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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 09:55

 

  L'Autre, ce fameux continent inconnu, comment procéder afin, qu'un jour, il devienne visible?  Un peu comme si, devant soi, on avait un bloc d'argile, que l'on se munisse d'une mirette ou bien d'une spatule et que, patiemment, à petits coups, l'on dégage des pellicules de terre afin de parvenir à découvrir la sculpture qui s'y occultait. Ou bien que l'on se saisisse d'un crayon, d'un Conté un peu gras, par exemple, faisant sur des grandes feuilles de Canson des esquisses à partir desquelles nous pourrions saisir un peu de cette réalité extérieure que nous tend l'Autre sans que nous puissions bien en prendre la mesure.

  La méthode utilisée par Jules a essentiellement consisté, d'abord, à bien regarder ses Copains - La Place du Marché est une manière de lieu idéal -, à scrupuleusement noter les nervures, creux, dépressions et dolines dont ses Amis lui faisaient quotidiennement l'offrande, une manière de géologie à ciel ouvert, puis jetant quelques notes sur des feuilles quadrillées. "Quadrillées", cela a-t-il tellement d'importance ? Mais bien évidemment, quand on connaît le Jules. Pensez seulement à son ancien métier de Magasinier à la Manu et, déjà, vous aurez un début de réponse. Le Jules, du temps du boulot, classait journellement des milliers de pièces, ressorts et autres clavettes, dans des centaines de tiroirs : les fameuses catégories d'Aristote, si l'on veut. Quand on essaie de rationnaliser, c'est toujours de la même façon que l'on procède. Le réel, que nous percevons d'abord sous la forme d'une masse profuse, plurielle, luxuriante, un peu comme la forêt pluviale dense se montre à l'explorateur égaré, ce réel donc, nous sommes contraints de le découper, comme avec un simple cutter, puis, posant les pièces du puzzle devant nous, nous reconstruisons ce puzzle.

  C'est tout juste ce qu'a fait ce bon Jules Labesse. Ses Copains, il les a un peu démantibulés, a placé, d'un côté la tête et le cou; d'un autre les membres, façon Ravaillac; puis le torse; puis le reste des pièces détachées et, ainsi, comme le faisait Picasso avec ses modèles, les amenant à éclater sous la poussée plastique du cubisme, disposant devant lui les aires anatomiques selon son bon plaisir, disjonction du visage, diaspora des membres, fragmentation des seins, du sexe, le tout devenant disponible, immédiatement préhensible, aussi bien dans l'ordre du fantasme que dans celui de la visée artistique. Mais, vous l'aurez compris, Labesse n'était pas Picasso, pas plus que Jules n'était Pablo. Mais peu importe, l'on peut vivre sans forcément être né sous le soleil de Malaga et se prendre pour le Minotaure lui-même.

  Donc Jules ayant étalé ses Copains devant lui, avait tout le loisir de les observer sur toutes les coutures, aussi bien les extérieures, les corporelles, mais aussi les intérieures, le caractère, les mœurs, les pensées, l'esprit, les fantasmes et aussi bien l'âme parce que, lorsque vous la cherchez adéquatement, vous finissez par mette la main dessus. Enfin, façon de parler, vu qu'elle est infiniment mobile et que, lorsque vous pensez l'apercevoir dans quelque pli, le foie, la rate, elle se débine aussitôt dans un autre secteur, la tête, le sexe ou bien au mitan de la glande pinéale.

  Car, voyez-vous, l'âme, avant d'être un bout du corps, aussi intime fût-il, c'est surtout de la mobilité, du passage, de la fuite, de la translation, du vent, du souffle, du déplacement, du voyage, de la pérégrination, une zébrure, un changement coloré, une métamorphose, une imago, un écoulement, un ruissellement, une onde-corpuscule, un phosphène, du brouillard au-dessus du marais, un glissement, un sillage, une spirale, une ligne sans fin, une voie vers l'horizon, un éther, la courbure du cristal, la vibration du grain de silice, l'amplitude du quartz, le vol de l'éphémère, la goutte de rosée, le scintillement au bout des herbes, la persistance du givre, le cristal de neige, le gaz au-dessus de la tourbière, la part des anges, le glacis de la toile, le tain du miroir, la quadrature du cercle, la sphère céleste, l'eau des abysses, le clignotement des étoiles, l'éclipse, la queue coruscante des comètes, l'éblouissement, l'instant d'avant le jour, la couleur lisse de la perle, le gris, le gris, le gris, l'écume sous le vent, la respiration du monde, l'ellipse sans fin des mots, l'arcature du jour, l'enclin du soir, la nuit souveraine, le chant de la Lune, le balancement du nycthémère, la diastole-systole, le gonflement du cardia, les yeux, la pupille, l'occlusion ouverte de l'obsidienne, la courbure du galet, l'ambroisie, la gemme des mots, le susurrement, la confidence étoilée, le secret polychrome, l'estompe du temps, la Petite Madeleine, les rivages lagunaires, les Syrtes, le glissement sur la lame d'eau, le souffle du marais, le bleu de l'iceberg, le peyotl, les météores, l'île, l'utopie, les chants polyphoniques, la voix voilée, le regard de Picasso, l'outre-noir de Soulages, l'extase matérielle de Le Clézio, les lieux de Duras, la flûte au sommet des Andes, la laine des vigognes, la mémoire oblitérée de Modiano, l'odeur des incunables, la rencontre, les affinités électives, les chants maldororiens, la folie artaudienne, les moustaches de Nietzsche, la démence de Zarathoustra, la fée aux miettes, le nuage, les gouttes de pluie, les visages de cuivre des Indiens, la main tendue, les guillemets, l'apostrophe, la coupure dialectique, la césure du soir, les matins bleus, les mains du vent dans l'olivier, le balancement du palmier, l'épaule des dunes, la fuite de l'eau dans les acéquias, l'agitation menue des oyats, le poème du feu, le rayonnement de l'âtre, les escarbilles, les feux de Bengale, la musique des astres, l'amour platonicien, les sphères, les sphères, les sphères, le signe de l'infini, le delta, les lettres, la ponctuation, la divine comédie, Thélème, la vision panoptique, les fragments colorés du kaléidoscope, la mutation du caméléon, la brise marine, le sommet des montagnes, la canopée multiple, les seuils, les portes, les clés, les embouclements du langage, la question, la question, la question, l'instant Métaphysique, le silence, le silence, le silence et encore plein de dilatations, de gonflements, d'éploiements, d'efflorescences, de conques ouvertes, de cornes d'abondance, de dépliements de crosses de fougères, et encore plein de pleins de pleins de pleins, c'est tout cela l'âme, c'est tout cela que Jules Labesse cherchait à comprendre parmi les circonvolutions, diapreries et autres arabesques que faisaient, à longueur de temps, ses Amis sur la Place du marché et aux alentours d'Ouche. C'est cela même qu'il essayait de mettre en musique par ses tableaux, ses graphiques, ses milliers de gribouillis, c'est cela qui le faisait avancer, le faisait croire à un possible avenir. C'est cela, cette complicité, cet assemblage étroit, comme le font les moules sur leurs bouchots, qui permettait aux Copains de naviguer d'une rive à l'autre de l'existence avec du sens accroché entre les bornes, l'originelle, l'ultime. C'est cela que vous, Lecteurs, Lectrices, cherchez si, d'aventure, vous avez eu le courage de cheminer à mes côtés jusqu'ici.  C'est du SENS dont vous êtes en quête. Et peu importe qu'on l'appelle amitié, amour, art, esprit, âme, peu importe. L'essentiel est d'être en chemin vers plus illisible que soi et d'essayer, patiemment, méticuleusement, d'extraire cette fameuse "chair du milieu" (attention : marque déposée) dont nous sommes construits et que, souvent, nous n'apercevons pas, faute qu'elle soit dressée devant nous à la manière d'un menhir.

 

 

 

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essai0

 

 

 

      Quand j'ai fini mon dessin, Henriette vient, entre deux poireaux, jeter un œil par-dessus mon épaule :

 "Qu'est-ce que tu dessines encore, Jules ?"

"C'est mes copains de la Place du Marché", je lui dis, et elle reprend :

"Dis donc, ils ont une drôle de tronche, tes copains; tiens, jette plutôt ton torchon à la poubelle et mets le couvert, c'est l'heure du pot-au-feu, si, toutefois, tu consens à passer à table, et puisque tu es devant le poste, mets donc "France-Info", ça nous fera un bruit de fond et ça sera toujours mieux que tes radotages".

  Alors je fais ce que me dit Henriette et puis on passe à table et pendant qu'on déguste le bœuf et les carottes, entre les morts en Irak, la chute de la bourse à Wall Street, le dernier Congrès des Verts, je gamberge dans ma tête parce qu'Henriette vient d'y semer le doute et un brin de confusion et je dois dire qu'au moment où elle me sert une double boule de glace avec des frisettes de chantilly dessus et quelques copeaux de chocolat, j'essaie de rassembler les morceaux du puzzle et c'est plutôt difficile de s'y retrouver et quand j'arrive à habiller Garcin de quelques contours c'est Pittacci qui devient flou et quand je fais la mise au point sur Pittacci, c'est Calestrel qui se pointe avec un cortège d'ecclésiastiques accrochés à ses basques, et quand je commence à méditer sur les raisons qui font que la religion est comme elle est, c'est Simonet qui me fait un clin d'œil, comme s'il voulait me dire que tout ceci est de peu d'importance, et lorsque nous arrivons au café et que je jette un regard discret sur ma grille de lecture qui ressemble plutôt à un gribouillis de gamin, je pense qu'après que j'aurai desservi le couvert, j'irai faire un tour dans le Square, c'est toujours bon, la marche pour remettre un peu les idées au clair, c'est sans doute parce que les idées elles trouvent une assise ferme et concrète chaque fois que les pieds touchent le sol, et après j'irai dans le salon, je prendrai une grande feuille de papier, j'y ferai des cases et, comme quand j'étais magasinier à la Manu, j'essaierai de trier les pièces, de les ranger par ordre, par taille, et alors je suis certain que tout deviendra simple et limpide, évident en quelque sorte, et, bien sûr, vous en profiterez vous aussi de cette nouvelle clarté, tant et si bien que vous pourrez en parler à vos copains des copains de Jules et que vous pourrez, vous aussi, les disposer dans des cases et jouer avec eux comme on joue au jeu de l'oie, aux petits chevaux, aux dames ou aux échecs. Alors vous patientez une petite heure, le temps de noircir mes feuilles et après, je vous montrerai mon nouveau dessin, vous verrez, il sera passé de l'esquisse à la forme définitive et vous comprendrez alors que c'est plutôt pas si mal de disposer d'une grille de lecture pour trier le grand bazar qui nous entoure..........................................................................

....................................................................................................................................

...........................................et................................................................pendant........

.............le temps...................................où...........................je....................................

....................................................................................................................................

............m'échine à.............................................................tracer................................

.........................................mes................traits....................................au

cordeau......

............................................................à mettre..........................................................

........................dans les petites cases.....................................tous mes

 

copains.......

 

....en essayant...............................................de

 

voir...................................ce qui.....

....................................les rapproche.......................................mais

 

aussi.................

................................................................ce qui les.................................différencie..
.................à quels grands types..............................on peut.......................................

.......les identifier.............................sous quel régime

 

symbolique...............ils...........

....................fonctionnent.........eh bien...............il ne vous reste............plus.............

.............qu'à compter les points.........comme on compte les

 

jours..............dans cette

 

foutue existence.....................comme dirait

 

Henriette..................................................

 ......................................eh bien, me revoilà, Jules Labesse.........................j'espère..

....que j'ai........................................pas été...............................trop.....................long !

 

 

essai2

essai3

 

 

 Mais je vous sens un peu décontenancés. Oui, vous vous attendiez à mieux, aussi bien sur le plan de la forme que du fond. C'est bien normal et je reconnais volontiers que vous pouvez, légitimement, ressentir quelque frustration. C'est pas que je veuille me justifier, mais pendant que j'étais en train de gribouiller sur mes feuilles, bien peinard dans le salon, Henriette elle a déboulé et, tenant le torchon caché dans son dos :

 "Dis mon Petit Jules, t'aurais pas oublié quelque chose à faire pour ton Henriette ?"

Je vous avoue, l'espace d'un éclair, ça m'a fait quelque chose qu'Henriette elle me cause avec une voix douce comme du miel et je croyais même que c'était une voie détournée, pour me dire, entre les mots, en quelque sorte, "Jules, mais t'as donc rien compris, c'est tout simplement "la lune de miel" qu'elle te demande ton Henriette" -, et alors que j'en revenais pas de cette repousse inattendue de l'amour conjugal, quand Henriette elle a agité devant moi le petit torchon avec des damiers blancs et rouges dessus, j'ai compris, qu'en guise de retour d'affection, c'était l'essuyage des assiettes et des couverts qu'elle me proposait de sa voix qui voletait comme de gentils papillons sous l'effet d'une brise printanière :

 "Et, ce quelque chose à faire, si tu me suis bien, c'est tout de suite parce que, sur le formica, j'ai même plus la place d'y poser mes mots croisés et tu sais bien que c'est mes seuls loisirs, et pendant ce temps, Monsieur joue à tirer des plans sur la comète" et, lorgnant mes jolis gribouillis, "Je te jure, Jules, tu gaspilles ton temps pour pas grand chose et plutôt que de brosser le portrait des autres légumes, tu ferais bien d'aller balayer devant la porte, que le Facteur puisse au moins venir jusqu'à la boîte aux lettres".

   Et, sur ce, l'Henriette, elle a tourné sur elle-même comme une toupie. Alors comment voulez-vous que Jules pris dans ce tourbillon de l'existence, il ait eu le loisir de vous fignoler un tableau aux petits oignons. C'est pas une vie, comme dirait Garcin, les yeux perdus sur la ligne beige des Aurès.

 

 

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 08:11

 

Les couleurs du fondement. 

 

 

malevitch

Kazimir Malevich - Carré noir sur fond blanc -

Source : Wikipédia. 

 

 

Nous mangeons, nous buvons. Nous vivons.

Nous voyageons, nous écrivons. Nous vivons.

Nous lisons, nous fumons. Nous vivons.

Nous aimons, nous rêvons. Nous vivons.

Mais nous N'EXISTONS PAS !

 

Nous mangeons, nous buvons, nous voyageons, nous écrivons, nous lisons, nous fumons, nous aimons, nous rêvons et cela s'appelle VIVRE.

 

"VIVRE", "VIVRE", criait l'Homme-fou et il battait des mains en appelant l'infini.

 

"VIVRE", "VIVRE", criait l'Homme-fou et il faisait sa gigue sur le bord du monde en convoquant l'absolu.

 

"VIVRE", "VIVRE", criait l'Homme-fou et il sautait vers les étoiles en convoquant Dieu.

 

Mais Dieu ne pouvait l'entendre, car l'homme-fou, n'EXISTAIT PAS !

 

Certes, il faisait sa pantomime dans les rues hasardeuses de la ville; certes il courait dans les avenues à la vitesse d'une comète; certes il franchissait beaucoup de carrefours et de ponts, mais L'homme-Fou n'EXISTAIT PAS !

 

Il buvait et l'eau faisait son bruit de fontaine le long de l'œsophage. Il mangeait et l'on entendait les nutriments faire leur cascade vers l'aval. Il aimait et l'on entendait plein de soupirs et de sanglots. L'Homme-Fou était vivant, trop vivant, trop occupé à vivre et négligeait d'exister. Cela veut donc dire qu'il était à peine sorti du néant, un pied dedans, un pied dehors, la tête enfouie sous la nappe de peau, les yeux gonflés d'eau, les poings encore rouges des eaux maternelles, le teint laiteux, les cheveux collés sur la fontanelle, les lèvres roses faisant leurs bulles de glaires. C'était un nouveau-né plein de vagissements stériles qui éructait au grand jour sa rengaine d'ennui : "VIVRE - VIVRE", mais personne ne l'entendait, même pas les autres humains, puisqu'iln'EXISTAIT PAS !

