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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 16:47
Blanche beauté

Source : Cercle Quercynois

des Sciences de la Terre

 

***

 

Il faut être près du sol,

 près du grand ossuaire blanc.

Il faut marcher

dans le sentier étonné

 de l’aube grise.

Là, tout près de soi,

là dans l’immense solitude,

là se lève la rumeur sourde

du poème.

La pierre est poème.

L’air est poème.

La lumière est poème.

 

On avance à l’insu de soi,

on est porté par le paysage.

Autour de soi,

la vibration des choses

et la simple nudité de ce qui est.

Rien ne s’exile de soi.

Tout demeure dans le geste

immémorial de l’arbre,

dans la blessure de la pierre,

dans l’immobile silence de l’air.

 

 Avancer, respirer,

 humer les fragrances minérales,

écouter le chant rauque

du calcaire,

c’est être soi jusqu’en son ouverture

la plus exacte.

On est possédé de l’intérieur

par la racine éployante du jour.

Cela s’éclaire en soi,

 cela profère à demi-mots,

cela veut dire et se retient

au bord des lèvres,

au bord du cœur.

Car dire la beauté

en son exultante blancheur,

serait la réduire à néant.

Lui ôter toute chance de paraître.

 La beauté, il faut la laisser s’épanouir

en sa plus essentielle venue.

Elle est mystère,

elle est saisissement de l’âme.

Elle est saisissement

de soi en-l’autre-advenu.

 

Partout sont les formes

du multiple éblouissement.

 Une feuille se détache de la branche

et fait son bruit de doux métal.

Une huppe, au loin, pousse son cri

trois fois mélancolique.

Un gland tombe et rebondit

dans le pli attentif de l’oreille.

Tout se dit comme

dans un conte pour enfants,

une voix si douce,

elle pourrait bien s’effacer,

regagner l’antre immémorial

de sa première présence.

 

On avance sur le chemin semé

de blancs cailloux.

On avance parmi

les touffes éparses

des genévriers.

L’air est tendu, pareil au noroît

sur les côtes de granit.

On est en soi,

on est auprès des choses

dans leur naturelle éclosion.

 L’être-soi, que l’on porte

au-devant, en arrière,

autour de son corps,

dans l’aura singulière de l’instant,

on le destine à ne recueillir

que le retrait du lieu,

sa simple souplesse,

la fugue de sa présence auprès

de tout ce qui rayonne

et s’installe là,

dans la rumeur

d’une immédiate joie.

 

On pense et ne pense pas.

Chaque idée se disjoint

de sa propre venue

et se dissout dans l’immatériel

en sa sublime efflorescence.

On ne ressent pas,

 on est le ressenti lui-même

en sa juste effusion.

Sa mémoire est comme absente,

un mirage suspendu

à la feuille du ciel.

On ne profère rien,

on est profération

 et parole première

sur le cercle du monde.

La terre est déserte.

Les hommes devenus

de simples buées.

Les femmes sont serties,

emmurées

dans leur volupté de soie.

Les cours d’école sont vides.

 Le vol des oiseaux est fixe,

 leurs yeux sont des agates éteintes,

des pierres de lune

aux blafards reflets.

 

C’est ceci, la magie des pierres,

vous ôter à qui-vous-êtes sans délai,

vous confondre avec la courbe de l’aven,

vous réduire à l’élévation du cairn

dans sa vide interrogation,

vous conduire tout au bord de l’extase

et vous retenir d’en connaître le gouffre

 Se saisir de la blanche beauté :

se capturer, soi,

jusqu’au tréfond de son être,

approcher l’autre en son secret,

glisser infiniment sur la corolle libre

de l’amitié.

 

 Le paysage splendide de simplicité,

ne nullement le laisser

dans la distance,

le laisser dans son étrangeté.

Le paysage de grande beauté,

 le glisser au creux même

 de sa chair,

 le faire mains attentives,

yeux grand ouverts,

 ombilic accueillant,

sexe d’amour diffusant

son luxueux pollen.

La pierre, là, sur le chemin ;

soi, là sur le chemin,

une seule et identique destinée,

un rayon de lumière,

une unique fable

à l’horizon du monde.

Tout est tissé d’adorable clarté.

L’étonnement n’est plus étonné de soi.

 On regarde l’écorce du chêne

et l’on est

dans la très grande sagesse

de l’arbre.

 On regarde l’empilement de pierres

 et l’on est

mesure géologique du sol.

On regarde la fuite de l’air

et l’on est haut

dans l’espace illimité du vent.

 

Oui, toujours l’on avance

sur le chemin,

sur le chemin de soi

car comment pourrait-il y avoir

d’autre destination que celle-ci ?

Ici, sur le nu Causse

 en son immédiate donation,

il n’y a rien d’autre que

 la pierre et soi,

la terre et soi,

le vent et soi.

Comment une altérité

pourrait-elle se loger,

dans la non-distance

entre la grande aventure minérale

et qui-je-suis en mon fond ?

Avec la pure et blanche beauté,

avec la virginale parution,

avec la rocheuse manifestation,

je suis le sans-distance,

l’inclus dans la densité

de la gemme,

 le venu-au-monde

pour ne connaître que ceci,

cette vibration intime des choses

qui est la même

que celle de ma propre chair.

Cela fait écho en moi.

Cela s’irise en moi.

Cela se lève à la manière

d’une traînée de cendre,

cela vole haut

et jamais ne retombe.

 

Pierre de calcaire,

tu es mon ossature même,

 tu es le cartilage

dont mon destin est tissé.

 Genévrier, tu es l’aiguillon léger

qui me pousse vers l’avant.

Chêne rabougri aux pieds bulbeux,

 tu es la belle complexité,

la vérité torse qui m’incline

à méditer longuement

sur le sort de mes semblables,

sur le mien qui en est l’étrange reflet.

 

Sur le chemin d’éternelle amitié,

 je trace l’hésitante empreinte

de mes pas.

Je m’éloigne sans douleur

de mon origine,

je me destine vers labîme

qui m’attend avec confiance.

Avoir éprouvé,

une seule fois dans sa vie,

la mesure de l’ineffable

et simple beauté

et l’on est porté hors de soi

dans la contrée infinie

d’une multiple joie.

Oui, d’une multiple

inépuisable joie.

  

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19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 16:42
Au ciel l’étoile de tes yeux

 

Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

 

Sais-tu combien les rêves, parfois,

sont de sombres réduits

où la conscience vacille ?

As-tu déjà éprouvé ceci,

une pluie battante

à l’horizon de l’être

et nulle âme

qui fasse sa lumière,

nul esprit dont la braise

aurait levé, en Toi,

quelque mince espoir.

Partout un noir de bitume

et les étoiles éteintes

par milliers sur la tenture du ciel.

Que faire alors de son corps ?

Un flottant drapeau de prière

luttant contre le vent ?

Une outre vide où ne recevoir

que silence ?

Une pente déclive offerte

 aux soucis du monde ?

 Il est bien malaisé

 de vivre en ce cas

et les mots se dissolvent

qui ne disent plus rien.

On est pareil à ces cerfs-volants

qui, dans la nuit,

cingleraient vers l’inconnu,

leur longue queue,

simple gouvernail fou.

 

As-tu déjà éprouvé ceci,

 la perte de Toi

en un aven sans fond

dont il est impossible

de remonter,

et, tout en bas,

le cratère des eaux glaciales

qui exhalent leur souffle

de cristal ?

