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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 19:17

 

Petit plaidoyer à l'usage des bien-pensants et autres Sociorésophiles.

 

  Bonjour à Ceux, Celles qui me suivent habituellement. Pour user d'une facile métaphore, disons que les Réseaux sociaux ressemblent au trajet  d'un fleuve au long cours. Nous en constituons, les uns et les autres, les nombreux et divers affluents. Tantôt nos eaux confluent en un unique cours, tantôt nous reprenons notre cheminement solitaire ou bien choisissons de nous joindre à d'autres eaux. Ceci, cette diversité, ces rencontres fortuites, ces voyages de concert, puis l'émiettement dans une rapide diaspora, comme si le peuple des eaux s'essayait à trouver son propre lit, ceci donc est à proprement parler fascinant.

  Tel affluent que l'on croyait perdu, soudain, se met à faire sa mince résurgence. Tel autre dont nous pensions qu'il ne nous rejoindrait jamais, se mêle aux eaux du delta auquel nous venons de confier notre destin. Cette liberté est belle. Cette liberté est précieuse. Mais, parfois, la nostalgie aidant, nous aimerions, encore, pour quelques jours, côtoyer des ruisseaux qui faisaient leur éblouissement de gouttes parmi l'aval du fleuve avant que d'arriver au terme du voyage et que la mer, devant nous, ouvre l'immensité de ses flots. Cela, cette perte, un jour, des Passagers, des Passagères nous la savons depuis toujours, sans doute la redoutons-nous, mais il nous faut bien apprendre à voguer sur l'Océan au large horizon, à la force de nos seuls bras.

  Nous sommes toujours seuls depuis notre venue sur la Planète bleue. Nous nous efforçons de croire que cette solitude n'est qu'une fable et, sans doute, l'est-elle puisque notre existence est une fiction que nous sommes venus dire à la face du monde. Mais, pour autant, notre nécessaire lucidité ne nous exonère pas de croire que des choses de l'ordre de la convivialité, du partage, de l'estime demeurent possibles. Nous rêvons tous d'une belle croisière, d'une échappée commune en direction de ce qui, qualifié d'utopie - cette si belle chose - nous appelle vers une réalisation plénière que, nous seuls, ne pourrions jamais atteindre. Cessons donc de croire que ramer ensemble ne peut se faire qu'à l'aune d'une galère. Nous sommes libres par destination. Il nous reste, individuellement ou bien collectivement à le vouloir. Et, certes, nous le voulons. Que ferions-nous, sinon, derrière les claviers de nos machines à attendre, les mains ouvertes tournées vers un ciel vide ? Le ciel est toujours habité, au moins,  par l'espace de nos rêves. Nous ne saurions facilement y renoncer !

  Il est bien souvent estimé, dans notre monde soumis aux dures lois d'une abstruse matérialité, que les comportements altruistes ne sont que fumée et poudre aux yeux. Et, pourtant, commencer à communiquer, jeter quelque filin auquel l'Autre peut se raccrocher, est déjà le début de quelque aventure à laquelle souscrire sans réserve. L'humanisme - ce beau et grand nom, ce magnifique concept que, déjà, la Renaissance fêtait avec l'ampleur due aux idées essentielles, continuons donc à le porter devant nous comme le ferions de notre propre étendard. Nous n'avons guère de tâche plus exaltante que celle de voir en l'Autre notre propre raison d'exister. Et, bien évidemment, sans l'Autre, nous ne figurerions pas sur la scène du monde. Ceci est un truisme, mais, bien souvent, les évidences ont-elles à être démontrées.

 

  En terme "sociorésophiles", cette pratique de l'altérité porte le terme "Créer un Groupe". Créons donc. Chacun y prendra ce qu'il voudra. Faisons-en une manière d'Auberge espagnole - Voyez "Les Copains d'abord" - , de caravansérail où chacun, selon son humeur, bénéficiera du gîte ou du couvert, ou bien des deux. Tout sera au choix. La convivialité, toute virtuelle - c'est l'alpha et l'oméga des Réseaux sociaux - ouvrira chacun au partage, à l'amplitude du regard. Et, si ces médias peuvent, un tant soi peu, disposer à l'humanisme, alors ils n'auront pas été créés en vain. Que nos détracteurs ne se réjouissent pas trop vite. Ne pas faire partie d'un Réseau social est, à l'évidence un droit absolu. Le droit d'appartenir à un Groupe aux dimensions encore plus vaste : l'univers n'a pas de frontières. 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 13:37

 

  Eh bien, voilà, il fallait tomber un jour dans le chaudron ! Faut dire, le Jules était un peu impatient de vous les présenter "les Copains" et, cerise sur le gâteau, "Le Club de l'Eternelle Jeunesse", la cheville ouvrière d'Ouche, son incontournable Image d'Epinal, son âme bien disposée à festoyer, à boire le vin jusqu'à la lie. Car, voyez-vous, au milieu d'une rusticité de bon aloi, les Ouchiens et les Ouchiennes  y pensent encore un peu à la bagatelle, à la bonne chère, à la ripaille, à la vie en pente, à la bonne franquette. Et ils y pensent d'autant plus qu'ils ont que ça à faire, la fête, jusqu'à plus soif, plus se trémousser, plus avoir une miette d'énergie dans la musette. Faut bien que jeunesse se passe, que vieillesse se tasse, que le temps trépasse.

  Alors, vous , vous attendez quoi pour aller les retrouver les "papimamis", les bienheureux impétrants des Caisses de retraite ? Des tours, comme les magiciens, ils en ont plein leurs sacs…

 

 

Le "Club de l'Eternelle Jeunesse".

 

