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27 février 2022 7 27 /02 /février /2022 10:29
Celle lumière blanche

Edward Hopper, Rooms by the sea, 1951

Kazoart Blog

 

***

 

Cette lumière blanche,

cette blancheur

qui vient de si loin !

Aujourd’hui : il n’y a plus

d’aujourd’hui,

le temps s’est absenté.

Absenté de lui-même.

Moins d’épaisseur qu’un trait,

moins de présence

que le point sur la page.

Le point final qui clôture tout

et renvoie chaque chose au néant.

D’où vient-elle cette lumière ?

Du ciel ?

De la terre ?

De l’eau au loin

qui bat dans le bleu ?

Du-dedans de qui-je-suis,

pourtant il y a tant de noir,

tant d’obscur en arrière

 de la barbacane du front

Un vaste chaudron noir

habité de la suie du non-sens.

 Le dehors est le dehors,

je suis le dedans,

je suis le néant qu’habite

une parole vide.

Monacale est ma cellule.

Verticale ma solitude.

Cependant je ne souhaite

nulle agora parcourue

de l’aquilon des mots.

Ils percutent, ils entaillent,

 ils rebondissent

de bouche en bouche

 et regagnent leur tanière,

tachés de la malédiction

du monde.

 

Dehors la chambre,

l’eau bat doucement,

 reflet des abysses,

dans ses plis les entailles

et l’insignifiance de l’heure,

le jour est long à se traîner,

il tient, en ses étiques mains,

la lourde affliction des Vivants.

Des Vivants qui longent l’abîme,

ne le savent pas,

le redoutent seulement

et c’est leur foncière errance

qui les destine

aux pires maux qui soient.

Ce rectangle de lumière.

Ce surgissement de la vérité

tout contre le globe vitreux

de mes yeux.

La vérité ils ne la savent pas,

la devinent,

ici dans la belle toile,

là dans la forme accomplie de l’art.

Dans la haute esquisse humaine,

 parfois, rarement,

ils la croisent,

en longent l’abrupt parapet.

Vérité est comme Nature,

aime à se cacher.

 Héraclite a raison et nul ne l’écoute.

Mais pourquoi écouter un Sage ?

Il y a tant de jouissance immédiate

dans le vice

et la vertu est si abstraite,

tellement loin de soi

 

Le ciel est partagé

en deux parties égales.

Le haut est clair,

presque translucide,

il attire, magnétise

mais rejette en même temps.

Il exige tellement d’attention,

il veut à l’excès

de hautes pensées.

 La moitié inverse

est le ciel de la mer.

Des flots pareils à des mots

de beauté et de béatitude.

 L’eau est mystère,

elle m’attire

et me repousse,

 Mère bienveillante

en même temps

que refermée

sur sa sourde densité.

Fenêtre, battants ouverts

 par où pénètre la jonglerie

assourdie du monde.

Des cris au loin.

De plaisir.

De jouissance.

De douleur.

Des cris langage du corps,

lexique de l’âme.

Des cris, ils disent

l’immense souffrance

des hommes.

Ils disent l’aporie

de la guerre.

Ils disent la dague urticante

de la laideur.

 Partout est la révolte

d’être homme.

En soi, dans le pli de sa peau.

Hors de soi dans la sombre

éructation du réel.

 

La lumière a posé

sa boîte oblongue

sur le parquet ciré.

Catafalque de clarté qui mêle,

 en une seule et même image,

le désir de vivre,

l’attente de mourir.

 Seule La Mort nous sauve

de la Mort.

Elle nous ôte nos chaînes,

elle nous pousse, tête devant,

dans la gueule ouverte

et bienfaisante du néant.

Ô joie immense

du retour aux sources.

Ô sublime satisfaction

de rejoindre

la margelle primitive,

de libérer l’eau de sa fontanelle,

de la mêler aux eaux primordiales,

de devenir simple fluide

parmi l’écoulement infini

de l’univers.

 

Au-dessus de la lumière

le mur est gris.

Gris-bleu qui reflète

la mer du ciel ;

le ciel de la mer.

Qui reflète l’eau de mes yeux

où roulent les larmes

de l’humaine condition.

 Pourquoi cette folie des hommes,

cette folie arbustive qui croît

à la mesure de sa propre déraison ?

Ecoutez le bruit de la tyrannie.

Ecoutez le bruit de la mitraille,

 il dit la démence depuis

longtemps accumulée,

elle déborde de soi,

elle fait ses hoquets,

ses convulsions,

elle lance en toutes directions

les boulets de la haine.

Criez de toutes vos forces

depuis la soie de vos fenêtres,

 hurlez depuis le confort douillet

de vos chambres

 et que le monde s’apaise enfin

 à la hauteur de votre sédition

Jamais le monde n’est en paix.

Toujours un Tyran se lève

à l’Est, à l’Ouest

qui veut humilier

l’être humain,

 le plier sous le fer

de ses bottes de cuir.

Milices, factions, phalanges,

images du délire, de la frénésie,

 de la passion qui se retourne

contre elle-même

et décime tout ce qui passe

là-devant qui voudrait exister

selon son propre bonheur.

 

La lumière est blanche qui jaunit,

qui dit la haute présence du soleil,

sa brûlure bientôt

sur la plaine fragile

des épidermes.

 Déjà la vérité décroît

dans le jour qui monte.

Déjà le mensonge habille

les lèvres,

 les ourle de mauve,

cette couleur des abysses.

Les yeux ont du mal

 à soutenir l’épreuve du feu.

Ils cillent, ils clignotent,

la porcelaine de la sclérotique se fend,

des résilles sourdes tombent

du double mystère des yeux.

 

Deux pièces en enfilade.

Une première avec

 le rectangle de clarté.

Une seconde en abyme

 avec un angle de clarté

plus étroit.

Un tableau au mur,

 on ne voit que son angle gauche.

Qu’a-t-il à dissimuler ?

Une guerre, un viol,

une exaction, un pogrom,

une Shoah ?

Un sofa rouge

couleur de sang éteint.

Le flanc d’une commode

de bois foncé.

Rien dans la pièce

que ces meubles

qui dialoguent

en silence.

 Métaphore,

faucille du temps

qui moissonne tout.

Où sont-ils les humains ?

Habitent-ils quelque part ?

Ou bien la Terre est-elle déserte,

envahie de hautes herbes

et des touffes vert-de-gris

des lichens ?

Cette lumière blanche.

Elle meurt en moi.

Je meurs en elle.

Cette lumière !

