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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 09:28

 

  Aujourd'hui, ça va juste être le tour de ce bon Pittacci; Calestrel ce sera pour la prochaine fois. Car, voyez-vous, c'est comme dans la "Comédie humaine" de Balzac, les personnages, faut prendre le temps de les détailler, les mettre sous l'œil du microscope, prendre son scalpel et de voir ce qui se dissimule sous la peau, au-delà de l'épiderme, dans le profond du corps, à cet endroit mystérieux où se dissimule l'âme. Faut chercher longtemps vu que c'est de l'invisible, l'âme. Depuis le temps qu'on en parle et qu'on gire tout autour sans bien savoir en quoi elle consiste, quelle est sa nature profonde, si elle ressemble à un boomerang, à une langue de feu transcendant la réalité, à un pur souffle d'air avec quelques volutes blanches alentour. Souvent, avec les choses invisibles, on se comporte comme les gamins qui imaginent le château de la Belle au bois dormant, et le château et la Belle, on les imagine selon ses inclinations personnelles. Des fois c'est un château romantique comme celui de Louis II de Bavière, perché sur son éperon de rochers, tout près des nuages et avec plein de frondaisons vertes comme de la mousse à la pistache. Parfois c'est un sombre château écossais de pierres brunes dont la silhouette s'efface par le haut au milieu des nuages, par le bas dans le lac où Nessie fait ses contours ophidiens. Parfois c'est juste une superposition d'idées, une dérive onirique, un glacis à la surface de la toile, un moulin avec ses ailes bariolées qui tournent dans le vent.

  Vous voyez, c'est si bizarre, les choses de la nature de l'âme, des sentiments, de l'esprit, du spirituel, de l'art. Ça change infiniment selon le regard de celui qui applique son œil au microscope et cherche à voir ce qui, par hasard, voudrait bien s'éclairer. C'est un peu comme les fragments colorés du kaléidoscope, facile métaphore d'une vérité multiple, toujours fuyante, insaisissable à mesure que l'on s'en approche. Car c'est bien là la manière qu'a la vérité de se présenter à nous, par petits bonds successifs, avec une marche de guingois, souvent claudicante, hérissée de faux-bonds, glissant infiniment au-devant d'elle comme si, elle-même voulait se précéder afin de se mieux connaître. Et, souvent, plus on pense au problème de la vérité, plus on cherche à en savoir davantage, plus on s'empêtre dans le marécage des contradictions. C'est comme si on avait les mains enduites de guimauve collante, élastique, avec laquelle on finit, bientôt, par faire une manière de boule unique, indistincte.

  Mais revenons à l'âme. Faute de pouvoir en tracer une esquisse satisfaisante que nous pourrions dessiner sur une feuille de Canson, puis l'épingler au mur sans autre forme d'inquiétude, nous préférons lui conférer une forme, lui donner corps, l'inclure dans une concrétude, en faire, sinon un objet, du moins un simple colifichet qu'aussi bien nous pourrions porter au-devant de nous, à la manière d'une offrande et qui contribuerait à nous définir. Une photographie en somme. Une image identitaire. Comme les prisonniers, nous pourrions tenir une ardoise grise sur laquelle serait tracée, à la craie blanche, la couleur de notre âme. Ainsi, au hasard de nos déambulations dans l'établissement pénitentiaire, pourrions-nous lire : "Amour" - "Don de soi" - "Sexe" - "Pêche à la ligne" - "Nourriture" - "Rencontre" - "Altérité "- "Femmes" - "Hommes" - "Orgueil" - "Avarice" - "Envie" - "Colère" - "Luxure" - "Paresse" - "Gourmandise" .

  Mais voilà, qu'en dernier ressort, nous n'avons énuméré que les 7 péchés capitaux. Mais l'âme aurait-elle d'abord à voir avec ceux-ci, serait-elle une simple hypostase du Bien, du Beau, du Vrai et leur toujours possible chute dans les ornières de l'humaine condition. Par exemple Sarias est constamment attiré vers le piège de l'égoïsme; Pittacci complètement livré aux affres de la luxure; la Mère Gignoux par la gourmandise; la Mère Dubreuil par la colère. Quant aux autres, les vertueux, les bien-pensants, bien-agissant , les Simonet et autres Vergelin, ne nous exposent-ils ce côté brillant de leur âme qu'à en dissimuler le revers d'ombre ?

  Vivre, ou plutôt exister, serait-ce toujours naviguer à vue en évitant les écueils, les barres de rochers, les carcasses échouées, les récifs d'autant plus dangereux qu'ils sont cernés d'une certaine invisibilité ? Vivre serait-ce laisser flotter son âme entre deux eaux, les eaux claires de surface, celles plus sombres, abyssales et glauques des grands fonds ? Les Copains, sur leur frêle esquif essaient, à leur façon, de poser cette éternelle question à défaut de pouvoir y répondre. C'est une des raisons qui font que leur continuelle navigation, par vents et marées  s'accomplit toujours selon la devise célèbre : " FLUCTUAT NEC MERGITUR". "Il flotte mais ne sombre pas". Sans doute l'âme est-elle de cette nature. En faire l'hypothèse nous maintient au-dessus des flots aussi longtemps que nous porte cette croyance. Mais peut-être n'est-ce qu'un leurre ?  Interrogez votre âme, peut-elle consentira-t-elle à vous répondre ?

 

 

 Pittacci

 

 

   "Et puis, pour Pittacci, c'est guère mieux, il est aussi petit qu'il est vicieux et dire que ce type a passé tout son temps à la Manu à être payé comme gardien, juste pour se rincer l'œil du côté des vestiaires, juste pour plonger dans le corsage des ouvrières, à l'infirmerie, juste pour voir sous les jupes des femmes quand elles montaient la passerelle pour aller au Chef de chantier et, en plus, ce vieux croûton, ça lui a pas encore passé la démangeaison entre les jambes, tu sais, Jules, j'ai pas les yeux dans les poches, je le vois souvent, l'après-midi, Rue du Square, garé dans sa Peugeot 309, avec sa galerie de toit plutôt antique, il fait le guet pour essayer de voir cette vieille grande bringue de Rosalie, tu sais la rousse qui est veuve, qui habite dans les maisons en bande de la Rue Emile Zola, même Pittacci y se planque derrière le journal pour qu'on le voie pas , mais en fait, tout le monde le voit et puis il risque rien Pittacci, elle est au courant sa femme, y a pas mieux d'ailleurs comme secret de Polichinelle dans le quartier, et puis tout le monde y est passé dessus à la grande rousse, "sauf le train"comme disait l'oncle Cristobal, et puis, à son âge, qu'est-ce qu'il lui ferait à la Rosalie, à part baver devant comme un vieux dégueulasse ?".

 

  Alors là, ça commence à prendre des proportions et même s'il y a beaucoup de vrai dans ce qu'elle dit, Henriette, je lui fais remarquer qu'elle commence à exagérer, qu'elle devient franchement médisante, qu'elle ferait mieux de penser à préparer la soupe, mais quand Henriette elle est lancée, elle est comme les B14 autrefois, on a beau appuyer sur le frein, la pédale répond pas, alors je suis bien obligé d'en prendre mon parti et j'essaie d'écouter d'une oreille seulement, mais voilà que ça repart et c'est maintenant le tour de Calestrel.

 

 

 

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 07:43

 

Les couleurs du fondement. (8° Partie)

 

 

 

 

  GRISE la question de la Métaphysique.

 

 

 Mais nous ne saurions conclure ce tour d'horizon en direction de la compréhension des significations sans faire référence au problème qui traverse toutes ces tentatives et en constitue les fondements. A savoir la question essentielle formulée par Leibniz en 1740, sur laquelle repose l'édification de la Métaphysique :

 

"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"

 

 

  Poser la question n'est certainement pas la résoudre. Mais, tout de même, comment pourrait-on éviter de l'aborder ? Et, ici, sans doute rejoignons-nous notre attitude du tout jeune enfant, lorsque découvrant la possibilité de la Mort et, corollairement, l'inquiétude viscérale dont elle porte l'ombre, plonge, irrémédiablement, dans une angoisse constitutive, laquelle déterminera l'essence de notre propre finitude humaine. Et, ici, identiquement, sommes-nous reconduits à l'orée de notre adolescence, peut-être au seuil du jour, alors que les choses s'abîment dans une manière d'ambiguïté, d'illisibilité et que, soudain, le fait d'ÊTRE devient tellement ténu, irreprésentable, que surgit l'idée du RIEN, du NEANT et, sans même le savoir, notre corps, notre esprit deviennent les lieux géométriques, le point focal où la Question fait ses cruelles mais indispensables interrogations. C'est de notre propre vision, de notre compréhension intime du monde dont il s'agit. Comme un cercle herméneutique sans fin, une fuite vers l'avant, cernée de mortelles obsessions, attendant seulement, qu'un jour, l'existence sur son ultime déclin nous en livre, peut-être, l'explication. Bien évidemment, nul doute que s'origine, à partir d'une telle requête, les instances essentielles de la Métaphysique. Les racines sont plantées dans le sol inquiet, l'arbre se déploiera, fera ses feuillaisons sans, pour autant, que les assises terrestres, chtoniennes, ombreuses soient, un seul instant oubliées.