 Eh bien, à Ouche y a une sorte de ratatouille où tout se mélange, un vrai RATA, et cette pitance on la sert trois fois par semaine aux bonnes âmes du coin, c'est même la Commune qui met sa toque blanche, ses sabots vernis, qui dresse les tables avec des nappes en papier, des couverts en plastique, des gobelets en carton, et le Maire lui-même, parfois son Adjoint ou un sous-fifre de service, disposent autour des tables juponnées, les Aubergines nées en 12; les Courgettes nées en 20; les Tomates en 18; les Poivrons en 30 et alors, tout autour de la table ça caquette et ça aspire, ça mâchonne et ça rumine, ça glousse et ça gémit, ça miaule un brin entre deux verres d'anisette, ça raconte "qu'autrefois même c'était mieux", ça dit que "maintenant y a plus rien qui va; qu'on fout le feu aux bagnoles rien que pour rigoler"; ça renifle et ça clapote; ça remonte les fèves au grenier; ça flotte dur dans les fringues de chez Damart-Thermolactyl; ça flageole des gambettes, ça ricane parfois en mâchouillant la tourtière; "et c'était bien en 14-18 quand nos hommes étaient au front, c'est pas qu'on les trompait mais des fois on faisait des entorses à la vertu, fallait bien passer le temps"; ça cascade le blanc doux dans les gosiers; "c'était chouette autrefois les dépiquages et la gerbière et les vendanges avec plein de vin qui dégoulinait des barriques"; on éructe à la cantonade mais on s'excuse pas, ça prendrait trop de temps "et le temps il nous est compté"; on fonce sur le clafoutis de l'Yvonne, on se remet un coup de Monbazillac, du sucré, du liquoreux; on soigne un peu sa goutte, demain on ira "au Docteur", et puis, quand le Rata est bien mûr, quand les bocaux de prunes sont vides, même l'eau de vie y en a plus, on débarrasse les tables et l'Edmond il prend son piano à bretelles et l'Eva elle tambourine sur les assiettes en carton et le Louis il fait des castagnettes avec son couteau et sa fourchette et le "RATADOUCHE" se met en marche, et alors ça chauffe Marcel, ça chauffe tellement que le "Club de l'Eternelle Jeunesse" il est ,à proprement parler, en ébullition et ça tourne autour des tables et par terre y a les mouchoirs en papier, les nappes, ça fait comme la jonchée de la mariée, et le long mille-pattes ondule et se bidonne, et les Aubergines et les Courgettes s'arrosent de confettis et on met des chapeaux pointus avec des ficelles en argent qui pendent derrière, et on souffle dans des mirlitons et des fois on pleure cause au vin mauvais, et on dit "que ça vaut pas les bals musette" et les grands jours de Monbazillac millésimé, y en a qui tombent et on les refile à l'hosto pour que les plombiers de service revissent en douce les cols des fémurs, et les "papimamis" remontent leurs joggings Adidas, primo pour faire plus jeune, secundo pour pas s'empêtrer les grolles dedans, tertio pour serrer un chouïa la viande qui se fait la malle et puis quand le Rata est tout au bord de la fatigue, que l'accordéon miaule comme le chat du Siméon, que les claquettes claquettent plus, y a le Poivron-en-chef-de-la-semaine qui claque des mains au-dessus de sa tête de condor, à la façon d'un danseur de flamenco et ça veut dire qu'il faut faire la danse du balai, remettre un brin de papier blanc sur les tables, que Léon, pour son anniversaire - on est pas tous les jours centenaire -, il a amené une galette des rois du boulanger et du cidre du temps de sa jeunesse et on va trinquer tous en chœur et même la veinarde (y a plus de femmes que d'hommes, c'est comme ça, faut pas chercher à comprendre, c'est simplement la loi du genre), donc la veinarde qui trouvera la fève, d'abord elle en paiera deux autres de galettes et c'est elle qui sera la Chef-Aubergine de la semaine prochaine et la semaine prochaine ça sera au tour du Gustave d'arroser sa carcasse un brin nonagénaire et on fera péter les bouchons et la semaine d'après ça sera encore mieux parce qu'il y aura le pack complet, la Laura, L'Antoinette, l'Amélie qui, à toutes les trois, dépassent les deux siècles et demi, d'ailleurs pour l'occase elles mettront leurs robes de mariées empesées à la naphtaline et on parie que ce sera ce lubrique de Jemblain qui se débrouillera pour les leur piquer les jarretières et on après on fera la quête pour acheter plein de coques avec plein de fèves dedans et comme ça y aura plus que des Rois et des Reines, et le temps passera, les heures, les minutes, les secondes, puis chacun déposera sa couronne, son habit d'hermine, ses écussons en forme de fleurs de lys et puis, de temps en temps, on troquera ses habits de Roi pour les frusques funèbres, pour les nippes d'outre-tombe et on accompagnera Félicia, puis Adélaïde, puis Félicité à leur demeure en forme d'éternité avec du buis tout autour et des plaques avec leurs noms gravés dessus - en doré-, ça fait plus mortuaire, et on dira pour se consoler, "c'est la vie, y a rien à y faire et puis on s'en tire pas si mal tant que ce n'est pas notre tour" et on fera comme un grand conseil de révision dans la salle des fêtes de la Mairie et on recrutera des nouveaux, des fraîchement émoulus des Caisses de retraite et on les intronisera, on leur apprendra les règles de la Grande Confrérie, même on offrira un pot aux frais de la Commune et on invitera des bambins de la Maternelle juste pour leur montrer comment ils seront dans quelques années et puis on s'y prend jamais assez tôt pour les nouvelles recrues, faut bien assurer sa descendance et le soir, quand les gamins seront partis, entre les rouleaux de serpentins, les tas de confettis et la pâte rose qui file entre les doigts, on fera quelques galipettes sur le parquet, histoire de retomber un peu en enfance et le lendemain on aura ses photos dans "La Gazette d'Ouche", entre le Maire et la Cantinière, alors, dites, si ça vous tente pas de rejoindre le Club de l'Eternelle Jeunesse, c'est que vous êtes blindé comme un vieux blaireau, mais vous finirez par y venir, vous aussi, y a l'Odette qui danse si bien la bourrée et l'Yvette qui fait des crêpes si bonnes et l'Andréa qui fait...Oh non je vous dis pas pour l'Andréa, ça serait pas convenable, oh juste une petite allusion pour vous mettre l'eau à la bouche, on dit que l'Andréa elle a le feu au tambour et on est pas mauvaises langues et elle dit elle-même qu'elle réveillerait les sens d'un mort, aussi bien d'un vivant, d'ailleurs, et l'Hubert et le Grégoire y se défendent de succomber aux charmes de l'Andréa et même quand ils frottent un peu avec elle pendant les tangos, ils disent que c'est pas leurs sens qui sont éveillés, que c'est l'Opinel qu'ils ont toujours dans la poche que l'Andréa elle prend pour argent comptant et qu'elle peut toujours se faire des illusions l'Andréa, leur virilité ça fait belle lurette qu'ils l'ont remisée au placard et que "l' ancienne belle" ils dansent avec juste cause à l'arthrose qu'il faut réchauffer pour éviter d'avoir les jambes raides, alors, vous voyez, on y trouve ce qu'on veut à "l'Eternelle Jeunesse", on y trouve des crêpes, du Monbazillac, plein de centenaires et puis, entre nous, vous êtes pas obligé de vous frotter contre l'Andréa, d'ailleurs qui s'y frotte s'y pique, elle se rase plus et parfois on la prend pour son "pôôôvre frère" qui lui ressemblait comme deux gouttes de vin. Alors quoi, vous dites que vous voulez réfléchir avant de prendre l'inscription au Club ? Vous avez bien raison mais réfléchissez pas trop longtemps quand même, vous savez elle tourne si vite la roue et si vous loupez le coche on passera à d'autres et il se peut bien qu'après, vous aurez des regrets éternels marqués sur une couronne avec des perles en céramique tout autour, enfin on veut pas vous filer le bourdon mais des occases comme le Club ça se trouve pas tous les jours et blabla et blabla...