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25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 08:51
Le peu et le presque rien

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

 

Le peu et le presque rien,

il faut les dire en murmures,

 juste du bout des lèvres.

Il faut se retirer de soi

 jusqu’à l’absence.

Il ne faut sentir

ni son corps,

ni son âme.

Il faut rester

tout au bord

d’une vision.

La lumière n’est encore

nullement venue.

Elle est un bourgeonnement,

une poudre,

un nectar.

Elle est une question.

 Elle est une énigme.

 

 Le peu et le presque rien,

toujours nous en cherchons

la trace

mais ne le savons pas.

Cela fait son bruit

de douce crécelle,

quelque part

sur la faïence du jour,

Cela vient sur

des « pas de colombe »

dans le rameau de l’heure.

Soi, le Soi si glorieux

 est en sommeil.

On est juste sa peau,

 une toile tendue

sur l’immense mystère du monde.

C’est comme si l’on n’était plus

que vibration intime,

étincelle sous la cendre,

faîtière de plomb

dans la suie vacante du ciel.

 

Nulle clarté et les choses

n’ont de forme

que leur propre silence.

On est seul

sous la chute immobile

des secondes.

On est seul au désert,

 dans la vastitude des dunes.

On pourrait être aussi bien

statue de sel,

rose des sables,

 pointe de flèche

parmi la mémoire éteinte

des hommes.

 

On diffère si peu de soi,

léger hiéroglyphe

 perdu dans la mare chiffrée

d’un palimpseste.

Le peu, cet horizon sans horizon.

 Le peu, la fuite de l’Aimée,

un sillage qui meurt,

un texte qui se clôt.

Le peu c’est la brume

que sème toute mélancolie.

Le peu, un signe d’encre

sur le blanc de la page.

Le peu, le trait noir

d’une hirondelle.

 Le rien, une note

sur le journal intime.

 Le rien, une ligne de fusain

se perd

dans la trame du papier.

 Le rien, un souvenir s’évanouit

dans le passé.

 

Le temps est arrêté

qui nous précède

et nous attend.

Nous sommes en retard

 sur notre propre effigie.

Une manière d’exil nous saisit

qui nous prive soudain du natal.

Nous sommes sans racine

et nous cherchons

le fin et précieux rhizome,

 il nous rattachera

à l’invisible des choses,

 à leur langage muet.

 

Devant nous,

l’espace se creuse,

il demande

 sa propre fécondation.

Ce réel, là-devant,

tellement teinté d’onirisme,

est-ce nous qui l’hallucinons ?

Est-ce lui qui se manifeste

dans la pure évidence ?

Il y a tant de prétextes

à s’égarer soi-même,

 à ne plus saisir

ses propres limites,

à peut-être disparaître

dans le premier abysse venu.

 A la fois, nous voulons

 le tout du paraître,

l’événement et le peu,

cette fuite à jamais,

 et le rien, ce néant qui s’ourle

des franges de la pure beauté.

Car il y a une sorte d’ivresse

à frôler le néant,

à se draper dans son vaste

suaire blanc.

 

 Épiphanie du soi

à même sa biffure.

Oui, combien il serait heureux

d’être et de n’être point,

de jouer avec les mailles

de l’existence,

 d’en détisser les fils,

d’en connaître le secret.

Bientôt le jour se lèvera.

Les hommes dans la stupeur,

le monde dans sa torpeur.

Nul poème ne sera

encore proféré.

Le rien de la nuit

offrira le peu du jour.

 Du rien du rêve

se lèveront

les premières étreintes,

l’amour fera son bruit de râpe

 sur la margelle vive des secondes.

L’irréversible du temps scandera,

sur la grande horloge existentielle,

 les irrévocables décisions

 du Destin.

Avant que le jour ne bascule

dans l’irrémissible,

dans l’aporétique gel

du quotidien,

dans le non-sens

 d’hasardeuses allées et venues

 – bien plutôt des égarements,

des pertes –

il faudra se résoudre

 à vivre dans le phénomène inapparent

qui est don plutôt que privation.

 

 

Voir le gris de l’eau grise.

Et demeurer le long

de ce fragile témoignage.

Voir le rameau à peine levé,

nervure de lumière,

chant discret de l’oiseau.

 Et demeurer sur cette nervure,

 elle est écho de notre ligne de vie,

elle est douceur de céladon,

une trop vive clarté

pourrait le briser.

Voir ces branches

de peu et de presque rien,

 leur sourde présence,

 leur appel à venir à nous,

 à nous émouvoir,

à nous situer

au plein de notre être.

Le peu et le presque rien,

il faut les laisser

à leur pauvreté native,

à leur manifeste indigence,

 à leur complet dénuement.

C’est bien parce que

le peu est peu,

le rien est rien

qu’ils nous atteignent si fort

dans notre enceinte de chair.

C’est du peu et du rien

que surgissent

 les premiers mots.

C’est du peu et du rien

que s’avivent

les feux de la joie.

C’est du peu et du rien

que nous venons,

que nous disparaissons

à chaque souffle,

à chaque battement

de sang,

 à chaque oscillation

de l’amour.

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 08:59
Tu me disais

back to black…

L’Alzeau…Montagne Noire…Occitanie…

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

Tu me disais l’approche, déjà, de l’hiver.

Tu me disais la forêt de bouleaux,

la Forêt Blanche.

Je te disais les lueurs basses de l’automne.

Je te disais la forêt de sapins,

la Forêt Noire.

Tu me disais les eaux grises du Lac Roxen.

Tu me disais le froissement de l’eau

sous le Vent du Nord.

Je te disais l’eau claire de l’Alzeau

Je te disais la pliure de l’onde

sous le Vent du Sud.

 

Tous deux nous disions l’automne

en sa plus longue mélancolie.

Tous deux nous disions

la perte de la lumière,

sa fuite bien au-delà des yeux.

 

Tu me disais tes journées

à faire le tour du lac,

cueillant ici une feuille morte,

là une résille de bois flottant

dans l’air de givre.

Je te disais mes heures

à longer le ruisseau,

 me baissant ici

pour saisir une mince brindille,

 là la bogue épineuse d’une châtaigne.

 

Nous disions en écho

la belle rumeur de l’existence,

son genre de feu-follet

sur les rives de la basse saison.

Nous disions toute la beauté

qu’il y avait à vivre,

mais aussi tout le tragique

d’être alors que, des yeux,

se retirait la clarté,

que s’obombrait l’âme

en d’indéfinissables teintes.

 

Mais dis-moi ton pays,

cette dentelle blanche du Septentrion.

Dis-moi le vol des oies grises

au-dessus du souci des hommes.