 

Mais que je te dise

mon dernier rêve.

J’étais assis derrière

une table de nuages,

des courbes de vent glissaient

 le long de mes pieds nus.

Tantôt je me sustentais

d’une blanche écume,

tantôt d’une aile

qu’un ange négligeant

avait abandonnée

au souffle du Noroît.

C’était, je te l’accorde,

 une bien modeste Cène

et nul Apôtre pour lever le verre

en signe de joie ou de piété.

Quant à Dieu, nulle trace ailleurs

que dans les enluminures

d’une songeuse Bible

dont je feuilletais les pages,

vides et blanches,

chute de grésil

dans l’écho infini

du vide.

 

 Ecoute bien ceci :

je m’étais saisi

d’un calice d’argent

dans lequel j’avais versé

une magique ambroisie.

Un mélange de félicité,

 une touche d’espoir,

 un zeste de mélancolie.

À l’instant même

où j’allais offrir cette libation

à mes lèvres blessées,

voici que paraissent

MILLE PRÉSENCES

qui ne disaient leur nom

mais effleuraient

la soie de ma peau

d’une douceur de rose.

Ma vision n’était nullement emplie

de ce mystère et c’était simplement

un ballet de formes diaphanes

qui allaient et venaient

dans de souples fragrances

de miel et d’ambre,

un carrousel continu de frôlements,

une ronde virginale et primesautière.

Était-ce mon esprit halluciné

qui voyait en ces INVISIBLES PRÉSENCES,

ces Belles dont j’avais toujours rêvé,

que les magazines m’offraient

dans leurs pages aussi glacées

qu’insaisissables ?

 

Sais-tu, je crois bien que

si ces Formes avaient été tangibles,

de chair et de sang,

j’aurais vendu mon âme au Diable,

à Méphistophélès en personne

afin qu’une fois, au moins,

le goût du Paradis inondât ma gorge,

saisi des mille délices

qui hantent mes nuits sans somme.

N’étais-je qu’un grand enfant

au seuil de quelque Caverne d’Ali Baba ?

N'étais-je le jouet

de ces vapeurs orientales

qui longent les coursives

des « Mille et Une Nuits »

et, toujours, nous laissent

dans le désarroi d’en jamais connaître

la souple et merveilleuse texture,

d’en éprouver le baume,

d’en goûter l’ivresse.

Ce qui était advenu, je crois,

en ces allées imaginaires

parmi les grappes des désirs

et les ramures

des plaisirs inassouvis :

une perte de Soi à Soi,

que parfois l’on nomme « délire »,

ou bien  « égarement »,

si ce n’est « Folie ».

Mais non celle d’Erasme

qui agite ses grelots

et se vêt de couleurs multicolores,

 mais la Folie du manque,

laquelle est nue,

pareille à ces hauteurs

du Mont Chauve

où soufflent les vents mauvais

comme ceux que chante Verlaine

dans sa complainte d’Automne,

simple feuille morte

parmi le peuple

des bourrasques.

 

Sais-tu combien il est affligeant

d’aller naviguer au loin,

de risquer les hauts fonds,

les colères océaniques

alors que tout près de Soi

veille une douce flamme,

crépite une étincelle

qui est le véritable orient

de notre âme ?

 Maintenant,

ailleurs que dans mon songe,

plutôt dans un rêve éveillé

 inondé de conscience,

levant mon regard au-dessus

de l’inquiétude des hommes,

j’aperçois, tout en haut du ciel

 l’étoile de tes yeux.

On dirait, dans la nuit profonde,

de minuscules pétales,

peut-être de myosotis,

de véroniques

ou de gentianes,

venus du plus loin du temps,

du plus loin de l’espace,

manière d’inépuisable poésie,

de comptine pour enfants,

de fugue à la lisière des choses.

Alors comment dire le bonheur

lorsqu’il devient une telle évidence,

tels le rocher sur le rivage,

l’arbre dans la forêt,

l’oasis dans le désert,

comment dire ce qui, toujours,

 bourdonne

autour de Soi,

au-dedans de Soi,

tisse sa résille

de fils de la Vierge

dans l’aube qui point ?

 Le regard en est

comme embrasé,

va au loin,

fait ses meutes de ricochets,

revient là où, toujours,

 doit se loger sa pointe,

dans le pli immémorial

de la conscience.

Oui, c’est là que tu es,

parmi la jungle

de mes soudains emportements,

au crible intime de mes soucis,

 dans l’arabesque de mes voluptés,

au foyer de ma pensée.

 

Au ciel l’étoile de tes yeux,

j’en suis la douce irisation

au matin levant,

j’en estime le luxe

au zénith,

 j’en redoute la perte

au nadir.

Au ciel, l’étoile de tes yeux.

Jamais ne verrai plus loin

qu’EUX.

 

 

 

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 09:33
A peine dans la venue du jour

La roselière

Vendres

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

A peine dans la venue du jour

 

On est là, au seuil des choses.

On est là dans l’attente

 de ce qui pourrait advenir.

On est en soi, immergé

dans la plus intime pliure

de son être.

On cherche à ne nullement

différer de soi.

On cherche le nul écart,

 la juste disposition,

l’exacte mesure.

 

A peine dans la venue du jour

 

Sur la feuille lisse de sa peau

un zéphyr s’est levé.

Il est cette note claire,

un appel de la conscience,

un ébruitement

à peine prononcé

du Monde.

On est au carrefour des sens,

dans l’irisation de sa chair,

dans l’éveil natif de son esprit.

On est dans l’avant-parole

que talque un infini silence.

On est simplement cet éther

qui vibre de se connaître

 à défaut de n’y jamais parvenir.

 Et pourtant nul doute

de ce qui nous est promis :

la dentelle d’un rapide bonheur,

l’éclosion d’une rencontre,

l’épanouissement d’une joie,

cette visée de l’âme

souvent inaccessible,

 espérée cependant.

 

A peine dans la venue du jour

 

Là où l’on est, est le Lieu

de la pure immobilité.

La touche du jour est virginale,

visitation sur la pointe des pieds.

Une ballerine effleurant le sol

dans une ferveur retenue.

Un glissement sur la fente ténue

de l’horizon.

Tout, ici, est ramené

à sa simplicité originelle.

Chaque présence est pleine,

entière.

Le Ciel est le Ciel.

Le Nuage le Nuage.

La Colline la Colline.

 Le Roseau le Roseau.

Chacun à sa place

de singulier événement.

Chacun adoubé à ce qu’il est

en son fond.

Un acte accompli

qui n’en exige nul autre.

La certitude d’être parvenu

dans le site unique

d’une évidente Beauté.

A peine dans la venue du jour

 

   Alors il faudrait se taire, demeurer en soi, dans la geôle heureuse de son corps. Ne rien penser. Ne rien émettre qui altèrerait l’équilibre ici donné de toute éternité. C’est ceci, les choses belles n’ont nul besoin de commentaires, elles sont arrivées à leur plénitude, elles n’ont plus à se déployer, à ouvrir leurs corolles, elles sont l’Ouvert en sa plus belle monstration. Ce Jardin d’Arcadie, on en sent en soi les immédiats bienfaits, on en éprouve la majestueuse profondeur, on en mesure la florale dimension qui est vertige au bord de l’abîme mais l’abîme est donateur de cette complétude à laquelle nous aspirons sans, le plus souvent, savoir la nommer, savoir l’accueillir. Le phénomène de la divine coïncidence est ceci :

 

être Soi, en Soi,

mais aussi bien en l’Autre,

en un seul et même mouvement

de l’âme.