 

Certes il vivait, plus qu'il n'était coutume, en-dehors de toute règle de bienséance, braillant aux quatre coins de la planète son tragique glapissement "VIVRE- VIVRE" et les sons ricochaient sur la vitre des choses et se retournaient contre le Vivant et ses tympans se déchiraient sous la pression et ses mains dodues et boudinées griffaient pathétiquement l'air et le "VIVRE - VIVRE"faisait ses longues trémulations bien après que le nourrisson avait rendu l'âme. En fait, sa courte et gélatineuse vie, le Vivant l'avait usée, l'avait dilapidée en de pitoyables objurgations, en des essais avortés de connaître quelque chose du vaste monde. Il n'avait été, l'espace de son apparition, qu'une série de métabolismes, une suite de battements de cœur, des diastoles-systoles, des sécrétions glandulaires, hypophysaires, des trophismes épithéliaux, des remuements de condyles à l'intérieur de glénoïdes bien huilés, des enroulements de métatarses, des combustions de graisse, des empilements de  glycémies, des  partitions de transaminases, des congestions de liquides bilieux et hépatiques, enfin, en quelques  mots rapidement synthétiques, des perditions entraînant d'autres perditions, des enfilades de non-sens, des clignotements à l'infini, des gammes de BLANC et de NOIR, sans qu'une once de GRIS vienne tempérer la démesure, lui accorder visibilité, parole, voix, langage.

  C'est ainsi que les jours se déclinent pour les Vivants, un jour BLANC, un jour NOIR, mais jamais de jours GRIS. 

Pourtant c'est LE GRIS qui est constitutif du sens, de la marche des étoiles, de l'immense bifurcation des mondes, de la coruscation des planètes, des galaxies de la connaissance.

 

Le NOIR est abstrait.

Le BLANC est abstrait.

Le NOIR ne profère rien.

Il se tait. Il se renferme dans sa coquille. 
Il referme sa coque de noix sur ce qui aurait pu apporter de la lumière, de la connaissance, du désir.

Le BLANC est identiquement muet.

Il est vide. Il est glacé. Il est une vitre sur laquelle ricoche le jour.

Il est une démesure qui boulotte la lumière. Il la manduque, il la digère. Puis, plus rien.

Sur le BLANC, jamais de clarté apparente. Lumière contre lumière.

Mais attention : le BLANC n'est pas la lumière, il en est la décoloration. Il est pure affinité du vide. Le BLANC est l'irrésolution entre les mots. Le BLANC est l'en-creux de la parole. Le BLANC est tout sauf la virginité. Il est l'éblouissement qui précède la volupté. Il est pure folie de se fondre dans l'Autre. Au risque d'une perdition.

NOTA BENE :  Le NOIR n'est pas la nuit. Il en est l'exact opposé.

Le NOIR replie le calice ouvert de la nuit. Le NOIR boit les étoiles. Le NOIR est l'inconscient qui fait ses mille voltes afin de nous plonger dans la cécité. Le NOIR est la ténèbre. Le NOIR est le bitume qui enrobe les orbites et dissout le chiasma optique et alors ce sont des jours de goudron, de pétrole, des jours fossiles. Le NOIR est excès de BLANC. Il rejette et vomit longuement l'écume immaculée. NOIR à cette seule condition : d'une éviction de ce qui, à lui, s'oppose.

 

Le BLANC est rejet du NOIR. Il est pure brillance. N'admet jamais la tache, l'ombre qui l'altérerait. Le BLANC, c'est juste du NOIR qui a retourné sa calotte.

 

Le BLANC et le NOIR c'et une polémique. Echec et mat.

Le BLANC et le NOIR  sont de pures illusions.

Le NOIR existerait dans l'absolu et rien ne pourrait paraître.

Le BLANC existerait dans la totalité et l'univers serait une étincelle éteinte.

Le BLANC et le NOIR sont de pures illusions, des vues de l'esprit, de gentilles hallucinations.

Le BLANC pur existerait et le NOIR s'absenterait.

Le NOIR pur existerait et le BLANC s'absenterait.

Le BLANC est confusion puisque rien n'y paraît.

Le NOIR est confusion puisque rien n'y paraît.

 

Le NOIR est l'absence d'intervalle qui fusionne les mots et en brouille la perception, comme une soupe précosmique dont, encore, n'émergerait nul cosmos signifiant. Ainsi :

 

 "Riennesignifiedèslorsquel'espacequiexistententrelessignesseconfondenuneseulechaîne,

laquelledevientinsignifianteetrapidementsynonymed'unintraduisiblesabirdont

mêmeunlinguisteéminentnepourraittireraucunehypothèsevraisemblable."

 

  Ce qui, énoncé clairement, se traduit ainsi :

 

  "Rien ne signifie dès lors que l'espace qui existe entre les signes se confond en une seule chaîne, laquelle devient insignifiante et rapidement synonyme d'un intraduisible sabir dont même un linguiste éminent ne pourrait tirer aucune hypothèse vraisemblable."

 

Le premier énoncé est bien évidemment celui d'un VIVANT; le second celui d'un EXISTANT. Le premier est un chaos. Le second est un cosmos.

 

  Seul le GRIS signifie. Le GRIS est le médiateur entre les mots, leur souple respiration, leur haleine inventive. Le GRIS est pure donation de ce qui existe avant de se révéler au grand jour. C'est pour cela que les aubes sont GRISES. Le GRIS c'est le passage du souffle à la parole. C'est la teinte intermédiaire des sentiments entre haine et passion. Le GRIS, c'est l'imaginaire qui fait ses boucles entre rêve et réalité. Le GRIS c'est le lieu d'élection où les choses parviennent à leur éclosion, à mi-chemin entre intelligible et sensible. Le GRIS, c'est l'ajointement du jour et de la nuit, là où s'immisce la Muse de la poésie.

 

  GRIS est le mystérieux imaginal des ésotériques, ce fameux Barzakh ou entre-deux que les sens sont incapables de saisir, une limite qui sépare le connaissable de l’inconnaissable, le monde matériel du monde de l’esprit et du Mystère. C'est le  lieu de la perception Imaginative, le lieu des rêves et visions. "

 

GRISES les clés qui font communiquer, d'un seul geste, comme d'un seul mouvement de la pensée, les espaces du-dedans avec les espaces du-dehors : le corps et le cosmos; le vécu intime et le réel; le sentiment et la raison; l'inconscient et le conscient; la méditation-contemplation et l'usage social du langage.

 

GRIS, les seuils qui délimitent l'espace collectif et l'espace individuel; la nature ouverte et la grotte primitive; le sacré du temple et le profane du lieu commun; les cimaises des musées et la déambulation de la rue; la nature et la culture.

 

GRISES, les portes qui font communiquer entre eux les lieux spécifiques de l'habitation; celles qui conduisent de l'inconnu au connu, du polysémique abstrait de l'espace indifférencié au signifiant singulier de l'espace maîtrisé.

 

GRIS les ponts de la mixité sociale réalisant la synthèse des modes de vie, de pensée, effectuant les conditions d'un libre échange des cultures en les métissant, en les ouvrant à d'autres civilisations, à d'autres beautés, à des conceptions différentes des modes selon lesquels la vérité tend à se manifester sous les diverses latitudes.

 

GRIS les passages situés dans les villes, généralement passages couverts réalisant la médiation des fonctions plurielles de la cité : passage du commerce à la culture, puis aux loisirs, puis au religieux, au festif, au pur hédonisme, parfois aussi aux zones interlopes dédiées à la luxure.

 

GRIS, les sourires ouvrant l'épiphanie humaine en direction de l'Autre afin qu'une mutuelle compréhension puisse exister, qu'une fusion des affects, des percepts, des concepts puisse trouver un site à partir duquel se déployer selon de nouvelles perspectives.

 

GRIS, l'amour cimentant en une union indéfectible l'Amant et l'Aimée en une seule arche expressive-compréhensive.

 

GRIS, l'espace de la raison sensible, dans lequel Michel Maffesoli, ce Sociologue inventif, essaie de nous situer afin de créer un espace intermédiaire, une pensée médiatrice entre l'aridité du concept et la pente déclive des passions.

 

GRIS, l'espace géopoétique dont Kenneth White a été l'heureux concepteur :

Ce monde géopoétique situé à l'épicentre de la trilogie Eros, Logos, Cosmos, soit à l'intersection de l'amour, du langage-raison, de l'univers. Il crée un "monde", celui de l'union harmonieuse de  l’esprit et de la Terre.

 

GRISE est encore l'étonnante Chôra platonicienne qui instaure un espace intermédiaire de gestation entre l'être absolu et l'être relatif, lieu de bien des supputations et de thèses intellectuelles, mais seulement préhensible par la voie de l'intuition. Car, comment "imaginer" le passage du "rien" au "quelque chose" sans faire référence à cette "nourrice primordiale" dont le sein symbolique ou halluciné, donnerait lieu et place au devenir, à l'exister en son merveilleux déploiement. 

 

GRISES les coïncidences des opposés (voir/être vu; le repos/le mouvement; le fini/l'infini,…) où s'immolent en un même creuset ce qui, par nature, semblait antinomique, livré au grand écart, inconciliable à jamais. Partant de ce qui nous est proposé d'appréhender dans le monde du fini, nous nous disposons, dans une démarche purement cognitive, à la compréhension de l'infini, lequel est, par définition, toujours à envisager dans toute opération d'intellection. La contradiction est une détermination interne à la raison discursive. Or,  N. de Cues prétend dépasser les mots pour dire l’être. Nous ne saurions mieux projeter pour dire le Sens. Et, pour mieux percevoir le propos du Penseur médiéval, prenons un exemple simple, celui de la paix. On ne peut penser le problème d'une paix concrète entre les peuples sans en avoir une perception en même temps abstraite de l'ordre de l'éthique, donc "infinie".  Or l'éthique n'est jamais perceptible "directement", mais seulement en raison d'une opération de l'entendement et, pour être tout à fait complets, de l'esprit, aussi bien que de l'âme en ses multiples acceptions.

 

GRISE L'hypothèse Gaïa.

 

Cette séduisante hypothèse dont nous ne nous hasarderons  pas à dire si elle nous paraît épistémologiquement recevable, présente la Terre comme un organisme vivant, doué de conscience, d'intention, ceci pour les avancées les plus radicales de ce concept.

Cette idée de "Terre animée" a toujours hanté l'imaginaire humain. La plus belle expression en étant, sans doute, le point de vue du pionnier de la "conscience environnementale", Henry David Thoreau situant la Terre dans une perspective spirituelle assez semblable, dont le contenu, sans doute teinté d'un lyrisme débordant, marqué du sceau du plus foncier vitalisme, n'en demeure pas moins étonnante, mais aussi enthousiasmante en ces temps d'obscur consumérisme :

 

" La terre que je foule aux pieds n'est pas une masse inerte et morte, elle est un corps, elle possède un esprit, elle est organisée et perméable à l'influence de son esprit ainsi qu'à la parcelle de cet esprit qui est en moi. " 

 

Cette hypothèse, pour hasardeuse qu'elle paraisse, présente l'indéniable avantage de nous donner à penser de quelle façon peut s'opérer le fameux passage d'un processus biologique à un processus de l'ordre de la psyché.  On reconnaît là le mythe de la Terre-Mère traversant de nombreuses civilisations, notamment chez les peuples célébrant les cosmologies amérindiennes. L'hypothèse Gaïa semble signer une manière de retour vers une mystique, sous des apparences scientifiques. De telles émergences dans la pensée contemporaine apparaissent comme des remises en question des thèmes de la modernité, laquelle, à partir de Descartes s'est orientée vers un réductionnisme résultant d'une séparation du corps et de l'esprit. Beaucoup d'esprits éclairés, évoquent l'urgence d'un retour à un plus juste équilibre permettant de repenser le sens de l'homme dans la Nature, ce qui, pour notre propos, s'énoncerait de la manière suivante : "Plutôt que de persister à vivre , l'Homme devrait s'essayer à exister". Formule elliptique s'il en est, dont la forme aphoristique convient bien à une nécessaire condensation de la pensée.

 

GRISE la noosphère.

 

 Se contenter de vivre sur la Terre pourrait facilement se confondre avec une progression de l'Homme en direction de ses besoins vitaux, que l'on peut également qualifier de "primaires", à savoir se nourrir, se vêtir, trouver un toit où s'abriter. C'est ce que firent, pendant plusieurs milliers d'années nos ancêtres hominidés vivant dans les grottes et progressant au rythme de la cueillette et de la chasse. Teilhard de Chardin, en paléontologue éminent, n'ignorait évidemment rien des événements de l'évolution humaine. Sans doute pensait-il, dès le début de ses travaux - n'oublions pas le fait qu'il était Père Jésuite -, que cette dimension de l'homme entièrement tournée vers l'appropriation de biens matériels ne suffisait pas à en faire une description anthropologique satisfaisante. L'homo sapiens sapiens lui donnait déjà raison qui entrait dans le domaine des activités sociales, culturelles, religieuses.

  Mais ce n'était pas encore assez. A cette dimension devait se rajouter une perspective spirituelle, donc une inscription vers la transcendance. Pour Teilhard, matière et esprit sont une seule et même chose dont l'humain ne sait pas percevoir les nécessaires convergences.

Il faut plus d'amplitude à l'intellect afin que ce dernier se prépare à prendre la mesure de ce qui, selon le Père Jésuite, s'annonce à la manière d'une révolution et, à cette fin, il reprend la notion de "noosphère" dont il pense qu'elle est à même de rendre compte de ce qui s'annonce à l'horizon de la fin du siècle : l'immense réseau de communications humaines entourant le globe de ses milliards de significations aussi diverses que complexes. La vie devient existence, une " pellicule de pensée enveloppant la Terre, formée des communications humaines ".

- (Bien évidemment, chacun, chacune, reconnaîtra dans cette formulation, la révolution cybernétique de l'Internet ainsi que l'explosion exponentielle des Réseaux Sociaux. Le Père Teilhard en était le précurseur conceptuel) -  Ainsi se rejoignaient dans une même unité compréhensive, "sciences de la terre, anthropologie et métaphysique chrétienne." ( Jean Onimus). Le sommet  de la théorie culminant en un "point Oméga" signant l'accomplissement dans une parfaite spiritualité et la nécessaire rencontre avec Dieu auquel l'homme aboutirait après être parti d'un "point alpha".

Que la thèse de Teilhard trouve comme épilogue l'arrivée dans la sphère divine, n'étonnera personne. Pour les agnostiques dont la plupart des hommes font partie, à commencer par nous, il suffira d'envisager une "spiritualité laïque", cette dernière étant simplement constituée des buts supérieurs et ultimes dont nos  actions et nos jugements peuvent s'emparer. Par exemple l'art, l'action humanitaire, les considérations élevées de l'esprit, la contemplation, la méditation, l'ascèse physique ou mentale, l'immersion dans le sentiment de totalité que la Nature peut nous offrir si nous savons nous y disposer.

 

 

GRIS le sentiment océanique.