Dis-moi la hauteur irrévélée du ciel,

sa cimaise semée d’efflorescences vives,

sa route si longue que le regard

ne saurait suivre.

 Le ciel est si haut, si loin.

 

Mais je te dis mon pays,

ses frises aux couleurs de suie.

Je te dis le cri des palombes

 sous la taie légère de l’air,

 bien au-dessus du désir des femmes.

Je te dis le verre du ciel

que trouent les cimes des hauts sapins.

Le ciel est si doux, si léger.

 

Nous disions la toute beauté du monde.

Nous disions les derniers feux

avant que ne s’éteigne

la flamme inquiète de la saison.

Nous disions le monde,

 mais ne disions que nous,

notre cheminement si étrange

parmi la courbure du réel.

Nous disions l’endroit des choses,

leur vérité et, en même temps,

nous disions leur envers,

le tissu hérissé des mensonges.

 

Mais dis-moi encore

les égarements de ton âme,

tes longs cheminements

tout autour de toi,

 tes incessantes recherches,

parfois le feu discret d’une joie

que tu n’attendais pas,

qui te surprenait,

te ravissait aux êtres

et aux événements.

 

Mais je te dis la fuite

de mon esprit

hors de mon corps,

ses errances folles

parmi le lacis des collines,

elles sont si vallonnées,

on dirait la belle Toscane.

Parfois un subtil bonheur éclot

 au beau milieu d’une méditation

et alors plus rien ne me touche

que cette attention au fragile

qui m’habite et,

 souvent, me désespère.

  

   Mais laisse-moi te raconter un peu de ces rivages d’Occitanie que nul ne peut connaître qu’à s’égarer volontairement parmi la discrétion du paysage. Vois-tu, ce matin le ciel a revêtu sa parure hivernale, un genre de brume indéfinissable qui flotte au plus haut. Toussaint vient de passer. Serait-ce le signe, cet air si diaphane, des Disparus, cette empreinte qui déploierait son invisible effigie, nous n’en apercevrions que cette délicate touche, l’aile d’un oiseau sous l’aile du nuage ? Deux ailes, en une, intimement assemblées. Deux vols ne sachant le lieu de leur essor. Voler pour voler et ne rien savoir du monde, ici-bas, cette illusion qui talque les yeux des hommes.

   Tout autour de l’Alzeau, les arbres s’inclinent, se courbent gracieusement, leurs feuilles claires luisent dans la pénombre. Sais-tu combien ceci est précieux, cette douce et infinie présence des choses à soi. C’est parce qu’elles connaissent leur essence que, les regardant, nous pouvons connaître la nôtre ou tâcher d’en être les voyeurs les plus intimes. Au fond, tout au fond d’où vient l’eau, la lumière est si assagie, domptée en quelque sorte, qu’elle est presque noire, un genre d’aile de corbeau posée au-dessus du cours limpide de ce qui a la modestie d’un simple fossé. Les roches qui en parsèment le cours sont sombres elles aussi, pareilles à des plaques de fonte que l’âtre a patiemment, longuement, recouvertes de suie, cette matière si mystérieuse, elle contient encore en elle un feu qui couve et jamais ne semble vouloir s’éteindre.

   L’eau elle aussi mêle son étrange substance à cette teinte presque muette, juste quelques mots chuchotés qui meurent sur le bord des lèvres. C’est comme un secret qui se retiendrait sur le rivage du dire, ne voulant faire effraction que dans quelque pli de silence. A peine éloignée de nous, dans la retenue de soi, une minuscule plage de graviers qu’on dirait de plomb et de schiste, une langue qui avance vers l’inconnu. Sais-tu, comme moi, le singulier de cet instant ? Il est une pliure originelle d’un temps à venir dont nous ne connaissons rien, seulement un possible qui vibre au-dessus de nos fronts soucieux et appelle nos êtres à ne nullement se dérober, à être infiniment présents, comme si le paysage tout entier était un miroir tendu à notre narcissique émoi. Tout, ici, sous l’abri de la Forêt Noire est digne de beauté, depuis la lisière de la feuille détourée de clarté jusqu’à cette vibration inaperçue de l’eau, elle est un sanglot étouffé du paysage, une ode intérieure qui nous gagne et nous dépose en nous au plus loin de nous, une félicité rayonne depuis son centre qui est osmose, qui est affinité.

 

Être soi plus que soi,

être paysage,

voici le grand secret des choses

enfin à nous révélé.

 

Tu me disais l’approche, déjà, de l’hiver.

Je te disais les lueurs basses de l’automne.

 

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 14:24
PASSAGES
Il faut trouver l’Unité
dans la Jonction des Deux,
il faut le Rassemblement
à partir de la Différence,
il faut l’Amour
à partir du Combat,
il faut à l’Ombre la Lumière,
à la Lumière l’Ombre.
Ici on a la Terre.
Ici on a le Ciel.
La Terre n’est rien sans le Ciel.
Le Ciel n’est rien sans la Terre.
Chacun en sa propre clôture.
Chacun en son propre secret.
Ce qu’il faut, c’est l’ajointent des Deux.
Ce qu’il faut, c’est Terre-Ciel,
Ciel-Terre.
C’est le trait d’union
qui est leur rassemblement,
c’est leur alliance
qui est Chant du Monde,
c’est leur voisinage
qui dit la mesure
de tout exister.
La Génitrice,
La Matrice originelle
se dispose à la puissance ouranienne.
Elle est ensemencée
et portée
à sa dimension germinatrice
Ce qu’il faut dire :
La Terre & le Ciel,
Le Ciel & la Terre.
C’est le &
Qui est l’opérateur
Du SENS
C’est le &
Qui accorde
Et
Assemble
C’est le & qui médiatise
et rapproche les principes
en le creuset des Affinités
Le & signifie
parce qu’il fait communiquer
les deux êtres
de la Terre
Et
du ciel,
Les versant l’un en l’autre,
en une manière d’Offrande.
La Terre est donatrice pour le Ciel.
Le Ciel est oblativité pour la Terre.
Jamais la Terre ne peut être sans le Ciel.
Jamais le Ciel ne peut être sans la Terre.
Entre Ciel et Terre,
une Parole.
Entre Terre et Ciel,
un Souffle unique.
Il est la prière des Mortels
en direction des Dieux
Les Mortels ne sont
que par le Passage,
Les Dieux ne sont
que par le Passage.
Passage est le chemin
par lequel tout se donne
eu égard à l’Entièreté
de Tout ce qui Est.

