Ecrire le long poème

De l’insurrection

Le jeter aux flammes

Ignition des mots

SEULE ressource

De l’homme

Alors rien ne pouvait paraître

Hormis l’abîme

De la désolation

Peut-être les Erratiques présences

Comprendraient-elles

Enfin

L’immense dette qui était la leur

Reconstruire Babel

Faire se dresser

Les Menhirs de chair

Assez de reptations

Assez de lignes basses

Fuyant à l’horizon

Assez de perditions

 

*

 

Ils avançaient les hommes

 

Leurs yeux cloués de cécité

Leurs mains amputées

Pieds rivés au sol

 

Ils avançaient

 

*

 

 

 

 

  

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 13:59
Je t’avais dit ces formes

    Photographie : Gilles Jucla

 

 

 

***

 

 

Je t’avais dit ces formes

 

Tu le savais

Qui m’obsédaient

Elles venaient la nuit

Pareilles à des symptômes

A de circulaires présences

Étaient-elles plus que cela

De réelles réalités

De féminines figures

Surgies au plein

De ma conscience

De possibles amantes

Taraudant mon corps

De la dague du désir

Avant que ne surgisse

Le plaisir en

Ses étonnantes banderilles

 

*

 

Partout cela fusait

Partout cela s’allumait

Longs feux de Bengale

Qui électrisaient mon dos

Lançaient dans les reins

Leurs meutes de folie

 

*

 

Je t’avais dit ces formes

 

Tu le savais

Qui m’inquiétaient

Peut-être l’ordinaire folie

Son pieu planté dans le derme

Et aucune manière d’en sortir

Autrement qu’à les halluciner

A nouveau

A les métamorphoser

En ce qu’elles n’étaient pas

De pures illusions

De simples images

Suspendues

À la margelle de mon front

 

*

 

J’en entendais le bruit

De source lointaine

Percevais la vacuité

D’une origine

Loin très loin

Au-delà des battements

Amniotiques

Dans un pli du Temps

Encore inaccompli

Dans un espace sans lieu

Dans un destin sans esquisse

 

*

 

Je t’avais dit ces formes

 

Tu le savais

Qui foraient mon âme

Jusqu’en son tréfonds

Peut-on jamais saisir

Le nu de ses phantasmes

Cette résille arachnéenne

Dont jamais on ne fait

Se rejoindre les fils

Vois-tu il y a tellement

De brume dense à l’aplomb

Des yeux

Un mur de cataracte

Et l’on ne voit plus

Qu’une image de soi

Recouverte

D’une taie d’oubli

Car le sais-tu

Vivre c’est d’abord

S’oublier

Eviter le jeu

De la fascination

L’EGO est ce danger

Qui toujours nous guette

 

*

 

Voyant ces sublimes rochers

Sans doute des blocs de granit

Ils s’ombrent d’une vaste solitude

Ils meurent dans le noir

Ils sombrent dans le gris

Nullement à l’aune

D’une volonté qui

Leur serait propre

Même la pierre de Sisyphe

Est sous le sceau des dieux

Seulement le silence porté

De nos propres errances

 

*

 

Que seraient donc

Ces diluviennes présences

Si nous ne les regardions

Avec l’œil du conquérant

Nous qui sommes les Bien-Nés

Parmi l’ensemble de la Création

Etaient-elles des symboles

Des puissances

Un élan dans le Ciel

Une poussée de la Terre

Qui n’auraient concouru

Qu’à notre éphémère gloire

Car je te l’avoue

Je me sens si petit

Et ces formes me disent

Ma finitude

A l’aune de leur éternité

Comprends-tu

Nous passons

Et elles demeurent

Entends-tu au moins ceci

Elles demeurent

 

*

 

 

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 16:05
 Ciel - Encre - Noir

       "Paysage nocturne avec un ciel d'encre noir"

            Photographie : Patrick Geffroy Yorffeg

 

 

***

 

 