  Que Leibniz, en son temps, ait fait intervenir l'Être suprême, à savoir Dieu, de façon à clore provisoirement le débat n'a rien de vraiment étonnant. La Cause première apporte bien des apaisements lorsque l'âme est troublée. Il s'agissait, tout simplement, de la reprise de la conception d'Aristote. Comme quoi l'histoire des idées ne demandait qu'à être reconduite. Mais, quelles que soient les perspectives adoptées, qu'il s'agisse d'une assise religieuse, spirituelle, profane, matérialiste, idéaliste, le problème fondamental n'en est pas moins posé, qui continue son évolution en sourdine, à bas bruit. Qui jette la Métaphysique par la porte peut, à tout moment, s'attendre à la voir se manifester par la fenêtre. Ne se débarrasse pas des concepts fondamentaux qui veut !

  Bien évidemment, cette question posée de cette manière presque indigente, pourrait paraître naïve et, sans doute, bien inopportune aux esprits épris d'une interprétation toute matérielle du monde. Car, pourquoi se poser la question dès l'instant où de l'étant nous est fourni à portée de la main et où son existence ne semble pas pouvoir être remise en question ? Mais le registre des évidences est souvent étroit et il faut donc aller y voir de plus près. Car, tout aussi bien, le Néant aurait pu être la seule forme de "manifestation" à laquelle l'être aurait pu consentir depuis sa constante énigme. Mais l'être-présent aussi bien que le Néant-imaginé demeurent deux hypothèses dont les équations sont identiquement difficiles à mettre en scène. Nous en sommes réduits au domaine des conjectures. Et tant mieux.

  Ainsi sont créées les conditions par lesquelles nous ne cesserons de convoquer l'étonnement philosophique, seul à même de nous porter au-delà de nous-mêmes, vers notre propre compréhension humaine d'abord, vers la saisie du monde ensuite. Nous aurions pu nous contenter de vivre, c'et-à-dire de ne considérer que le fonctionnement de nos mécanismes biologiques, nos assises basales, nos métabolismes élémentaires, nos destinées d'amibes. Mais, dès l'instant où s'introduit la question du pourquoi, alors nous ne sommes plus en repos, alors nous ouvrons grandes les portes de la sémantique existentielle alors que, jusqu'alors, ne s'étaient présentées à nous que des suites lexicales isolées, comme autant de mots sans lien les uns avec les autres.

  Le Pourquoi est de telle nature qu'il métamorphose aussitôt ce que la vie lui présentait à la façon d'une évidence en préoccupation de tous les instants, en thèse réellement existentielle. Cherchant, par cette question même, à nous extraire de ce Néant qui nous provoque, nous nous appuyons sur les bases dont la vie nous fait le don afin, par ce seul exhaussement, d'élaborer la question, c'est-à-dire donner du SENS à ce qui ne saurait en avoir. Le trajet accompli est celui-là même de la Philosophie qui, voulant se libérer de l'impensable, a recours à la seule question fondant l'existence et qui est celle de l'énigme de l'être dont l'équivalent pourrait être l'énigme d'exister. Car exister, c'est être. Alors que vivre n'en constitue que les prolégomènes, les conditions de possibilité d'une apparition.

  La vie, dans sa profusion, prend souvent l'apparence du chaos. Si rien n'est organisé, le vivant se rebelle et devient illisible, à la façon du tableau de Giorgio de Chirico où tout est soumis au registre de la schizophrénie (donc de la perte du sens). Si tout est organisé, ordonné par le langage, la raison, le logos en tant que question, tout redevient pensable, hypothèse progressant vers une thèse éclairée-éclairante du monde en tant que cosmos. Le cosmos étant un autre mot pour dire la compréhension, le sens

  Nul doute que la question de Leibniz soit  une question fondamentale. La posant de cette manière dont on pourrait penser qu'elle résulte davantage d'un jeu de cour d'école que d'un esprit de rationalité, nous percevons, aussitôt, sous l'apparente candeur, l'abîme de réflexion. Car, élaborer la question qui met en perspective l'énigme de l'être, ne saurait résulter d'un simple passe-temps, comme l'on jouerait au cricket. Encore que tout jeu suppose une prise de risque et une situation face à de l'inconnu. A éluder une telle question, pour autant, nous ne l'évacuons pas. Si nous faisons mine de nous en absenter, aussitôt, surgit à sa place une autre question faisant sa mortelle giration: qu'en est-il du Néant ? Comme un jeu infini de bascule où il s'agit de l'être ou bien du non-être. Chaque question portant en soi son immense charge de mystère, d'inquiétude. Car, comment envisager l'être, cette pure abstraction sans être saisi de vertige ? Car, comment habiller le Néant d'une silhouette qui ne nous effraie point ? C'est toute la dimension de notre vision du monde sous son angle Métaphysique qui court sous de telles projections. Disant cela, la vie, l'existence, la Mort, le Néant, nous ne faisons que répéter l'éternelle antienne dont nous ne saurions nous libérer qu'à saper nos fondements humains.

 

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 10:09

 

La délicieuse petite subjectivité égocentrée.

 

 

   Vous aurez deviné, Henriette, on peut pas vraiment dire qu'elle est vraiment en phase avecGarcin. Faut dire, le Garcin, il est plutôt du genre mal équarri et il semble plus tenir à la complétude de sa bedaine qu'à l'incomplétude de ceux qu'il croise. C'est comme ça, Garcin, c'est pas le mauvais diable, mais il n'hésite jamais à jouer des coudes dans la fille d'attente de la primaire, à pousser un brin la viande des Mitoyens, de façon à piquer la place à côté du poêle qui ronfle alors que les giboulées font les malignes juste derrière le carreau.

  Oui, vous me direz que vous en connaissez plein des types du genre de Garcin, des pas-gênés-aux-entournures qui pensent qu'ils sont la Terre, le ciel et les étoiles. Ils sont comme des soleils avec le carrousel des planètes qui tourne autour et ça les empêche pas de mettre un pied devant l'autre.

  Des fois, Henriette, elle dit que tous les hommes sont comme ça. Des fois Jules dit que toutes les femmes sont comme ça. C'est étrange, tout de même, cette manie de se défiler dès l'instant où il s'agit de prendre le miroir et de trouver au milieu du tain brillant ses petites taches, ses petites éclaboussures, lesquelles sont là juste là pour nous dire nos insuffisances, nos manquements, nos obsessions mesquines et la vie qui tourne autour et qui n'en peut mais !

  Indulgence avec soi, exigence avec les Autres comme si ces derniers étaient de faibles et confondantes hypostases de notre propre royauté. Mais c'est tout simplement magnifique cette manière d'inconscience qui nous permet d'exister à l'économie, le cul posé sur les braises sans même en sentir la chaleur. Oh, souvent, il y a bien des inquiets, des atrabilaires, des métaphysiques qui viennent souffler sur les braises, juste histoire de voir si, au-dessus, brûle la flamme de la conscience. Mais heureusement pour chacun de nous, nous sommes desSubjectivités montées sur pattes, de minuscules volcans animés de l'intérieur et nous ne consentons à prendre acte des autres insularités qu'à projeter en leur direction, fleuves de lave, rigoles de feu, jets de lapillis et autres bombes volcaniques.

  Et, de cela, y a-t-il lieu  d'en prendre ombrage, d'aller en place de Grève, de dresser l'échafaud et de disposer sa tête sur le billot ? Mais alors nous ne serions que notre propre bourreau, nous mettrions fin à l'individu, pas à l'humanité, à ses travers, à ses marches de guingois. Car, voyez-vous, nous sommes comme les crabes. Nous ne consentons à sortir de notre abri de rocher qu'à aller sucer la moelle de l'Autre, le pauvre et innocent bernard-l'hermite qui traîne son existence derrière lui à la façon d'un obséquieux boulet. Mais, dans ceci, il n'y a rien de tragique, pour la seule raison que, tour à tour et collectivement, nous sommes tantôt crabes, tantôt bernard-l'hermite et nul ne songerait à s'en offusquer ! Et comme je suis, comme vous, une pure Subjectivité, je sais que vous pensez comme moi.