 

  Et ce sentiment de la Nature (à la fois subjectif si nous considérons comme dans l'hypothèse Gaïa que la Nature pense, éprouve, existe sous forme consciente; à la fois objectif, en tant que sentiment que nous projetons sur elle), cette soudaine plénitude dont nous sommes possédés, à notre insu, nous retrouvons tout cela inclus dans le "sentiment océanique" initié par Romain Rolland, repris par Carl Gustav Jung, sentiment dont les connexions avec le concept de noosphère de Teilhard sont évidentes. Le "sentiment océanique" est cette sublime impression de se trouver, soudain, portés hors de nous-mêmes vers une manière de transcendance, de totalité avec laquelle nous sommes en écho, microcosme réverbérant le macrocosme. Double spécularité où nous regardons le monde comme lui nous regarde : fusion des consciences. Nous disons "des consciences" car nul sentiment d'ampleur ne saurait surgir de la rencontre d'une conscience - la nôtre -, avec un événement périphérique de la nature, un quelconque objet, une simple entité matérielle. Il y faut plus. Il y faut une projection de notre propre conscience sur le monde. Sans doute pourra-t-on dire que la supposée conscience de la Nature, c'est nous qui la lui communiquons du sein de notre exaltation. Peu importe, ceci n'obère en rien la qualité de l'expérience spirituelle. Mais tâchons de comprendre plus avant et écoutons ce qu'a à nous dire André Comte-Sponville, lequel ne rattache pas nécessairement cette dimension d'ouverture  à une quelconque attitude religieuse :

 

  "Au fond, c'est ce que Freud décrit comme « un sentiment d'union indissoluble avec le grand Tout, et d'appartenance à l'universel ». Ainsi la vague ou la goutte d'eau, dans l'océan... Le plus souvent, ce n'est qu'un sentiment, en effet. Mais il arrive que ce soit une expérience, et bouleversante, ce que les psychologues américains appellent aujourd'hui  (…) un état modifié de conscience. Expérience de quoi ? Expérience de l'unité, comme dit Swami Prajnanpad : c'est s'éprouver un avec tout. Ce « sentiment océanique » n'a rien, en lui-même, de proprement religieux. J'ai même, pour ce que j'en ai vécu, l'impression inverse : celui qui se sent « un avec le Tout » n'a pas besoin d'autre chose. Un Dieu ? Pour quoi faire ? L'univers suffit. Une Église ? Inutile. Le monde suffit. Une foi ? À quoi bon ? L'expérience suffit. "

 

Mais bien évidemment les religions et philosophies, quelle que soit leur nature, ne peuvent être exclues d'un accès à cette dimension aussi étonnante qu'enthousiasmante. – rappelons que le mot "d'enthousiasme", étymologiquement, vient du grec ancien du grec ancien : ἐνθουσιασμός ,enthousiasmós  qui veut dire "Avoir Dieu en soi"-.  Cependant l'on conviendra que tout un chacun, sous un terme aussi générique que celui de Dieu, mettra le contenu de sens avec lequel il éprouvera le plus d'affinités.  Et l'empan sera large, "Dieu en soi" pouvant aussi bien résulter de l'observation du simple brin d'herbe et de l'activité très rousseauiste d'herboriser, que de la contemplation de la beauté d'un incunable, en passant par la dégustation d'une sublime ambroisie ou la vue de l'Aimée. Et nous pourrions citer encore le ravissement consécutif à l'écoute d'une pièce musicale ou bien la quasi extase à la vue du chef-d'œuvre. Rien ne saurait, par essence, limiter ce "sentiment océanique" dont la "logique" consiste à excéder tout ce qui se présente aux sens afin d'en faire le creuset d'un émerveillement. Dieu, à lui seul, ne saurait prétendre remplir la majestueuse "corne d'abondance". Il y a place pour la multitude !

  Dans nombre de disciplines, philosophies ou religions, concourant à trouver l'éveil spirituel (Zen par exemple), la métaphore océanique comme univers et celle de la vague à dimension humaine concourent à faire émerger ce fameux "sentiment océanique" conduisant à éprouver la nature de l'être comme non-duelle :

 

"Au-dessous du monde des perceptions sensorielles et de l'activité mentale, il y a l'immensité de l'être. Il y a une vaste étendue, une vaste immobilité, et une petite activité frémissante à la surface, qui n'est pas séparée, tout comme les vagues ne sont pas séparées de l'océan. "

 

  Eckhart Tolle - Le Pouvoir du moment présent - Ariane, 2000. Source : Wikipédia.

 

  Nombre de nos penseurs occidentaux, SchopenhauerHusserlHeideggerKarl Jaspers ou encore Georges Bataille, pour ne citer que ceux-là, affirment la réalité d'une telle non-dualité. Tous mettent en exergue, dans leurs œuvres, "l'expérience intime et transcendantale de l'unité entre sujet et objet." (Wikipédia).

 

Enfin, afin d'être complet sur le sujet de ce sentiment sans doute bien difficile à traduire par de simples mots, nous voudrions citer le point de vue exprimé par Mona Chollet, journaliste et essayiste suisse qui, dans "Nouveau millénaire, défis libertaires", prend position quant à ce"sentiment océanique" :

 

  "Et puis, il reste aux hommes un moyen de rester en contact avec cet «autre chose» dont ils ont parfois l’intuition. Ce moyen, à en croire Pietro Citati, ce sont… les mythes – ces mythes dont se méfie tant Michel Onfray. Les mythes, déclare Citati, sont «l’ultime reflet» d’une lumière cachée, «une sorte de souvenir-réflexe, de magique mémoire intuitive». Cela expliquerait pourquoi les écrivains, et tous ceux qui prennent en charge l’élaboration fictionnelle, sont à ce point exténués par leur tâche, qui consiste à assumer à la fois les limites parfois rageantes de l’existence humaine et l’intuition déstabilisante de tout ce qui la dépasse; à assumer, en résumé, ce tiraillement des extrêmes, ce mélange hétérogène, impur, qui fait la condition humaine, et devant lequel les religions, refusant l’évidence, n’ont jamais voulu s’incliner."

 

  Belle méditation s'il en est quant à la démesure dont l'homme est constamment affecté et que les sceptiques, les matérialistes et autres adeptes d'une pensée réputée "dure" (ce qu'elle est sans doute), rejettent hautainement comme s'il s'agissait d'un caprice juvénile. Mais les équations les plus habiles ne sauraient prétendre détenir la totalité de la vérité, loin s'en faut. La Lune a une face cachée. Ce n'est pas pour autant qu'elle n'en est pas moins réelle. Peut-être l'est-elle davantage pour la simple raison que sa propre réalité est constamment excédée par la conscience humaine qui la vise et projette sur elle un imaginaire fécond auquel ne saurait souscrire sa face d'évidente visibilité. 

 

GRISE la mystique religieuse.

 

  Et, en préambule, il s'agit d'affirmer que rien ne saurait être ignoré de ce qui, pour l'homme, fait sens. Être agnostique ne veut pas pour autant dire négliger et mettre entre parenthèses le fait religieux. Un savant peut se livrer à un travail de recherche sur les textes sacrés, donc à une tâche herméneutique, sans pour autant adhérer à leur contenu spirituel ou bien éprouver un quelconque sentiment de piété. S'intéresser à la sphère des signifiés présuppose qu'on puisse les aborder TOUS sans idée préconçue, sans le moindre a priori. Témoigner d'un vif ressentiment vis-à-vis de la religion en général relève plus d'un compte personnel à régler avec celle-ci que d'une attitude de chercheur objectif en quête de vérité. L'attitude d'un Michel Onfray dans son "Traité d'athéologie" relève plus d'un dogmatisme levé contre un autre dogmatisme que de l'infinie sagesse dont doit être atteint le Philosophe dès qu'il entreprend de connaître le monde. La religion en fait partie. Rien ne sert d'en réaliser une mise à l'écart.

  Quelques révélations d'ordre mystique ont donné lieu aux plus belles pages de la littérature classique. Ne leur accorder aucun crédit participe plus d'une volontaire cécité de l'intellect que d'une véritable curiosité pour laquelle les limites n'existent pas.

  Ce long préalable étant posé, voyons maintenant ce que la mystique a à nous apprendre.

 

  Dans l'ordre du religieux, nous ne pourrons faire l'économie de la révélation de Saint Jean de la Croix, lequel, dans la "Nuit Obscure" (Noche obscura), fait l'expérience mystique qu'il développera tout au long de sa vie dans de nombreux écrits.  

"Il cherche à y témoigner du chemin des âmes vers Dieu." (Wikipédia).  

 

Pendant une nuit obscure,

Enflammée d'un amour inquiet,

O l'heureuse fortune

Je suis sortie sans être aperçue,

Lorsque ma maison était tranquille.

 

"L'âme dit, en ce cantique, de quelle manière elle est sortie, tant d'elle-même que de toutes les choses créées, savoir : en exerçant sur elle-même une rigoureuse mortification qui la fait mourir à soi-même et aux créatures, qui la fait vivre à l'amour divin et a Dieu, et qui la remplit de délices célestes."

 

Commentaires de l'abbé Jean Maillart, jésuite.

 

 

  L'on ne saurait davantage passer sous silence la participation en Dieu de Pascal.

 

  "La nuit du 23 novembre 1654, Pascal connait une nuit d'extase mystique, où il rencontre Dieu et est habité par des sentiments de "certitude, joie, paix, pleurs de joie". C'est la "seconde conversion" de Pascal, qui le conduit à renoncer aux plaisirs du monde, et aux sciences humaines, vaines face aux sciences divines. Il se retire à compter de 1655 chez les jansénistes de Port-Royal, qui s'opposent alors aux jésuites de la Sorbonne. Pascal prend part à la querelle, défendant ses amis jansénistes par l'écriture de 18 lettres appelées les "Provinciales" (du titre de la 1ère, Lettres écrites à un provincial par un de ses amis)."

                                                                                                                                    Source : Bibm@th.net

  

 

L'an de grâce 1654,

Lundi 23 novembre, jour de Saint Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue,

Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,

Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu'à environ minuit et demie.

FEU

Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,

non des philosophes et des savants.

Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix.

Dieu de Jésus-Christ,

Deum meum et Deum vestrum. Jean 20/17 *

" Ton Dieu sera mon Dieu "

Oubli du monde et de tout, hormis Dieu.

Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Evangile.

Grandeur de l'âme humaine

" Père juste, le monde ne t'a point connu, mais je t'ai connu ".

Joie, Joie, Joie, pleurs de joie.

Je men suis séparé. ___________________________________________________

Dereliquerunt me fontem aquae vivae.

" Mon Dieu me quitterez-vous? "___________________________________________

que je n'en sois pas séparé éternellement.

" Cette est la vie éternelle, qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ".

 

Jésus-Christ,_________________________________________________

 

Jésus-Christ,_____________________________________________

Je m'en suis séparé ; je l'ai fui, renoncé, crucifié, Jean 17__________________________

que je n'en sois jamais séparé.____________________________________________

Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l'Evangile.

Renonciation totale et douce. Soumission totale et douce.

Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.

Eternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre.

Non obliviscar sermones tuos. Amen.

 

" Le mémorial " -  Blaise Pascal.

 

 pascal

 

 

 

 

Enfin, pour terminer cette longue méditation sur la façon dont la conscience humaine s'y prend pour faire se déployer les significations qui se présentent à elle, il est important de préciser que le véhicule emprunté pour parvenir à ce but (art, philosophie, science, religion) est moins à prendre en considération que l'intensité de l'expérience éprouvée, sa profondeur, le sentiment d'accomplissement et de plénitude qui lui y est attaché.

 

 GRISE la question de la Métaphysique.

 

 Mais nous ne saurions conclure ce tour d'horizon en direction de la compréhension des significations sans faire référence au problème qui traverse toutes ces tentatives et en constitue les fondements. A savoir la question essentielle formulée par Leibniz en 1740, sur laquelle repose l'édification de la Métaphysique :

 

"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"

 

 

  Poser la question n'est certainement pas la résoudre. Mais, tout de même, comment pourrait-on éviter de l'aborder ? Et, ici, sans doute, rejoignons-nous notre attitude de tout jeune enfant, lorsque découvrant la possibilité de la Mort et, corollairement, l'inquiétude viscérale dont elle porte l'ombre, plonge, irrémédiablement, dans une angoisse constitutive, laquelle déterminera l'essence de notre propre finitude humaine. Et, ici, identiquement, sommes-nous reconduits à l'orée de notre adolescence, peut-être au seuil du jour, alors que les choses s'abîment dans une manière d'ambiguïté, d'illisibilité et que, soudain, le fait d'ÊTRE devient tellement ténu, irreprésentable, que surgit l'idée du RIEN, du NEANT et, sans même le savoir, notre corps, notre esprit deviennent les lieux géométriques, le point focal où la Question fait ses cruelles mais indispensables interrogations. C'est de notre propre vision, de notre compréhension intime du monde dont il s'agit. Comme un cercle herméneutique sans fin, une fuite vers l'avant, cernée de mortelles obsessions, attendant seulement, qu'un jour, l'existence sur son ultime déclin nous en livre, peut-être, l'explication. Bien évidemment, nul doute que s'origine, à partir d'une telle requête, les instances essentielles de la Métaphysique. Les racines sont plantées dans le sol inquiet, l'arbre se déploiera, fera ses feuillaisons sans, pour autant, que les assises terrestres, chtoniennes, ombreuses soient, un seul instant oubliées.

  Que Leibniz, en son temps, ait fait intervenir l'Être suprême, à savoir Dieu, de façon à clore provisoirement le débat n'a rien de vraiment étonnant. La Cause première apporte bien des apaisements lorsque l'âme est troublée. Il s'agissait, tout simplement, de la reprise de la conception d'Aristote. Comme quoi l'histoire des idées ne demandait qu'à être reconduite. Mais, quelles que soient les perspectives adoptées, qu'il s'agisse d'une assise religieuse, spirituelle, profane, matérialiste, idéaliste, le problème fondamental n'en est pas moins évacué, qui continue son évolution en sourdine, à bas bruit. Qui jette la Métaphysique par la porte peut, à tout moment, s'attendre à la voir se manifester par la fenêtre. Ne se débarrasse pas des concepts fondamentaux qui veut !

  Bien évidemment, cette question posée de cette manière presque indigente, pourrait paraître naïve et, sans doute, bien inopportune aux esprits épris d'une interprétation toute matérielle du monde. Car, pourquoi se poser la question dès l'instant où de l'étant nous est fourni à portée de la main et où son existence ne semble pas pouvoir être remise en question. Mais le registre des évidences est souvent étroit et il faut donc aller y voir de plus près. Car, tout aussi bien, le Néant aurait pu être la seule forme de "manifestation" à laquelle l'être aurait pu consentir depuis sa constante énigme. Mais l'être-présent aussi bien que le Néant-imaginé demeurent deux hypothèses dont les équations sont identiquement difficiles à mettre en scène. Nous en sommes réduits au domaine des conjectures. Et tant mieux.

  Ainsi sont créées les conditions par lesquelles nous ne cesserons de convoquer l'étonnement philosophique, seul à même de nous porter au-delà de nous-mêmes, vers notre propre compréhension humaine d'abord, vers la saisie du monde ensuite. Nous aurions pu nous contenter de vivre, c'et-à-dire de ne considérer que le fonctionnement de nos mécanismes biologiques, nos assises basales, nos métabolismes élémentaires, nos destinées d'amibes. Mais, dès l'instant où s'introduit la question du pourquoi, alors nous ne sommes plus en repos, alors nous ouvrons grandes les portes de la sémantique existentielle alors que, jusqu'alors, ne s'étaient présentées à nous que des suites lexicales isolées, comme autant de mots sans lien les uns avec les autres.

  Le Pourquoi est de telle nature qu'il métamorphose aussitôt ce que la vie lui présentait à la façon d'une évidence en préoccupation de tous les instants, en thèse réellement existentielle. Cherchant, par cette question même, à nous extraire de ce Néant qui nous provoque, nous nous appuyons sur les bases dont la vie nous fait le don afin, par ce seul exhaussement, d'élaborer la question, c'est-à-dire donner du SENS à ce qui ne saurait en avoir. Le trajet accompli est celui-là même de la Philosophie qui, voulant se libérer de l'impensable, a recours à la seule question fondant l'existence et qui est celle de l'énigme de l'être dont l'équivalent pourrait être l'énigme d'exister. Car exister, c'est être. Alors que vivre n'en constitue que les prolégomènes, les conditions de possibilité d'une apparition.

  La vie, dans sa profusion, prend souvent l'apparence du chaos. Si rien n'est organisé, le vivant se rebelle et devient illisible, à la façon du tableau de Giorgio de Chirico où tout est soumis au registre de la schizophrénie (donc de la perte du sens). Si tout est organisé, ordonné par le langage, la raison, le logos en tant que question, tout redevient pensable, hypothèse progressant vers une thèse éclairée-éclairante du monde en tant que cosmos. Le cosmos étant un autre mot pour dire la compréhension, le sens. 

  Nul doute que la question de Leibniz soit  une question fondamentale. La posant de cette manière dont on pourrait penser qu'elle résulte davantage d'un jeu de cour d'école que d'un esprit de rationalité, nous percevons, aussitôt, sous l'apparente candeur, l'abîme de réflexion. Car, élaborer la question qui met en perspective l'énigme de l'être, ne saurait résulter d'un simple passe-temps, comme l'on jouerait au cricket. Encore que tout jeu suppose une prise de risque et une situation face à de l'inconnu. A éluder une telle question, pour autant, nous ne l'évacuons pas. Si nous faisons mine de nous en absenter, aussitôt, surgit à sa place une autre question faisant sa mortelle giration: qu'en est-il du Néant ? Comme un jeu infini de bascule où il s'agit de l'être ou bien du non-être. Chaque question portant en soi son immense charge de mystère, d'inquiétude. Car, comment envisager l'être, cette pure abstraction sans être saisi de vertige. Car, comment habiller le Néant d'une silhouette qui ne nous effraie point ? C'est toute la dimension de notre vision du monde sous son angle Métaphysique qui court sous de telles projections. Disant cela, la vie, l'existence, la Mort, le Néant, nous ne faisons que répéter l'éternelle antienne dont nous ne saurions nous libérer qu'à saper nos fondements humains.