 

 

 

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 10:13

 

  

  Quand Jules se met à parler de ses copains, c'est peut-être l'émotion, peut-être la hâte qui le poussent à la poupe et le tout a tendance à s'emmêler, aussi bien la littérature, aussi bien les considérations existentielles, les métaphores, les clichés, les formules éculées, les lieux communs.  C'est un passionné le Jules, il lui faut lâcher la vapeur, parfois, sinon cela menacerait de déborder, de s'étaler, de finir en crue impossible à endiguer. Mais, rassurez-vous, les copains vont pas tarder à entrer en scène, ils sont tout juste derrière le rideau cramoisi, ils mettent leur nez de clown, ils enfilent leurs gants de magiciens, ils lissent leur moustache en guidon de vélo et alors va y avoir de l'ambiance mais, d'abord, c'est comme le Société Française d'autrefois, faut faire chauffer la boule et quand la mécanique est chaude, que les bielles commencent à tourner, alors…

 

  De mes copains, je vais vous parler et, me lisant, vous aurez un petit échantillon de la "Comédie humaine", oh certes un bien modeste aperçu et vous n'aurez pas l'occasion d'y croiser l'arrivisme élégant d'un Rastignac, l'asservissement aux désirs d'un Rubempré, le profil aristocratique d'un Nucingen. Mes copains et moi nous sommes des Modestes, "des gens sans importance", des "petites gens" de Dublin comme aimait à les décrire James Joyce. Rien que de bien ordinaire, me direz-vous, une sorte de réalisme à la Zola, de naturalisme ouvrier, de vie humble qui se suffit à elle-même, même si, parfois, elle se prend à rêver de sortir des coulisses, d'écarter le rideau cramoisi, d'ignorer le souffleur qui les maintient, à longueur de spectacle, dans les ornières, de renier l'Auteur qui les fige dans des conventions étriquées, de franchir l'avant-scène, de se mêler à la foule bariolée des spectateurs, de gagner les loges, de s'y installer dans des fauteuils de moleskine et d'y contempler simplement le spectacle du monde et alors tout deviendrait possible et les rôles seraient interchangeables et l'on se revêtirait de mille costumes et l'on serait libre de ses mouvements, de ses actes et l'on serait les créateurs de sa propre vie et il n'y aurait plus de frontières, de limites, et l'on serait l'Espace et le Temps eux-mêmes et l'on flotterait longtemps au-dessus de la Terre, si haut qu'on ne verrait plus ni les hommes, ni les villes et seuls les grands oiseaux migrateurs aux ailes éployées nous frôleraient de leurs plumes d'écume.

  Mais je sens que votre impatience s'étale, grossit et enfle à la manière d'une baudruche et je vais donc m'effacer complètement, comme sur la surface cendrée des ardoises magiques, et, chose promise, chose due, je vais vous les livrer mes amis, un peu comme à la curée, mais faites gaffe quand même, ne les avalez pas tout crus, laissez m'en des petits morceaux, des miettes, d'infirmes particules de mes copains, c'est si bon à déguster l'amitié, c'est comme un bourguignon, on  repique toujours au ragoût même si on a encore des morceaux entre les dents !

  Mes copains, je vais d'abord vous les présenter en bloc, comme un bloc de gelée de chez le charcutier, vous les livrer d'un seul tenant comme les terres soudées par une indivision. Mais je vous préviens, c'est simplement une commodité, une question de méthode, une simplification si vous voulez, parce que, en réalité, on est des individualités bien distinctes, d'ailleurs on revendique chacun notre propre marque de fabrique, notre label et on ne cèderait notre estampille pour rien au monde; on a bien le droit tout de même de se distinguer de la meute aveugle et bêlante qui longe les sentiers de poussière sans même se rendre compte qu'elle est une meute et qu'elle repasse éternellement dans les mêmes ornières et qu'elle bêle d'une seule et même voix , tellement pareille à son ombre que c'en est une tristesse abyssale.

  En fait, on constitue un groupe, une famille dont chaque membre peut aller à sa guise où bon lui semble, un clan où chacun se soutient mais veille cependant à son propre intérêt, ce qui, en résumé, signifie que nous ne constituons ni une coterie, ni un être unicellulaire, un genre de diatomée qui ne s'abreuverait qu'à sa propre source, n'engendrant que des lignées d'êtres dupliqués. Uniques nous sommes, uniques nous resterons et, ceci, nous l'affirmons avec la force d'une profession de foi. Mais si nous prenons autant de précautions oratoires avant de nous présenter à vos yeux, c'est bien que nous nous sentons attachés les uns aux autres, à la façon des grappes de moules soudées à leur bouchot, et que nous voulons éviter toute méprise de votre part qui vous conduirait à penser que nous sommes un seul mouton pourvu d'une multitude de pattes.

  N'importe, nous existons et c'est bien là l'essentiel; nous existons même si la plus grande partie de notre existence est maintenant derrière nous et la plus petite devant et, comme dirait Garcin qui a le bon sens chevillé au corps et les pieds sur la terre ferme, nous sommes, pour parler en images, des "vieux boulons", des "vieux débris", de "vieilles rengaines", de "vieux faitouts" dans lesquels nous avons trempé de nombreux croûtons, nous sommes de "vieilles savates", de "vieilles toupies", de "vieux apophtegmes" comme dirait Vergelin qui a des lettres; de "vieilles histoires", de "vieilles fadaises" et, pour tout dire, des "vieux machins", des "vieux trucs", de "vieilles choses". Le problème, vu sous l'angle métaphysique, c'est pas les "débris", les "clous", les "savates", et autres trompe-couillons, le problème c'est le "vieux", le problème, c'est que nous sommes tous "hors d'âge", sortes de vintages de Porto en voie de perdition, fûts millésimés recouverts de poussière et on voit même plus l'année sous les couches successives et on sera bientôt madérisés comme les bouteilles qu'avait l'Oncle François, couchées dans la paille depuis la guerre de Cent ans. Oui, je vous sens un peu perdu et je vais reprendre la main, parce que, quand mes copains se mettent en tête de parler tous ensemble, ça fait une espèce de cacophonie, de rumeur, d'immense bruit de fond et toutes ces voix mêlées finissent par être confuses et on ne comprend plus très bien qui parle à qui, qui veut dire quoi, comment chacun veut dire ce qu'il a à dire, et alors l'écheveau est tellement embrouillé qu'on finit par y perdre son latin. Pour les groupes, c'est toujours pareil, on sait jamais où est la tête, où est la queue, on sait jamais par quel bout tirer la ficelle pour obtenir Dupont, Durand et on attrape souvent Pierre alors qu'on pensait avoir Paul. C'est comme dans la ratatouille quand elle est trop cuite, ça fait une sorte de bouillie et bien malin qui y reconnaîtrait les aubergines, les courgettes, les tomates, les poivrons.