  En son temps, un type comme La Bruyère - quel nom délicieux tout de même pour dire aux arbres que nous sommes comment ils doivent pousser ! -, ce type donc, dans les "Caractères"dressait le portrait robot de l'humaine condition, avec justesse, nous inclinant à corriger nos défauts.  Mais c'est au délicieux Blaise Cendrars que nous laisserons le soin de conclure :

  "Sans l'appui de l'égoïsme, l'animal humain ne se serait jamais développé. L'égoïsme est la liane après laquelle les hommes se sont hissés hors des marais croupissants pour sortir de la jungle."

   Sans doute sommes-nous continuellement occupés à sortir de la jungle des comportements et sentiments humains. Mais qui donc consentira à lâcher la liane le premier ? 

 

 

 

 

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 09:59

 

  Vous aurez deviné, Henriette, on peut pas vraiment dire qu'elle est vraiment en phase avec Garcin. Faut dire, le Garcin, il est plutôt du genre mal équarri et il semble plus tenir à la complétude de sa bedaine qu'à l'incomplétude de ceux qu'il croise. C'est comme ça, Garcin, c'est pas le mauvais diable, mais il n'hésite jamais à jouer des coudes dans la fille d'attente de la primaire, à pousser un brin la viande des Mitoyens, de façon à piquer la place à côté du poêle qui ronfle alors que les giboulées font les malignes juste derrière le carreau.

  Oui, vous me direz que vous en connaissez plein des types du genre de Garcin, des pas-gênés-aux-entournures qui pensent qu'ils sont la Terre, le ciel et les étoiles. Ils sont comme des soleils avec le carrousel des planètes qui tourne autour et ça les empêche pas de mettre un pied devant l'autre.

  Des fois, Henriette, elle dit que tous les hommes sont comme ça. Des fois Jules dit que toutes les femmes sont comme ça. C'est étrange, tout de même, cette manie de se défiler dès l'instant où il s'agit de prendre le miroir et de trouver au milieu du tain brillant ses petites taches, ses petites éclaboussures, lesquelles sont là juste là pour nous dire nos insuffisances, nos manquements, nos obsessions mesquines et la vie qui tourne autour et qui n'en peut mais !

  Indulgence avec soi, exigence avec les Autres comme si ces derniers étaient de faibles et confondantes hypostases de notre propre royauté. Mais c'est tout simplement magnifique cette manière d'inconscience qui nous permet d'exister à l'économie, le cul posé sur les braises sans même en sentir la chaleur. Oh, souvent, il y a bien des inquiets, des atrabilaires, des métaphysiques qui viennent souffler sur les braises, juste histoire de voir si, au-dessus, brûle la flamme de la conscience. Mais heureusement pour chacun de nous, nous sommes des Subjectivités montées sur pattes, de minuscules volcans animés de l'intérieur et nous ne consentons à prendre acte des autres insularités qu'à projeter en leur direction, fleuves de lave, rigoles de feu, jets de lapillis et autres bombes volcaniques.

  Et, de cela, y a-t-il lieu  d'en prendre ombrage, d'aller en place de Grève, de dresser l'échafaud et de disposer sa tête sur le billot ? Mais alors nous ne serions que notre propre bourreau, nous mettrions fin à l'individu, pas à l'humanité, à ses travers, à ses marches de guingois. Car, voyez-vous, nous sommes comme les crabes. Nous ne consentons à sortir de notre abri de rocher qu'à aller sucer la moelle de l'Autre, le pauvre et innocent bernard-l'hermite qui traîne son existence derrière lui à la façon d'un obséquieux boulet. Mais, dans ceci, il n'y a rien de tragique, pour la seule raison que, tour à tour et collectivement, nous sommes tantôt crabes, tantôt bernard-l'hermite et nul ne songerait à s'en offusquer ! Et comme je suis, comme vous, une pure Subjectivité, je sais que vous pensez comme moi.

  En son temps, un type comme La Bruyère - quel nom délicieux tout de même pour dire aux arbres que nous sommes comment ils doivent pousser ! -, ce type donc, dans les "Caractères" dressait le portrait robot de l'humaine condition, avec justesse, nous inclinant à corriger nos défauts.  Mais c'est au délicieux Blaise Cendrars que nous laisserons le soin de conclure :

 

  "Sans l'appui de l'égoïsme, l'animal humain ne se serait jamais développé. L'égoïsme est la liane après laquelle les hommes se sont hissés hors des marais croupissants pour sortir de la jungle."

 

  Sans doute sommes-nous continuellement occupés à sortir de la jungle des comportements et sentiments humains. Mais qui donc consentira à lâcher la liane le premier ? 

 

 

 Garcin 

 

 

  "D'abord Garcin, j'ai envie de me le payer depuis longtemps, celui-là, c'est plutôt un drôle de type, on dirait qu'il est vraiment SEUL sur la Terre et d'ailleurs, quand il te croise dans la rue, le José, il te dit même pas bonjour, et il est comme chez lui et il occupe tout l'espace, faut dire, avec le bide qu'il a on voit pas comment il pourrait faire autrement, et son chien, son épagneul qui ressemble à une serpillière, il fait comme s'il le voyait pas quand il lève la patte et qu'il vient discrètement arroser ton thym et ton romarin, et si t'as le malheur de lui dire quelque chose, le Garcin il t'envoie sur les roses et il te dit que t'es qu'une râleuse et comme conversation c'est plutôt limité avec lui, quand il t'a raconté l'insurrection dans les Aurès, en 54, qu'il a dit "les Berbères", "La Kabylie", "Le FLN", "Ben Bella" et quand il t'a parlé du bled, des expéditions de représailles, des fouilles des indigènes, des types en djellaba qu'il poussait devant lui, mains sur la tête, du couscous avec lequel il buvait du Sidi Brahim, eh bien Garcin, il a plus rien à te dire, et c'est comme si l'outre s'était dégonflée, c'est comme s'il faisait du sur-place depuis qu'il avait eu vingt ans dans les Aurès, au moins, à cette époque-là, il devait être mieux physiquement, du moins je l'espère pour sa dulcinée."

  J'ai toussé un peu, j'ai bougé un chouïa devant le formica, mais ça n'a pas enrayé la tornade et Henriette elle a même monté d'un cran du côté de la véhémence-, et elle a rajouté :

  "Dire que ce pauvre Garcin a même pas été foutu de réussir le Concours pour entrer chez les Flics, faut quand même être con, c'est pas si compliqué que ça de vérifier les papiers d'identité et de faire passer les bagnoles au carrefour d'Ouche, surtout à l'époque, des bagnoles y en avait presque pas, juste les cars de Pierson ils circulaient dans les années 60 et puis, tiens, j'ai oublié un truc du côté de la politesse, quand Garcin il entre à la boulangerie, il passe devant tout le monde parce qu'il a, soi-disant, des médicaments à aller chercher pour sa Georgette qu'a toujours des migraines et nous, comme des connes, on le laisse passer et on râle juste après qu'il est sorti, parce que, autrement il en profiterait pour noyer le poisson et nous faire, une fois de plus, le coup des kabyles et, d'ailleurs, moi j'aime pas les sanguins."

  J'essaie de lui dire à Henriette  qu'y a pas vraiment de rapport entre les sanguins et les kabyles, mais elle poursuit :

  "Je les aime pas les sanguins, leur côté "bon vivant" qui te fait toujours passer pour une emmerdeuse et puis ils sont plutôt du genre décomplexés et un brin impudiques et, dès qu'il y a un rayon de soleil, tu le vois, le Garcin, déambuler dans les allées du square avec la bedaine à l'air, le short kaki comme du bon temps de l'Algérie et même c'est pas très ragoûtant toute cette bidoche qui s'expose façon étal de boucherie."

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 18:07

 

Le Matou des Collines.

 

 charmettes

 Source : Musée Jean-Jacques Rousseau - Montmorency.