Être le non-divisé,

l’infiniment disponible,

être le Dilaté jusqu’à la limite infinie

du cosmos.

Être fécondé par ce qui nous entoure

 et nous convoque aux épousailles

du Ciel et de la Terre.

 

A peine dans la venue du jour

 

Le Ciel est cette rumeur élyséenne,

 cette fugue invisible,

cette scansion immatérielle

qui anime notre cœur,

y imprime le rythme de la vie.

De fins nuages avancent

sur l’océan illimité du Ciel.

Les nuages sont l’écriture du Ciel,

son long poème un jour commencé

qui semble n’avoir nulle fin.

L’horizon est une colline noire,

un animal sans nom,

venu là sans raison apparente,

médiateur de l’éther

et de la matière opaque,

 dense de la terre.

 

  A peine dans la venue du jour

 

Nul besoin d’interroger

la raison de sa forme,

elle est nécessaire,

tout comme l’air à notre respiration.

Cet isthme à la rencontre des éléments

avait sa place affectée depuis toujours.

Son être même est son Lieu.

Son destin de relier

l’aérien et le terrestre,

le fluide et le dru,

l’invisible et le visible.

  

   Juste équilibre de ce qui est en soi dénuement et ne s’affirme qu’à l’aune de cette pauvreté essentielle. Cette langue de terre serait-elle richesse, flamboiement et alors tout renoncerait à paraître dans cette résonance biblique qui atteste le commencement, pose la première syllabe du poème de l’Être.

 

A peine dans la venue du jour

 

La lumière est belle

qui bourgeonne,

se lève du Ciel et de la Terre,

resplendit dans l’entre-deux,

illumine toute beauté,

déclot l’âme des choses,

libère leur essence,

les porte à leur extrême dévoilement.

Un mystère nous est donné

que nous attendions

depuis l’aube des temps,

une offrande pareille

au vol libre et majestueux

de l’oiseau-lyre,

un nuage de plumes légères

 allège son être,

le rend identique

au diaphane séraphin.

 

A peine dans la venue du jour

 

   Oui cette heure d’immédiate donation est sacrée, oui cette heure nous questionne au plus profond de qui nous sommes, l’instant blanchit, se poudre de cendre, la seconde est subtile, nous en sentons le déploiement de rémiges quelque part dans l’antre ébloui du corps.

 

Alors notre chair

est chair du Monde.

Alors notre Monde

 est chair de la Présence.

Alors la Présence

est ce qui nous alloue notre Lieu

parmi les chemins multiples

de l’exister.

 

   Et ces arbres, ces souples volontés qui s’élancent depuis la nappe onctueuse des roseaux, ne nous disent-ils notre croissance à partir de la glaise fondatrice, notre élan vers cet Idéal qui partout s’affirme comme notre seule chance de nous retrouver parmi le hasard des confluences, les nécessités immanentes de l’heure ? La plaine infinie des plumeaux oscille sous le vent, animée de courants de clarté, habitée d’ombres profondes qui sondent jusqu’à l’inconscient de ceci même qui est soustrait à nos yeux, l’énigme de la vie en sa plurielle effusion. La lumière joue avec les roseaux. Les roseaux sont lumière. Les roseaux sont les miroirs qui reflètent notre conscience. Du Soi disponible aux roseaux présents en leur étonnante effraction, il y a continuité, harmonie et notre parole intérieure se vêt de la parole soyeuse des efflorescences.

 

A peine dans la venue du jour

 

Le Soi, face à l’excès

de ce qui se montre,

est le sans-distance,

l’imminence même

au terme de laquelle

quelque chose fait phénomène

dans une manière de révélation

dont le nom même

ne pourrait être proféré

que dans le doute de figurer Ici,

 dans ce lieu d’extrême Vérité.

 

   De ce que nous voyons dans le genre d’un éblouissement, rien ne pourrait être soustrait car alors l’équilibre rompu effacerait, dans la même soudaineté, l’aire infinie du paysage et nous-même qui le regardons avec une sorte de crainte mêlée de l’espoir d’une possible éternité. Nous regardons les choses belles et nous demeurons, au sein de qui nous sommes tout le temps qui nous est alloué. Nul autre endroit pour nous accueillir.

 

A peine dans la venue du jour

 

L’Unique est là dont nous recevons

la nuptiale empreinte.

Jamais deux êtres ne peuvent être séparés

que l’Amour unit.

 

Oui, l’AMOUR !

 

 

 

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 09:11
Aube des temps (1° Partie)

‘Salins de Frontignan’

Hervé Baïs

 

***

 

Il faut partir de rien ou presque,

d’un souffle qui n’a quitté nulle poitrine,

d’une lueur encore dans le vague

de son bourgeonnement,

d’une hésitation d’avant la parole,

d’une latence au rivage du désir,

d’une image précédant la lumière,

d’un corps avant qu’il ne se fasse chair,

autrement dit du vol libre de l’Esprit

 à l’entour de ce qui, encore,

se vêt de Néant,

murmure à l’intérieur de Soi

les prémices d’un futur langage.

 

Grande beauté que ce temps sans temps,

que cet espace sans espace.

Tout demeure en soi

dans l’intervalle fécond du doute.

Tout flamboie du-dedans,

là où le silence bruit de mille promesses.

De Soi l’on n’est guère assuré.

Des supposés Autres l’on ne perçoit

que la possible esquisse.

 Du Monde l’on ne sent

que l’étrange présence,

bien au-delà du tumulte de sa peau.

 

Oui, du ‘tumulte’, puisqu’elle est

en voie d’apparaître, la peau,

et s’impatiente déjà de connaître ce qui,

 hors sa propre toile,

se dira des choses disséminées,

 ici et là,

 au hasard lumineux

des heures du sablier.

Tout est recueilli

en son germe

jusqu’à l’excès.

 

La clarté est une résine

qui sommeille

 au creux de la matière.

Le jour vibre, tout là-haut,

bien au-dessus des allées et venues

futures des hommes.

‘Futures’, ils ne sont pas encore venus à l’être,

assemblent laborieusement leurs fragments,

inventorient leurs hiéroglyphes

dans une pénombre préformatrice

de qui ils seront,

des spectres fuyant

vers le proche horizon.

 

C’est tout juste si le Ciel

 commence à exister,

il est ce halo sombre

 qui dérive lentement

parmi le désert des nuages.

Y aurait-il, quelque part, une oasis

où faire s’abreuver le peuple Céleste ?

Il est si éreintant de venir au Monde,

de tracer sa voie

dans le sillage blanc des Comètes !

Existe-t-il une pierre

où amarrer sa solitude ?

Il y a tant de fuites vers l’horizon

qui bascule loin des yeux,

peut-être n’est-il qu’une illusion ?

  

La suie est encore accrochée à l’Ether,

elle voile son éclat cristallin,

elle use sa transparence adamantine,

elle ponce ce qui, de la Vérité,

pourrait se dire,

qui se dissimule

dans les rets étroits

du mensonge

universellement répandu.