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20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 08:33
PASSAGES

Le pont japonais sur le bassin aux nymphéas à Giverny

Claude Monet

Source : Wikipédia

 

***

 

PASSAGES

Il faut trouver l’Unité

dans la Jonction des Deux,

il faut le Rassemblement

à partir de la Différence,

il faut l’Amour

à partir du Combat,

il faut à l’Ombre la Lumière,

à la Lumière l’Ombre.

 

Ici on a la Terre.

Ici on a le Ciel.

La Terre n’est rien sans le Ciel.

Le Ciel n’est rien sans la Terre.

Chacun en sa propre clôture.

Chacun en son propre secret.

 

Ce qu’il faut, c’est l’ajointent des Deux.

Ce qu’il faut, c’est Terre-Ciel,

Ciel-Terre.

C’est le trait d’union

qui est leur rassemblement,

c’est leur alliance

qui est Chant du Monde,

c’est leur voisinage

qui dit la mesure

de tout exister.

La Génitrice,

La Matrice originelle

se dispose à la puissance ouranienne.

Elle est ensemencée

et portée

à sa dimension germinatrice

 

Ce qu’il faut dire :

La Terre & le Ciel,

Le Ciel & la Terre.

C’est le &

Qui est l’opérateur

Du SENS

C’est le &

Qui accorde

Et

Assemble

 

C’est le & qui médiatise

et rapproche les principes

en le creuset des Affinités

 

Le & signifie

parce qu’il fait communiquer

les deux êtres

de la Terre

Et

du ciel,

Les versant l’un en l’autre,

en une manière d’Offrande.

 

La Terre est donatrice pour le Ciel.

Le Ciel est oblativité pour la Terre.

 

Jamais la Terre ne peut être sans le Ciel.

Jamais le Ciel ne peut être sans la Terre.

Entre Ciel et Terre,

une Parole.

Entre Terre et Ciel,

un Souffle unique.

Il est la prière des Mortels

en direction des Dieux

 

Les Mortels ne sont

que par le Passage,

Les Dieux ne sont

que par le Passage.

 

Passage est le chemin

par lequel tout se donne

eu égard à l’Entièreté

de Tout ce qui Est.

 

Passage est la Voie

d’un Mot à l’Autre,

d’une Présence à l’Autre,

d’une Forme à l’Autre

 

N’y aurait-il

le Passage

et le Monde serait vide,

et les Choses demeureraient

en leur bogue

sans possibilité aucune

d’en sortir.

 

Passage se dit en mode multiple.

Il faut s’en approcher.

 

PASSAGES

 des villes,

ils font communiquer

un Espace et un Autre,

un Temps et un Autre.

Il y a un avant du Passage

et un après du Passage.

La force du Passage

est d’accomplir l’Être

qui s’y engage

jusqu’à le sublimer.

L’être-après prend conscience

de ne plus être l’être-avant,

et ceci est particulier au Passage,

à sa forme propre qui est symbolique

du partage des Mondes.

Monde d’hier, en arrière de soi.

Monde de demain, en avant de soi.

Monde du présent qu’égrènent,

A la manière d’un sablier,

les dalles Noires

et

Blanches

du sol.

Le Sol est un damier

sur lequel se joue

le Destin des Hommes

 

PASSAGES,

Passages fabuleux.

Ils nous disent la faveur

extrême de notre temporalité.

Nous ne sommes ce que nous sommes

qu’à l’aune de cette Ouverture :

Avoir-été, être, devenir.

 

Ceci, nous n’en saisissons

nullement la fuyante texture,

nous en éprouvons seulement

l’irrépressible fuite.

Mais comment se rendre

le Temps perceptible ?

Il est si près-si-loin-de-nous,

en nous et ailleurs qui avance

et jamais ne fait halte

 

Le jour est le Jour.

La Nuit est la Nuit.

Comment sortir de cette aporie ?

Toute tautologie est renoncement,

ou bien alors signification ultime.

Mais nous sommes les Tard-Venus

et ne parvenons encore

qu’à l’aurore du sens

 

Le Jour n’est pas sans la Nuit.

La Nuit n’est pas sans le Jour.

La Nuit est immobile.

Le Jour est immobile.

Seuls sont mobiles

donc signifiants

leur entre-deux :

L’Aube divine

avant le grand déchirement

de la Lumière,

Le Crépuscule magique

avant le grand envahissement

du pli d’Ombre

 

Le Clair est toujours ce qui nous attire.

L’Obscur toujours ce qui nous repousse.

Cependant le Clair ne peut s’absenter de l’Obscur,

l’Obscur ne peut s’absenter du Clair

 

La chair du Clair

demande

la chair de l’Obscur.

Le Clair ne serait nullement le Clair

s’il ne naissait de l’Obscur.

L’Obscur ne serait nullement l’Obscur

s’il ne faisait saillie sur le Clair.

 

C’est pourquoi le Clair-Obscur

se donne en tant que nécessité.

Il est la sémantique qui se lève

de la fraternelle opposition des deux,

de leur joute amoureuse.

Il y a entrelacement du Clair et de L’Obscur.

L’Amour ne peut vivre sans l’Amour.

Chaque Amour a son nom :

Clair pour l’un,

Obscur pour l’autre

Mais les deux noms mis à part

ne peuvent parvenir au bout de leur être.

Il leur faut la puissance de la Copule

Le Clair EST l’Obscur,

L’Obscur EST le Clair.

Donation de l’Un en l’Autre,

Réception de l’Autre en l’Un.

 

PASSAGES

Seuil de la Maison

qui délimite,

qui dit hors de lui l’Etranger,

qui dit en lui le Familier.

Seuil qui abrite et se réserve.

Seuil qui appelle l’Ami,

le met en sécurité

près du Foyer.

Là, dans la demeure hestiologique

où tout rayonne à partir du Feu,

où la chaleur de l’intime

s’oppose

à la froidure du non-connu,

aux hiéroglyphes de l’Invisible.

Seuil, d’un côté le Jour.

Seuil, de l’autre l’Ombre

propice, accueillante,

l’Ombre qui ménage une place

pour l’habitat serein.

 

PASSAGES

Des deux côtés sont les rives,

au milieu est le Fleuve

de haute destinée.

D’un côté : un Peuple.

De l’autre côté : un autre Peuple.

Les langues diffèrent,

les dialectes partagent,

les us et coutumes séparent.

Les cultures, ici et là

sont pareilles à des champs semés

de graines singulières,

non miscibles.

Le Pont

unit, assemble

en un lieu identique

ce qui, par nature,

 s’éloigne l’un de l’autre.

Le Pont est l’Amitié.