 

     Le Mathieu, quand il s'est absenté, ça a fait comme une traînée de poudre dans la campagne où la terre est blanche. Personne y croyait vraiment. Le Mathieu, lui, qui était aussi immobile et puissant que le chêne rouvre. Avec ses jambes plantées à la façon de deux socs dans l'argile grasse. Et ses mains larges comme des battoirs. Et son tronc rugueux et son front arrimé aux nuages. Mais c'était pas Dieu possible. Et on s'était même mis à convoquer la Vierge Marie et tous les Saints et, pourtant, dans le coin, on se laissait pas facilement aller à la prière. Et l'église, on y avait pas mis les pieds depuis la première communion ! C'est qu'on était tellement attelés au limon, hélés à la grange, attachés aux fayots et ça laissait pas beaucoup de temps pour la parlotte avec les anges. Alors on se courbait vers le sol et on demandait pas son reste.

  Alors, le Mathieu, comme ça, sans crier gare, il a pris ses cliques et ses claques et il s'en est allé moissonner les nuages chez Saint-Pierre. Vous parlez d'une fichue histoire. C'est pas plus tard qu'hier qu'on le voyait encore dans sa grande verrière blanche avec le regard qui flottait vers l'horizon. C'est vrai, depuis quelque temps, il avait ses yeux gris qui s'absentaient. Le Mathurin y disait que c'était juste histoire d'aller faire un tour du côté de sa jeunesse, dans les Aurès où y avait des filles, des Berbères aux yeux comme la braise. Faut dire, ce pauvre Mathieu, dans la vie, il avait juste trimé. Même pas le temps de se trouver une Epousée. Même pas le temps d'aller au bal. Sauf bien avant l'âge mûr, deux ou trois fois, mais ça l'avait pas emballé. Ce bandonéon qui miaulait, ces lumières noires qui faisaient briller le col des chemises, et les yeux qui s'allumaient dans la nuit, on aurait dit des dames blanches. C'était pas trop son affaire ces réunions où la Commune se retrouvait pour danser, boire et faire la fête. Lui, son affaire, c'était la terre.

  Faut dire à  "Las Combes", perché en haut de la colline, avec juste le pech derrière la remise et sa coiffe de châtaigniers, le Mathieu il était bien tranquille. Même le vent du nord s'y aventurait pas sur ses terres. Juste, parfois l'autan avec de l'air chaud et la pluie était pas loin. Alors Mathieu prenait sa fourche et se dépêchait de rentrer le foin. Les Agenaises au mufle luisant, elles avaient la rumination facile et il fallait en mettre de côté pour l'hiver. De la bonne herbe avec de la luzerne, du sainfoin et le fenil en était tout embaumé et l'odeur elle venait jusque dans la cuisine. Parfois même dans la chambre musarder parmi les araignées. Quant il faisait chaud, que le soleil montrait ses rayons, souvent le "Matou" - c'était juste un sobriquet, cause au flegmatique et à l'embonpoint -, il allait se réfugier dans le nid d'herbe sèche et il dormait tout son saoul jusqu'à l'heure de la "toste", des tranches de pain trempées dans du vin sucré. Fallait souvent prendre des vitamines cause à la tâche qui vous faisait suer pareil à la fontaine de l'Artémis. Pas bien causant, le Voisin, mais remplir la cruche à son puits réconciliait et puis on pouvait quand même boire sans se parler. Des fois que ça aurait fait des courants d'air !

  La 'toste". Faut dire, le Type des Combes, il aimait ça le pain. Plus que de raison,  disait le Docteur. Mais ces gens de la Ville, avec l'Abel, on dit qu'ils y connaissent rien et qu'ils disent ça juste manière de nous taquiner. Juste au matin, alors que les vaches somnolaient encore, le Mathieu y découpait des tranches comme des meules pour affuter les couteaux et, jambon à la main, Opinel de l'autre, y déambulait entre les herbes, histoire de voir s'y avait pas un lièvre pour trinquer ou un lapereau à mettre à tremper avec des pruneaux. C'est les grives qu'il préférait. Il les attrapait avec des matoles de grillage de sa fabrication et, en rentrant au bercail, il les épluchait, les volatiles, avec l'eau à la bouche et la rosée qui lui mouillait les sabots. C'est pas pour dire, et puis y a pas de raison de se moquer de ceux qui sont plus là, le Matou il avait un sacré appétit. Même un jambon, y paraît, y survivait pas à la semaine. Et le vin, y fallait bien vider les barriques pour la prochaine vendange. Et le Docteur, toujours lui, il disait que c'était pas une circonstance atténuante et que les crises de goutte, fallait pas chercher midi à quatorze heures.

   Le Matou, tout de même. Et dire qu'on verra plus sa grande carcasse au milieu de la garenne où il allait couper le bois pour la cheminée. Son chien, le Berdouille, il l'avait toujours fourré dans les pattes. Tellement, parfois, les pattes on savait plus à qui elles étaient. Ça faisait comme une boule d'amitié qui passait par les chemins avec juste un peu d'inquiétude. Mais pas comme les Bourgeoises de la ville qui se posent des problèmes juste en se regardant marcher. Et encore on a pas parlé de ce bon vieux Bertille  qui se saucissonnait avec le trio. Parce que, à trois, ça va mieux pour marcher. Y en a toujours un ou deux de disponible pour ramasser l'autre, juste s'y fait un faux-pas. Et le Mathieu qui disait souvent : "Pour bien marcher, faut être foutu comme un tabouret pour traire les Garonnaises, avec trois pieds, t'en as toujours un de rechange !" Parce que, faut pas croire, l'Hôte des Combes, l'avait pas le certificat d'études mais savait compter les litres de lait de la Bermé et de la Noiraude, y savait compter les litres qui lui restaient dans la barrique même si elle fuyait un peu. Par contre y avait des calculs, il savait pas les faire : celui avec les trains qui se croisent et les rouleaux de tapisserie qu'y fallait savoir compter en enlevant les portes et les fenêtres. Faut dire, à "Las Combes" les trains y risquaient pas de grimper la côte et la tapisserie, elle était tellement clairsemée, même on voyait les pierres.

  Mais le Matou, ça le tracassait pas plus que ça. Avec les fayots, les poules, les lapins, et la braconne qu'il revendait aux Mitonneux du coin, ça lui suffisait pour arrondir ses fins de mois et même, d'ailleurs y s'était jamais aperçu qu'ils avaient des angles. Les fins de mois. Pour lui, les fins étaient comme les débuts et, du reste, ça lui aurait causé du souci si ça avait pas été pareil. Il aimait bien les jours qui se ressemblaient et il était pas envieux comme les mioches du Chef-lieu de Canton qui, à peine la morve sortie du nez, réclamaient la voiture ou bien alors ils faisaient un malheur. Le Terrien, il pensait que tout ça, les progrès d'aujourd'hui, c'était juste bon à attiser la jalousie et à semer la zizanie. Il avait pas besoin de se forcer pour vivre, comme ceux qui cherchaient du poil aux œufs. Il laissait les jours passer et ça lui était une occupation suffisante. Oui, pour  sûr, il aurait pu chercher une Fiancée dans le voisinage, quant il était encore présentable, avec des cheveux noirs et la tenue militaire. Mais c'était pas dans sa nature, toutes ces complications, les épousailles et les disputes entre les marmots, même il aurait pas pu écouter les histoires de la Catinou et du Jacouti dans le poste. Et puis, il se sentait pas bien apprêté pour préparer une chambre, faire de la place, nettoyer la poussière. Ça l'avait jamais empêché de vivre, la poussière, et puis ça faisait des jolis ronds dans l'air quand le soleil envoyait ses rayons.

  Mais, allez pas croire, c'était pas un sauvage le Matou. Y sortait jamais ses griffes, y cherchait pas la bagarre. C'était un docile. Un peu comme les Garonnaises qui se laissent traire sans s'occuper de la Bourse ou du temps qui change. Même c'était un disponible, le Matou. Toujours à ronronner quand on allait le voir. Et, d'ailleurs, y avait plein de gens du canton qui allaient aux légumes chez lui. Quand il vous voyait, il glissait vers vous, et on se demandait comment il faisait compte tenu de sa circonférence de tonneau, mais l'amitié ça lui donnait de la prestance, ça le précipitait vers vous, avec les bras ouverts comme des faux. Ses yeux gis comme la cendre de la cheminée, il les plongeait dans les vôtres et ça vous grattait jusqu'à l'âme. Juste des chatouillis, pas des méchancetés. Et ses mains comme des moules à beurre, elles attrapaient les vôtres de main et vous sentiez une écume vous sauter au corps, et vous sentiez un miel qui dégoulinait en vous avec ses sucreries. Le Mathieu, d'un air de rien, il lui fallait se brancher sur le courant des autres. Ça devait lui recharger les batteries et il souriait en pressant vos menottes menues entre ses meules de gruyère. Puis, quant il avait bien fait le tour de votre position, alors de sa voix étonnamment douce pour un tel volume, il vous disait : "Alors, la Classe, qu'est-ce que je peux pour toi ?".