Oui, le mensonge existe

avant même que des consciences

 n’en aient formulé l’étonnant visage.

 Pourquoi mentir puisque le Monde

est Monde dans l’immédiateté de sa présence ?

Pourquoi dissimuler ce qui demande à se montrer,

cette beauté partout sur le point d’éclore,

entièrement donnée

à Ceux qui savent regarder ?

 Comment ne pas dire la douceur,

le blanc soyeux

qui lissent d’infinité le dôme zénithal ?

L’âme s’y ressource,

s’y repose de sa course aérienne,

puise à l’abîme cosmique

la substance de son éternelle durée.

 

Peu à peu cela s’éclaire,

peu à peu cela se met à parler.

Le ciel au nadir commence

à faire resplendir

la croûte virginale de la Terre.

En elle se lèvent des pliures d’argile,

en elle se sculptent des statues de glaise.

Ce sont nos Déesses chtoniennes,

celles qui nous hèlent,

nous invitent à la grande fête de la glèbe,

à la liturgie du sillon,

 au travail du coutre qui l’ensemence

de son glaive ardent.

 

Ô grande beauté de la Terre

que, bien trop souvent,

nous flagellons

de nos actes inconscients.

Sur elle l’arbre est posé,

il est son naturel prolongement,

il est prière adressée au Ciel,

douce invocation des dieux païens

qui firent le lit de la fascinante Mythologie.

 

   Une large bande noire traverse tout le paysage

depuis l’Orient jusqu’à l’Occident.

Elle raconte l’unisson des Hommes,

leur fraternel amour malgré leurs excès parfois,

leurs haines qui allument les guerres,

 leurs désirs de puissance

qui sèment les graines de la Mort,

vendangent têtes et corps,

 mutilent l’humaine destinée.

Mais, ces terribles Guerriers,

que ne voient-ils la faveur de vivre, d’aimer,

de partager son pain avec le Démuni,

de parcourir les sentiers bordés de haies

piquées d’aubépine blanche

avec le Chemineau,

ce Frère que nous croisons

sans même savoir que nous appartenons

 à la même famille,

celle d’êtres livrés à la finitude.

Ceci devrait nous rende sages, modestes,

Nous que la corruption saisit au collet

et nous réduit en poussière.

Il suffit de regarder devant soi

avec la confiance

de ceux qui sont lucides.

Alors ce que nous ignorions

surgit de l’abîme

et se donne avec la rigueur

attachée aux Choses Essentielles

 

  

Cernée de bitume

 - un reste de l’abîme ? –

la plaque d’argent du lac brille

à la manière d’une pièce de monnaie.

Mais la métaphore n’est qu’un pâle substitut du réel,

un genre d’écho de ceci qui est si fulgurant,

devenu presque innommable.

Le langage, parfois, s’essouffle

à vouloir énoncer la colline sur fond de ciel,

l’arête de la montagne aux confins de la vue,

le moutonnement de la mer

avec la caravane de ses vagues

 ourlées d’écume.

 

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 17:28
Climatique de l’être

Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

 

   Vois-tu combien l’automne est cette saison à nulle autre pareille. Une fin qui s’annonce, un renouveau qui prépare son approche. Tout est dans la juste mesure de soi. Nulle clameur qui ferait dans l’âme ses tourbillons d’ennui. Nulle offense de la nature. Seulement une douce tempérance qui, ici et là, déplie ses ors, déroule ses verts pastellisés, à peine venus, ses teintes qui sont des esquisses en attente de leur effacement.

   Tu sais tout le bonheur qu’il y a à marcher sur la pointe des pieds, tel un enfant, à se poster à l’angle du crépuscule, à voir venir ces argiles sombres qui sont le signe avant-coureur de la nuit. Cependant nulle ombre n’est violente qui serait captatrice de soi. Seulement un effeuillement des choses, le dépliement d’un clair-obscur, un bruit de source dans le creux d’un frais vallon.

   Ce que j’aime, ceci : me déchausser, avancer nu-pieds - Ô sublime vagabondage -, emprunter un sentier, le premier venu, faire sur le tapis de feuilles se lever un mince bruissement pareil au grésillement d’un insecte contre le verre de la lampe. Alors, vois-tu, je ne suis plus à moi. Je suis au chemin solitaire qui s’enfonce dans le peuple de la forêt. Je suis à la terre qui fait le don de son humus. Je suis au bonheur simple d’exister dans ce temps qui me frôle et ne m’inquiète nullement puisque je suis en lui, puisqu’il est en moi. Il n’y a pas de différence. C’est, je crois, ce qu’on appelle « plénitude », ce sentiment d’accord avec la bogue souple des choses. On est là en toute innocence, identique au bourgeon qui va éclore, ne sait rien de son destin, attend l’heure de son déploiement.

   Mais laisse-moi te raconter la levée de cette symphonie. La terre est déserte et peut-être nul homme n’y imprime plus l’empreinte de ses pas. Une libre parution de ce qui vient à l’abri des regards curieux, de la pensée raisonnante, des jugements qui ne sont toujours que des approximations de la vérité.

   Le ciel est de cendre et de brume. Une palette si peu affirmée qu’on croirait l’avoir rêvée. C’est si heureux cette vision floue du réel - mais qu’en est-il de ceci qui fuit devant soi sans jamais aucune halte ? -, c’est si étrange cette manière d’astigmatisme qui dit une fois la présence, une fois l’absence. Qui dit une fois la pourpre de la passion puis, dans le même instant, le vermillon d’un désir naissant.

    Et les arbres, leur éclosion presque miraculeuse sur le dépoli d’une vitre, les voilà qui se mettent à vibrer et l’on entend leur voix cristalline faire ses trilles de notes tout contre la voûte du diaphragme, s’iriser de mille teintes dans le nœud du plexus, agiter leurs feuilles de papier tout contre le dessin des hanches. Oh ils n’insistent nullement, ils suggèrent seulement. Ils disent le pli de l’âge qui avance, qui fait ses vergetures à bas bruit, qui trace ses sillons sur la plaine de la peau. Il n’y a pas de souffrance à ceci. Chaque jour le miroir nous renvoie la même image avec des variations tellement infinitésimales qu’on n’en perçoit nullement l’irrémédiable sceau existentiel. C’est comme un ruissellement d’eau dans le frais d’une grotte parmi les tapis de mousse et le papillotement blanc de la calcite. A peine un battement dans la fuite de l’heure. Alors on vit sans le savoir. Peut-être n’y a-t-il que peu de mérite à être homme, à placer chacun de ses pas dans l’ornière des jours ?

   Au loin, là-bas, entre les fûts bistre des troncs, une frondaison de paille fait sa belle éclaboussure. Que nous dit-elle, sinon la joie d’être-arbre, ici, dans la chute de la saison alors que, bientôt, toute cette résille de franc bonheur s’éparpillera au gré du premier vent ? Seul le souvenir, ces branches dépouillées qui battront l’air de leurs griffes noires, pourra témoigner de ce qui fut et attend le cycle de sa renaissance.