 

  Que nous y consentions ou non, nous sommes toujours dans l'inquiétude d'être. La Question métaphysique en étant la perspective la plus visible. C'est de cette Question dont, à tout moment, nous devons être pénétrés afin d'accéder à l'Exister et ne pas demeurer dans les pesanteurs du Vivre .

  Nous chercherons, ainsi, à nous absenter de tout ce qui gire dans l'orbe de la quotidienneté avec sa succession de clignotements abscons, NOIR - BLANC - NOIR - BLANC, appelant ce GRIS intermédiaire, l'unique voie de passage nous intimant à connaître ce dont l'être est constamment pourvu et que notre entêtement à ne pas voir dissimule sous des voiles d'inconnaissance, alors que l'évidence du sens est si proche, nous brûlant constamment de son urgence à paraître.

  Pourtant du GRIS, nous sommes constamment entourés, mais c'est nous qui ne savons pas le reconnaître, en faire notre demeure. Car tout réside dans la façon d'habiter la demeure que nous sommes, d'habiter le monde ensuite. Et l'habiter avec plénitude passe par des voies multiples, lesquelles peuvent être aussi simples que de regarder la lumière faire sa glaçure sur l'arrondi du galet, mais, aussi bien, se placer en situation de comprendre la pensée complexe, la théorie inventive, le concept ouvert, la sublime métamorphose, les subtilités du métabolisme, les phénomènes de plasticité humaine, les glissements successifs du sens, du secret au révélé, de l'ésotérique à l'exotérique.

  Le problème du sens, c'est que, la plupart du temps, il n'est pas directement saisissable. Il y faut au moins une attention, le recours à une propédeutique, l'acceptation de la remise en question des évidences dont le réel nous abreuve sans, pour autant, qu'il nous donne les clés de compréhension qui, en toute logique, devraient y être afférentes de manière à ce que nous puissions en réaliser une lecture adéquate. Mais bien des choses de ce fameux réel se présentent à nous comme les hiéroglyphes se montraient à Champollion dans toute leur charge de mystère. Et c'est bien cette dimension de sens caché qui en fait tout l'intérêt. Qu'aurions-nous à chercher si tout, d'emblée, avait reçu son empreinte définitive ? Nous n'aurions plus de question à nous poser et, de facto, le langage, cette essence singulière marquant l'homme de son sceau, n'aurait plus à rayonner. Une aporie et nulle autre chose.

  Tout ce qui a été évoqué précédemment dans cet article concourt à apporter un "supplément d'âme", à proposer un tremplin à partir duquel mobiliser la pensée, une ouverture dont le regard pourra se saisir afin que la conscience mobilise de nouveaux territoires. Bien évidemment la profusion des propositions peut paraître déconcertante, mais ce n'est qu'à l'aune d'une telle amplitude que peut se révéler l'immense champ éclairant-éclairé que nous serons amenés à investir si nous consentons à pénétrer dans la "multiple splendeur" dont, par essence, nous devons être les révélateurs. Abandonnant le NOIR et le BLANC à leur naturelle mutité, c'est au GRIS que nous demanderons de déployer la symphonie du monde. Celle-ci empruntera quantité de chemins dont, par définition, nous n'épuiserons jamais les ressources.

  Quelques pistes ont été données, celle du barzakh ou perception imaginative; de la raison sensible; de la géopoétique; de la chôra platonicienne; de la coïncidence des opposés; de l'hypothèse Gaïa; de la noosphère; du sentiment océanique; de la révélation mystique de Saint Jean; de la nuit d'extase pascalienne; des mythes; de la question fondamentale leibnizienne et, bien évidemment, la liste n'en est pas exhaustive. Elle dépend bien plus d'un choix affinitaire que des conclusions d'une logique.

  Le fil rouge, le dénominateur commun qui relie tous ces essais de compréhension de ce qui nous fait face, tient dans le fait qu'ils résultent d'une simple volonté de ne pas limiter notre cheminement sur terre au fait de vivre selon notre seul métabolisme, identiquement aux battements de cils de la diatomée, mais d'ouvrir un colloque singulier avec l'exister dans toute la profondeur de ce que ce terme veut dire, essentiellement depuis que la pensée des Philosophes est passée de la conception cartésienne instaurant la dualité corps /esprit et la raison comme moteur de l'entendement, à une philosophie plus soucieuse de s'enquérir de ce qui se dissimulait sous les apparences en tant que chair subtile du monde, sens ultime des choses comme, seule la phénoménologie a su l'envisager.

  Mais, de façon à surgir au plus près de ce qui voudrait se dire, il faut abandonner les considérations abstraites et se référer à quelque expérience concrète. Considérer le Vivant et l'Existant en tant qu'esquisses sensiblement différentes de la figure humaine, surtout dans leur relation à un mode de vie ou bien d'exister. A cette fin, nous convoquerons l'œuvre d'art, un tableau par exemple, que nous aborderons selon deux modes distincts, celui du Vivant, celui de l'Existant.

  Le Vivant regarde l'œuvre dans sa pure apparition compacte, matérielle, superpositions de couches de peinture et d'aplats de couleurs, dans sa matérialité donc, ce qui revient à dire que sa visée est d'ordre ESTHETIQUE, qu'il ne cherche à y percevoir qu'une manière de dialectique abrupte dont ne se dégagent que les formes  du BLANC et du NOIR, fermées sur elles-mêmes.

  L'Existant, vise la même œuvre mais d'une façon essentielle, en découvrant sous la surface esthétique l'empreinte ETHIQUE qui l'anime et l'assure d'une vérité : la façon qu'a l'œuvre, dans son dessein d'authenticité, de correspondre à son essence.

  Ainsi, le décalage entre VIVRE et EXISTER pourra analogiquement être rapporté à la différence s'instaurant entre la perception d'une FORME de nature plastique et le FOND qui la sous-tend et qui peut se décliner à l'aune de tous les prédicats concourant à en établir la signification intime. L'ordre de ladite signification passe, dès lors, du simple constat de la présence à la compréhension de ce que cette dernière signifie pour nous, en tant que nous sommes des singularités en quête d'une nécessaire complexité.

  Rapportée au Poème, cette réflexion fait le constat suivant : Si le Vivant n'en perçoit que le rythme, la cadence, la prosodie, le chant du langage, l'Existant, lui, en décrypte la mélodie inaperçue du monde.

 

  La VIE est une ESTHETIQUE.

  Le NOIR est une ESTHETIQUE.

  Le BLANC est une ESTHETIQUE.

  La VIE, le NOIR, le BLANC sont les prémisses du sens.

 

  L'EXISTENCE est une ETHIQUE.

  Le GRIS est une ETHIQUE.

  L'EXISTENCE, Le GRIS sont les ressources réelles du sens, leur révélation, leur vérité.

 

"VIVRE", "VIVRE", criait l'Homme-fou et il se dispersait dans les marécages NOIRS et BLANCS de la schizophrénie, simplement parce qu'il n'avait pu, ou su, donner sens à ce qui lui faisait face et qui n'était, en réalité, qu'une partie de lui-même, une réverbération. Et il était atteint de FOLIE. Mais d'une folie d'en-bas.

"EXISTER" , "EXISTER", disait l'Homme-Fou et il sinuait parmi les nuages, volutes  et circonvolutions GRISES. Et ceci, il le faisait car il questionnait tout ce qui venait à son encontre, n'oubliant de se questionner lui-même. Sur son origine. Sur le chemin accompli. Sur sa finitude. Et il était atteint de FOLIE. Mais d'une folie d'en-haut.

 

  Mais c'est toujours de FOLIE dont il est question. Car la Vie, l'Existence, si elles sont regardées adéquatement, ne parlent guère d'autre chose. Mais recherchons donc l'étymologie du mot "folie" afin qu'elle nous éclaire sur son inévitable polysémie :

 

  2. 1690 (Fur. : "Il y a aussi plusieurs maisons que le public a baptisées du nom de la folie, quand quelqu'un y a fait plus de despense qu'il ne pouvoit, ou quand il a basti de quelque maniere extravagante."). Prob. altération d'apr. folie = déraison.

 

  Il est tout de même curieux de constater que, par glissements successifs, la folie comme déraison se soit métamorphosée en folie en tant que maison, à savoir l'habitat et, par voie de conséquence, la façon d'habiter. Mais alors, l'admirable langage - comme toujours - , nous ferait-il signe vers une compréhension plus adéquate de ce que veulent dire, successivement, Vivre, Exister, comme si l'habiter, essence fondamentale de l'être humain, ne prenait réellement sens qu'à nous mettre sur la voie de quelque urgence ontologique ? De cela, jamais nous ne pourrons être assurés. Qu'il nous soit cependant permis de poser une hypothèse selon laquelle, Vivre correspondrait à un habiter en voie de constitution, en tant que possibles fondations de ce qu'il y a à construire. Cela serait, en quelque sorte "l'inhabiter".

  Alors qu'Exister serait l'habiter dans sa plénitude, lorsque la maison est achevée et le sens mis à l'abri.

  C'est sans doute ce que veut exprimer l'article dont un extrait est reproduit ci-dessous :

 

« “Habiter” (wohnen) signifie “être-présent-au-monde-et-à-autrui”. […] Loger n’est pas “habiter”. L’action d’“habiter” possède une dimension existentielle. […] “Habiter” c’est […] construire votre personnalité, déployer votre être dans le monde qui vous environne et auquel vous apportez votre marque et qui devient vôtre. […] C’est parce quhabiter est le propre des humains […] quinhabiter ressemble à un manque, une absence, une contrainte, une souffrance, une impossibilité à être pleinement soi, dans la disponibilité que requiert l’ouverture » (pp. 13 et 15).

Annabelle Morel-Brochet, - "Un point sur l’habiter. Heidegger, et après…" - EspacesTemps.net, Livres, 04.11.2008
http://www.espacestemps.net/articles/un-point-sur-lrsquohabiter-heidegger-et-apreshellip/

 

  Ainsi de la démesure qu'annonçait l'œuvre de Kazimir Malevich - Carré noir sur fond blanc -ne faisant jouer que deux abstractions "in-signifiantes", à l'œuvre de Giorgio de Chirico où le signifié se fragmente pour ne plus laisser apparaître qu'un lexique fragmenté, nous avons essayé d'introduire les éléments d'une sémantique s'essayant à resituer l'homme dans la dimension dont il ne saurait longuement s'absenter, celle du SENS qui le constitue et l'affirme au monde en tant que belle esquisse anthropologique. C'est peut-être ce que De Chirico, en habile Métaphysicien, voulait signifier à titre d'énigme, en peignant ce beau "Chant d'amour". Car, jamais LE SENS n'est donné d'avance. C'est nous qui le créons à mesure que nous EXISTONS !

 

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"Chant d'amour" - Giorgio de Chirico.

Source : Wikipédia.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 10:58

 

L'Autre : grille de lecture singulière.

 

 

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  C'est toujours pareil, parmi les hommes, comme une ligne de partage qui délimiterait, une césure qui les placerait les uns à côté des autres, en ferait des échantillons à placer sous la loupe du regard.  D'un côté les grands, de l'autre les petits; les chevelus, les chauves; les Noirs, les Blancs; les Futés, les Modestes du bonnet. Mais voyez-vous, tout ceci repose essentiellement sur les vertus de la dialectique, laquelle depuis les anciens Grecs, cherche à créer du paradoxe, à opposer les énoncés, leurs contenus, à différencier, à confronter. Or, si la dialectique est la forme qui convient aux agoras afin que s'y produisent échanges et discours, il en va tout autrement dès qu'il s'agit d'établir des catégories, des sortes de classifications selon lesquelles se répartiraient les Hommes, les Femmes, eu égard aux prédicats qui leur sont attachés.

  C'est ce que fait Henriette depuis la radicalité de son jugement, et, bien sûr, prenant l'amplitude de ses convictions pour la vérité toute nue, elle classe, d'un côté les Bien lotis, les Méritants; de l'autre les Insuffisants, les En-voie-d'accomplissement, comme s'ils émergeaient juste du limon et qu'une main démiurgique, sans doute, eût à les façonner afin qu'ils parviennent à une éclosion adéquate. Mais adéquate à qui ? Mais adéquate à quoi ? Mais bien évidemment au sentiment qu'a Henriette de posséder la bonne clé d'interprétation. Or, ce qui est vrai d'Henriette est aussi vrai pour chacun des Individus faisant sa marche obstinée sur le bout de Terre qui, pour un temps, lui a été alloué. Bien évidemment, vous aurez reconnu là les singuliers entrechats, les subtiles broderies avec lesquels toute conscience s'arrange, juste dans l'intention de pouvoir prétendre taper dans la cible, en plein milieu de sa signification majeure, à savoir la justesse de sa propre appréciation concernant les choses. Et les hommes aussi car, si l'on possède le bon outil, pourquoi ce dernier faillirait-il à sa tâche ?

  Le problème est bien celui qui pointe le bout de son museau chafouin, dont je suis sûr que vous aurez perçu ses trémulations vicieuses, tout comme le raisonnement biaisé qui lui est attaché. Si la taupe peut se contenter d'un jugement à courte vue, prélevant ici ou là une racine ou un tubercule sans en connaître la nature profonde - tout fait ventre identiquement dans les circonvolutions ombreuses de l'humus -, bien évidemment il ne saurait  être question de chercher à fouir le sol anthropologique de la même manière que celle utilisée pour le simple et naïf végétal dont le nom indique, du reste, la vie simplement végétative. Mais, me direz-vous, un jugement est bien possible concernant l'homme, la femme. La morale, la justice, l'amour se nourrissent bien de ces différences existant entre les individus afin que l'humain dispose d'un code selon lequel apercevoir la vérité ou son contraire, la fausseté, l'inexactitude à être.

  Certes. Non seulement un jugement est possible, mais il est indispensable à tout fonctionnement social. Il y aura toujours des humanistes et des délinquants; des esthètes et des matérialistes; des bons Samaritains, des  Prêtres et des Lévites longeant le corps du malheureux sans même lui accorder un regard. C'est ainsi, la nature humaine est une manière d'auberge espagnole, de caravansérail où se croisent dans une incroyable complexité pèlerins honnêtes et marchands véreux, ou bien l'inverse, la variété humaine tenant à la fois de la merveille et de la simple abomination dans un même geste continu d'exister. Sans doute n'y a-t-il pas de pomme sans ver ! Autant en prendre notre parti. Et maintenant, après ces allusions aux paraboles éclairantes et aux métaphores explicatives, il suffit de se reporter aux comportements de nos aimables protagonistes car, à leur façon, ils sont pareils à des images nous aidant à nous saisir du réel.