 Il avait des remontées du temps du Régiment. Il tutoyait tout le monde et tout le monde le lui rendait bien. Pour les carottes grosses comme des manches de pioche, pour les patates obèses, on donnait ce qu'on voulait et même on aurait rien donné, il s'en serait pas offusqué. Ce qu'il voulait, surtout, c'était vous voir et vous serrer dans son amitié parce qu'après ça faisait un grand vide dans le mitan du ventre et on peut pas dire qu'il aimait ça le Mathieu. En ville, ils appelaient ça avec un nom anglais qui voulait rien dire mais, après tout, le Terreux, ça le regardait pas. C'était un peu des suppositions inutiles et il avait mieux à faire que de s'occuper de ces bêtises. Il était un peu comme ses Garonnaises, à brouter l'herbe de ses prés, à ruminer longuement et après il s'endormait sur la chaise de paille aux pieds de guingois, cause à la charge.

  Sacré Matou, pour une farce, c'en est une. Oui, la dernière, mais il le savait bien ce vieux comparse qu'un jour ce serait la dernière pirouette, la dernière tranche de la miche grasse, la dernière poignée comme un sémaphore de l'amitié. Et les orphelins qu'il laisse : ce bon vieux Berdouille qui, maintenant, ressemble plus à une serpillère qu'à un expert de la chasse; et le Bertille qui marche de guingois en évitant les mottes. Et la Bermé qui réclame sa traite et la Noiraude qui éparpille les mouches avec sa queue pleine de folle avoine. Et la Catinou qui braille dans le poste et le Jacouti qui lui remonte les bretelles du tablier, comment y vont faire maintenant qu'y a plus d'âme à "Las Combes", maintenant que le sol pour la batteuse résonnera plus des cris du Matou, que la faux fera plus sa musique dans les carrés de trèfle, que le bouchon de la chopine sera vissé pendant une éternité sur le goulot de la dame-jeanne ? Comment y vont faire, tous ceux-là avec leurs yeux pleins de lames vides ? Et si, au moins…

 

  Mais c'est l'Abel et le Mathurin qui se pointent avec leurs mines de conspirateurs et leurs bérets de feutre noir posé sur leurs têtes comme des crêpes de deuil. Mais ils ont pas l'air tristes. Même on dirait qu'ils rigolent comme s'ils étaient pris de vin et qu'ils viendraient trinquer le coup avec le Matou. Mais faites pas de bruit, mais bougez pas. Mais le Matou il me semble le voir dans les plis de la paille du reposoir, dans le creux du foin au milieu des odeurs de luzerne, dans les trous de la miche, dans le grillage tordu de la matole, dans le manche de la faux, dans les sabots crottés, dans les cercles du tonneau et même dans l'air qui passe. C'est L'Abel et le Mathurin qui le disent : ceux qui s'absentent ils ont laissé leur empreinte sur les choses, dans la fuite des jours, sur les mottes grasses et encore plein de choses comme ça. C'est ça qu'ils disent et peut-être ils ont pas tort. Mais j'entends comme une parole qui vient à mes oreilles et qui réclame son Opinel. Sacré Matou, tu seras toujours le même. Même depuis l'au-delà, tu peux pas t'en passer de ta rondelle de miche. T'as raison, Matou, c'est si bon de mastiquer sa croûte avec le pech derrière ses oreilles qui fait son bruit de feuilles et tout devant, à l'horizon, la terre qui fait ses mottes douces et, couché à ses pieds pareils à deux traversins Le Bertille et le Berdouille qui ronflent à l'unisson ! Sacré Matou !

 

 

 

 

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 09:30

 

  

  Eh bien, voilà, aujourd'hui c'est la portion congrue, comme pendant le carême. La prochaine fois, vous aurez plus de matière à vous mettre sous la dent. L'inventaire des "branquignols" continuera afin que vous puissiez bien vous pénétrer de ce que leur moelle intime a à vous conter. Car chaque Protagoniste des Copains est une figure unique et, d'un air de rien, si vous les suivez bien, vous y trouverez plein de menues considérations sur la vie "qui donnent à penser" pour parodier l'excellent Paul Ricoeur, lequel employait la célèbre formule à propos du symbole. Mais, dites-moi, sauf votre respect, l'Homme, le Sarias, le Bellonte; la Femme, l'Henriette, vous, les Lecteurs, vous les Lectrices, moi l'Ecriveur-impénitent, on en serait pas des sortes de symboles, et non des moindres, vu qu'on est bien du visible qui cache un peu de l'invisible, non ? Dites, d'après vous, les pensées, les sentiments, les affinités, les souvenirs, la contemplation, l'étonnement, l'émerveillement, l'amour, c'est visible ces machins-là, c'est visible ?

 

4 en 1 

 

Pendant tout le temps où j'ai disserté un brin sur BellonteSarias, le "manque" et autres considérations, Henriette touillait les petits morceaux de papier dans mon béret, et à la fin, ça ressemblait à des cannellonis ou à des bouts de lasagne, mais ça n'avait plus guère à voir avec les petits carrés de papier sur lesquels j'avais écrit, avec application et affection, les noms de mes copains.

  Henriette, elle est du genre "soupe au lait", elle supporte assez bien la cuisson, mais quand la crème commence à se former, alors il vaut mieux aller voir ailleurs. C'est ce que je m'apprêtais à faire lorsque Henriette s'est brusquement débondée et même son indéfrisable en était tout agité. Elle a balancé les petits morceaux du Trésor Public sur le formica de la cuisine et on aurait dit qu'ils étaient un peu orphelins, mais c'était peut être qu'une impression subjective, et elle m'a dit :

 "Ça sert à quoi, au fait, toutes ces conneries sur tes bouts de papier ?, et puis j'ai autre chose à faire qu'à te tenir la jambe, et du reste, quelle importance ça a que tes branquignols ils arrivent en premier ou en dernier sur la liste, ils se valent tous, toi y compris, alors, je vais te dire, les quatre qui restent, tu peux en faire un lot, un seul, et même t'as pas besoin de te fatiguer avec ton stylo, je vais te dire ce que j'en pense, moi, de tes chers potes".

 

  

 

 

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 09:09

 

Les couleurs du fondement. (7° Partie)

 

 

 

  GRISE la mystique religieuse.

 

  Et, en préambule, il s'agit d'affirmer que rien ne saurait être ignoré de ce qui, pour l'homme, fait sens. Être agnostique ne veut pas pour autant dire négliger et mettre entre parenthèses le fait religieux. Un savant peut se livrer à un travail de recherche sur les textes sacrés, donc à une tâche herméneutique, sans pour autant adhérer à leur contenu spirituel ou bien éprouver un quelconque sentiment de piété. S'intéresser à la sphère des signifiés présuppose qu'on puisse les aborder TOUS sans idée préconçue, sans le moindre a priori. Témoigner d'un vif ressentiment vis-à-vis de la religion en général relève plus d'un compte personnel à régler avec celle-ci que d'une attitude de chercheur objectif en quête de vérité. L'attitude d'un Michel Onfray dans son"Traité d'athéologie" relève plus d'un dogmatisme levé contre un autre dogmatisme que de l'infinie sagesse dont doit être atteint le Philosophe dès qu'il entreprend de connaître le monde. La religion en fait partie. Rien ne sert d'en réaliser une mise à l'écart.

  Quelques révélations d'ordre mystique ont donné lieu aux plus belles pages de la littérature classique. Ne leur accorder aucun crédit participe plus d'une volontaire cécité de l'intellect que d'une véritable curiosité au regard de laquelle les limites n'existent pas.

  Ce long préalable étant posé, voyons maintenant ce que la mystique a à nous apprendre.

 

  Dans l'ordre du religieux, nous ne pourrons faire l'économie de la révélation de Saint Jean de la Croix, lequel, dans la "Nuit Obscure" (Noche obscura), fait l'expérience mystique qu'il développera tout au long de sa vie dans de nombreux écrits.  

"Il cherche à y témoigner du chemin des âmes vers Dieu." (Wikipédia).  

 

Pendant une nuit obscure,

Enflammée d'un amour inquiet,

O l'heureuse fortune

Je suis sortie sans être aperçue,

Lorsque ma maison était tranquille.