   Puis ces deux taches, si proches de la garance, ne sont-elles la persistance de jeux d’enfants - une balançoire, un toboggan, une cabane -, des vies en éruption, des ébats pleins de cris joyeux, des sauts, des cabrioles, une neuve insouciance -, ces deux feux assourdis qui nous parlent comme si, un jour, ils devaient nous rejoindre dans cette force de l’âge dont le déclin s’annonce déjà dans l’épuisement du divertissement parfois, son extinction alors que les grilles du parc sont fermées, les volets clos, les feux allumés dans l’âtre pris de froid ? Ils sont pareils à des fanaux allumés dans le crépuscule qui flamboie de sa dernière lumière.

   Puis ce genre de tapis d’eau, à mi-chemin de l’amande et de la malachite, cette couleur inimitable de l’herbe en sa dernière fenaison - bientôt seront les frimas qui la couvriront d’un dais de silence -, cette étendue nous fait inévitablement penser au lac immobile des jours, à sa précipitation, parfois, comme si toute cette tendre félicité pouvait soudain refluer en quelque coin d’un passé dont le souvenir nous aurait échappé et il ne demeurerait, entre nos doigts  surpris, qu’un peu de poussière et les traces évanescentes de la mélancolie.

   Oui, je te disais, il y a peu, l’automne en son exception, ses lueurs de sable, ses clignotements entre la croûte de pain et la glèbe retournée dans sa vêture fauve que ponctuent les nervures de sillons plus sombres. Oui, tout est joie qui éclaire les yeux de cette infinie donation qui semblerait n’avoir jamais de fin. Seulement on confie sa chair au profond du sommeil, on se laisse bercer par une douce rêverie, on se réveille un matin entre chien et loup, on écarte le givre de la paume des mains, l’hiver est là qui, sans crier gare, a jeté sur la nature son linceul d’infinie tristesse. Automne n’est déjà plus qu’une lointaine blessure de la mémoire. En elle nos souhaits les plus vifs, les entailles de la lumière estivale, les prémices du printemps en son fleurissement de cristal.

   Sans doute la sais-tu, toi, l’Inépuisable, cette climatique de l’être, cette arrière-saison d’une venue au monde qui paraîtrait ne jamais s’épuiser cependant que tout s’évanouit dans les limbes du passé ? Sans doute en est-tu la gardienne, toi l’Insaisissable, toi dont on ne pourrait proférer le nom qu’au risque de te perdre. Automne s’est enfuie qui, peut-être, jamais ne reviendra ! Jamais !

  

 

 

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 17:45
Elle qui attend

Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

On attend que vienne le temps

On attend longuement

D’être enfin à soi

De se connaître

De ne plus être en fuite

De son être

La seule ressource qui soit

 

*

 

Ici dans les plis ombreux de la ville

Au carrefour des lumières

Dans l’éblouissement de l’instant

Tout glisse infiniment

Dans une manière de brume

Ô ouate des jours

Qui glace les tympans

O fleuve de vie

Qui jamais ne s’arrête

Ô sensations mouvantes

Vous m’enlacez de vos lianes vipérines

Je sens votre venin tout contre

Le miroir de ma peau

Oserez-vous instiller votre mal

Dans le dais infiniment ouvert

De mon âme

 

*

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

Il fait si vide dans les coursives

De la peur

Si glacé dans les colonnes d’effroi

Si absurde

Dans l’inutile glacis des veines

Elles gèlent sous les assauts

De ce qui n’a pas lieu

De ce qui toujours se dérobe

De ce qui n’a nul nom

Car à être nommée

La Présence se dissoudrait

Elle qui n’aime que

La vaste solitude

Les cathédrales de glace

Les vents de Sibérie

Aux arêtes aiguës

 

*

 

Pourquoi faut-il que l’air bleuisse

Au contact de ma sourde mélancolie

Pourquoi cette chape de verre

Tout autour de mes humeurs chagrines

Pourquoi le bruit ne parle-t-il pas

Pourquoi la perte des hommes

Loin là-bas dans le désert

Des cases de ciment

Ils meurent de ne point différer d’eux

Les hommes de bonne volonté

Ils se calquent à la dimension

De leur propre image

Ils disparaissent

À même leur vanité

Ils redoublent leur ego

Ils sont dans leurs terriers

En attente du Rien

Et cependant ils pensent

Tout posséder

La gloire d’être

Le mérite de figurer

Dans les avenues mondaines

Et leur jabot enfle

A mesure qu’ils avancent

Ou croient avancer

 

*

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

On ne sait plus ce qu’exister

Veut dire

Si l’on existe vraiment

Si quelqu’un vous attend

Non dans le palais princier

Mais dans la modeste chaumière

Combien on aimerait

Parler juste au coin du feu

Avec une voix compagne

Qui soufflerait les mots du bonheur

Ferait se lever

 La voile tendue de l’amitié

Peut-être de l’amour on ne sait jamais

Parfois il arrive sur les ailes du songe

Butine longuement le nectar de votre joue

Y pose la larme assourdie d’une gemme

Y dit les paroles muettes

Car tout ce qui est précieux

Ne vit que de silence

Fait ses ronds dans l’eau

Puis éclate telle la bulle

De cristal dans l’air

Qui crisse

 

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

Rien ne bouge au-delà de soi

Le banc est immobile

Qui attend son heure

Les voitures glissent

Dans un bruit de chiffon

Nul chauffeur à leur bord

Avec qui voyager

Tout est rêve

Qui fond dans le sommeil

 

*

 

Quand le réveil

Avec son bruit de chaînes

Ah les fantômes sont postés

Ici et là

Qui nous enveloppent

De leur voile de mystère

Que vienne la nuit

Seule consolatrice

De notre solitude

Au moins dans ses plis

Avons-nous refuge

L’ombre est souveraine

Qui efface tout

 

*

 

 

 

 

 

 

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 13:48
Toi dont la fenêtre

     Photographie : Pascal Hallou

 

 

 

 

***

 

 

 

Toi dont la fenêtre

 

Donne sur la ville

Qui es-tu donc

Pour te dissimuler ainsi

Des hommes

Que crains-tu

Leur amour parfois

Si violent

Leur orgueil

Qui te blesse

Il prend si peu en garde

Ta fragilité

La courbure de ton être

Le geste de ton front

Tout contre la flamme

De la lumière

Les paumes de tes mains

Qui effleurent le jour

N’en retiennent que

Le cristal

Sa fuite dans le reflet

De l’heure

 

*

 

Toi dont la fenêtre

 

Est ce mystère

Creusant l’abîme

Qu’y surveilles-tu

Que nul n’aurait saisi

L’ombre d’un passage

La fuite de l’instant

L’Amant qui fut le tien

Dont tu n’as retenu

Que la tremblante image

Pareille à celle de la brume

Tout est déjà loin

Qui scintille là-bas

Tel le névé que jamais

On n’atteint

 

*

 

Toi dont la fenêtre

 

Est ce parchemin

Sur lequel ne s’écrit

Rien que le silence

Qu’attends-tu

Hors de toi

Qui ne serait toi

Te reconnaîtrait

Comme sa partie

Manquante

Tu sais sans doute

La solitude dont sont tissés

Les hommes

L’attente que les femmes

Portent en elles

Longue parturition

Avant que quelque chose

Ne survienne

 

*

 