 

 

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 08:05

 

  Où la lucidité de Jules ne fait ni l'économie des autres, Copains ou bien quidams, ni de celle de l'immense "Comédie humaine" qui déroule frasques et anneaux magiques, tours de prestidigitation et autres aimables soties afin de mieux vous enfumer, de tirer quelques marrons du feu. Mais la fausseté, l'hypocrisie, la roublardise  ne font pas leurs choux gras uniquement sur la scène du réel. Ô combien la littérature, le cinéma, le théâtre, la pantomime nous donnent l'occasion de rire de nous, des autres, de nos travers, de nos manies. Comme une manière de condiment à rajouter aux menus événements. Le sel de la vie n'a pas d'autre secret!

Le Groupe. 

  

   Moi, Jules Labesse, j'ai assez parlé de moi. Maintenant, vous devez un peu mieux saisir mes contours, ma perspective, mes lignes de fuite et je parie que vous pourriez même me dessiner sur une feuille de papier, y délimiter des zones de lumière, des zones d'ombre, y projeter quelques hachures, quelques pointillés, et le fusain se ferait parfois plus charbonneux et ça voudrait peut être symboliser mes états d'âme et parfois il y aurait des lignes claires comme l'espoir, des lignes indécises comme le doute, des lignes brisées comme la chute brusque du jour en hiver. Oui, bien sûr, ce ne serait qu'une ébauche, un essai de représentation et votre feuille contiendrait seulement l'une des esquisses possibles de Jules Labesse. Et puis, Jules Labesse ne peut prétendre se définir par la seule vertu d'un exercice solitaire, par le recours à une belle autarcie qui convoquerait le monde pour le réduire à l'espace singulièrement restreint de sa propre dimension.

  Vous vous souvenez, l'Océan Indien, les gouttes, la métaphore de l'un et du multiple, la théorie du savoir à partir du connu pour aller vers l'inconnu. Eh bien, maintenant, le moment est venu et je sens plein de gouttes impatientes qui se pressent autour de moi et leurs bouches jusqu'à présent muettes se gonflent de désir et leurs langues fluides et opalescentes commencent à s'agiter, longs filaments qui fouettent l'eau à la manière des algues, sortes de protestations peut être, et les gouttes, une à une, veulent exister vraiment, veulent qu'on les caresse du regard, qu'on les pare de mots à la façon dont les coiffes des lointaines îliennes s'habillent de fleurs odorantes, et les gouttes, peu à peu, se détachent et font, à la surface de l'eau, des cercles de bulles, des ronds multiples et les hommes penchés sur le rivage ne vivent qu'à les interpréter, à les comprendre, à les assimiler à leur propre savoir, faute de quoi il n'y aurait que ces énigmes en forme d'ondes et les hommes ne seraient pas tranquilles et leur sommeil serait traversé d'étranges et lancinantes questions.

  Donc, si vous le voulez bien, Jules va s'effacer un peu et vous pourrez ainsi distraire votre regard de sa personne, décaler un poil sa silhouette et alors, sur l'espèce de praticable, de décor en carton-pâte qui se dresse au-delà, vous les apercevrez les autres protagonistes, les mannequins de cire et de toile; les acteurs du Musée Grévin aux visages de cire; les marionnettes à fil, celles caricaturales d'Aristophane, celles de Bergman que la société persécute, mais aussi celles des foires qui enchantent le jeune Goethe; vous les verrez de vos yeux incrédules et c'est VOUS qui leur donnerez vie par la grâce de votre regard, l'acuité de votre pensée, la pénétration de vos sentiments; vous les verrez à l'infini les divines marionnettes, celles de Cervantès qui abusent Don Quichotte; celles de Gogol qui peignent les hommes sous les traits de la férocité, des tares, du ridicule, de la bouffonnerie; les Muppets de la télé aussi vous les reconnaîtrez et , peut être, à la façon de Geppetto, taillerez-vous vous-mêmes des marionnettes à votre convenance dans le bois d'une bûche, car vous le savez bien, c'est VOUS et  SEULEMENT VOUS qui tirez les ficelles, et les Autres bougent leurs bras et leurs jambes et les Autres déroulent leur saynète pour vous épater, pour vous être agréable, vous séduire, vous prendre dans les mailles de leur réseau de fils et de poulies, mais aussi pour que vous vous intéressiez à eux, que vous les fassiez exister à la seule force de votre volonté, et vous savez, comme Antonin Artaud le savait, que "tout vrai langage est incompréhensible", tout aussi impénétrable que l'Autre qui vous fait face, que la vérité est cachée sous une infinité de couches, qu'elle est sédimentée, qu'il vous sera nécessaire de ruser avec vos alter ego, d'interpréter leur confus conciliabules de signes, de décrypter leur gestuelle et peut être alors parviendrez-vous à cette "pantomime non pervertie" que l'Auteur du "Théâtre et son double" appelait de ses vœux mais dont il devait douter lui-même, la "folie" de cet homme n'étant que la figure de son extrême lucidité.

 

 

 

 

 

 

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 15:45

 

  Une seule longue, très longue phrase pour dire, l'espace d'une infinie respiration la lucidité, la cruelle réalité, la condition métaphysique dont l'essence de l'homme ne peut qu'être partie prenante; une seule longue tirade, comme on se débonde d'une charge trop lourde, une manière de cri de révolte en même temps qu'un hymne à la vie, une considération désabusée des croyances de l'homme en quelque divinité que ce soit, enfin le couplet en forme de codicille du "Pauvre Martin". Avec Jules, avec les Copains, Tonton Georges n'est jamais bien loin ! Et c'est tant mieux !

Le Sens.