Le Pont est le recueil en soi

du Proche et du Distant.

Le Pont est ce par quoi

les Peuples fraternisent,

les Langues s’unissent,

les Corps se rejoignent

bien au-delà des distinctions,

des lignes de faille,

des césures

 

PASSAGES

en la sublime Métamorphose.

Le Temps, le merveilleux Temps

s’y inscrit à même

son étonnant principe.

Je suis Moi qui deviens Autre,

et encore Autre,

et ainsi de suite

jusqu’à épuisement

des Formes.

En moi, le chant premier de la Larve.

En moi, le chant second de la Chrysalide.

En moi, le chant troisième de l’Imago.

En moi, du-dedans même de ma conscience

éprouvée telle une Chair,

se déploie la symphonie de la Vie.

Réalité polymorphe.

Réalité polyphonique.

Réalité poly-sensorielle.

Tout se dit en mode

de croissance.

Tout se dit en mode

d’effectuation de soi.

Temps à l’œuvre,

lequel me façonne.

Moi à l’œuvre,

en lequel le Temps

a semé le vent

de l’accord et du discord.

Chaque jour qui passe,

je m’accrois de ce qui vient.

Chaque jour qui passe,

je me déleste de ce qui chute

et fait son murmure

de fugue depuis les lointains.

Ainsi se dit l’étonnement

qui nous saisit à la jointure exacte

de la pluralité des mondes.

J’étais illisible

dans le germe initial,

à peine apparaissant

dans le motif second,

jaillissement soudain

dans la robe arc-en-ciel,

ailes éployées de Belle-Dame

ou de Robert-le-Diable.

Ainsi s’énonce,

dans l’infinie mobilité,

la façon d’être sur la Terre.

 

 

PASSAGES

D’abord il n’y a rien

que le Vide et le Néant.

D’abord je ne suis pas même

une étincelle

au fin fond de la galaxie.

Puis l’Eclair,

Le Tonnant,

L’Archétype Paternel

pareil à un Dieu

qui dicte sa Loi

et assure son Règne.

Et le recueil en la Féminine beauté,

en la Déesse sans qui rien ne serait

que perte et dévastation.

Assentiment au devoir de créer,

de poursuivre l’œuvre

de la Sublime Nature.

Je suis celui-qui-commence-à-être.

Je suis au tout début du Temps,

à l’orée de l’Espace.

Mon premier monde est doux,

chaud, liquide, enveloppant.

Puis l’Eclair, à nouveau.

Les cataractes

de lumière blanche.

Les nuées de sons

qui percutent la cochlée.

Les pluies de frissons

qui se lèvent sur la peau.

Les premiers mots font

leur bruissement si doux,

tellement signifiants.

Puis je reçois un Nom

qui m’installe parmi

le Peuple des Hommes.

Etant nommé, j’existe

en tant que singulier.

Etant nommé,

je nommerai à mon tour.

J’entrerai par la porte fastueuse

de l’immense Babel,

et ceci sera ma plus grande joie :

que le langage soit !

Passage d’un mot à l’autre,

d’une Pensée à l’autre,

d’une Méditation à l’autre,

d’une Prose à l’autre,

d’un Poème à l’autre.

 

Ainsi s’écrit,

sous la haute bannière

du Verbe déployé

d’un horizon à l’autre,

le lieu du terrestre passage.

Ainsi se trace,

dans la belle glaise humaine,

les Signes de notre Essence

 

PASSAGES

PASSAGES

PASSAGES

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 16:47
Blanche beauté

Source : Cercle Quercynois

des Sciences de la Terre

 

***

 

Il faut être près du sol,

 près du grand ossuaire blanc.

Il faut marcher

dans le sentier étonné

 de l’aube grise.

Là, tout près de soi,

là dans l’immense solitude,

là se lève la rumeur sourde

du poème.

La pierre est poème.

L’air est poème.

La lumière est poème.

 

On avance à l’insu de soi,

on est porté par le paysage.

Autour de soi,

la vibration des choses

et la simple nudité de ce qui est.

Rien ne s’exile de soi.

Tout demeure dans le geste

immémorial de l’arbre,

dans la blessure de la pierre,

dans l’immobile silence de l’air.

 

 Avancer, respirer,

 humer les fragrances minérales,

écouter le chant rauque

du calcaire,

c’est être soi jusqu’en son ouverture

la plus exacte.

On est possédé de l’intérieur

par la racine éployante du jour.

Cela s’éclaire en soi,

 cela profère à demi-mots,

cela veut dire et se retient

au bord des lèvres,

au bord du cœur.

Car dire la beauté

en son exultante blancheur,

serait la réduire à néant.

Lui ôter toute chance de paraître.

 La beauté, il faut la laisser s’épanouir

en sa plus essentielle venue.

Elle est mystère,

elle est saisissement de l’âme.

Elle est saisissement

de soi en-l’autre-advenu.

 

Partout sont les formes

du multiple éblouissement.

 Une feuille se détache de la branche

et fait son bruit de doux métal.

Une huppe, au loin, pousse son cri

trois fois mélancolique.

Un gland tombe et rebondit

dans le pli attentif de l’oreille.

Tout se dit comme

dans un conte pour enfants,

une voix si douce,

elle pourrait bien s’effacer,

regagner l’antre immémorial

de sa première présence.

 

On avance sur le chemin semé

de blancs cailloux.

On avance parmi

les touffes éparses

des genévriers.

L’air est tendu, pareil au noroît

sur les côtes de granit.

On est en soi,

on est auprès des choses

dans leur naturelle éclosion.

 L’être-soi, que l’on porte

au-devant, en arrière,

autour de son corps,

dans l’aura singulière de l’instant,

on le destine à ne recueillir

que le retrait du lieu,

sa simple souplesse,

la fugue de sa présence auprès

de tout ce qui rayonne

et s’installe là,

dans la rumeur

d’une immédiate joie.

 

On pense et ne pense pas.

Chaque idée se disjoint

de sa propre venue

et se dissout dans l’immatériel

en sa sublime efflorescence.

On ne ressent pas,

 on est le ressenti lui-même

en sa juste effusion.

Sa mémoire est comme absente,

un mirage suspendu

à la feuille du ciel.

On ne profère rien,

on est profération

 et parole première

sur le cercle du monde.

La terre est déserte.

Les hommes devenus

de simples buées.

Les femmes sont serties,

emmurées

dans leur volupté de soie.

Les cours d’école sont vides.

 Le vol des oiseaux est fixe,

 leurs yeux sont des agates éteintes,

des pierres de lune

aux blafards reflets.