Pénélope ne tisse sa toile

Qu’à percer les fils du destin

Celui qui arrive

Elle ne le reconnaît

Quelle image la hantait

Dont nul n’eût été investi

Sauf le rêve en son feu

Parfois un Quidam

Porte-t-il une cicatrice

Dont il signe son être

Qui la reconnaîtra

Mais alors qui est-il

Le Fidèle  toujours

Celui en quête d’aventure

Qui est-il qui ainsi

Cerne ta demeure

A n’y jamais figurer

Bien lourde doit être

Ta peine

Dans cette chambre

Que nul ne visite

Y a-t-il au moins

La ressource d’une lecture

Une feuille à noircir

Une image à graver

Sur la feuille

De la mémoire

 

*

 

Toi dont la fenêtre

 

Est pure illusion

Y aperçois-tu au moins

Celle qu’un jour tu fus

Au profond de l’enfance

Qui souvent ressurgit

Et ne te laisse au repos

Elle te frôle et virevolte

Tel le papillon au printemps

Qui n’a de cesse de voler

De mourir

Telle est la vérité

En sa verticale splendeur

Ne l’oublie jamais

Feins seulement

De t’en approcher

Un garde-corps est là

Sur lequel tu prends appui

Puisse-t-il te sauver

De toi

 

*

 

 

 

 

 

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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 18:03
Flottaison du temps

Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Ces feuilles qui flottaient

Existaient-elles au moins

Ou les avais-tu imaginées

Pour donner le change

A la fuite du temps

Pour fixer

À ton irrésolution

La vraisemblance

Qu’il convenait

De lui donner

 

*

 

Nous n’étions que

Des passants

D’étranges marcheurs

Qu’une perte d’étoiles

Égarait

Le jour n’était mieux

Semé

De lueurs blanches

Tu en disais la brûlure

Le yatagan de lumière

Qui entaillait ton corps

La révolution intime

Qui faisait ses tourbillons

C’était une perte d’eau

Qui jamais ne verrait

De résurgence

 

*

 

Nous aurions pu

Nous arrêter là

Au bord du ruisseau

Limpide

Oter nos vêtements

Offrir l’usure de nos peaux

A l’ombre souveraine

Nous asperger d’eau lustrale

Commise à notre renaissance

Certes nous aurions pu

Mais n’avons rien tenté

Qui eût provoqué

La cassure

De l’instant

 

*

 

Vois-tu il y a trop

De destin

Dans ce que nous faisons

Trop de chemin

Décidé d’avance

Trop de clair-obscur

Dans lequel nous posons

Nos pas

La lumière d’une joie

L’ombre d’une tristesse

Dont nous pensons être

Les magiciens

Mais nous ne sommes

Que des êtres joués

Des enfants sautant

À la marelle

Sûrs de leur Ciel

Sûrs de leur Terre

Alors que nous ne passons

Que de Paradis en Enfer

Le Purgatoire nous échappe

Qui aurait pu

Nous sauver de nous

Nous demeurons

Dans les murs

De notre citadelle

 

*

Comment nous rejoindre

Tant les continents

Sont éloignés

Regarde donc le fond

De cette claire rivière

Regarde l’arbre

Qui s’y réverbère

On les croirait confondus

Dans le creuset

D’une unique image

Mais sais-tu il suffirait

De froisser l’eau

De la paume de sa main

Et le charme se romprait

Il ne demeurerait

Sur la feuille d’eau

Que quelque tourmente

Quelque nuit hâtive

Quelque jour poinçonné

De vide

Il ne demeurerait

Qu’une solitude infinie

Poncée au désarroi

D’une énigme

 

*

 

Ma Naïade vêts-toi

D’un peu de brume

Cerne tes yeux

De quelques gouttes

Fais tinter le cristal

De ta voix

Elève-toi

De cette longue plainte

Qui n’est que le deuil

D’exister

Serais-tu simple chuchotis

Crépitement de libellule

Et tu aurais rejoint

Le seul lieu dont ton être

Soit capable

Ce doute qui rôde

Dans le gris de tes yeux

 

*

Longtemps nous avons rêvé

Mais de qui donc

De nous bien entendu

Le vent semait son lamento

Le long des coursives

De nos corps

A peine plus visibles

Que le vide

En son empreinte

Qu’avions-nous à happer

Sinon le double

Que chacun tendait

 À l’autre

Que l’image hallucinée

Du temps

 

*

 

Le réel venait à nous

Avec sa rumeur bleue

De nous

Nous étions dessaisis

Nos silhouettes fuyaient

Au-devant

Telle accrochée au passé

Sans mémoire

Telle arrimée au futur

Sans avenir

Mieux valait en finir

De ces errances

Mieux valait être soi

Et renoncer à voir

Dans le miroir de l’eau

Autre chose

Qu’un mirage

Qu’un éternel retour

De qui l’on est

A la face du monde

Ce visage qui

Jamais n’apparaît

Qu’au reflet de l’onde

Oui au reflet

 

*

 

 

 

 

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26 janvier 2021 2 26 /01 /janvier /2021 17:20
Destin de nulle présence

        

 

***

 

 

Quel destin de nulle présence ?

Je ne doute guère

que ma question

ne cessera de te poser

quelque énigme.

Le destin est bien

ce qui est présent.

Cet arbre à la croisée

des chemins,

ce sourire sur le quai

d’une gare,

ce geste de la main

de l’ami

qui s’éloigne.

 

Nul destin n’est au passé.

 Il y a trop de brumes,

trop d’incertitudes.

 Nul destin ne se donnerait

au futur.

Comment pourrions-nous

dessiner l’avenir,

ses desseins sont

si mystérieux ?

 

Si j’essaie de te nommer,

 voici ce qui surgit

et s’impose à moi

telle la seule nécessité

qui se puisse imaginer.

Destin de nulle présence.

Oui, quand bien même

ma formulation

te paraîtrait étrange,

cependant elle n’est

nullement gratuite.

J’aurais pu dire

ton absence

 et broder, tout autour,

quelque savante fable

que des fantaisies auraient égayée

 tout en tâchant de la rendre

concevable.

 

Tu es étrangement

ce destin qui,

pour être au présent,

ne s’annonce que sous le signe

de la fuite,

sous la figure du vide.

Te dire combien

cette expérience est déroutante

m’entraînerait en de longues

et inopportunes justifications.

 

De toi, je fis la connaissance

en ces années de ma jeunesse

qui vibraient tel le cristal.

Tu n’étais pas moins vive

que moi

et je te reconnaissais

parmi la multitude

à ton singulier vibrato,

mon âme en ressentait

les harmoniques

jusqu’au creux

le plus troublant

de ma chair.

 

Notre rencontre

- oserais-je dire

notre « fusion » -

 trouva le lieu de son site

 lors de la fête du solstice d’été,

 toi la Nordique qui exultais

à sentir ton sang bouillonner

dans tes veines,

faire son sourd bourdonnement.

Moi qui m’impatientais

de connaître enfin

ces « Filles du feu »,

dont je supputais alors,

 qu’elles devaient être

 nervaliennes en diable,

perchées sur le seuil

de ces « portes de corne

et d’ivoire »

qui donnent accès

aux plus pures fantaisies,

 parfois aux divagations

de tous ordres,

si ce n’est à la folie

 en son plus vibrant étendard. 

 

A peine nous connaissions-nous

que nous nous sommes unis

à l’ombre des feux

de la Saint-Jean,

tout contre les danses

et les chants qu’ici,

que vous appeliez

de ce beau nom

de « Midsommar »,

ce « milieu de l’été »

dont nous étions,

en quelque sorte,

 les célébrants

d’un culte de la chair

qui nous portait

hors de nous

dans de somptueuses noces qui,

nous le savions,

du plus clair de notre intime vision,

jamais ne se reproduiraient.