   Ça veut dire que le SENS n'est jamais donné définitivement à la façon d'un paquet-cadeau enveloppé de faveurs et il suffirait de défaire les nœuds pour avoir toutes les réponses sur la vie, les ficelles sur l'existence, les astuces pour déflorer les conceptions du monde. Et tout ça, ça veut dire que Jules Labesse qui vous parle présentement, il est toujours un peu coincé entre l'enclume et le marteau, entre la porte et le fenêtre, et ça veut surtout dire qu'il est assis le cul entre deux chaises, juste à l'endroit exact où se trouve le tiret qui sépare "méta" de "physique", ce qui signifie qu'il n'est ni dans la physique des choses matérielles, ni au-delà de la physique, dans les choses qui seraient célestes, par exemple; il est juste au milieu, juste au mitan comme sur une sorte de "Radeau de la Méduse" qui flotte au centre des éléments et l'on ne sait plus où est l'eau, où est le ciel, et il n'y a plus de terre à l'horizon et la lumière se confond avec l'ombre et il y a autour de vous des monceaux de chair, des tumultes indistincts, des voix perdues, tout un grouillement visqueux semblable à ce que devait être le tout début du monde et de ce chaos émergent des filaments, des protubérances en forme de membres, des giclées de mains qui moulinent l'air, des excroissances ligamentaires, des projections de rotules et de phalanges et Jules Labesse sait déjà que toute cette laborieuse gesticulation, cet effort pour s'exhausser du Néant, pour colmater le Rien, pour diluer l'informe, pour s'illustrer en forme de genèse n'est, en fait, que le début d'une grande catastrophe, et Jules pense qu'on ne peut jaillir de nulle part qu'à l'expresse condition d'y retourner, à la façon de gouttes de pluie qui ne font que réintégrer le cercle des eaux primordiales, et cette idée, ou plutôt cette simple constatation ne le rend ni triste, ni inquiet, ni mélancolique puisque telle est la nature des choses et que, tout bien considéré Jules Labesse est une simple chose, une petite éminence corporelle où la vie bat lentement à la manière d'un souffle mais ce souffle n'est qu'un dépôt transitoire, un hôte de passage et qu'il faudra bien, un jour, lui rendre sa liberté - la seule, sans doute -, et le souffle de Jules Labesse et de ses "frères humains" ira rejoindre le grand souffle universel, celui qui est invisible et que la faiblesse et l'incurie des hommes ont voulu habiller d'un nom, et des milliers de bouches ont alors prié AllahDieuMoïseMahomet mais ces noms ne résonnent que du vide qui les habite et les dieux du Panthéon, ZeusAppolonHéphaïstos, sont sourds et aveugles à la parole des hommes et l'Olympe est trop haut et le ciel est trop vaste pour les imprécations des peuples de la terre et tous les nomades qui parcourent, hagards, les sentiers du monde, lesJules, bien sûr, mais aussi les Ramon, les José, les Antoine, les Marcel, les Yves, les Jean, tous, sans exception, la savent cette vérité qui taraude l'esprit, creuse les consciences, vrille les corps et, chacun à sa façon, y fait face et regarde fixement l'horizon, mais l'horizon est courbe et les vérités sont toujours au-delà, bien au-delà et il y a encore une infinité d'horizons qui s'emboîtent à la façon des poupées gigognes et il y a beaucoup de temps en-deçà et au-delà, et notre temps est si mince, si hésitant, si frêle sur ses pieds d'argile qu'il est saisi de vertige face à la démesure, et alors tous les Marcel et les Jean de la terre, tous les Martin creusent indéfiniment leurs sillons, sachant bien qu'ils peuvent faire leur la phrase du poète, du "François Villon de Sète" :

 

"Pauvre Martin, pauvre misère

Creuse la terre, creuse le temps" ,

 

sachant que leur petite ritournelle, au bout du compte, se terminera comme toujours depuis que le monde est monde :

 

"Pauvre Martin, pauvre misère

Dors sous la terre, dors sous le temps".

 

  Cette seule certitude en forme de finitude, ils l'ont chevillée au corps mais ils n'en parlent jamais. Ils s'assoient dessus et regardent le large horizon où voguent les bateaux, où battent les vagues, où planent les sternes en courbes aiguës qui veulent dire toute la beauté du monde et la profondeur des abîmes aussi et le grand dôme de lumière descend peu à peu du ciel et se pose sur les yeux des hommes et les hommes s'endorment sur leurs corps rompus et arrondis en forme de question.

 

 

 

 

 

 

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 09:15

 

    Alors, là, ça commence à se corser. Sans doute fallait-il s'en douter. Quand un simple Magasinier prétend se mêler de philosophie, il semble qu'il y ait danger. Non en raison d'un quelconque élitisme qui ôterait,  d'emblée, la prétention à penser à un individu sous prétexte de son appartenance à un univers trop concret, réaliste, éloigné de toute considération intellectuelle. Le problème, c'est qu'avec Jules et sa bande de branquignoles, il y a toujours danger que cela dérape. Et, déjà, avec Labesse c'est certainement pas évident. Car le Magasinier est amateur de tout, friand de connaissances, chatouilleux du côté concept, avec comme un prurit permanent de la réflexion, un eczéma chronique dans les parages de l'imaginaire. Et puis un brin de lyrisme, ça gâte rien ! Et puis vouloir éprouver l'existence à la manière du minéral, du végétal, est-ce répréhensible ?  Quant à la danse de Saint Guy face à la métaphysique, ça empêche pas le monde de tourner. Et le langage, croyez-vous donc qu'il ait tiré un trait dessus ? Eh bien, non. Bien au contraire, il se complaît à fréquenter les désinences des mots, à girer infiniment sur l'orbe étourdissant du grand cercle herméneutique, chaque signification en entraînant  une autre et, ainsi, à l'infini. Ah, je vous le dis, vous vous êtes mis dans un drôle de pétrin. Suivre Labesse, cela demande, pour le moins, une santé gaillarde ! Alors courage ! C'est toujours les premiers pas qui sont les plus durs sur le chemin vers Compostelle. Et puis, tout le long du trajet, il y a des fontaines pour se rafraîchir et des auberges pour boire un canon. Y a pas de quoi désespérer !

Etre relié au Grand Tout.

 

  C'est ça qui est bien, d'être relié directement au Grand Tout, d'être une simple pierre à la face du sol; un arbuste aux racines plantées dans le limon; un gastéropode glissant sur son pied et alors toutes les rumeurs de la terre entrent en toi et tu es toi-même un fragment de la grande planète et tu n'as plus besoin d'intermédiaire, de médiateurs, d'interprètes; tu vibres quand le sol vibre, tu as chaud quand le sol a chaud, tu claques tes dents de pierre quand le gel habite la croûte terrestre; tu as mal à tes racines quand la terre se fend; ton pied long et baveux se rétrécit quand l'air chaud n'est plus que poussière et tourbillon brûlant.

  Oui, bien sûr, je la sens venir votre critique. Vous voulez démasquer la supercherie, débusquer la faille dans le raisonnement. Dans le raisonnement, bien sûr. Eh bien oui, c'est bien là le problème. Le grand saut, celui du troisième millénaire à la préhistoire, c'est, à l'évidence une pirouette, un tour de main d'un prestidigitateur, une astuce de magicien.

 

Etre auprès des choses.

 

  C'était juste pour vous dire que Jules il aimerait bien être auprès des choses en toute simplicité, dans le genre d'une intimité familiale, comme quand on se sent bien au milieu de ses amis. Seulement, pour parvenir à ça, pour être en prise directe, pour vivre la vie dans son dépliement métabolique, il faudrait plonger notre tête dans un bain d'azote liquide, la maintenir en état d'hibernation pendant que le reste de notre corps vivrait sa vie autonome, de façon quasi animale ou végétative et alors nous n'aurions plus en permanence ces espèces d'hallucinations mentales, de fulgurations obsessionnelles, de réflexions en forme de météorites qui pompent si consciencieusement notre substance et nous réduisent en quelque sorte à néant alors même que nous pensons être plus vivants que la plante, l'animal ou le minéral.