 

"L'âme dit, en ce cantique, de quelle manière elle est sortie, tant d'elle-même que de toutes les choses créées, savoir : en exerçant sur elle-même une rigoureuse mortification qui la fait mourir à soi-même et aux créatures, qui la fait vivre à l'amour divin et a Dieu, et qui la remplit de délices célestes."

Commentaires de l'abbé Jean Maillart, jésuite.

 

 

 

  L'on ne saurait davantage passer sous silence la participation en Dieu de Pascal.

 

  "La nuit du 23 novembre 1654, Pascal connait une nuit d'extase mystique, où il rencontre Dieu et est habité par des sentiments de "certitude, joie, paix, pleurs de joie". C'est la "seconde conversion" de Pascal, qui le conduit à renoncer aux plaisirs du monde, et aux sciences humaines, vaines face aux sciences divines. Il se retire à compter de 1655 chez les jansénistes de Port-Royal, qui s'opposent alors aux jésuites de la Sorbonne. Pascal prend part à la querelle, défendant ses amis jansénistes par l'écriture de 18 lettres appelées les "Provinciales" (du titre de la 1ère, Lettres écrites à un provincial par un de ses amis)."

 Source : Bibm@th.net


 

L'an de grâce 1654,

Lundi 23 novembre, jour de Saint Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue,

Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,

Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu'à environ minuit et demie.

FEU

Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,

non des philosophes et des savants.

Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix.

Dieu de Jésus-Christ,

Deum meum et Deum vestrum. Jean 20/17 *

" Ton Dieu sera mon Dieu "

Oubli du monde et de tout, hormis Dieu.

Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Evangile.

Grandeur de l'âme humaine

" Père juste, le monde ne t'a point connu, mais je t'ai connu ".

Joie, Joie, Joie, pleurs de joie.

Je men suis séparé. ___________________________________________________

Dereliquerunt me fontem aquae vivae.

" Mon Dieu me quitterez-vous? "___________________________________________

que je n'en sois pas séparé éternellement.

" Cette est la vie éternelle, qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ".

 

Jésus-Christ,_________________________________________________

 

Jésus-Christ,_____________________________________________

Je m'en suis séparé ; je l'ai fui, renoncé, crucifié, Jean 17__________________________

que je n'en sois jamais séparé.____________________________________________

Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l'Evangile.

Renonciation totale et douce. Soumission totale et douce.

Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.

Eternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre.

Non obliviscar sermones tuos. Amen.

 

" Le mémorial " -  Blaise Pascal.

 

 pascal

 

 

 

 Enfin, pour terminer cette longue méditation sur la façon dont la conscience humaine s'y prend pour faire se déployer les significations qui se présentent à elle, il est important de préciser que le véhicule emprunté pour parvenir à ce but (artphilosophiesciencereligion) est moins à prendre en considération que l'intensité de l'expérience éprouvée, sa profondeur, le sentiment d'accomplissement et de plénitude qui lui y est attaché.

 

 

 

 

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 10:13

 

 La figure mythique de la corrida. 

 

  La corrida ! Il faut l'avoir vécue, une fois au moins, pour en connaître le prix. Et, au préalable, avoir effacé de sa conscience toute allusion à une quelconque valeur morale prétendant situer l'homme par rapport à l'animal ou même seulement poser la question de  l'intérêt réel d'un tel sacrifice. La corrida existe à la manière d'une culture profondément enracinée dans l'âme espagnole, pareillement à une religion dont, régulièrement, il faut célébrer la liturgie. Pour les"aficionados", c'est une nécessité, comme la nécessité existentielle conduit, un jour, tout Existant face au visage blême et sombrement tragique de la Mort.

  Donc, ma seule et unique corrida, je l'ai vue, en compagnie de mes Parents, vers l'âge de 11 ou 12 ans, dans l'arène où la foule exultait sous le soleil de plomb. La tension était vive, palpable comme si, soudain l'air était devenu dense, à la consistance d'ouate. C'était une sorte de clameur du jour, une chaîne invisible qui reliait les hommes entre eux, dans une manière d'immense solidarité, de communion intime. Car, autrement, comment affronter seul l'allégorie de la finitude sous les traits de la puissante charge taurine ? La peur est alors à son acmé lorsque le Toréador se retrouve face à son destin : l'impressionnant Taureau qui, peut-être va le réduire à néant !

  Alors, dans la conscience du Toréador s'opère un étrange retournement : il devient soudain Minotaure. Et pourquoi donc évoquer la figure du Minotaure, cette représentation mythique d'une métamorphose humaine ayant en partie basculé dans l'animalité ? Mais tout simplement parce que cette forme purement fantastique recueille en son sein ce qu'il y a à comprendre de la corrida : face à la monstruosité taurine, à sa fougue, à sa violence -la Mort est de cette nature incompréhensible -, l'homme-Toréador n'a d'autre alternative que de basculer, lui aussi, dans une animalité abrupte : violence contre violence.

  Si l'homme, dans l'arène, restait lui-même, c'est-à-dire dans sa compréhension habituelle, sensible à la raison, au sentiment, alors, pour lui, la partie serait perdue. Le geste sacrificiel n'autorise jamais une quelconque faiblesse.  L'homme, par avance, y perdrait la vie. Or, la règle du jeu implicite qui relie en un même mouvement, Toréador et aficionados, consiste à n'entrevoir qu'une seule issue : celle de la mort de l'animal. Dans cette perspective l'humanité acquiert, de  facto, une manière d'imperium par laquelle asseoir sa toute-puissance, ce qui revient, symboliquement, pour elle, l'humanité, à devenir l'égal d'un dieu, donc à entrer dans l'immortalité. C'est toujours du même combat dont il s'agit, d'Eros contre Thanatos, de la Vie contre la Mort.

  De cela, on ne sort jamais, sous quelque latitude que ce soit, en quelque temps, fût-il antique ou moderne. Toujours la question sous-jacente à tous nos actes, nos gestes, nos pensées. Mais il faut que cette constante préoccupation demeure sous la ligne de flottaison existentielle, faute de quoi nous serions, à chaque instant, hautement périssables, menacés de sombrer dans l'abîme à chacun de nos pas. Alors les hommes ont inventé le travail, les loisirs, alors les hommes, les femmes ont inventé l'amour afin que la lignée perdure et que les Vivants, par existences interposées, puissent s'assurer d'un semblant d'éternité. Mais, faisant cela, cachant le tragique sous des monceaux d'occupations et de divertissements, pour autant la question de la chute finale demeure entière.

  Alors les hommes ont inventé la corrida, afin de resituer sur la grande scène de l'existence la dramaturgie originelle, celle qui posela Mort comme condition de la Vie. La Nature nous en donne constamment la sublime leçon. Les choses ne sont corruptibles et ne mettent un terme à leur naturel écoulement qu'à laisser la place à de nouvelles éclosions. Le pourrissement est le tremplin à partir duquel une nouvelle récolte pourra avoir lieu, un renouvellement s'opérer dans un cycle de l'éternel retour. La corrida rejoue l'éternelle partition de la vie en son clignotement alterné, pareillement à l'arène qui, scindée en deux parties, ombre et lumière, s'anime en allégorie existentielle. C'est ainsi, nous sommes au cœur d'un battement et il nous faut en intégrer le rythme. L'affrontement de l'homme contre le taureau est le versant éclairé de la Métaphysique, alors que la Mort en est son accomplissement ultime.

  La seule corrida que j'aie jamais vue s'est soldée par la mort du Toréador. Peut-être cet épilogue tragique m'installait-il, déjà, dans une compréhension latente de la finitude. Parfois l'attrait de la Philosophie, de la Métaphysique ne trouvent guère d'explication plus claire. Mais peu importent les racines, dès l'instant où l'arbre déploie ses ramures. Cependant, jamais l'écorce ne saurait oublier les rhizomes. L'une s'alimente à l'autre, la sève en est le naturel opérateur. Nous sommes une plus ou moins longue continuité et ceci nous le savons depuis l'éclairement de notre conscience, autant dire depuis toujours !

 

 

 

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 09:57

 

  La corrida ! Il faut l'avoir vécue, une fois au moins, pour en connaître le prix. Et, au préalable, avoir effacé de sa conscience toute allusion à une quelconque valeur morale prétendant situer l'homme par rapport à l'animal ou même seulement poser la question de  l'intérêt réel d'un tel sacrifice. La corrida existe à la manière d'une culture profondément enracinée dans l'âme espagnole, pareillement à une religion dont, régulièrement, il faut célébrer la liturgie. Pour les "aficionados", c'est une nécessité, comme la nécessité existentielle conduit, un jour, tout Existant face au visage blême et sombrement tragique de la Mort.