 

De toi, nulle image,

nulle photographie

qui auraient pu témoigner

de cet instant

de fugitif bonheur.

Je t’avais dit,

il m’en souvient,

mon peu d’attrait pour les icônes,

sauf celles de l’imaginaire

qui meublaient les coursives

de mon esprit.

Mais à quoi sert-il donc

de s’abreuver d’illustrations

qui ne font que figer les souvenirs,

leur ôter toute mesure

de spontanéité,

tout degré  de liberté ?

 

Combien il est plus gratifiant

de confier aux eaux noires

et blanches du songe

le devoir de reconstituer

 les stations de notre chemin

- fût-il, parfois, de croix -,

des fulgurances s’y trouvent

inscrites en creux

dont notre conscience

fera le site

de merveilleuses ambroisies.

 

Beaucoup croient

étancher leur soif

de l’aimée -

elle n’est jamais

que soif de soi-même -,

 à considérer,

des heures durant,

ce visage qui se dissout

dans les brumes sépia du passé.

Jamais, tu le sais bien,

rien ne vient des jours anciens

à notre secours

et les « Petites Madeleines »,

hors la littérature,

sont si rares

que quelque boîte avaricieuse

pourrait aisément

leur suffire d’écrin.

 

Vois-tu, c’est pure félicité,

pour moi le romantique

de la première heure,

que de revivre

par la pensée

ces heures de feu

qui créèrent le cercle

de notre rencontre.

Parfois, autour

de la Saint-Jean,

 ici, dans mon pays

de pierres blanches

et de haies hirsutes,

du haut de ma fenêtre

devant laquelle s’ouvre

un large et bel horizon

peut-être au seul motif

de la grâce d’un temps

reproductible- en rêve,

tu l’auras compris -,

 je te vois faisant

ta belle mélopée charnelle

tout contre ces feux

qui brasillent dans le lointain.

Or, sais-tu la sourde immanence

de ta présence à mes côtés ?

 

Si je le voulais,

je pourrais te toucher

au seuil de la pénombre,

dessiner de mes doigts

les contours de ton désir.

Mais, toujours, je me retiens

sur le bord d’un possible événement.

Trop avancer dans les choses

serait renier leur essence même

et tout souvenir ne peut

que se lever de soi,

nullement être décrété

par un acte de volonté

qui ne serait jamais

qu’une violence faite au réel,

non l’immédiate disposition

de ce qui est

en sa plus belle floraison.

 

 Demeure près de moi,

dans l’aura

que dessine mon corps

sur la toile du jour.

Seulement ainsi

tu seras atteignable.

Seulement ainsi

je serai atteint.

Notre entente est double.

Notre entente est

pure réverbération

 de nos présences,

par-delà les lieux,

par-delà les temps.

 

Ô, persiste donc

en ton être car,

faute d’en pouvoir saisir

 la texture de soie,

c’est ma raison

qui vacillerait

comme le font les feux

de la Saint-Jean

en ta belle contrée de Dalécarlie,

ce beau comté semé de lacs

et de forêts,

 d’elfes légers qui,

sans doute,

te ressemblent.

Demeure,

le jour l’exige qui n’est

 que l’ombre

de ma conscience.

Demeure !

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 10:50
Aëly au plus haut de son destin

Reine de Méroé

 

Source : L’Accélérateur de Conscience Noire

 

 

***

 

[Prologue : Hommage à Rainer Maria Rilke]

 

*

 

Peut-on tracer l’orbite de ses rêves,

y dessiner les ineffables présences

qui y ont, un instant, fulguré ?

Il se pourrait que ceci pût s’accomplir.

Peut-on jouer avec la Rose des Vents,

devenir le Grec lui-même,

 s’immiscer dans la douceur estivale

du Libeccio,

incliner aux teintes hespériques

avec le Ponant ?

Il se pourrait que ceci fût possible.

Peut-on connaître la lumière boréale,

vibrer au sein de son écharpe d’émeraude ?

Il se pourrait que tout ceci trouvât

 à se donner pour vrai.

Peut-on planer sur la feuille d’eau du lac,

devenir miroir pareil à la subtile diatomée ?

Il se pourrait que ceci échût

 aux aventuriers et aux poètes.

Peut-on s’élever de terre,

être simple poussière

dans l’infini du temps ?

Il se pourrait qu’une telle réalité se montrât.

Peut-on connaître le glissement de l’ange

tout contre l’immense pliure du ciel ?

Il se pourrait qu’une telle image

 nous apparût.

Peut-on incendier sa chair

au point de lui donner

la consistance de l’étincelle ?

Il se pourrait

qu’une telle métamorphose

 fût envisageable.

 

***

 

C’est un Peuple d’au-delà des horizons,

un peuple sans lieu ni temps.

C’est un peuple que nul ne connaît

ni ne pourra connaître.

Les Hommes ont des yeux de diamant

où brillent les éclairs.

Leurs visages sont de cuivre armorié,

finement guillochés au contour des yeux.

Leurs barbes sont courtes,

taillées dans l’exactitude étroite du carré.

Les Femmes ont des yeux de lapis-lazulis,

des yeux profonds pareil

au chant des abysses.

Leurs joues sont poudrées de lumière,

étincelantes rivières

 où joue le tumulte léger du jour.

 

Les Hommes chevauchent

des montures aériennes.

 Des pur-sang aux naseaux écumants,

leurs robes sont d’argile pure,

leur allure celle des statues antiques.

Les Femmes tissent la laine,

font de longues toiles qui courent

sur les vagues de sable.

  

C’est un Peuple semblable

à la fuite d’une comète,

à la lueur d’un météore glissant

 aux confins de l’univers.

C’est un peuple de haute renommée,

un peuple de Héros

dont les Epousées fêtent le retour

dans la clarté mourante du crépuscule.

Du thé ambré coule

de leurs aiguières ciselées

dont l’argent est lustré

par leurs longs doigts,

des doigts de fée si diaphanes

on les croirait vols de colibris

à l’entour de quelque fleur merveilleuse.

Les Hommes boivent le thé,

 tenant leurs verres étincelant de pureté

Ils boivent par petites lapées

 et leurs yeux brillent  de connaître

 le breuvage précieux

et leur chair se dilate

sous la poussée amicale

de la douce et enivrante chaleur.

 

   Les Hommes, les Femmes sont cintrés dans de longues tuniques d’un blanc miroitant. Les visages des Hommes sont enveloppés d’un long turban que prolonge une traîne de filaments légers. Les gorges des Femmes palpitent sous la caresse de l’amour. De l’amour des Hommes, de l’amour qu’elles se destinent en propre comme leur bien le plus précieux. Le rituel de la boisson précède toujours celui de l’étreinte.

 

Les corps définitivement abreuvés s’enlacent

 telles des lianes dans le luxe

d’une forêt pluviale.

  

   On entend le chant d’amour se prolonger jusqu’aux lueurs pastel de l’aube. Le soleil escalade lentement les marches du ciel qu’encore se laisse deviner une fragile cantilène, ultimes broderies des corps avant que le jour ne dilue tout dans une grande mare liquide. L’or partout répandu glace le ciel de sa belle et unique insistance.