  Mais qui donc est allé voir ce que pensait une fougère, ce que ressentait un rognon de silex ? Peut être bien qu'on serait étonnés. Peut être bien que nos petites spéculations en forme de crochets, de parenthèses, de points d'interrogation ne figureraient plus alors qu'à titre d'épiphénomènes. Finalement on préfère ne pas savoir. Finalement on préfère en rester à notre "humaine condition"On préfère se poser le genre de question qui sert strictement à rien mais qui, au moins, occupe les neurones en toute tranquillité.                

 

La Métaphysique.

 

  On préfère se dire : au fait, la désinence des mots en "tude", si ça veut bien dire l'état de ce qui est fini, solitaire, nègre, alors ça a à voir avec l'Etre, ça veut donc dire avec la nature profonde des choses, avec le sens de la vie, l'essence, le fondement, l'assise primordiale, c'est une question éminemment existentielle, "ontologique" comme disent les Philosophes, lesquels ne se préoccupent, comme chacun sait, que de Métaphysique, ce qui veut dire de spéculations intellectuelles sur des choses abstraites qui n'aboutissent pas à une solution de problèmes réels. Les Philosophes, ils sont "après" la physique, "en dehors" de la physique. Et, d'un air de rien, cet"après", cet "en dehors", ça veut pas simplement signifier que tout ce qui est physique ne nous intéresse plus que comme un vulgaire artefact qui aurait trompé nos sens.   

  C'est exactement le contraire, ça veut dire qu'on est déjà passé "de l'autre côté", et "de l'autre côté"c'est des trucs comme l'Absolula Transcendancela Vérité. Vous avez remarqué les trois mots ? Avec des MAJUSCULES.

  Oui, juste pour vous dire qu'on peut pas fricoter avec ces mots comme avec de simples mots, du genre  "chaussette", "déco" ou "Adidas". Ces mots, comme disent les Futés, ce sont des concepts, c'est à dire des idées, et ces idées ce sont des notions, et ces notions ce sont des connaissances intuitives plus ou moins définies, et ces intuitions sont des savoirs directs et immédiats de la Vérité, et la Vérité c'est la proposition qui emporte l'assentiment général, et l'assentiment c'est l'acte par lequel quelqu'un exprime son adhésion, son approbation à une idée et quand ce quelqu'un se nomme Jules Labesse, ça fait en permanence dans le genre d'un shaker où s'agitent et se frappent et rebondissent inlassablement les concepts, les idées, les notions, les intuitions, les vérités, les propositions, les adhésions, les approbations et même souvent les contradictions, les réfutations, les dénégations, les irrésolutions, les aberrations, les objections, les déductions, les explications, les élucidations, les affirmations, les connotations, et je sais pas si vous avez remarqué mais le langage c'est un peu comme un carrousel ou un Grand Huit, c'est une sorte de ronde infernale, de serpent qui avale sa queue, c'est, philosophiquement parlant, un genre de cercle herméneutique, c'est à dire une théorie de l'interprétation des signes qui fonctionne sous la nécessité d'un mouvement perpétuel, ce qui fait que lorsque tu viens d'acquérir une nouvelle connaissance, c'est un peu comme si tu marchais dans la "Cité Interdite"à Pékin, passant d'une porte à l'autre, d'une salle à l'autre, d'un pavillon à l'autre sans qu'il te soit jamais permis d'atteindre la "Salle de l'Harmonie Parfaite"; là où réside le secret des Empereurs chinois.                                                                 

 

 

 

 

 

 

 

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 07:41

 

  Nous, les "Modernes", nous dont le cortex préfrontal fait notre fierté, tellement c'est bien de disposer de l'intelligence, de discourir avec aisance, de parler indifféremment d'art et de sciences, de convoquer, d'un simple geste de la pensée, l'esthétique aux beaux atours, l'éthique dans sa robe empesée comme la rigueur même, la littérature et ses citations, la poésie et ses odes, nous donc, savons "que nous sommes mortels" (pour paraphraser Paul Valéry) depuis au moins l'invention de la Métaphysique, c'est-à-dire les Présocratiques et "ça fait donc un bail", dans le langage imagé des Copains, mais, pour autant, il suffit de gratter un tant soit peu la croûte et c'est aussitôt prêt à resurgir les automatismes de nos ancêtres homo-habilis-erectus-sapiens et compagnie. Oh oui, c'est toujours disponible et même bien plus que ne le laisseraient penser nos manières policées, nos ongles vernis, nos escarpins à hauts talons. C'est à fleur de peau. Tellement à FLEUR de peau, qu'il suffit de presser un poil sur le bouton et voilà que la fleur s'épanouit, croît, devient invasive à la manière de ces orchidées tropicales qui colonisent l'espace afin de mieux asseoir leur règne. Que voulez-vous, c'est comme cela, la nature humaine. "Chassez le naturel, il revient au galop". C'est, du moins, ce que disent les Copains et, peut-être qu'avec leur bon sens chevillé au corps, peut-être ils ont pas tort !

 

Ce qui est bien.

 

 C'est ça, finalement, qui est bien, de courir au ras du sol, le museau en avant, tendu, à la façon d'un Normand, d'un Lévrier; c'est ça qui est bien, de s'arrêter brusquement à l'abri des broussailles, de lever une patte en position d'arrêt, de fouetter l'air de sa queue, lentement, méthodiquement, de devenir BraqueEpagneul griffon, Setter et de renifler sans cesse, de faire l'inventaire de tous les remugles, ceux qui montent des sillons remplis de vers et de mille-pattes, de scolopendres; ceux qui viennent de l'humus, donc des arbres, du vent, de la lente décomposition des végétaux et c'est tout un LANGAGE à saisir immédiatement, avec ses yeux, ses oreilles, sa peau; c'est cela qui est bien, de faire onduler dans les replis de chair de ses naseaux, les odeurs fortes de l'urine, de la sueur, des excréments, de faire entrer dans son cerveau en forme de cerneaux de noix les messages des phéromones, ceux de la femelle du paon de nuit, celle des déjections du loup sur les écorces des chênes et des bouleaux, celles des laies prêtes à l'accouplement pour perpétuer l'histoire infinie de la vie et puis il y aura des lignées de marcassins, des généalogies d'odeurs, des meutes cynophiles tendant leurs truffes vers les subtils messages et, alors, la matière grise, les neurones, la biochimie complexe des neuromédiateurs n'auront plus à exister que sous forme de traces immémoriales et le peuple des hommes ne se souviendra plus de ses manières policées, du vernis de ses civilisations et la pensée abstraite s'effacera, le langage rétrocèdera, l'Homo sapiens sapiens oubliera la technique; le Neandertal perdra ses outils, l'Homo Erectus le feu, l'Homo habilis retrouvera son crâne primitif, et les humains ne seront plus que des hominiens et leur taille sera celle des nains et leur progression celle des primates et leurs mimiques simiesques et leurs cris des mots informes, pareils à des mots-culs-de-jatte, des moignons, et ils seront des manchots essayant de voler, de simples excroissances cavernicoles et leurs bouches en forme d'antres ne seront que des gesticulations pathétiques, des signaux rabougris et rampants, leurs onomatopées des concrétions salivaires, leurs voix des rumeurs gluantes attachées aux tubes de leurs papilles.