Souffle le vent de la peur

Sur ces terres étroites

Elles disent l’avenue

De la Mort

La venue

De la Mort

Oui de l’Invisible

Qui chaque jour nous étreint

Elle notre Amante

Elle notre Muse

Qui nous distrait de nous

Pour mieux nous surprendre

 

*

 

Ainsi en va-t-il de la marche

Du monde

Un enfant est né

Dans sa juvénile patrie

Sourit aux anges

Aux ailes de tulle

Babille et susurre dans

Son berceau de chair rose

Son visage brodé d’innocence

Comment pourrait-il être

 Ailleurs

Qu’en sa nasse d’amour

Qu’en son destin

Aux diaphanes portées

Ne diffère nullement de soi

Entièrement contenu

Dans son germe natif

Il est totalité

En son corps assuré

Il est infini

Dans le pli de son être

 

*

 

Vous gens de curieuse nature

Voyez donc combien sa grâce

Qui paraît immarcescible

Est ce fil de la Vierge

Qui toujours ne demande

Qu’à se rompre

Vie est ce miracle

En attente de sa fin

Ver est dans le fruit

Qui fait rumeur

Mortifère

Dernière

 

*

 

Alors n’aurez de cesse

Que de palper

Votre anatomie

D’y chercher

Ce grain mortel

Qui vous ronge de l’intérieur

L’avisé Montaigne disait

« La préméditation de la mort

Est préméditation de la liberté »

Apprenons donc à mourir

C’est là notre bien

Le plus commun

 

*

 

Plus d’un se croyait prémuni

Des atteintes

De la Noire Engeance

Et thésaurisait

Et régnait sur les Mortels

Et affirmait son invincible

Puissance

Tel qui disait ceci

Aujourd’hui dans son linceul

De pourpre

Dort du sommeil des Justes

Des Justes bons à rien

Qui par inconscience

Ou altière estime de soi

Avaient fait de la vie

Leur illustre gloire

Ne le sachant mais ceci

Est ultime vérité

Le Bon et le Juste

Le Méchant et l’Inique

Sont tissés d’une toile unique

Qu’un ver depuis toujours

A condamné à n’être

Que vêture mitée

Roupie de sansonnet

 

*

 

Vous mes frères

 Qui comme moi vivez

À débusquer toute trace

De la Vénéneuse

Dès que bubon ou bien gale

Se manifestent

Dites-lui à la Léthifère

Que nullement ne la craignez

La désirez même

Tant son baiser vous ôtera

Bien des tracas

 

*

 

Ce n’est que conseil éclairé

Si l’Humaniste parlait

De liberté

Vu que Mort

Des pieds de nez ferez

À votre percepteur

À vos créanciers

Enfin à toute forme commise

À vous empêcher de valser

À votre guise

 

*

Nul n’est plus au sein

De son royaume

Que le Mort en sa Léthé

Que le Vivant en sa geôle

Là sont des lieux

De repos éternels

Nul ne viendra

Vous y rejoindre

Sauf contre son gré

Sachez ceci pour votre

Plus grand bien

Vos plus empressés laudateurs

N’ont qu’une hâte

Vous dépouiller

De ce qui vous appartient

Or rien plus que la Mort

Ne vous appartient

Telle la certitude

Des cœurs vaillants

Vous dépouillant

Ils ne gagneront

Que le Rien

 

*

 

Tendez donc les bras

 À vos oppresseurs

Avec vous ils se jetteront

Tête la première

Dans le brasier du Tartare

Brûlant vous les regarderez

Se consumer

Au feu de la dernière vérité

 Ciel au-dessus de vos têtes

Est toujours encre noire

Commise à votre perte

Mais perte est toujours gain

D’une condition nouvelle

Mortelle

Peut-être celle qui enfin

Nous dira son secret

Qui n’est que le nôtre

Comme Michel Eyquem

Dirons

« Il n'y a rien de mal

En la vie pour celui

Qui a bien compris

Que la privation de la vie

N’est pas mal »

 

*

 

Pour l’heure vivons

Allons au bal

Encore faisons un pas

Le dernier

Il ne nous sera nullement donné

De l’admirer

Déjà il sera éternité

 

*

 

 

 

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