  Donc, ma seule et unique corrida, je l'ai vue, en compagnie de mes Parents, vers l'âge de 11 ou 12 ans, dans l'arène où la foule exultait sous le soleil de plomb. La tension était vive, palpable comme si, soudain, l'air était devenu dense, à la consistance d'ouate. C'était une sorte de clameur du jour, une chaîne invisible qui reliait les hommes entre eux, dans une manière d'immense solidarité, de communion intime. Car, autrement, comment affronter seul l'allégorie de la finitude sous les traits de la puissante charge taurine ? La peur est alors à son acmé lorsque le Toréador se retrouve face à son destin : l'impressionnant Taureau qui, peut-être va le réduire à néant !

  Alors, dans la conscience du Toréador s'opère un étrange retournement : il devient soudain Minotaure .Et pourquoi donc évoquer la figure du Minotaure, cette représentation mythique d'une métamorphose humaine ayant en partie basculé dans l'animalité ? Mais tout simplement parce que cette forme purement fantastique recueille en son sein ce qu'il y a à comprendre de la corrida : face à la monstruosité taurine, à sa fougue, à sa violence - la Mort est de cette nature incompréhensible -, l'homme-Toréador n'a d'autre alternative que de basculer, lui aussi, dans une animalité abrupte : violence contre violence.

  Si l'homme, dans l'arène, restait lui-même, c'est-à-dire dans sa compréhension habituelle, sensible à la raison, au sentiment, alors, pour lui, la partie serait perdue. Le geste sacrificiel n'autorise jamais une quelconque faiblesse.  L'homme, par avance, y perdrait la vie. Or, la règle du jeu implicite qui relie en un même mouvement, Toréador et aficionados, consiste à n'entrevoir qu'une seule issue : celle de la mort de l'animal. Dans cette perspective l'humanité acquiert, de  facto, une manière d'imperium par lequel asseoir sa toute-puissance, ce qui revient, symboliquement, pour elle, l'humanité, à devenir l'égal d'un dieu, donc à entrer dans l'immortalité. C'est toujours du même combat dont il s'agit, d'Eroscontre Thanatos, de la Viecontre la Mort.

  De cela, on ne sort jamais, sous quelque latitude que ce soit, en quelque temps, fût-il antique ou moderne. Toujours la question sous-jacente à tous nos actes, nos gestes, nos pensées. Mais il faut que cette constante préoccupation demeure sous la ligne de flottaison existentielle, faute de quoi nous serions, à chaque instant, hautement périssables, menacés de sombrer dans l'abîme à chacun de nos pas. Alors les hommes ont inventé le travail, les loisirs, alors les hommes, les femmes ont inventé l'amour afin que la lignée perdure et que les Vivants, par existences interposées, puissent s'assurer d'un semblant d'éternité. Mais, faisant cela, cachant le tragique sous des monceaux d'occupations et de divertissements, pour autant la question de la chute finale demeure entière.

  Alors les hommes ont inventé la corrida, afin de resituer sur la grande scène de l'existence la dramaturgie originelle, celle qui pose la Mort comme condition de la Vie. La Nature nous en donne constamment la sublime leçon. Les choses ne sont corruptibles et ne mettent un terme à leur naturel écoulement qu'à laisser la place à de nouvelles éclosions. Le pourrissement est le tremplin à partir duquel une nouvelle récolte pourra avoir lieu, un renouvellement s'opérer dans un cycle de l'éternel retour. La corrida rejoue l'éternelle partition de la vie en son clignotement alterné, pareillement à l'arène qui, scindée en deux parties, ombre et lumière, s'anime en allégorie existentielle. C'est ainsi, nous sommes au cœur d'un battement et il nous faut en intégrer le rythme. L'affrontement del'homme contre le taureau est le versant éclairé de la Métaphysique, alors que la Mort en est son accomplissement ultime.

  La seule corrida que j'aie jamais vue s'est soldée par la mort du Toréador. Peut-être cet épilogue tragique m'installait-il, déjà, dans une compréhension latente de la finitude. Parfois l'attrait de la Philosophie, de la Métaphysique ne trouvent guère d'explication plus claire. Mais peu importent les racines, dès l'instant où l'arbre déploie ses ramures. Cependant, jamais l'écorce ne saurait oublier le rhizome. L'une s'alimente à l'autre, la sève en est le naturel opérateur. Nous sommes une plus ou moins longue continuité et ceci nous le savons depuis l'éclairement de notre conscience, autant dire depuis toujours !

 

 

La corrida (2/2). 

 

 

Cinq heures et demie. Alors que le soleil commence à décliner, que la moitié des gradins se teinte d'or pâle, le Matador attend derrière la porte; le taureau se fond dans le noir du corral, et le public vibre d'un même suspens, d'une même pulsion, d'une même impatience. Bellonte et moi, faisons totalement partie de cette masse anonyme, de cette énorme coulée de lave qui n'attend que sa propre éruption, son jaillissement dans l'espace clos de l'arène. Alors, du fond de l'ombre, surgit un cavalier qui fait face au Président. De ce dernier il reçoit la clé du "torril" et "l'aguacil" sait alors que l'heure est venue, que la Feria de Saint-Firmin va trouver son épilogue, en même temps que son sens. Miguel Perez Antuno, encore à l'abri des regards, protégé de la foule et du soleil, de la démesure du déferlement taurin se signe à trois reprises car la foi est grande parmi le peuple des Gitans et son geste est empreint de croyance, d'espérance et de superstition à la fois.

  Alors, dans le soleil, s'ouvre la porte des "chiqueros" et le taureau surgit de toute la puissance de sa fureur, sa folie, son impétuosité et, dans le creuset où les hommes et les bêtes se confondent, il y a comme des forces telluriques antagonistes, de longues déchirures, des abîmes qui s'ouvrent et les spectateurs sur les bancs de bois, fascinés, ne savent plus s'ils existent vraiment, s'ils assistent à une fin, ou au contraire à un grand commencement et il y a, dans leurs yeux, des spirales en forme de questions, dans leurs oreilles de sourds bourdonnements et leurs gorges sont sèches et l'on ne songe même plus à les abreuver du vin noir qui a la couleur du sang sur les robes épuisées des animaux vaincus.

  Puis c'est l'ouverture de la porte principale, celle qui ne peut conduire qu'à la victoire, à la gloire, celle qui ne peut faire apparaître la symbolique que porte en lui le Matador qu'à la mesure de la transcendance de l'homme sur toutes choses, et Miguel Perez Antuno sait qu'il porte en lui, dans les broderies de son habit de lumière, l'espoir de tout un peuple; dans la muleta rouge sang une sorte de violence aveugle, dominatrice, qui, bientôt, réduira à néant la charge taurine et alors tout reprendra sa place et la mise à mort dira à la Nature le lieu insigne de l'homme et l'assise de son règne.

  Miguel Perez Antuno n'a plus peur maintenant alors qu'il combat la charge noire et écumante sur la ligne circulaire qui partage l'ombre et la lumière. Par la grâce de son art, il est devenu un funambule glissant sur un arc tendu entre la terre et le ciel; les vivats des "aficionados" lui parviennent comme une rumeur qui surgirait du ventre du limon, et il sait qu'il ne lui reste plus qu'à planer à la manière d'un vautour qui, bientôt, fondra sur sa proie et il sait que dans ce combat douteux, c'est lui et lui seul qui détient le pouvoir, l'unique pouvoir et que la force de sa volonté fera de lui, jusqu'au bout, le maître du ballet fatal; que c'est lui qui donnera la mort alors que la foule exultera et il sera soudain l'égal d'un dieu.

  Puis c'est une intense chorégraphie qui mêle le noir luisant du taureau, le rouge écarlate de la "muleta". Perez Antuno varie les passes. Les "véroniques", corps tendu comme un arc, bras droit ouvert qui fait onduler la cape, le bassin offert à la manière d'une provocation, mollets cambrés, ballerines bien à plat sur le sol. Puis les "passes à genoux" où le corps dessine un passage dans lequel s'engouffre l'impétuosité de l'animal. Puis les "passes de muleta", alors que le sang ruisselle déjà sur le dos du taureau planté de deux banderilles. Les gradins ressemblent soudain à une immense marée humaine et les gorges sont déployées pour signifier l'imminence du sacrifice. Miguel Perez est maintenant parcouru d'une seule et intense vibration qui fait de sa chair un tumulte de pierre, sorte de menhir où se concentre la vie, toute l'énergie du peuple de Pamplona, des sols de Navarre et son épée, sourdement, s'enfonce dans le garrot, dard foudroyant et victorieux et l'animal vaincu s'effondre au moment où l'ombre recouvre l'arène d'une immense taie.