 

C’est ceci, la magie des pierres,

vous ôter à qui-vous-êtes sans délai,

vous confondre avec la courbe de l’aven,

vous réduire à l’élévation du cairn

dans sa vide interrogation,

vous conduire tout au bord de l’extase

et vous retenir d’en connaître le gouffre

 Se saisir de la blanche beauté :

se capturer, soi,

jusqu’au tréfond de son être,

approcher l’autre en son secret,

glisser infiniment sur la corolle libre

de l’amitié.

 

 Le paysage splendide de simplicité,

ne nullement le laisser

dans la distance,

le laisser dans son étrangeté.

Le paysage de grande beauté,

 le glisser au creux même

 de sa chair,

 le faire mains attentives,

yeux grand ouverts,

 ombilic accueillant,

sexe d’amour diffusant

son luxueux pollen.

La pierre, là, sur le chemin ;

soi, là sur le chemin,

une seule et identique destinée,

un rayon de lumière,

une unique fable

à l’horizon du monde.

Tout est tissé d’adorable clarté.

L’étonnement n’est plus étonné de soi.

 On regarde l’écorce du chêne

et l’on est

dans la très grande sagesse

de l’arbre.

 On regarde l’empilement de pierres

 et l’on est

mesure géologique du sol.

On regarde la fuite de l’air

et l’on est haut

dans l’espace illimité du vent.

 

Oui, toujours l’on avance

sur le chemin,

sur le chemin de soi

car comment pourrait-il y avoir

d’autre destination que celle-ci ?

Ici, sur le nu Causse

 en son immédiate donation,

il n’y a rien d’autre que

 la pierre et soi,

la terre et soi,

le vent et soi.

Comment une altérité

pourrait-elle se loger,

dans la non-distance

entre la grande aventure minérale

et qui-je-suis en mon fond ?

Avec la pure et blanche beauté,

avec la virginale parution,

avec la rocheuse manifestation,

je suis le sans-distance,

l’inclus dans la densité

de la gemme,

 le venu-au-monde

pour ne connaître que ceci,

cette vibration intime des choses

qui est la même

que celle de ma propre chair.

Cela fait écho en moi.

Cela s’irise en moi.

Cela se lève à la manière

d’une traînée de cendre,

cela vole haut

et jamais ne retombe.

 

Pierre de calcaire,

tu es mon ossature même,

 tu es le cartilage

dont mon destin est tissé.

 Genévrier, tu es l’aiguillon léger

qui me pousse vers l’avant.

Chêne rabougri aux pieds bulbeux,

 tu es la belle complexité,

la vérité torse qui m’incline

à méditer longuement

sur le sort de mes semblables,

sur le mien qui en est l’étrange reflet.

 

Sur le chemin d’éternelle amitié,

 je trace l’hésitante empreinte

de mes pas.

Je m’éloigne sans douleur

de mon origine,

je me destine vers labîme

qui m’attend avec confiance.

Avoir éprouvé,

une seule fois dans sa vie,

la mesure de l’ineffable

et simple beauté

et l’on est porté hors de soi

dans la contrée infinie

d’une multiple joie.

Oui, d’une multiple

inépuisable joie.

  

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19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 16:42
Au ciel l’étoile de tes yeux

 

Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

 

Sais-tu combien les rêves, parfois,

sont de sombres réduits

où la conscience vacille ?

As-tu déjà éprouvé ceci,

une pluie battante

à l’horizon de l’être

et nulle âme

qui fasse sa lumière,

nul esprit dont la braise

aurait levé, en Toi,

quelque mince espoir.

Partout un noir de bitume

et les étoiles éteintes

par milliers sur la tenture du ciel.

Que faire alors de son corps ?

Un flottant drapeau de prière

luttant contre le vent ?

Une outre vide où ne recevoir

que silence ?

Une pente déclive offerte

 aux soucis du monde ?

 Il est bien malaisé

 de vivre en ce cas

et les mots se dissolvent

qui ne disent plus rien.

On est pareil à ces cerfs-volants

qui, dans la nuit,

cingleraient vers l’inconnu,

leur longue queue,

simple gouvernail fou.

 

As-tu déjà éprouvé ceci,

 la perte de Toi

en un aven sans fond

dont il est impossible

de remonter,

et, tout en bas,

le cratère des eaux glaciales

qui exhalent leur souffle

de cristal ?

 

Mais que je te dise

mon dernier rêve.

J’étais assis derrière

une table de nuages,

des courbes de vent glissaient

 le long de mes pieds nus.

Tantôt je me sustentais

d’une blanche écume,

tantôt d’une aile

qu’un ange négligeant

avait abandonnée

au souffle du Noroît.

C’était, je te l’accorde,

 une bien modeste Cène

et nul Apôtre pour lever le verre

en signe de joie ou de piété.

Quant à Dieu, nulle trace ailleurs

que dans les enluminures

d’une songeuse Bible

dont je feuilletais les pages,

vides et blanches,

chute de grésil

dans l’écho infini

du vide.

 

 Ecoute bien ceci :

je m’étais saisi

d’un calice d’argent

dans lequel j’avais versé

une magique ambroisie.

Un mélange de félicité,

 une touche d’espoir,

 un zeste de mélancolie.

À l’instant même

où j’allais offrir cette libation

à mes lèvres blessées,

voici que paraissent

MILLE PRÉSENCES

qui ne disaient leur nom

mais effleuraient

la soie de ma peau

d’une douceur de rose.

Ma vision n’était nullement emplie

de ce mystère et c’était simplement

un ballet de formes diaphanes

qui allaient et venaient

dans de souples fragrances

de miel et d’ambre,

un carrousel continu de frôlements,

une ronde virginale et primesautière.

Était-ce mon esprit halluciné

qui voyait en ces INVISIBLES PRÉSENCES,

ces Belles dont j’avais toujours rêvé,

que les magazines m’offraient

dans leurs pages aussi glacées

qu’insaisissables ?

 

Sais-tu, je crois bien que

si ces Formes avaient été tangibles,

de chair et de sang,

j’aurais vendu mon âme au Diable,

à Méphistophélès en personne

afin qu’une fois, au moins,

le goût du Paradis inondât ma gorge,

saisi des mille délices

qui hantent mes nuits sans somme.

N’étais-je qu’un grand enfant

au seuil de quelque Caverne d’Ali Baba ?

N'étais-je le jouet

de ces vapeurs orientales

qui longent les coursives

des « Mille et Une Nuits »

et, toujours, nous laissent

dans le désarroi d’en jamais connaître

la souple et merveilleuse texture,

d’en éprouver le baume,

d’en goûter l’ivresse.