 

 

 

 

 

 

 

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 07:36

 

FINITUDE

 

*Cultiver son jardin : une aimable diversion qui ne fait jamais l'économie des racines ombreuses et métaphysiques qui habitent la terre.

 

*L'Être ET le Néant ? - L'Être EST le Néant !

 

*Ecrire pour ne pas mourir.

 

*Toussaint : 1 jour pour penser aux Morts; 364 à la vie. Où donc l'erreur ?

 

*Il n'y a de vrai repos que mortel.

 

*Jamais la candeur n'apprend à mourir.

 

*La souffrance n'est pas l'envers du plaisir, elle est l'antichambre de la finitude.

 

*La maladie n'est jamais que la mort qui perce sous la vie. Apodicticité.

 

*La Mort a des droits que l'homme n'a pas.

 

*La mort, seule égalité. Belle consolation pour tous les "damnés de la terre" !

 

*Riez donc à gorge déployée, ce n'est que la Mort qui vous fait rire, ou le fait d'y échapper. Provisoirement !

 

*Irrémédiablement fragmentés nous sommes. Seule la mort achève la synthèse.

 

*De la vie, de la philosophie, on n'apprend qu'une seule chose : à mourir. Leçon de Montaigne. 

 

 

*Arène : métaphore de la finitude. Confrontation d'Eros et de Thanatos. 

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 09:02

 

    Ici, vous verrez comment la Philosophie peut venir à vous d'une étrange manière. Par le rangement par exemple. Devenir Philosophe ne passe pas nécessairement par un savoir élaboré que quelque Université estampillerait, tant et si bien, qu'aucune autre voie ne serait plus possible. Car, s'initier au système des catégories aristotéliciennespeut aussi bien surgir, à l'improviste, parmi les armoires métalliques et les menus tiroirs dans lesquels trouvent place "tout naturellement" - bien qu'un brin de logique et d'esprit de déduction soit de mise - , ressorts et suspensions dont la Manu n'est jamais à court, Magasiniers et autres factotums étant mal payés pour le savoir. Jules en premier, bien entendu !

 

  Et, pour ma part, si vous voulez bien le croire, l'entièreté de ma personne était mobilisée dans mon boulot : les jambes tout au long du marathon qui consistait à longer les grandes armoires métalliques, à louvoyer entre ses hauts rayonnages, à se perdre même parfois dans le labyrinthe de ses couloirs et dédales; la tête aussi était à la fête, si on peut dire, occupée en permanence à démêler l'écheveau compact des milliers de pièces qui constituaient mon ordinaire : longerons, ressorts, suspensions, essieux, fusées, roues, cylindres, culasses, soupapes, delcos et autres pompes à huile. Souvent mon activité se poursuivait la nuit, m'entraînant dans une sorte de vie somnambulique, manière de zombie soumis, comme Chaplin, dans les "Temps Modernes" aux lois implacables du taylorisme, et il n'était pas rare que je m'éveille en proie aux affres du rangement, ne sachant plus très bien lesquels des cardans ou des différentiels devaient trouver refuge dans tel ou tel compartiment.

  Cependant mon activité ne vint pas au bout de ma raison, laquelle, de proche en proche, se mit progressivement à s'intéresser au "principe des catégories". Dès cet instant, mes rangements ne furent plus guidés que par les notions qui y étaient afférentes. Ainsi toutes les pièces ne pouvaient recevoir d'affectation que selon des critères de temps, de lieu, de quantité, de qualité, de relation, de modalité. Soumis à l'empire du rationnel et de la logique, je faisais mes premiers pas dans les arcanes de la Philosophie, sans m'en rendre vraiment compte, un peu comme Monsieur Jourdain faisait de la prose à son insu. Oh, une bien modeste philosophie qui n'avait de rapport à l'existentialisme que dans la mesure où mon vécu y était en question. Je ne pouvais encore prétendre en pénétrer l'essence et Kierkegaard n'était, pour moi, qu'un vague nom aux étranges consonances nordiques.

  Donc la nature de mon activité m'avait installé dans un genre d'ambiguïté, un pied dans la pratique, un autre dans la théorie, c'est à dire dans la "contemplation", et c'est pour cette raison que mes copains me considéraient comme un territoire un peu à part, une Principauté, peut être, ou mieux une Confédération de type helvétique, neutre et autonome, située au centre de l'Europe sans cependant en faire réellement partie.

  Mais je crains de devenir tellement ennuyeux avec mes considérations sur mon propre ego, que mon ego va finir par se lasser lui-même de son narcissisme aigu. Je vais vous dire, en fait, tout ce laïus sur la philosophie, les catégories, etc..., c'est juste pour situer un peu les choses. En réalité, avec mes Potes, on est comme l'eau et la terre, on s'absorbe mutuellement et c'est sans doute nos différences qui nous rapprochent le mieux. D'ailleurs, vous en supporteriez beaucoup, vous, des types qui vous ressemblent comme vos propres jumeaux; vous aimeriez vous balader en ville, flâner un peu dans les magasins pour vous changer les idées, alors qu'au détour de chaque gondole vous tomberiez sur votre propre effigie, alors que sur les boîtes de pâtes et de riz, les conserves de cassoulet ou de tripes à la mode de Caen vous ne découvriez que votre propre icône ? Mais ce serait l'Enfer, vraiment et Sartre avait beau dire dans "Huis clos", "L'enfer c'est les autres", en réalité l'enfer c'est nous et seulement nous et d'ailleurs faut pas être Aristote lui-même pour comprendre que, pour l'Autre, nous sommes aussi ce fameux Autre, et y aurait pas pire situation que d'être seul sur une île et bien sûr on aurait pas de miroir mais l'eau tout autour elle oublierait pas de nous la renvoyer notre propre image en forme de finitude, de solitude, de négritude.