  Déjà l'attelage de mules enrubannées traîne au sol la dépouille qui trace derrière elle un dérisoire chemin de poussière, un grand signe courbe sur le sable, une ellipse cendrée que recouvriront bientôt les empreintes des prochains sacrifices. Perez Antuno a maintenant regagné sa chambre à l'Hôtel Aficion où il est déjà en prière pour remercier Saint-Firmin, la protection dont il a bien voulu l'assurer. Par la porte où le Matador a disparu, apparaît la silhouette de Ramon SariasBellonte et moi ne savions où il était passé tout le temps qu'avait duré la corrida. Il a vivement remonté les gradins pour venir nous rejoindre. Il tenait, bien serré dans ses mains, un peu de sable ocre de l'arène et une banderille tachée d'un peu de sang coagulé. Un étrange et heureux sourire illuminait son visage, témoin d'un vraisemblable état de plénitude.

  Demain, nous reprendrons le train pour la France. Bellonte et moi, pensons que nous ne dirons rien au "Club des 7" de notre escapade en terre Ibérique. Ça ferait jaser dans Ouche et on finirait par nous considérer comme des originaux qui prennent leurs rêves pour des réalités. Du reste, Ramon était bien d'accord avec nous pour garder le secret, car, pense-t-il, "on n'est jamais si bien trahi que par ses propres amis!"

 

 

 

 

 

  

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 07:46

 

Les couleurs du fondement. (6° Partie)

 

 

 

GRIS le sentiment océanique.

 

  Et ce sentiment de la Nature (à la fois subjectif si nous considérons comme dans l'hypothèse Gaïa que la Nature pense, éprouve, existe sous forme consciente; à la fois objectif, en tant que sentiment que nous projetons sur elle), cette soudaine plénitude dont nous sommes possédés, à notre insu, nous retrouvons tout cela inclus dans le "sentiment océanique" initié par Romain Rolland, repris par Carl Gustav Jung, sentiment dont les connexions avec le concept de noosphère de Teilhard sont évidentes. Le "sentiment océanique" est cette sublime impression de se trouver, soudain, portés hors de nous-mêmes vers une manière de transcendance, de totalité avec laquelle nous sommes en écho, microcosme réverbérant le macrocosme. Double spécularité où nous regardons le monde comme lui nous regarde : fusion des consciences. Nous disons "des consciences" car nul sentiment d'ampleur ne saurait surgir de la rencontre d'une conscience - la nôtre -, avec un événement périphérique de la nature, un quelconque objet, une simple entité matérielle. Il y faut plus. Il y faut une projection de notre propre conscience sur le monde. Sans doute pourra-t-on dire que la supposée conscience de la Nature, c'est nous qui la lui communiquons du sein de notre exaltation. Peu importe, ceci n'obère en rien la qualité de l'expérience spirituelle. Mais tâchons de comprendre plus avant et écoutons ce qu'a à nous dire André Comte-Sponville, lequel ne rattache pas nécessairement cette dimension d'ouverture  à une quelconque attitude religieuse :

 

  "Au fond, c'est ce que Freud décrit comme « un sentiment d'union indissoluble avec le grand Tout, et d'appartenance à l'universel ». Ainsi la vague ou la goutte d'eau, dans l'océan... Le plus souvent, ce n'est qu'un sentiment, en effet. Mais il arrive que ce soit une expérience, et bouleversante, ce que les psychologues américains appellent aujourd'hui  (…) un état modifié de conscience. Expérience de quoi ? Expérience de l'unité, comme dit Swami Prajnanpad : c'est s'éprouver un avec tout. Ce « sentiment océanique » n'a rien, en lui-même, de proprement religieux. J'ai même, pour ce que j'en ai vécu, l'impression inverse : celui qui se sent « un avec le Tout » n'a pas besoin d'autre chose. Un Dieu ? Pour quoi faire ? L'univers suffit. Une Église ? Inutile. Le monde suffit. Une foi ? À quoi bon ? L'expérience suffit. "

 

Mais bien évidemment les religions et philosophies, quelle que soit leur nature, ne peuvent être exclues d'un accès à cette dimension aussi étonnante qu'enthousiasmante. –rappelons que le mot "d'enthousiasme", étymologiquement, vient du grec ancien : ἐνθουσιασμός ,enthousiasmós  qui veut dire "Avoir Dieu en soi". Cependant l'on conviendra que tout un chacun, sous un terme aussi générique que celui de Dieu, mettra le contenu de sens avec lequel il éprouvera le plus d'affinités.  Et l'empan sera large, "Dieu en soi" pouvant aussi bien résulter de l'observation du simple brin d'herbe et de l'activité très rousseauiste d'herboriser, que de la contemplation de la beauté d'un incunable, en passant par la dégustation d'une sublime ambroisie ou la vue de l'Aimée. Et nous pourrions citer encore le ravissement consécutif à l'écoute d'une pièce musicale ou bien la quasi extase à la vue du chef-d'œuvre. Rien ne saurait, par essence, limiter ce "sentiment océanique" dont la "logique" consiste à excéder tout ce qui se présente aux sens afin d'en faire le creuset d'un émerveillement. Dieu, à lui seul, ne saurait prétendre remplir la majestueuse "corne d'abondance". Il y a place pour la multitude !

  Dans nombre de disciplines, philosophies ou religions, concourant à trouver l'éveil spirituel (Zen par exemple), la métaphore océanique comme univers et celle de la vague à dimension humaine concourent à faire émerger ce fameux "sentiment océanique" conduisant à éprouver la nature de l'être comme non-duelle :

 

"Au-dessous du monde des perceptions sensorielles et de l'activité mentale, il y a l'immensité de l'être. Il y a une vaste étendue, une vaste immobilité, et une petite activité frémissante à la surface, qui n'est pas séparée, tout comme les vagues ne sont pas séparées de l'océan. "

 

  Eckhart Tolle - Le Pouvoir du moment présent -Ariane, 2000. Source : Wikipédia.

 

  Nombre de nos penseurs occidentaux, SchopenhauerHusserlHeideggerKarl Jaspers ou encore Georges Bataille, pour ne citer que ceux-là, affirment la réalité d'une telle non-dualité. Tous mettent en exergue, dans leurs œuvres, "l'expérience intime et transcendantale de l'unité entre sujet et objet." (Wikipédia).

 

Enfin, afin d'être complet sur le sujet de ce sentiment sans doute bien difficile à traduire par de simples mots, nous voudrions citer le point de vue exprimé par Mona Chollet, journaliste et essayiste suisse qui, dans "Nouveau millénaire, défis libertaires", prend position quant à ce "sentiment océanique" :

 

  "Et puis, il reste aux hommes un moyen de rester en contact avec cet «autre chose» dont ils ont parfois l’intuition. Ce moyen, à en croire Pietro Citati, ce sont… les mythes – ces mythes dont se méfie tant Michel Onfray. Les mythes, déclare Citati, sont «l’ultime reflet» d’une lumière cachée, «une sorte de souvenir-réflexe, de magique mémoire intuitive». Cela expliquerait pourquoi les écrivains, et tous ceux qui prennent en charge l’élaboration fictionnelle, sont à ce point exténués par leur tâche, qui consiste à assumer à la fois les limites parfois rageantes de l’existence humaine et l’intuition déstabilisante de tout ce qui la dépasse; à assumer, en résumé, ce tiraillement des extrêmes, ce mélange hétérogène, impur, qui fait la condition humaine, et devant lequel les religions, refusant l’évidence, n’ont jamais voulu s’incliner."

 

Belle méditation s'il en est quant à la démesure dont l'homme est constamment affecté et que les sceptiques, les matérialistes et autres adeptes d'une pensée réputée "dure" (ce qu'elle est sans doute), rejettent hautainement comme s'il s'agissait d'un caprice juvénile. Mais les équations les plus habiles ne sauraient prétendre détenir la totalité de la vérité, loin s'en faut. La Lune a une face cachée. Ce n'est pas pour autant qu'elle n'en est pas moins réelle. Peut-être l'est-elle davantage pour la simple raison que sa propre réalité est constamment excédée par la conscience humaine qui la vise et projette sur elle un imaginaire fécond auquel ne saurait souscrire sa face d'évidente visibilité. 

 

  

 

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