  Si Henriette, aussi bien que Jules ont le "droit", chacun à leur manière, de percevoir les objets du monde, ils ne procèdent pas identiquement, loin s'en faut. Henriette, en prise directe sur les choses, volontiers concrète et un brin expéditive se confie, le plus souvent, à des opinions instinctuelles, genres d'arc réflexe produisant du sentiment, de l'opinion (la doxa des Grecs), du prêt-à-porter de la pensée, de la mondanéité, de l'expression sur le mode du "on" : on pense comme Paul, comme Pierre et tout ceci, évidemment, court-circuite une bonne partie du libre-arbitre. Le libre s'évacue, ne reste plus que l'arbitre ! Ceci énoncé ne veut en rien signifier que l'insistance à être d'Henriette serait en une certaine façon, inférieure à celle de Jules qui, on l'aura compris, fonctionne lui également avec l'arbitre mais en ménageant, tout autour, une aire de liberté. Car, si apprécier une pomme peut se satisfaire d'une manière d'immédiateté perceptive : celle-ci me paraît meilleure; celle-ci moins goûteuse, en matière d'humain il convient de prendre des pincettes, à savoir de conférer au jugement une assise plus large. En définitive, tout est en ce domaine, relié à une question spatio-temporelle. Poser un jugement, pour Jules, suppose une antériorité d'appréhension du sujet dont il est question, en même temps que l'édification d'un vaste espace tout autour afin que celui-ci, cet empan de liberté, crée les conditions mêmes d'une possible vérité. C'est pour cette raison que pour Jules, identiquement à son ancien métier de Magasinier, c'est à la suite d'une longue expérience, d'une maturation des données réelles se présentant quotidiennement à lui, que va découler son activité de classification du divers - pour lui boulons, soupapes et biellettes -,  dans des catégories particulières. Car toute taxonomie doit nécessairement s'enquérir, bien en-deçà de l'événement actuel qui fait phénomène, des assises qui ont précédé son apparition et, déjà, apercevoir, bien au-delà de son actuelle structure, les formes possibles de son devenir. Pour faire référence à une métaphore facilement compréhensible : s'enquérir de la pomme ne peut avoir lieu qu'après avoir pris acte des racines qui l'ont portée à son éclosion et, déjà, de sa corruption, donc de sa disposition de s'abandonner pour laisser place à une autre génération de pommes.

  C'est simplement pour cette raison que Jules a élaboré une grille de lecture complexe, intégrant aussi bien la relation des ses Copains au registre de la sensorialité, des archétypes, des formes symboliques, des manières d'exister, grille que vous découvrirez lors de la prochaine publication et dont déjà, votre perspicacité aura tiré quelques anticipations. Et, pour clore ce propos sur notre perception du monde, disons que le mode d'approche, pour Henriette est "proximal" donc opérant dans un rayon d'action immédiat, alors que pour Jules, il est "distal" donc a priori éloigné du sujet à observer, ce recul lui assurant, cependant, une perception plus "objective" du réel. Pour autant, si vous questionniez Jules et Henriette sur la qualité de leur singulière approche, chacun serait persuadé d'avoir fait le "bon choix", tellement il est vrai que chacun de nous a une telle familiarité avec sa propre nature qu'y introduire le moindre grain de sable peut gripper la machine. Peut-être, en définitive, dans tout ceci n'est-il question que de rouages, de clavettes et de pignons s'emboîtant "naturellement". Ce n'est pas l'ancien Magasinier de la Manu qui nous contredirait, lequel cependant, fait fonctionner la machine à sa manière. Unique, bien évidemment !

 

 

 

 

 

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 10:53

 

  C'est toujours pareil, parmi les hommes, comme une ligne de partage qui délimiterait, une césure qui les placerait les uns à côté des autres, en ferait des échantillons à placer sous la loupe du regard.  D'un côté les grands, de l'autre les petits; les chevelus, les chauves; les Noirs, les Blancs; les Futés, les Modestes du bonnet. Mais voyez-vous, tout ceci repose essentiellement sur les vertus de la dialectique, laquelle depuis les anciens Grecs, cherche à créer du paradoxe, à opposer les énoncés, leurs contenus, à différencier, à confronter. Or, si la dialectique est la forme qui convient aux agoras afin que s'y produisent échanges et discours, il en va tout autrement dès qu'il s'agit d'établir des catégories, des sortes de classifications selon lesquelles se répartiraient les Hommes, les Femmes, eu égard aux prédicats qui leur sont attachés.

  C'est ce que fait Henriette depuis la radicalité de son jugement, et, bien sûr, prenant l'amplitude de ses convictions pour la vérité toute nue, elle classe, d'un côté les Bien lotis, les Méritants; de l'autre les Insuffisants, les En-voie-d'accomplissement, comme s'ils émergeaient juste du limon et qu'une main démiurgique, sans doute, eût à les façonner afin qu'ils parviennent à une éclosion adéquate. Mais adéquate à qui ? Mais adéquate à quoi ? Mais bien évidemment au sentiment qu'a Henriette de posséder la bonne clé d'interprétation. Or, ce qui est vrai d'Henriette est aussi vrai pour chacun des Individus faisant sa marche obstinée sur le bout de Terre qui, pour un temps, lui a été alloué. Bien évidemment, vous aurez reconnu là les singuliers entrechats, les subtiles broderies avec lesquels toute conscience s'arrange, juste dans l'intention de pouvoir prétendre taper dans la cible, en plein milieu de sa signification majeure, à savoir la justesse de sa propre appréciation concernant les choses. Et les hommes aussi car, si l'on possède le bon outil, pourquoi ce dernier faillirait-il à sa tâche ?

  Le problème est bien celui qui pointe le bout de son museau chafouin, dont je suis sûr que vous aurez perçu ses trémulations vicieuses, tout comme le raisonnement biaisé qui lui est attaché. Si la taupe peut se contenter d'un jugement à courte vue, prélevant ici ou là une racine ou un tubercule sans en connaître la nature profonde - tout fait ventre identiquement dans les circonvolutions ombreuses de l'humus -, bien évidemment il ne saurait  être question de chercher à fouir le sol anthropologique de la même manière que celle utilisée pour le simple et naïf végétal dont le nom indique, du reste, la vie simplement végétative. Mais, me direz-vous, un jugement est bien possible concernant l'homme, la femme. La morale, la justice, l'amour se nourrissent bien de ces différences existant entre les individus afin que l'humain dispose d'un code selon lequel apercevoir la vérité ou son contraire, la fausseté, l'inexactitude à être.

  Certes. Non seulement un jugement est possible, mais il est indispensable à tout fonctionnement social. Il y aura toujours des humanistes et des délinquants; des esthètes et des matérialistes; des bons Samaritains, des  Prêtres et des Lévites longeant le corps du malheureux sans même lui accorder un regard. C'est ainsi, la nature humaine est une manière d'auberge espagnole, de caravansérail où se croisent dans une incroyable complexité pèlerins honnêtes et marchands véreux, ou bien l'inverse, la variété humaine tenant à la fois de la merveille et de la simple abomination dans un même geste continu d'exister. Sans doute n'y a-t-il pas de pomme sans ver ! Autant en prendre notre parti. Et maintenant, après ces allusions aux paraboles éclairantes et aux métaphores explicatives, il suffit de se reporter aux comportements de nos aimables protagonistes car, à leur façon, ils sont pareils à des images nous aidant à nous saisir du réel.

  Si Henriette, aussi bien que Jules ont le "droit", chacun à leur manière, de percevoir les objets du monde, ils ne procèdent pas identiquement, loin s'en faut. Henriette, en prise directe sur les choses, volontiers concrète et un brin expéditive se confie, le plus souvent, à des opinions instinctuelles, genres d'arc réflexe produisant du sentiment, de l'opinion (la doxa des Grecs), du prêt-à-porter de la pensée, de la mondanéité, de l'expression sur le mode du "on" : on pense comme Paul, comme Pierre et tout ceci, évidemment, court-circuite une bonne partie du libre-arbitre. Le libre s'évacue, ne reste plus que l'arbitre ! Ceci énoncé ne veut en rien signifier que l'insistance à être d'Henriette serait en une certaine façon, inférieure à celle de Jules qui, on l'aura compris, fonctionne lui également avec l'arbitre mais en ménageant, tout autour, une aire de liberté. Car, si apprécier une pomme peut se satisfaire d'une manière d'immédiateté perceptive : celle-ci me paraît meilleure; celle-ci moins goûteuse, en matière d'humain il convient de prendre des pincettes, à savoir de conférer au jugement une assise plus large. En définitive, tout est en ce domaine, relié à une question spatio-temporelle. Poser un jugement, pour Jules, suppose une antériorité d'appréhension du sujet dont il est question, en même temps que l'édification d'un vaste espace tout autour afin que celui-ci, cet empan de liberté, crée les conditions mêmes d'une possible vérité. C'est pour cette raison que pour Jules, identiquement à son ancien métier de Magasinier, c'est à la suite d'une longue expérience, d'une maturation des données réelles se présentant quotidiennement à lui, que va découler son activité de classification du divers - pour lui boulons, soupapes et biellettes -,  dans des catégories particulières. Car toute taxonomie doit nécessairement s'enquérir, bien en-deçà de l'événement actuel qui fait phénomène, des assises qui ont précédé son apparition et, déjà, apercevoir, bien au-delà de son actuelle structure, les formes possibles de son devenir. Pour faire référence à une métaphore facilement compréhensible : s'enquérir de la pomme ne peut avoir lieu qu'après avoir pris acte des racines qui l'ont portée à son éclosion et, déjà, de sa corruption, donc de sa disposition de s'abandonner pour laisser place à une autre génération de pommes.

  C'est simplement pour cette raison que Jules a élaboré une grille de lecture complexe, intégrant aussi bien la relation des ses Copains au registre de la sensorialité, des archétypes, des formes symboliques, des manières d'exister, grille que vous découvrirez lors de la prochaine publication et dont déjà, votre perspicacité aura tiré quelques anticipations. Et, pour clore ce propos sur notre perception du monde, disons que le mode d'approche, pour Henriette est "proximal" donc opérant dans un rayon d'action immédiat, alors que pour Jules, il est "distal" donc a priori éloigné du sujet à observer, ce recul lui assurant, cependant, une perception plus "objective" du réel. Pour autant, si vous questionniez Jules et Henriette sur la qualité de leur singulière approche, chacun serait persuadé d'avoir fait le "bon choix", tellement il est vrai que chacun de nous a une telle familiarité avec sa propre nature qu'y introduire le moindre grain de sable peut gripper la machine. Peut-être, en définitive, dans tout ceci n'est-il question que de rouages, de clavettes et de pignons s'emboîtant "naturellement". Ce n'est pas l'ancien Magasinier de la Manu qui nous contredirait, lequel cependant, fait fonctionner la machine à sa manière. Unique, bien évidemment !

 

 

Le Simonet.

 

 

 

  Alors Henriette devient songeuse, c'est comme si elle souriait aux anges et puis elle se met à compter sur ses doigts et s'écrie :

  "Ah, mais je savais bien qu'il y en avait un déserteur et j'arrivais plus à le trouver, c'est le septième de la bande, c'est Simonetle Jean, eh bien Simonet c'est comme qui dirait un type..., c'est un genre de gars qui aime bien..., enfin c'est...c'est...pas facile de s'y prendre avec celui-là, c'est comme si tu voulais attraper un poulpe avec des gants de boxe, les gants tu les as toujours attachés aux poignets alors que le poulpe s'est fait la malle et t'as beau chercher, le poulpe il s'est planqué quelque part sous un rocher, eh bien, tu vois, Julesle Simonet je sais pas quoi en dire…" 

  Elle hésite Henriette, alors j'envoie un tentacule, puis deux et j'essaie de reprendre l'avantage et je lui dis :

  "Tu sais, Henriette, tu les as bien flingués, mes copains et d'ailleurs y a pas que du faux là-dedans, mais il faut que je t'explique un peu les raisons qui font que mes copains sont comme ça et pas autrement et surtout, il convient de rationnaliser, de ne pas juger aussi vite, tu sais,Henriette, nous non plus on est pas parfaits…"

Alors Henriette saisit la balle au bond, si on peut dire, et du reste elle prend pas des pincettes :  

  "Pour sûr Jules, on est pas parfaits, ça fait tout juste quarante ans que j'essaie de te le dire que la perfection elle t'a un peu passé; encore, quand t'étais jeune c'était buvable, la mixture, c'était même plutôt agréable et on a passé de sacrés bons moments ensemble mais, depuis ta retraite -, il a raison le Premier Ministre, des annuités il en faudrait au moins une bonne cinquantaine, comme ça, les bonnes femmes on aurait du temps devant nous -, depuis ta retraite tu es devenu un brin volcanique et la tolérance c'est pas ton fort, alors qu'autrefois...et puis ta manie d'avoir toujours raison, c'est quand même pas rose tous les jours de t'entendre râler; heureusement quetes potes du Club ils t'en épongent une partie de ton laïus sur tout et sur rien; qu'ils sont au premier rang pour essuyer les coups, et puis, quand tu rentres, tu fonces sur "France-Inter", tu veux pas en louper une miette des infos, ça te permet de recharger tes batteries pour l'après-midi, et après c'est Henriette qu'est en première ligne, qui prend les coups les uns après les autres, une grenade pour le gouvernement, une rocket pour les intégristes, une rafale pour les gamins qui disent plus bonjour, un tir de mortier sur les impôts, un autre sur le pouvoir d'achat, encore une autre sur la pension qu'augmente pas; alors, tu vois, Jules, tu devrais faire comme moi, le cultiver ton jardin, je veux dire au premier degré; tu aimes bien en parler des degrés, surtout du second, alors que moi je te parle du potager, de biner, de sarcler, de bêcher, et pendant ce temps, tu dégoiserais moins sur la société qui va de travers, sur les pétroliers qui polluent les plages, sur le climat qu'a changé depuis ton enfance, toi aussi, t'as changé, et tu t'es déjà posé la question de savoir ce qu'il en pensait, le climat, de ton changement ?, eh bien le climat il s'en fout et il a raison, c'est un peu comme Simonet, il vient avec vous pour vous donner le change, mais je suis sûre, il adhère pas à votre système, il vous observe juste un peu et après il doit bien rigoler des propos des "vieilles croûtes", oh je le connais pas bien, Simonetmais, je sais pas pourquoi, il me paraît être un type bien, qui prend du recul par rapport aux choses, qui réfléchit avant de parler; d'ailleurs il parle peu alors que votre bande de guignolsarrête pas de piailler, tout juste comme un troupeau d'étourneaux, et je me demande même si vous vous écoutez les uns les autres, enfin ça doit vous défouler un peu toute cette agitation, sinon vous y resteriez pas plantés sur vos bancs à longueur d'année, qu'il pleuve, gèle ou vente; tu me diras ça vous aère les neurones et tu vois, Jules, pour le Jean, j'arrive pas du tout à en dire du mal, c'est quand même rare quand on peut pas dire du mal de quelqu'un, c'est presque suspect, c'est un peu comme s'il existait pas, ça laisse une impression de malaise, c'est comme une méduse échouée sur la plage, tu peux juste la regarder mais tu peux rien en faire..."

  Alors, je saisis au vol le moment où Henriette reprend sa respiration pour lancer un assaut :   

  "Eh bien, Henriette, tu reconnaîtras mon esprit d'à-propos et mon inclination naturelle au jeu de mots, j'en reste tout à fait "médusé" de ta capacité à "introspecter" les Autres, sauf qu'en attendant t'as pris quand même soin de pas parler de toi, de te remettre en question; t'avais juste un peu peur de t'égratigner on dirait; alors comme je disais il y a peu, c'est pas tout dans l'erreur ce que t'as raconté sur le "Club des 7", sauf qu'il me faut apporter un petit correctif, juste une façon d'adoucir les choses pour que mes copains aient pas les oreilles qui "silent"comme disent nos cousins du Québec. Il faut bien que je leur rende un peu justice et pour y voir plus clair, je vais essayer de t'expliquer comment ils fonctionnent mes amis du "Club", je vais essayer de leur appliquer une "grille de lecture", ça laissera les choses un peu moins au hasard".

  Entendant ces derniers mots, surtout "grille de lecture", elle aime pas trop, elle trouve ça snobHenriette et elle me plante devant le formica et elle va éplucher des poireaux, elle pense que c'est plus consistant comme nourriture que les sornettes que je lui débite à longueur de temps. Alors, je prends un bout de papier, je pousse un brin les épluchures, et pendant qu'Henriette mitonne un pot-au-feu, je gribouille un peu, je fais quelques dessins sur une feuille, je rature un poil, c'est juste pour me donner des idées plus claires, et voilà ce que ça donne, pour le premier jet :

 

  

 

 

 

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 08:26

 

 

Les couleurs du fondement. (10° Partie)

 

 

 

 

  La VIE est une ESTHETIQUE.

  Le NOIR est une ESTHETIQUE.

  Le BLANC est une ESTHETIQUE.

  La VIE, le NOIR, le BLANC sont les prémisses du sens.

 

  L'EXISTENCE est une ETHIQUE.

  Le GRIS est une ETHIQUE.

  L'EXISTENCE, Le GRIS sont les ressources réelles du sens, leur révélation, leur vérité.