Ce qui était advenu, je crois,

en ces allées imaginaires

parmi les grappes des désirs

et les ramures

des plaisirs inassouvis :

une perte de Soi à Soi,

que parfois l’on nomme « délire »,

ou bien  « égarement »,

si ce n’est « Folie ».

Mais non celle d’Erasme

qui agite ses grelots

et se vêt de couleurs multicolores,

 mais la Folie du manque,

laquelle est nue,

pareille à ces hauteurs

du Mont Chauve

où soufflent les vents mauvais

comme ceux que chante Verlaine

dans sa complainte d’Automne,

simple feuille morte

parmi le peuple

des bourrasques.

 

Sais-tu combien il est affligeant

d’aller naviguer au loin,

de risquer les hauts fonds,

les colères océaniques

alors que tout près de Soi

veille une douce flamme,

crépite une étincelle

qui est le véritable orient

de notre âme ?

 Maintenant,

ailleurs que dans mon songe,

plutôt dans un rêve éveillé

 inondé de conscience,

levant mon regard au-dessus

de l’inquiétude des hommes,

j’aperçois, tout en haut du ciel

 l’étoile de tes yeux.

On dirait, dans la nuit profonde,

de minuscules pétales,

peut-être de myosotis,

de véroniques

ou de gentianes,

venus du plus loin du temps,

du plus loin de l’espace,

manière d’inépuisable poésie,

de comptine pour enfants,

de fugue à la lisière des choses.

Alors comment dire le bonheur

lorsqu’il devient une telle évidence,

tels le rocher sur le rivage,

l’arbre dans la forêt,

l’oasis dans le désert,

comment dire ce qui, toujours,

 bourdonne

autour de Soi,

au-dedans de Soi,

tisse sa résille

de fils de la Vierge

dans l’aube qui point ?

 Le regard en est

comme embrasé,

va au loin,

fait ses meutes de ricochets,

revient là où, toujours,

 doit se loger sa pointe,

dans le pli immémorial

de la conscience.

Oui, c’est là que tu es,

parmi la jungle

de mes soudains emportements,

au crible intime de mes soucis,

 dans l’arabesque de mes voluptés,

au foyer de ma pensée.

 

Au ciel l’étoile de tes yeux,

j’en suis la douce irisation

au matin levant,

j’en estime le luxe

au zénith,

 j’en redoute la perte

au nadir.

Au ciel, l’étoile de tes yeux.

Jamais ne verrai plus loin

qu’EUX.

 

 

 

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 09:33
A peine dans la venue du jour

La roselière

Vendres

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

A peine dans la venue du jour

 

On est là, au seuil des choses.

On est là dans l’attente

 de ce qui pourrait advenir.

On est en soi, immergé

dans la plus intime pliure

de son être.

On cherche à ne nullement

différer de soi.

On cherche le nul écart,

 la juste disposition,

l’exacte mesure.

 

A peine dans la venue du jour

 

Sur la feuille lisse de sa peau

un zéphyr s’est levé.

Il est cette note claire,

un appel de la conscience,

un ébruitement

à peine prononcé

du Monde.

On est au carrefour des sens,

dans l’irisation de sa chair,

dans l’éveil natif de son esprit.

On est dans l’avant-parole

que talque un infini silence.

On est simplement cet éther

qui vibre de se connaître

 à défaut de n’y jamais parvenir.

 Et pourtant nul doute

de ce qui nous est promis :

la dentelle d’un rapide bonheur,

l’éclosion d’une rencontre,

l’épanouissement d’une joie,

cette visée de l’âme

souvent inaccessible,

 espérée cependant.

 

A peine dans la venue du jour

 

Là où l’on est, est le Lieu

de la pure immobilité.

La touche du jour est virginale,

visitation sur la pointe des pieds.

Une ballerine effleurant le sol

dans une ferveur retenue.

Un glissement sur la fente ténue

de l’horizon.

Tout, ici, est ramené

à sa simplicité originelle.

Chaque présence est pleine,

entière.

Le Ciel est le Ciel.

Le Nuage le Nuage.

La Colline la Colline.

 Le Roseau le Roseau.

Chacun à sa place

de singulier événement.

Chacun adoubé à ce qu’il est

en son fond.

Un acte accompli

qui n’en exige nul autre.

La certitude d’être parvenu

dans le site unique

d’une évidente Beauté.

A peine dans la venue du jour

 

   Alors il faudrait se taire, demeurer en soi, dans la geôle heureuse de son corps. Ne rien penser. Ne rien émettre qui altèrerait l’équilibre ici donné de toute éternité. C’est ceci, les choses belles n’ont nul besoin de commentaires, elles sont arrivées à leur plénitude, elles n’ont plus à se déployer, à ouvrir leurs corolles, elles sont l’Ouvert en sa plus belle monstration. Ce Jardin d’Arcadie, on en sent en soi les immédiats bienfaits, on en éprouve la majestueuse profondeur, on en mesure la florale dimension qui est vertige au bord de l’abîme mais l’abîme est donateur de cette complétude à laquelle nous aspirons sans, le plus souvent, savoir la nommer, savoir l’accueillir. Le phénomène de la divine coïncidence est ceci :

 

être Soi, en Soi,

mais aussi bien en l’Autre,

en un seul et même mouvement

de l’âme.

Être le non-divisé,

l’infiniment disponible,

être le Dilaté jusqu’à la limite infinie

du cosmos.

Être fécondé par ce qui nous entoure

 et nous convoque aux épousailles

du Ciel et de la Terre.

 

A peine dans la venue du jour

 

Le Ciel est cette rumeur élyséenne,

 cette fugue invisible,

cette scansion immatérielle

qui anime notre cœur,

y imprime le rythme de la vie.

De fins nuages avancent

sur l’océan illimité du Ciel.

Les nuages sont l’écriture du Ciel,

son long poème un jour commencé

qui semble n’avoir nulle fin.

L’horizon est une colline noire,

un animal sans nom,

venu là sans raison apparente,

médiateur de l’éther

et de la matière opaque,

 dense de la terre.

 

  A peine dans la venue du jour

 

Nul besoin d’interroger

la raison de sa forme,

elle est nécessaire,

tout comme l’air à notre respiration.

Cet isthme à la rencontre des éléments

avait sa place affectée depuis toujours.

Son être même est son Lieu.

Son destin de relier

l’aérien et le terrestre,

le fluide et le dru,

l’invisible et le visible.