   Les Femmes sont au campement. Elles ont repris leur tissage. Ceci qui écrit l’histoire de leur Peuple. Les Hommes ont grimpé sur une haute colline d’où se laisse découvrir l’immensité des sables, leurs mirages se perdent à l’infini des yeux. Les Hommes se sont disposés en cercle. Ils se sont vêtus de leurs robes d’apparat. Elles ressemblent à la corolle blanche des Derviches Tourneurs.

 

Les Hommes psalmodient à voix basse

un chant seulement connu d’eux.

La lumière de leurs yeux éclaire le ciel.

 La palme de leurs voix s’enroule

parmi les fleuves de l’air.

La braise de leur esprit se mêle

aux confluences solaires.

Rien ne vit autour d’eux.

Tout attend.

Tout espère.

Tout est dans le souci

de ceci qui va paraître.

 

Que sera l’offrande résultant

de l’incantation montant des poitrines ?

Partout l’on retient son souffle

et les scarabées sont arrêtés

sur leurs monticules de mica

et les serpents sont dressés

sur leurs écailles de platine

et les oiseaux sont cloués à même l’air

et les feuilles des palmiers sont des dagues

 que leur fourreau retient.

Tout est dans la longue attente

dont surgira l’invisible

et inaltérable beauté des choses.

  

   Mais l’on doit sortir de sa naturelle distraction. Mais l’on doit se disposer à entendre ce qui vient depuis les immémoriales coulisses du temps. Mais l’on doit s’ouvrir soi-même à l’espace, le laisser apparaître dans l’entier déploiement de son être. C’est comme un grand silence qui, soudain, a envahi le monde, l’a saturé de son trop-plein de présence.

 

Les grains des secondes

 sont suspendus

dans l’isthme du sablier.

La clepsydre a immobilisé

la chute

de ses gouttes.

 

   Dans les chambres obscures des villes que la clarté n’atteint encore nullement, les poitrines sont arrêtées, les alvéoles dilatés au plus haut de leur dépliement. Les gestes d’amour sont suspendus, les Amants planent dans leurs corps de baudruche sans en connaître les limites. Venue des confins de l’être, voici qu’une voix polyphonique psalmodie les voyelles d’un nom étrange

AËLI

A Ë L I

A  Ë  L  I

 

Oui

A la manière

D’une pyramide

Reposant sur sa base

S’élevant au plus haut

Des contrées bleues du Ciel

Se livrant à la vision des hommes

 

   Nul sur Terre ne sait ce qu’AËLI veut dire, s’il s’agit d’un simple nom né de lui-même qui sillonnerait les larges avenues de l’éther. Nul n’a jamais entendu nommer qui que ce soit de cette manière. Quelques uns des plus curieux, des plus savants, prétendent qu’il s’agit du nom d’une Reine oubliée, retirée en son sépulcre de pierres, loin là-bas dans le mystérieux pays de Nubie, peut-être la Reine Candace Amanishakheto elle-même ou bien simplement la persistance de son être par-delà le temps, peut-être encore une icône qui nous livrerait son image à la manière de quelque réalité palpitant au-delà de la somme curieuse des yeux.  

   Mais peu importe, l’essentiel est de connaître, d’éprouver au fond de soi les vagues de cristal de la volupté. Oui, car il y a étrange volupté à écouter la musique des Voyelles

AËI,

au milieu desquelles vient s’immiscer, dans toute la splendeur de sa densité liquide,

ce ‘L ’,

cette apicale position de la langue qui vient symboliser

l’irrésistible ascension de l’être

en direction de ce qui le dépasse

et l’accomplit en totalité.

 

Nul ne peut entendre une telle litanie

A Ë L I, triplement proférée, ainsi

 A  Ë  L  I  -  A  Ë  L  I  -  A  Ë  L  I,

 

    sans en être éprouvé jusqu’au tréfonds de qui il est. Non ici, Lecteur, ne t’abuse point. Il ne s’agit nullement d’un décret prononcé par une bouche d’Autorité devant laquelle il conviendrait de se prosterner et d’obéir.

 

Non, AËLI

 est un nom sacré.

Celui-là même qui convient

aux Princes d’Orient,

aux Rêveurs aux mains de lumière,

aux Magiciens inspirés,

aux Créateurs d’utopie,

aux Mages qui tressent l’imaginaire,

 aux Démiurges qui établissent

les formes d’une éblouissante cosmologie.

  

AËLI

est une gerbe d’étoiles.

 

AËLI

 c’est la terre lorsqu’elle connaît

son règne le plus léger,

un genre d’argile souple

qui essaime l’air

de son illisible passage.

 

AËLI

 c’est l’eau lorsqu’elle se borde d’écume,

qu’elle se gonfle de bulles

et se rend semblable

à une goutte de verre.

 

AËLI

c’est l’air lorsque parvenu

au faîte de sa présence,

il devient chiffre si menu

qu’il se dit à même

la consistance d’une plume,

à peine le vol du papillon

sous l’aile du nuage.

 

AËLI

 c’est le principe du feu

lorsque son degré d’ignition est tel

qu’il se confond

avec l’indicible de l’esprit,

sa fuite à jamais

loin des frontières du corps.

 

 AËLI

 c’est l’enfant qui fait voler

son cerf-volant

 et essaie de capturer

des elfes.

 

AËLI

 c’est le poète qui hésite

 à la césure du vers,

se tient en équilibre

sur le versant du monde,

joue avec les mots

que lui dicte sa Muse.

 

AËLI

 c’est cette petite fille vêtue

de son habit de soie

qui attend la venue

de son Prince charmant.

 

AËLI

 c’est l’astronome fasciné

qui découvre

une nouvelle étoile.

 

AËLI

c’est l’alchimiste qui,

dans la blancheur de craie

de son laboratoire,

dans ses cornues de rêve,

fait se lever la très précieuse

Pierre Philosophale.

 

AËLI

c’est le philosophe

qui jongle avec ses concepts

et en fait surgir un

qui sera le miroir

où l’humanité

pourra découvrir

sa propre vérité.

 

AËLI

c’est le peintre qui,

tout au bout de sa brosse,

tient à la fois,

l’œuvre

dont il était en attente

depuis toujours,

 sa propre image fécondée

 par l’art.

 

AËLI

 c’est VOUS qui lisez

et vous interrogez

 sur le sens des mots.

 

    Ils sont si étranges, les mots, ils sont parfois dépouillés de réalité, ils flottent pareils à des voiles au large dont nul n’apercevrait ni la direction, ni la raison de cet étonnant voyage vers une Terre Promise. Mais laquelle ?

 

Chacun a la sienne,

 réelle,

symbolique,

imaginaire.

 

   Elle est l’orient au gré duquel avancer dans son destin, sinon avec l’assurance de qui croit tout savoir, mais avec cette marge de vibrante incertitude qui s’appelle l’existence, qui tantôt brille d’un éclat souverain, tantôt s’obscurcit des éclipses d’une tristesse.

 

AËLI

c’est moi qui écris depuis

l’immense solitude des mots.

Ces mots me requièrent

comme l’un de ceux qui,

inquiet de les laisser dans l’ombre,

essaie de les porter dans le rayon

d’une fuyante lumière.

 

AËLI

aime moi,

je t’aimerai

jusqu’à

l’Infini

du Temps !

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