 

"VIVRE", "VIVRE", criait l'Homme-fou et il se dispersait dans les marécages NOIRS et BLANCS de la schizophrénie, simplement parce qu'il n'avait pu, ou su, donner sens à ce qui lui faisait face et qui n'était, en réalité, qu'une partie de lui-même, une réverbération. Et il était atteint de FOLIE. Mais d'une folie d'en-bas.

"EXISTER" , "EXISTER", disait l'Homme-Fou et il sinuait parmi les nuages, volutes  et circonvolutions GRISES. Et ceci, il le faisait car il questionnait tout ce qui venait à son encontre, n'oubliant de se questionner lui-même. Sur son origine. Sur le chemin accompli. Sur sa finitude. Et il était atteint de FOLIE. Mais d'une folie d'en-haut.

 

  Mais c'est toujours de FOLIE dont il est question. Car la Vie, l'Existence, si elles sont regardées adéquatement, ne parlent guère d'autre chose. Mais recherchons donc l'étymologie du mot "folie" afin qu'elle nous éclaire sur son inévitable polysémie :

 

  2. 1690 (Fur. : "Il y a aussi plusieurs maisons que le public a baptisées du nom de la folie, quand quelqu'un y a fait plus de despense qu'il ne pouvoit, ou quand il a basti de quelque maniere extravagante."). Prob. altération d'apr. folie = déraison.

 

  Il est tout de même curieux de constater que, par glissements successifs, la folie comme déraison se soit métamorphosée en folie en tant que maison, à savoir l'habitat et, par voie de conséquence, la façon d'habiter. Mais alors, l'admirable langage - comme toujours - , nous ferait-il signe vers une compréhension plus adéquate de ce que veulent dire, successivement, Vivre, Exister, comme si l'habiter, essence fondamentale de l'être humain, ne prenait réellement sens qu'à nous mettre sur la voie de quelque urgence ontologique ? De cela, jamais nous ne pourrons être assurés. Qu'il nous soit cependant permis de poser une hypothèse selon laquelle, Vivre correspondrait à un habiter en voie de constitution, en tant que possibles fondations de ce qu'il y a à construire. Cela serait, en quelque sorte "l'inhabiter".

  Alors qu'Exister serait l'habiter dans sa plénitude, lorsque la maison est achevée et le sens mis à l'abri.

  C'est sans doute ce que veut exprimer l'article dont un extrait est reproduit ci-dessous :

 

« “Habiter” (wohnen) signifie “être-présent-au-monde-et-à-autrui”. […] Loger n’est pas “habiter”. L’action d’“habiter” possède une dimension existentielle. […] “Habiter” c’est […] construire votre personnalité, déployer votre être dans le monde qui vous environne et auquel vous apportez votre marque et qui devient vôtre. […] C’est parce quhabiter est le propre des humains […] quinhabiter ressemble à un manque, une absence, une contrainte, une souffrance, une impossibilité à être pleinement soi, dans la disponibilité que requiert l’ouverture » (pp. 13 et 15).

Annabelle Morel-Brochet, - "Un point sur l’habiter. Heidegger, et après…" - EspacesTemps.net, Livres, 04.11.2008
http://www.espacestemps.net/articles/un-point-sur-lrsquohabiter-heidegger-et-apreshellip/

 

  Ainsi de la démesure qu'annonçait l'œuvre de Kazimir Malevich - Carré noir sur fond blanc -ne faisant jouer que deux abstractions "in-signifiantes", à l'œuvre de Giorgio de Chirico le signifié se fragmente pour ne plus laisser apparaître qu'un lexique mutilé, nous avons tenté d'introduire les éléments d'une sémantique s'essayant à resituer l'homme dans la dimension dont il ne saurait longuement s'absenter, celle du SENS qui le constitue et l'affirme au monde en tant que belle esquisse anthropologique. C'est peut-être ce que De Chirico, en habile Métaphysicien, voulait signifier à titre d'énigme, en peignant ce beau "Chant d'amour". Car, jamais LE SENS n'est donné d'avance. C'est nous qui le créons à mesure que nous EXISTONS !

 

 de-chirico-copie-1.JPG

 "Chant d'amour" Giorgio de Chirico.

Source : Wikipédia.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 21:20

 

Bernard Vérité ou la justesse du regard.

 

 

verite1 

Dessin : Bernard Vérité. 

 

 

verite2

Dessin : Bernard Vérité. 

 

 

 

  Bernard Vérité. Sans doute ce patronyme ne vous dira-t-il rien. Certes son possesseur n'avait pas fait les Beaux-arts, ses œuvres ne figuraient pas aux cimaises des grands Musées et il n'y avait pas de fac-similés de ses dessins dans la presse nationale. Et pourtant…Bernard Vérité était un Artiste. Il en avait la sensibilité, il en avait le regard exact, celui qui plonge au-dedans de vous afin d'en tirer la "substantifique moelle". Car Bernard ne se contentait nullement de vous considérer comme une forme à reproduire, une esquisse à tracer sur une feuille de Canson. Bernard vous enveloppait dans une vision compréhensive, celle qui ne néglige rien, surtout pas votre âme. Car c'est bien là la vertu de l'Artiste vrai que  de ne pas se contenter de la surface lisse et polie, mais de plonger là où la signification se cache.

  Tous ses dessins, sans exception, sont comblés d'humanisme. Car si Bernard aimait le dessin, au point de laisser ses traces un peu partout, aussi bien sur l'écorce des potirons, c'est l'homme qu'il aimait avant tout. Sa simplicité, sa rectitude de vue, son esprit chevillé à la terre, sa disponibilité. Vérité était, en quelque sorte, le porte-parole des humbles, la main des modestes, l'œil des invisibles.

  "Je dessine pour les aveugles." expliquait un jour dans son fameux abécédaire Gilles Deleuze, ce qui, pour le Philosophe se traduisait par :  "Je dessine à la place des aveugles". Magnifique leçon d'altérité où le créateur, l'Ecrivain en l'occurrence, fait don de son œuvre à celui qui, pour diverses raisons, n'a pas le bonheur de créer. Merveilleuse fusion des affinités où se recueillent dans une même conque signifiante le créateur et celui à qui l'œuvre est destinée. Comme s'il existait une manière de réversibilité naturelle qui soit en mesure d'établir une coïncidence de droit des complémentaires. Mais énoncer ceci est tout simplement de l'ordre du don de soi.

  Bien évidemment, c'est là que je voulais en venir, à cette incomparable passerelle qui s'établit entre les hommes dès lors que l'esprit est ouvert au partage. Car, si Bernard dessinait d'abord pour lui - ce qu'on ne saurait lui reprocher -, il dessinait surtout pour l'Autrele Sujet de son œuvre, cet homme de chair, cette femme de sang qui transparaissent en filigrane dans le dessin. Ceux qu'il a dessinés, non seulement on les voit, bien évidemment, mais on les touche, on les entend; leur voix est si proche de nous, leur accent faisant rouler ses galets et leurs mains dessinent à leur tour, dans l'air, les confluences de la beauté. Comment pourrait-il en être autrement ? Ce ne sont pas simplement des effigies de papier - la plupart se sont absentés pour toujours -, ce sont des êtres-présents dont l'Artiste nous fait l'offrande depuis l'outre-image dans laquelle, lui aussi, a fini par consentir à s'effacer. Seulement son souvenir nous hante, seulement ses dessins nous manquent. Il y avait encore tellement à faire. Les contours de l'humanité, lorsqu'on sait les voir, les dessiner, sont sans limites. La générosité aussi.

  Merveilleux don que celui de pouvoir écrire, dessiner, sculpter, composer, peindre, forger, enluminer, relier et, quand l'œuvre a livré toute sa substance, l'offrir, tout simplement comme un fragment de soi. Bonheur sans pareil que Bernard a vécu bien des fois, lorsque, sur la table de cuisine encombrée d'objets hétéroclites, au milieu de ceux qu'il aimait comme des frères, rouleau de Canson à la main il livrait le bien le plus précieux que puisse offrir l'homme : une création singulière, destinée à un Unique, dans un geste de pure amitié. Combien de ces modestes mais très estimables œuvres habitent maintenant les murs des chaumières, dans leur cadre de bois, comme une icône du temps passé. Elles témoignent de ce temps perdu, de la fuite des grains dans le sablier, elles témoignent surtout de la chaleur du lien qui traversait les habitants réunis dans un lieu particulier. Le thème en était presque toujours celui d'une ruralité franche et bon enfant, un peu à la manière d'une image d'Epinal, mais d'une image investie, jusqu'en son fond, d'une grande et juste camaraderie, d'une existence sans concession.

  Cette dimension de l'humain se fût-elle absentée et l'on n'aurait eu face à soi que de gentils gribouillis, des traits de couleur invisibles, des contours se diluant parmi la blancheur du cadre. Bien évidemment, la plupart des Lecteurs, Lectrices qui liront cet article n'en connaissent pas les protagonistes. Mais qu'ils se rassurent donc : ils sont VRAIS au-delà de tout ce qui se peut imaginer. Sur ces coloriages que d'aucuns pourraient trouver naïfs, ce sont de réelles existences qui s'adressent à nous, des vies de labeur sans compromission, du corps-à-corps existentiel; de la boue, de la vraie; de la glèbe, de la lourde; du limon, du noir et tout ceci nous est restitué avec une telle limpidité que ces personnages, nous les croirions vivants, prêts à en découdre sur la façon d'édifier une gerbière, de gauler des noix, de labourer avec l'antique Pony un quasi-trésor sans même prendre la peine de le ramasser.

  Cette dernière image est si belle, si pleine d'enseignement, si désintéressée qu'il serait vain d'ajouter d'autres considérations qui deviendraient vite superfétatoires. Qu'il nous soit permis, pour conclure, d'ajouter une remarque, laquelle voudrait simplement indiquer la joie indicible de la rencontre, du moment rare entre amis. Bernard savait s'y prendre en ce domaine comme en bien d'autres. Sachons le remercier à l'aune des présents qu'il nous a amplement prodigués.

  Jamais justesse du regard ne va sans justesse de l'âme. Assurément Bernard Vérité était de la trempe de ceux qui savent ce qu'AIMER veut dire. Ses dessins, bel hymne à la vie, en portent toujours l'ineffaçable témoignage. Chapeau l'ARTISTE !

 

  

  Pour ceux qui souhaiteraient approfondir l'oeuvre de Bernard Vérité, qu'ils veuillent bien suivre les liens ci-dessous :

 

 http://0z.fr/5HZjk

 

http://0z.fr/H-gfI

 

http://0z.fr/rDCHt

 

   

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 16:45

 

Dieu aime-t-il les pauvres ?

 

 

 

  Parfois, avouez, c'est à n'y rien comprendre au comportement des hommes, à leurs lubies, à leurs petites manies, à leurs gentils radotages, à leurs croyances. Remarquez, les croyances des autres cela ne nous empêche pas d'avancer et de tremper notre bout de crouton dans la gamelle, et de vivre selon nos propres principes. Après tout, la foi ça se respecte et il faut bien un peu de tolérance dans la société afin qu'elle puisse faire tourner ses bielles et actionner ses rouages sans autre forme de souci.

  "La tolérance ?  Il y des maisons pour ça !", affirmait le très catholique Paul Claudel. Oui, et après tout on peut aussi bien "aller aux Putes" qu'honorer la Vierge Marie le dimanche. Peut-être, d'ailleurs, les deux ne sont-ils pas incompatibles ! C'est toujours d'un même acte d'amour dont il s'agit. L'un est amour vénal incliné au commerce avec les Dames de petite vertu; l'autre amour sublimé en direction d'une Dame à la grande vertu. Du moins nous l'a-t-on appris ainsi dans la petite sacristie qui sentait bon le moisi et le pain azyme et même on n'avait qu'une hâte avec les autres chenapans, c'était de sortir au soleil, de s'égailler dans la nature en criant comme des beaux diables, oubliant ce que le bon Curé aux oreilles découpées dans du carton - cause aux engelures -, nous avait inculqué longuement, et que nous nous dépêchions de disséminer aux quatre vents le temps de chaparder quelques cerises vertes. C'était à la période du bon "Mois de Marie". A part le Curé, la Sainte du coin, le carillonneur et les trois ou quatre enfants de chœur commis à servir l'Immaculée, on peut pas dire que la Maison du Bon Dieu avait à pousser ses murs afin d'y accueillir la foule des fidèles ! Mais revenons-en aux vertus de ces Dames et aux diverses croyances subséquentes, sans cependant s'engager ici dans le débat urticant qui, toujours, s'installe entre dévots et agnostiques. C'est affaire de penchant personnel, non de raison.

 

   "La foi ne se prouve pas, elle s'éprouve. Les croyants n'ont pas besoin de preuves, mais d'épreuves.", comme l'affirmait subtilement Julien Green .

 

  Or, si nous suivons l'Ecrivain dans son assertion, nous en approuverons le contenu surtout quant à la finale de son énoncé : "Les croyants [ont besoin] d'épreuves".

 Et, bien évidemment, ce n'est pas Henriette qui nous contredira, elle dont le long monologue est une violente diatribe en direction des religions, du joug qu'elles imposent, des fourches caudines sous lesquelles doivent se ployer les croyants afin qu'ils soient dignes de recevoir l'amour divin. Mais de quoi l'homme s'est-il rendu coupable pour qu'il lui soit demandé de subir ces fameuses "épreuves" ? Certes la pomme, certes les fruits de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais peut-on se laisser abuser longtemps par une si mince fable ? Et quand bien même l'âme de l'homme, en sa nature, eût dissimulé depuis l'origine, les stigmates d'une "joie" peccamineuse, Dieu, en son infinie bonté - c'est du moins l'antienne des bedeaux et autres catéchumènes -, eût pu consentir à "passer l'éponge" pour plagier la très concrète Henriette.

  Car, sur Terre, entre hommes de relativement bonne volonté, lorsque la justice rend son verdict, l'homme condamné "purge sa peine", pour, ensuite, ressortir à l'air libre et marcher en tous sens selon les délibérations  de sa nouvelle liberté. Mais il est vrai que la justice des hommes n'est pas celle de Dieu, et comme Dieu est le Transcendant par excellence, il est "juste" que sa sévérité soit exemplaire au regard du piètre comportement de l'humaine condition.

  Soit. Mais ce qui est confondant dans toute cette histoire, c'est que ce sont toujours les pauvres diables, les laissés pour compte, les paumés de tous ordres qui paient, tout au long de la longue aventure humaine, la plus lourde facture. Comme si la pauvreté elle-même était une des conditions requises pour souffrir davantage et s'extraire de son extrême condition de pêcheur impénitent à la seule force du poignet.  Ainsi, aux quatre coins de l'univers, dans les sombres, étroites et humides galeries des mines, pour quelques pièces, les damnés  arrachent au sol ses richesses en priant la Pachamama, la "généreuse" Terre-Mère (= la Vierge Marie) de leur accorder pain  quotidien, alcool et longue vie alors que, de leurs gueules noires coule, en longs filets jaunâtres, le jus de feuilles de coca qui, chaque jour un peu plus, les envoie en enfer. Remarquez, ils y sont déjà et n'ont donc plus rien à craindre ! Et ce qui est vrai dans le cadre de la cosmogonie andine l'est tout autant sous d'autres latitudes, aussi bien dans le chamanisme Inuit, que chez les esprits de l'animisme, les rites vaudous, le totémisme, ainsi que dans toutes les mythologies religieuses ou assimilées qui ont fleuri de tous temps sous les divers tropiques, fussent-ils "tristes" ou bien versés au pur hédonisme. 

  Traits communs à ces diverses épiphanies du fait religieux : une certaine naïveté des populations, souvent beaucoup d'ignorance, de piété mystique, de prosternation devant des phénomènes inexpliqués, le refuge instinctif dans la meute tribale, une peur quasiment viscérale de la nature et des déifications qui semblaient l'avoir investi de toute éternité, l'adhésion à des cosmogonies "primaires" fondées sur des chaînes de causalité claudicantes, une existence recluse et incluse dans un territoire "féodal" où perdurait souvent la fameuse dialectique hégélienne du "Maître et de l'esclave". Mais, malheureusement, pour ces peuples opprimés, la logique de la "Phénoménologie de l'Esprit" semblait être grippée, ne produisant que rarement le résultat qu'énonçait le postulat, à savoir que l'Esclave excédé par sont sort finissait par se rebeller et prendre le pouvoir à son tour.