  Oui, je sais, vous allez dire le Jules il le cultive son art de la formule, il joue sur les mots, les désinences et les suffixes du genre "...tude", on peut en trouver des brouettes, on peut s'en gargariser, on peut en faire des guirlandes de mots du genre "complétude", "hébétude", "lassitude", "certitude", "plénitude", "servitude" et même, des fois, on cherche dans les dicos, les encyclopédies, et le petit suffixe en forme de "tude", on le trouve nulle part avec la vraie explication qui va avec. Y a pas à dire, c'est vaste le savoir, y a toujours un recoin qu'on n'a pas exploré, et alors il te reste plus qu'à faire marcher ta machine à penser et à y mouliner ton petit suffixe en forme d'énigme, mais vraiment de petite énigme, d'énigme microscopique parce que la réponse tu l'as vite, elle t'est donnée presque avant la question, c'est de l'ordre de l'évidence : la "finitude" c'est l'état de ce qui est fini; la "solitude", l'état de ce qui est solitaire; la "négritude" l'état de ce qui est nègre; la "complétude", l'état, l'état, l'état...enfin, pour moi, c'est un genre d'intuition et, par définition, on peut guère aller contre, sinon c'est plus du tout une intuition, c'est de la logique, de la démonstration, c'est de la ruse qui sort tout droit du "principe de raison" et, à partir de là, t'es complètement dépossédé de ta manière à toi, qui t'est propre de voir le monde, selon telle ou telle de ses coutures, selon telle inclinaison particulière, sous telle lumière, etc...

 

 

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 08:36

 

  La vie, l'existence. Ces deux mots si familiers dont le contenu, cependant, nous reste souvent inaccessible, comme si, vivre, était une simple abstraction, un processus dévitalisé nous faisant penser aux automatismes des "Temps Modernes"et alors, nous ne serions que rouages, pignons, courroies. En un mot,  simples assemblages machiniques hors d'atteinte, clavettes et cliquets de renvois nous faisant avancer sur le chemin existentiel à notre insu. Le mot redoutable de "destin" - le fameux "fatum" des Latins - ne trouve guère ses assises d'une autre manière. Fâcheuse impression d'un conditionnement sans fin dont nous n'échapperions qu'au terme du voyage, après avoir franchi la dernière pierre d'achoppement. Alors, distraits de la qualité de la vie, à défaut de pouvoir en déguster la chair savoureuse, le fruité, l'arôme inimitable, nous nous résolvons à n'être plus que des étiquettes sur quelque casier de rangement, identiquement à ce bon Jules Labesse classant, à longueur de vie, ses pièces métalliques et autres rotules et biellettes. L'existence comme pure activité mathématique, algébrique, comme incluse dans les arêtes d'une géométrie étroite. Mais, heureusement, pour se distraire de cet engrenage monotone de la Manu, les Copains sont toujours là…

 

 

 Donc, si ma démonstration vous est apparue un tant soit peu pertinente, si elle a éveillé en vous une démarche qui vous est plutôt familière bien que demeurant souvent inapparente, il ne me reste plus, sans complaisance aucune, soyez-en assurés, qu'à parler de moi avec la retenue nécessaire qui sied aux confidences. Aussi, disposerez-vous, au travers de ma personne, d'un territoire connu, donc d'assises assez fermes à partir desquelles vous pourrez élaborer un savoir sur l'inconnu, à savoir mes habituels compagnons. Ils vous deviendront familiers, presque à votre insu, à la façon dont les meubles qui vous entourent font à tel point partie de votre intimité, que vous les tutoyez quotidiennement sans même y prêter attention. Heureusement, d'ailleurs, les choses autour de vous se font un peu oublier, se fondent dans le paysage car, autrement, votre vie serait une sorte d'enfer permanent, lequel vous occuperait à un inventaire sans fin, à la manière de l'énumération célèbre de Prévert :

 

"Une pierre, deux maisons, trois ruines, quatre fossoyeurs, un jardin, des fleurs, un raton laveur..."

 

  et alors vous seriez tellement occupé à dénombrer l'infinité des choses que vous n'auriez même plus le loisir de faire halte auprès de vous-même, ce qui, toutefois, aurait pour avantage secondaire qu'on ne pourrait vous soupçonner ni de solipsisme, ni d'égocentrisme, ni de vous plonger dans une quelconque auto-pédagogie satisfaite d'elle-même.

Et puis, à propos, l'inventaire ça vous fait penser à quoi ?                                         

  A dénombrement, recensement, classement, je suppose. Eh bien, moi, ça me fait penser à plein de choses qui font un énorme tourbillon autour de ma tête et dans ma mémoire. Ça me fait penser à une sorte d'univers peuplé d'une multitude de galaxies, de planètes, d'étoiles, avec plein de satellites qui tournent tout autour. Et puis, tenez, comme le "Joueur" de Dostoïevski, je vais aller au Casino m'enivrer à la roulette, à la roulette de la vie par exemple. Je vais miser, disons quatre-vingts louis sur la douzaine du milieu (le gain est triple mais on a deux chances de perte contre une, je vous rappelle), et c'est bien sûr, par hasard, la douzaine qui sort. Vous aurez fait aussitôt le calcul, mais, contre toute attente, c'est pas deux cent quarante louis que le croupier va pousser sur le tapis vert au bout se son râteau, c'est simplement un gros jeton de bakélite où il y aura un seul chiffre avec plein de zéros, du style 288 000 000 et vous allez donc penser que le gain est important.

  Eh bien, l'énorme chiffre qui pourrait être celui correspondant à l'argent de poche d'un émir d'Arabie, c'est simplement le produit de 40 x 300 x 8 x 50 x 60, ce qui, énoncé en langage clair, n'est rien d'autre que le résultat obtenu par moi-même, Jules Labesse, au bout de 40 années de labeur assidu, 300 jours par an, 8 heures par jour, tout au long de classements, rangements, étiquetages de 50 rayonnages différents, comportant chacun 60 casiers, et je vous fais cadeau du nombre de pièces figurant dans chaque petit tiroir métallique laqué en vert.

  Vous l'aurez compris, j'étais magasinier à la Manu, et donc considéré comme une sorte de plaque tournante, de lieu stratégique situé entre la fonderie et les ateliers d'assemblage et, à ce titre, passais pour disposer d'un pouvoir secret, à mi-chemin entre les créateurs qui inventaient les techniques et les exécutants qui assemblaient les pièces comme de simples cubes de Lego.   

  De cet état de choses découle sans doute le fait que, dès le début de mon travail, et ce jusqu'à la fin, j'ai pu apparaître, aux yeux de mes copains comme une sorte d'électron libre situé à la limite de deux mondes bien distincts : ceux des cols blancs et ceux des bleus de chauffe; ceux des donneurs d'ordre et ceux qui les mettaient en pratique; ceux qui gambergent dans leur tête et ceux qui assemblent, vissent, taraudent, boulonnent, ajustent avec l'ensemble de leur corps, un peu comme on disait autrefois, "La tête et les jambes", dans une émission célèbre du temps où j'étais plus jeune, alors qu'on ne pouvait décrocher le jackpot que d'une façon totale, avec l'ensemble de son moi rassemblé, cervelle et jambes pareillement à la tâche.

 

 

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