  On voit donc comment la pesanteur humaine, l'inertie naturelle des sociétés dominantes permettaient, par le recours à la force, mais aussi, bien évidemment, à la soumission qu'exigeait la pratique d'une religion ou d'une croyance, de maintenir dans un statut de quasi-dépendance des légions de travailleurs affamés, en haillons et hagards, lesquels n'avaient guère que le recours au fameux "opium du peuple" auquel recourir afin de ne pas tuer dans le germe le mince espoir qui s'insinuait encore dans les consciences à la manière d'un filon étique, de plomb plutôt que d'or. Le métal jaune répandait une sorte de mandorle ceignant le front des Méritants, alors que la gangue de plomb faisait ployer l'échine des Coupables. Ainsi semblait s'accomplir la parabole inscrite depuis la nuit  des temps à la cimaise du Paradis Terrestre :

 

  " Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez." (Genèse 3).

 

  Ainsi s'exprimait le Serpent face à Adam et Eve, instillant dans leur âme ainsi que dans celle de leurs descendants, l'idée même de la Mort, du péché éternel et du rachat  dont l'homme devenait  redevable avant que de redevenir fréquentable. Cependant à ce jeu du rachat, c'était comme au Monopoly, certains gagnaient et amassaient des fortunes alors que d'autres végétaient et croupissaient dans des quartiers peu reluisants. C'est ce constat en forme de yatagan ou bien de guillotine acérée qu'Henriette énonce avec virulence devant Jules médusé (Voir "les Copains d'abord"), lequel Jules n'en pense pas moins mais le tient bien au chaud en quelque pli secret du corps.

  Bien évidemment, ce type d'interrogation suspendue dans le vide - pourquoi des pauvres ? -  nous cloue contre le mur de la déréliction, puis nous livre, pieds et bouche scellée, dans le puits sans fond de la sombre aporie, là où se referme la compréhension, là où la questionnement se retourne comme un gant inutile ne pouvant plus guère nous assurer que de saisir le monde à la manière d'un filet d'eau putride et nauséabonde. Le sens - cette transcendance réalisée - s'absente soudain de nous, nous laissant sans voix, c'est-à-dire nous ôtant ce que nous avons de plus noble, à savoir le langage et la conscience qui en assure l'effusion. Et, même si le souverain Principe de Raison fuit de notre pensée à la vitesse des comètes - corollairement au sentiment de fermeture de l'aporie -, essayons tout de même de nous poster sur le seuil d'une possible réflexion et, à tout le moins, d'un entendement avec nous-mêmes.

  Ces "Mineurs de la Pachamama" - ces croyants étalant devant nous la palette des offrandes, quelques feuilles de coca, une giclée d'eau de vie, une goulée de bière, une pincée de poudre de perlimpinpin; le font-ils par amour pour eux-mêmes, par pure égoïté, attendant de leurs prières un juste retour; le font-ils pour une supposée félicité qui, un jour, pourrait leur être offerte afin que soit effacée leur douleur; le font-ils pour l'amour qu'ils adressent à la Pachamama, à Dieu, à un Absolu comme finalité, sans espoir de quelque bénéfice ?  Le font-ils seulement "pour le faire", pour que quelque chose soit accompli, mus par un sombre et impérieux instinct ?

  Mais tout ceci est un autre enjeu qui, en définitive, pose le problème du sens à accorder à l'amour. Nécessaire réflexion dès que l'on s'adresse à l'Autre, fût-il humble, roi ou bien Dieu. La question demeure posée.

 

 

 

 

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 16:38

 

   Parfois, avouez, c'est à n'y rien comprendre au comportement des hommes, à leurs lubies, à leurs petites manies, à leurs gentils radotages, à leurs croyances. Remarquez, les croyances des autres cela ne nous empêche pas d'avancer et de tremper notre bout de crouton dans la gamelle, et de vivre selon nos propres principes. Après tout, la foi ça se respecte et il faut bien un peu de tolérance dans la société afin qu'elle puisse faire tourner ses bielles et actionner ses rouages sans autre forme de souci.

  "La tolérance ?  Il y des maisons pour ça !", affirmait le très catholique Paul Claudel. Oui, et après tout on peut aussi bien "aller aux Putes" qu'honorer la Vierge Marie le dimanche. Peut-être, d'ailleurs, les deux ne sont-ils pas incompatibles ! C'est toujours d'un même acte d'amour dont il s'agit. L'un est amour vénal incliné au commerce avec les Dames de petite vertu; l'autre amour sublimé en direction d'une Dame à la grande vertu. Du moins nous l'a-t-on appris ainsi dans la petite sacristie qui sentait bon le moisi et le pain azyme et même on n'avait qu'une hâte avec les autres chenapans, c'était de sortir au soleil, de s'égailler dans la nature en criant comme des beaux diables, oubliant ce que le bon Curé aux oreilles découpées dans du carton - cause aux engelures -, nous avait inculqué longuement, et que nous nous dépêchions de disséminer aux quatre vents le temps de chaparder quelques cerises vertes. C'était à la période du bon "Mois de Marie". A part le Curé, la Sainte du coin, le carillonneur et les trois ou quatre enfants de chœur commis à servir l'Immaculée, on peut pas dire que la Maison du Bon Dieu avait à pousser ses murs afin d'y accueillir la foule des fidèles ! Mais revenons-en aux vertus de ces Dames et aux diverses croyances subséquentes, sans cependant s'engager ici dans le débat urticant qui, toujours, s'installe entre dévots et agnostiques. C'est affaire de penchant personnel, non de raison.

 

   "La foi ne se prouve pas, elle s'éprouve. Les croyants n'ont pas besoin de preuves, mais d'épreuves.", comme l'affirmait subtilement Julien Green .

 

  Or, si nous suivons l'Ecrivain dans son assertion, nous en approuverons le contenu surtout quant à la finale de son énoncé : "Les croyants [ont besoin] d'épreuves".

 Et, bien évidemment, ce n'est pas Henriette qui nous contredira, elle dont le long monologue est une violente diatribe en direction des religions, du joug qu'elles imposent, des fourches caudines sous lesquelles doivent se ployer les croyants afin qu'ils soient dignes de recevoir l'amour divin. Mais de quoi l'homme s'est-il rendu coupable pour qu'il lui soit demandé de subir ces fameuses "épreuves" ? Certes la pomme, certes les fruits de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais peut-on se laisser abuser longtemps par une si mince fable ? Et quand bien même l'âme de l'homme, en sa nature, eût dissimulé depuis l'origine, les stigmates d'une "joie" peccamineuse, Dieu, en son infinie bonté - c'est du moins l'antienne des bedeaux et autres catéchumènes -, eût pu consentir à "passer l'éponge" pour plagier la très concrète Henriette.

  Car, sur Terre, entre hommes de relativement bonne volonté, lorsque la justice rend son verdict, l'homme condamné "purge sa peine", pour, ensuite, ressortir à l'air libre et marcher en tous sens selon les délibérations  de sa nouvelle liberté. Mais il est vrai que la justice des hommes n'est pas celle de Dieu, et comme Dieu est le Transcendant par excellence, il est "juste" que sa sévérité soit exemplaire au regard du piètre comportement de l'humaine condition.

  Soit. Mais ce qui est confondant dans toute cette histoire, c'est que ce sont toujours les pauvres diables, les laissés pour compte, les paumés de tous ordres qui paient, tout au long de la longue aventure humaine, la plus lourde facture. Comme si la pauvreté elle-même était une des conditions requises pour souffrir davantage et s'extraire de son extrême condition de pêcheur impénitent à la seule force du poignet.  Ainsi, aux quatre coins de l'univers, dans les sombres, étroites et humides galeries des mines, pour quelques pièces, les damnés  arrachent au sol ses richesses en priant la Pachamama, la "généreuse" Terre-Mère (= la Vierge Marie) de leur accorder pain  quotidien, alcool et longue vie alors que, de leurs gueules noires coule, en longs filets jaunâtres, le jus de feuilles de coca qui, chaque jour un peu plus, les envoie en enfer. Remarquez, ils y sont déjà et n'ont donc plus rien à craindre ! Et ce qui est vrai dans le cadre de la cosmogonie andine l'est tout autant sous d'autres latitudes, aussi bien dans le chamanisme Inuit, que chez les esprits de l'animisme, les rites vaudous, le totémisme, ainsi que dans toutes les mythologies religieuses ou assimilées qui ont fleuri de tous temps sous les divers tropiques, fussent-ils "tristes" ou bien versés au pur hédonisme. 

  Traits communs à ces diverses épiphanies du fait religieux : une certaine naïveté des populations, souvent beaucoup d'ignorance, de piété mystique, de prosternation devant des phénomènes inexpliqués, le refuge instinctif dans la meute tribale, une peur quasiment viscérale de la nature et des déifications qui semblaient l'avoir investi de toute éternité, l'adhésion à des cosmogonies "primaires" fondées sur des chaînes de causalité claudicantes, une existence recluse et incluse dans un territoire "féodal" où perdurait souvent la fameuse dialectique hégélienne du "Maître et de l'esclave". Mais, malheureusement, pour ces peuples opprimés, la logique de la "Phénoménologie de l'Esprit" semblait être grippée, ne produisant que rarement le résultat qu'énonçait le postulat, à savoir que l'Esclave excédé par sont sort finissait par se rebeller et prendre le pouvoir à son tour.

  On voit donc comment la pesanteur humaine, l'inertie naturelle des sociétés dominantes permettaient, par le recours à la force, mais aussi, bien évidemment, à la soumission qu'exigeait la pratique d'une religion ou d'une croyance, de maintenir dans un statut de quasi-dépendance des légions de travailleurs affamés, en haillons et hagards, lesquels n'avaient guère que le recours au fameux "opium du peuple" auquel recourir afin de ne pas tuer dans le germe le mince espoir qui s'insinuait encore dans les consciences à la manière d'un filon étique, de plomb plutôt que d'or. Le métal jaune répandait une sorte de mandorle ceignant le front des Méritants, alors que la gangue de plomb faisait ployer l'échine des Coupables. Ainsi semblait s'accomplir la parabole inscrite depuis la nuit  des temps à la cimaise du Paradis Terrestre :

 

  " Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez." (Genèse 3).

 

  Ainsi s'exprimait le Serpent face à Adam et Eve, instillant dans leur âme ainsi que dans celle de leurs descendants, l'idée même de la Mort, du péché éternel et du rachat  dont l'homme devenait  redevable avant que de redevenir fréquentable. Cependant à ce jeu du rachat, c'était comme au Monopoly, certains gagnaient et amassaient des fortunes alors que d'autres végétaient et croupissaient dans des quartiers peu reluisants. C'est ce constat en forme de yatagan ou bien de guillotine acérée qu'Henriette énonce avec virulence devant Jules médusé (Voir "les Copains d'abord"), lequel Jules n'en pense pas moins mais le tient bien au chaud en quelque pli secret du corps.

  Bien évidemment, ce type d'interrogation suspendue dans le vide - pourquoi des pauvres ? -  nous cloue contre le mur de la déréliction, puis nous livre, pieds et bouche scellée, dans le puits sans fond de la sombre aporie, là où se referme la compréhension, là où la questionnement se retourne comme un gant inutile ne pouvant plus guère nous assurer que de saisir le monde à la manière d'un filet d'eau putride et nauséabonde. Le sens - cette transcendance réalisée - s'absente soudain de nous, nous laissant sans voix, c'est-à-dire nous ôtant ce que nous avons de plus noble, à savoir le langage et la conscience qui en assure l'effusion. Et, même si le souverain Principe de Raison fuit de notre pensée à la vitesse des comètes - corollairement au sentiment de fermeture de l'aporie -, essayons tout de même de nous poster sur le seuil d'une possible réflexion et, à tout le moins, d'un entendement avec nous-mêmes.

  Ces "Mineurs de la Pachamama" - ces croyants étalant devant nous la palette des offrandes, quelques feuilles de coca, une giclée d'eau de vie, une goulée de bière, une pincée de poudre de perlimpinpin; le font-ils par amour pour eux-mêmes, par pure égoïté, attendant de leurs prières un juste retour; le font-ils pour une supposée félicité qui, un jour, pourrait leur être offerte afin que soit effacée leur douleur; le font-ils pour l'amour qu'ils adressent à la Pachamama, à Dieu, à un Absolu comme finalité, sans espoir de quelque bénéfice ?  Le font-ils seulement "pour le faire", pour que quelque chose soit accompli, mus par un sombre et impérieux instinct ?

  Mais tout ceci est un autre enjeu qui, en définitive, pose le problème du sens à accorder à l'amour. Nécessaire réflexion dès que l'on s'adresse à l'Autre, fût-il humble, roi ou bien Dieu. La question demeure posée.

 

 

Calestrel.

 

 

 

  Le tour de ce brave Calestrel qui ferait pas de mal à un asticot, oh, je reconnais, avec sa touche de martyre on le confondrait presque avec Saint-Denis l'Aréopagite, mais c'est pas une raison pour l'enfoncer davantage et d'ailleurs son profil correspond si bien à sa fonction de bedeau à l'Eglise d'Ouche, que s'il avait ressemblé à James Dean dans "Géant" avec Elisabeth Taylor, ce brave Curé de la paroisse l'aurait jamais embauché et c'est vrai que les gens l'aiment pas beaucoup cause à son faciès qui fait penser aux Luthériens vêtus de noir quand ils célèbrent la Cène, mais l'avantage, avec Calestrel, c'est qu'il peut se tenir debout contre un pilier de l'église, missel à la main, au cours d'un enterrement, on fait même pas attention à lui, sauf quand il passe faire la quête et alors on lui refile surtout les petites pièces et parfois des trouées qui datent de la guerre et d'autres avec des francisques dessus et l'autre face, c'est du côté de Vichy avec juste des centimes de 1940.

 

  "Oh, Calestrel, c'est sûr, il est pas porté sur la "chooose" comme Pittacci," elle reprend Henriette, "mais il est pas plus intéressant pour ça et, au fait, le matin, quand vous êtes tous réunis comme des aubergines sur vos bancs peints en vert, il vous parle de quoi, Calestrel ?, il vous parle du Bon Dieu qui ferait mieux d'aider les pauvres du Tiers-Monde plutôt que de remplir les églises de bigotes ?, il vous parle de quoi, au juste ?, du Pape actuel qu'est aussi borné que le précédent et le précédent l'était tout autant que la lignée de crétins du Vatican qui pensent tout juste à partir en week-end à Castel Gandolfo pour voir les Italiennes faire trempette dans le lac d'Albano ?, il vous dit quoi Calestrel ?, il vous parle de la contraception, du préservatif, du sida qui sont pas en odeur de sainteté au Saint-Siège, même qu'en Afrique, tellement ils sont croyants, ils crèvent comme des mouches, pendant que le Pape il se tape des ortolans sous le baldaquin en bronze de Saint-Pierre de Rome ?, il vous confesse un peu, le Calestrel ?, il vous tire les vers du nez ?,il cherche à savoir un brin du croustillant qui traîne entre les couples ?, oh, faut dire, le pauvre Calestrel, avec sa Marie-Firmine il doit pas y monter tous les jours au septième ciel et de quoi il vous entretient, au juste, le Bedeau ?, des guerres de religion ?, du massacre des protestants de la Saint-Barthélémy ?, il vous parle de Bernadette Soubirous ?, de l'Immaculée Conception ?, de la grotte de Massabielle ?, des petits cailloux du gave qu'on achète en sachets à Lourdes même ils sont pas fameux ?, il vous parle des pauvres cons de paralytiques couchés sur leurs tables roulantes qu'attendent que l'autre enfoiré planqué au Ciel leur intime l'ordre, comme au Lazare : "Lève-toi et marche !" ?, c'est quand même un monde cette attirance des mal lotis pour cette sorte "d'opium du peuple", et plus on les entube et plus ils en redemandent; tu avoueras, Jules, c'est comme les modestes, les concierges, les laissés-pour-compte de la société, c'est toujours eux qui s'abîment les yeux, la nuit, à regarder à la flamme d'une bougie les images glacées de "Gala" qui leur racontent ce qu'ils auraient pu être -, une princesse; une star, une en-vue-du-Show-biz qui s'éclate sur des yachts de luxe -, mais pas de pot, ils ont pas tiré le bon numéro qui donne accès à la magnifique coupée, et ils désespèrent pas d'y arriver un jour, même c'est sûr, ça va arriver bientôt, ils le sentent, et c'est pour ça qu'ils jouent toutes les semaines, au "Loto", au "Tac-o-tac", au "gratte-machin-qui-gagne-des-rêves-à-la-tonne", et souvent, en cachette, au fond de leur couchage qui protège du froid les trottoirs des villes, ils récitent des prières, des "Ave Maria", des "Confiteor", ils font des signes de croix et ils baisent leurs mains gelées en guise de crucifix et, malgré les plaies et les contusions et la faim qui leur taraude le ventre, ils osent même pas mourir, parce que c'est pas encore leur heure, ce serait pas correct d'arriver devant Dieu sans s'y être suffisamment préparé, puis ils veulent encore la faire tourner la roulette du hasard sur cette putain de Terre, et eux aussi ils l'auront leur yacht ancré au caniveau, leur palais de carton appuyé au tronc du vieux platane, et puis ils les auront toutes les bagnoles aux capots brillants qui glissent le long des rues et, parfois, les éclaboussent un poil, mais c'est par gentillesse, pour dire, "on vous a remarqués, vous êtes des nôtres, faudra faire une grande fête, un de ces jours, chez Aristide Dupont-Bertilleux-du-CAC-40", alors, Calestrel, "le-petit-émissaire-du-Bon-Dieu-sur-la-Terre", il vous en parle de ces braves types qu'attendent le Paradis chaque jour qui passe ?, et le Très-Haut, des fois, il lui glisserait pas aux oreilles du Calestrel, des petites formules magiques pour que les pauvres ils deviennent un peu plus riches et que les riches, ils deviennent un peu plus pauvres ?, et le SeigneuTout-Puissant, il s'intéresse pas un brin à la mondialisation, au réchauffement climatique, aux tsunamis ?, il s'intéresse pas au cancer qui bouffe les chairs, aux Parkinsons qui tremblent, aux Alzheimer qui délirent ?, il s'intéresse qu'à la Religion, le Grand-Fakir-d'en-Haut ?, et d'ailleurs peu importe comme il s'appelle et même c'est Prévert qu'avait la meilleure formule pour lui clouer le bec au Grand-Parano qui nous promet l'Eldorado depuis des siècles et on voit toujours pas arriver le début du commencement de l'once d'une pépite, pas même un peu de poussière dorée, ou juste une médaille plaquée-or, à son effigie et, à ton Saint-Ami, tu peux lui rafraîchir la mémoire avec le poème du Jacques:

 

PATER NOSTER

 

Notre Père qui êtes aux cieux

Restez-y

Et nous resterons sur la terre

Qui est quelquefois si jolie

........

Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer

Avec les épouvantables malheurs du monde

Qui sont légion...

 

  "Et tu diras à Calestrel qu'il essaie de méditer un peu les paroles du Poète et qu'il nous fasse plus chier avec ses airs de Sainte-Nitouche, ah pour ça, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession, même avec confession, c'est au choix, et qu'il en fasse bon usage et qu'il le ramène, le Bon-Dieu, au Vatican, même à Jérusalem s'il le faut, qu'il le refile dans la grotte à Bethléem, qu'il la mure, la grotte, avec des briques, qu'il y mette JosephMarie, l'âne et le bœuf en prime, et tant qu'il y est, qu'il y mette aussi l'Yves et qu'il laisse le monde en paix et comme ça le peuple n'aura plus d'opium et on espère qu'il sera moins crédule, qu'il prendra les faucilles et les marteaux, qu'il déboulonnera quelques effigies de la République des Nantis et que partout on dansera la carmagnole, qu'on mettra sur la tête des bonnets phrygiens, qu'on plantera des Arbres de la Liberté et des mâts de cocagne et qu'il y aura partout des guirlandes de billets, des "Kenos" et des "Millionaires" et qu'on aura même plus à se baisser et à gratter la terre pour avoir ses annuités, qu'il fera bon partout, même on pourra se mettre nus comme Adam et Eve et on aura enfin trouvé le Paradis Terrestre et alors, Jules, avec ta bande de branques, vous aurez plus besoin de recréer le monde, assis comme des poireaux, sur vos bancs verts et vous tendrez la main vers les platanes de la Place du Marché et c'est des Pommes d'or qui vous tomberont du Ciel, et vous serez alors au milieu du Jardin des Hespérides, et les femmes tendront vers vous leurs bras chargés d'amour et de fleurs et, tu vois, Jules, c'est pas si difficile d'être heureux..."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 09:30

 

Les couleurs du fondement. (9° Partie)

 

 

 

  Que nous y consentions ou non, nous sommes toujours dans l'inquiétude d'être. La Question métaphysique en étant la perspective la plus visible. C'est de cette Question dont, à tout moment, nous devons être pénétrés afin d'accéder à l'Exister et ne pas demeurer dans les pesanteurs du Vivre .

  Nous chercherons, ainsi, à nous absenter de tout ce qui gire dans l'orbe de la quotidienneté avec sa succession de clignotements abscons, NOIR - BLANC - NOIR - BLANC, appelant ce GRIS intermédiaire, l'unique voie de passage nous intimant à connaître ce dont l'être est constamment pourvu et que notre entêtement à ne pas voir dissimule sous des voiles d'inconnaissance, alors que l'évidence du sens est si proche, nous brûlant constamment de son urgence à paraître.

  Pourtant du GRIS, nous sommes constamment entourés, mais c'est nous qui ne savons pas le reconnaître, en faire notre demeure. Car tout réside dans la façon d'habiter la demeure que nous sommes, d'habiter le monde ensuite. Et l'habiter avec plénitude passe par des voies multiples, lesquelles peuvent être aussi simples que de regarder la lumière faire sa glaçure sur l'arrondi du galet, mais, aussi bien, se placer en situation de comprendre la pensée complexe, la théorie inventive, le concept ouvert, la sublime métamorphose, les subtilités du métabolisme, les phénomènes de plasticité humaine, les glissements successifs du sens, du secret au révélé, de l'ésotérique à l'exotérique.

  Le problème du sens, c'est que, la plupart du temps, il n'est pas directement saisissable. Il y faut au moins une attention, le recours à une propédeutique, l'acceptation de la remise en question des évidences dont le réel nous abreuve sans, pour autant, qu'il nous donne les clés de compréhension qui, en toute logique, devraient y être afférentes de manière à ce que nous puissions en réaliser une lecture adéquate. Mais bien des choses de ce fameux réel se présentent à nous comme les hiéroglyphes se montraient à Champollion dans toute leur charge de mystère. Et c'est bien cette dimension de sens caché qui en fait tout l'intérêt. Qu'aurions-nous à chercher si tout, d'emblée, avait reçu son empreinte définitive ? Nous n'aurions plus de question à nous poser et, de facto, le langage, cette essence singulière marquant l'homme de son sceau, n'aurait plus à rayonner. Une aporie et nulle autre chose.

  Tout ce qui a été évoqué précédemment dans cet article concourt à apporter un "supplément d'âme", à proposer un tremplin à partir duquel mobiliser la pensée, une ouverture dont le regard pourra se saisir afin que la conscience mobilise de nouveaux territoires. Bien évidemment la profusion des propositions peut paraître déconcertante, mais ce n'est qu'à l'aune d'une telle amplitude que peut se révéler l'immense champ éclairant-éclairé que nous serons amenés à investir si nous consentons à pénétrer dans la "multiple splendeur" dont, par essence, nous devons être les révélateurs. Abandonnant le NOIR et le BLANC à leur naturelle mutité, c'est au GRIS que nous demanderons de déployer la symphonie du monde. Celle-ci empruntera quantité de chemins dont, par définition, nous n'épuiserons jamais les ressources.

  Quelques pistes ont été données, celle du barzakh ou perception imaginative; de la raison sensible; de la géopoétique; de la chôra platonicienne; de la coïncidence des opposés; de l'hypothèse Gaïa; de la noosphère; du sentiment océanique; de la révélation mystique de Saint Jean; de la nuit d'extase pascalienne; des mythes; de la question fondamentale leibnizienne et, bien évidemment, la liste n'en est pas exhaustive. Elle dépend bien plus d'un choix affinitaire que des conclusions d'une logique.

  Le fil rouge, le dénominateur commun qui relie tous ces essais de compréhension de ce qui nous fait face, tient dans le fait qu'ils résultent d'une simple volonté de ne pas limiter notre cheminement sur terre au fait de vivre selon notre seul métabolisme, identiquement aux battements de cils de la diatomée, mais d'ouvrir un colloque singulier avec l'exister dans toute la profondeur de ce que ce terme veut dire, essentiellement depuis que la pensée des Philosophes est passée de la conception cartésienne instaurant la dualité corps /esprit et la raison comme moteur de l'entendement, à une philosophie plus soucieuse de s'enquérir de ce qui se dissimulait sous les apparences en tant que chair subtile du monde, sens ultime des choses comme, seule la phénoménologie a su l'envisager.

  Mais, de façon à surgir au plus près de ce qui voudrait se dire, il faut abandonner les considérations abstraites et se référer à quelque expérience concrète. Considérer le Vivant et l'Existant en tant qu'esquisses sensiblement différentes de la figure humaine, surtout dans leur relation à un mode de vie ou bien d'exister. A cette fin, nous convoquerons l'œuvre d'art, un tableau par exemple, que nous aborderons selon deux modes distincts, celui du Vivant, celui de l'Existant.

  Le Vivant regarde l'œuvre dans sa pure apparition compacte, matérielle, superpositions de couches de peinture et d'aplats de couleurs, dans sa matérialité donc, ce qui revient à dire que sa visée est d'ordre ESTHETIQUE, qu'il ne cherche à y percevoir qu'une manière de dialectique abrupte dont ne se dégagent que les formes  du BLANC et du NOIR, fermées sur elles-mêmes.

  L'Existant, vise la même œuvre mais d'une façon essentielle, en découvrant sous la surface esthétique l'empreinte ETHIQUE qui l'anime et l'assure d'une vérité : la façon qu'a l'œuvre, dans son dessein d'authenticité, de correspondre à son essence.

  Ainsi, le décalage entre VIVRE et EXISTER pourra analogiquement être rapporté à la différence s'instaurant entre la perception d'une FORME de nature plastique et le FOND qui la sous-tend et qui peut se décliner à l'aune de tous les prédicats concourant à en établir la signification intime. L'ordre de ladite signification passe, dès lors, du simple constat de la présence à la compréhension de ce que cette dernière signifie pour nous, en tant que nous sommes des singularités en quête d'une nécessaire complexité.

  Rapportée au Poème, cette réflexion fait le constat suivant : Si le Vivant n'en perçoit que le rythme, la cadence, la prosodie, le chant du langage, l'Existant, lui, en décrypte la mélodie inaperçue du monde.

 

 

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 09:33

 

L'âme flotte-t-elle ?

 

 

 

  Aujourd'hui, ça va juste être le tour de ce bon Pittacci; Calestrel ce sera pour la prochaine fois. Car, voyez-vous, c'est comme dans la "Comédie humaine" de Balzac, les personnages, faut prendre le temps de les détailler, les mettre sous l'œil du microscope, prendre son scalpel et de voir ce qui se dissimule sous la peau, au-delà de l'épiderme, dans le profond du corps, à cet endroit mystérieux où se dissimule l'âme. Faut chercher longtemps vu que c'est de l'invisible, l'âme. Depuis le temps qu'on en parle et qu'on gire tout autour sans bien savoir en quoi elle consiste, quelle est sa nature profonde, si elle ressemble à un boomerang, à une langue de feu transcendant la réalité, à un pur souffle d'air avec quelques volutes blanches alentour. Souvent, avec les choses invisibles, on se comporte comme les gamins qui imaginent le château de la Belle au bois dormant, et le château et la Belle, on les imagine selon ses inclinations personnelles. Des fois c'est un château romantique comme celui de Louis II de Bavière, perché sur son éperon de rochers, tout près des nuages et avec plein de frondaisons vertes comme de la mousse à la pistache. Parfois c'est un sombre château écossais de pierres brunes dont la silhouette s'efface par le haut au milieu des nuages, par le bas dans le lac où Nessie fait ses contours ophidiens. Parfois c'est juste une superposition d'idées, une dérive onirique, un glacis à la surface de la toile, un moulin avec ses ailes bariolées qui tournent dans le vent.

  Vous voyez, c'est si bizarre, les choses de la nature de l'âme, des sentiments, de l'esprit, du spirituel, de l'art. Ça change infiniment selon le regard de celui qui applique son œil au microscope et cherche à voir ce qui, par hasard, voudrait bien s'éclairer. C'est un peu comme les fragments colorés du kaléidoscope, facile métaphore d'une vérité multiple, toujours fuyante, insaisissable à mesure que l'on s'en approche. Car c'est bien là la manière qu'a la vérité de se présenter à nous, par petits bonds successifs, avec une marche de guingois, souvent claudicante, hérissée de faux-bonds, glissant infiniment au-devant d'elle comme si, elle-même voulait se précéder afin de se mieux connaître. Et, souvent, plus on pense au problème de la vérité, plus on cherche à en savoir davantage, plus on s'empêtre dans le marécage des contradictions. C'est comme si on avait les mains enduites de guimauve collante, élastique, avec laquelle on finit, bientôt, par faire une manière de boule unique, indistincte.

  Mais revenons à l'âme. Faute de pouvoir en tracer une esquisse satisfaisante que nous pourrions dessiner sur une feuille de Canson, puis l'épingler au mur sans autre forme d'inquiétude, nous préférons lui conférer une forme, lui donner corps, l'inclure dans une concrétude, en faire, sinon un objet, du moins un simple colifichet qu'aussi bien nous pourrions porter au-devant de nous, à la manière d'une offrande et qui contribuerait à nous définir. Une photographie en somme. Une image identitaire. Comme les prisonniers, nous pourrions tenir une ardoise grise sur laquelle serait tracée, à la craie blanche, la couleur de notre âme. Ainsi, au hasard de nos déambulations dans l'établissement pénitentiaire, pourrions-nous lire : "Amour" - "Don de soi" - "Sexe" - "Pêche à la ligne" - "Nourriture" - "Rencontre" - "Altérité "- "Femmes" - "Hommes" - "Orgueil" - "Avarice" - "Envie" - "Colère" - "Luxure" - "Paresse" - "Gourmandise" .

  Mais voilà, qu'en dernier ressort, nous n'avons énuméré que les 7 péchés capitaux. Mais l'âme aurait-elle d'abord à voir avec ceux-ci, serait-elle une simple hypostase du Bien, du Beau, du Vrai et leur toujours possible chute dans les ornières de l'humaine condition. Par exemple Sarias est constamment attiré vers le piège de l'égoïsme; Pittacci complètement livré aux affres de la luxure; la Mère Gignoux par la gourmandise; la Mère Dubreuil par la colère. Quant aux autres, les vertueux, les bien-pensants, bien-agissant , les Simonet et autres Vergelin, ne nous exposent-ils ce côté brillant de leur âme qu'à en dissimuler le revers d'ombre ?

  Vivre, ou plutôt exister, serait-ce toujours naviguer à vue en évitant les écueils, les barres de rochers, les carcasses échouées, les récifs d'autant plus dangereux qu'ils sont cernés d'une certaine invisibilité ? Vivre serait-ce laisser flotter son âme entre deux eaux, les eaux claires de surface, celles plus sombres, abyssales et glauques des grands fonds ? Les Copains, sur leur frêle esquif essaient, à leur façon, de poser cette éternelle question à défaut de pouvoir y répondre. C'est une des raisons qui font que leur continuelle navigation, par vents et marées  s'accomplit toujours selon la devise célèbre : " FLUCTUAT NEC MERGITUR". "Il flotte mais ne sombre pas". Sans doute l'âme est-elle de cette nature. En faire l'hypothèse nous maintient au-dessus des flots aussi longtemps que nous porte cette croyance. Mais peut-être n'est-ce qu'un leurre ?  Interrogez votre âme, peut-elle consentira-t-elle à vous répondre ?

 

 

 

 

 

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