  

   Juste équilibre de ce qui est en soi dénuement et ne s’affirme qu’à l’aune de cette pauvreté essentielle. Cette langue de terre serait-elle richesse, flamboiement et alors tout renoncerait à paraître dans cette résonance biblique qui atteste le commencement, pose la première syllabe du poème de l’Être.

 

A peine dans la venue du jour

 

La lumière est belle

qui bourgeonne,

se lève du Ciel et de la Terre,

resplendit dans l’entre-deux,

illumine toute beauté,

déclot l’âme des choses,

libère leur essence,

les porte à leur extrême dévoilement.

Un mystère nous est donné

que nous attendions

depuis l’aube des temps,

une offrande pareille

au vol libre et majestueux

de l’oiseau-lyre,

un nuage de plumes légères

 allège son être,

le rend identique

au diaphane séraphin.

 

A peine dans la venue du jour

 

   Oui cette heure d’immédiate donation est sacrée, oui cette heure nous questionne au plus profond de qui nous sommes, l’instant blanchit, se poudre de cendre, la seconde est subtile, nous en sentons le déploiement de rémiges quelque part dans l’antre ébloui du corps.

 

Alors notre chair

est chair du Monde.

Alors notre Monde

 est chair de la Présence.

Alors la Présence

est ce qui nous alloue notre Lieu

parmi les chemins multiples

de l’exister.

 

   Et ces arbres, ces souples volontés qui s’élancent depuis la nappe onctueuse des roseaux, ne nous disent-ils notre croissance à partir de la glaise fondatrice, notre élan vers cet Idéal qui partout s’affirme comme notre seule chance de nous retrouver parmi le hasard des confluences, les nécessités immanentes de l’heure ? La plaine infinie des plumeaux oscille sous le vent, animée de courants de clarté, habitée d’ombres profondes qui sondent jusqu’à l’inconscient de ceci même qui est soustrait à nos yeux, l’énigme de la vie en sa plurielle effusion. La lumière joue avec les roseaux. Les roseaux sont lumière. Les roseaux sont les miroirs qui reflètent notre conscience. Du Soi disponible aux roseaux présents en leur étonnante effraction, il y a continuité, harmonie et notre parole intérieure se vêt de la parole soyeuse des efflorescences.

 

A peine dans la venue du jour

 

Le Soi, face à l’excès

de ce qui se montre,

est le sans-distance,

l’imminence même

au terme de laquelle

quelque chose fait phénomène

dans une manière de révélation

dont le nom même

ne pourrait être proféré

que dans le doute de figurer Ici,

 dans ce lieu d’extrême Vérité.

 

   De ce que nous voyons dans le genre d’un éblouissement, rien ne pourrait être soustrait car alors l’équilibre rompu effacerait, dans la même soudaineté, l’aire infinie du paysage et nous-même qui le regardons avec une sorte de crainte mêlée de l’espoir d’une possible éternité. Nous regardons les choses belles et nous demeurons, au sein de qui nous sommes tout le temps qui nous est alloué. Nul autre endroit pour nous accueillir.

 

A peine dans la venue du jour

 

L’Unique est là dont nous recevons

la nuptiale empreinte.

Jamais deux êtres ne peuvent être séparés

que l’Amour unit.

 

Oui, l’AMOUR !

 

 

 

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 17:28
Climatique de l’être

Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

 

   Vois-tu combien l’automne est cette saison à nulle autre pareille. Une fin qui s’annonce, un renouveau qui prépare son approche. Tout est dans la juste mesure de soi. Nulle clameur qui ferait dans l’âme ses tourbillons d’ennui. Nulle offense de la nature. Seulement une douce tempérance qui, ici et là, déplie ses ors, déroule ses verts pastellisés, à peine venus, ses teintes qui sont des esquisses en attente de leur effacement.

   Tu sais tout le bonheur qu’il y a à marcher sur la pointe des pieds, tel un enfant, à se poster à l’angle du crépuscule, à voir venir ces argiles sombres qui sont le signe avant-coureur de la nuit. Cependant nulle ombre n’est violente qui serait captatrice de soi. Seulement un effeuillement des choses, le dépliement d’un clair-obscur, un bruit de source dans le creux d’un frais vallon.

   Ce que j’aime, ceci : me déchausser, avancer nu-pieds - Ô sublime vagabondage -, emprunter un sentier, le premier venu, faire sur le tapis de feuilles se lever un mince bruissement pareil au grésillement d’un insecte contre le verre de la lampe. Alors, vois-tu, je ne suis plus à moi. Je suis au chemin solitaire qui s’enfonce dans le peuple de la forêt. Je suis à la terre qui fait le don de son humus. Je suis au bonheur simple d’exister dans ce temps qui me frôle et ne m’inquiète nullement puisque je suis en lui, puisqu’il est en moi. Il n’y a pas de différence. C’est, je crois, ce qu’on appelle « plénitude », ce sentiment d’accord avec la bogue souple des choses. On est là en toute innocence, identique au bourgeon qui va éclore, ne sait rien de son destin, attend l’heure de son déploiement.

   Mais laisse-moi te raconter la levée de cette symphonie. La terre est déserte et peut-être nul homme n’y imprime plus l’empreinte de ses pas. Une libre parution de ce qui vient à l’abri des regards curieux, de la pensée raisonnante, des jugements qui ne sont toujours que des approximations de la vérité.

   Le ciel est de cendre et de brume. Une palette si peu affirmée qu’on croirait l’avoir rêvée. C’est si heureux cette vision floue du réel - mais qu’en est-il de ceci qui fuit devant soi sans jamais aucune halte ? -, c’est si étrange cette manière d’astigmatisme qui dit une fois la présence, une fois l’absence. Qui dit une fois la pourpre de la passion puis, dans le même instant, le vermillon d’un désir naissant.

    Et les arbres, leur éclosion presque miraculeuse sur le dépoli d’une vitre, les voilà qui se mettent à vibrer et l’on entend leur voix cristalline faire ses trilles de notes tout contre la voûte du diaphragme, s’iriser de mille teintes dans le nœud du plexus, agiter leurs feuilles de papier tout contre le dessin des hanches. Oh ils n’insistent nullement, ils suggèrent seulement. Ils disent le pli de l’âge qui avance, qui fait ses vergetures à bas bruit, qui trace ses sillons sur la plaine de la peau. Il n’y a pas de souffrance à ceci. Chaque jour le miroir nous renvoie la même image avec des variations tellement infinitésimales qu’on n’en perçoit nullement l’irrémédiable sceau existentiel. C’est comme un ruissellement d’eau dans le frais d’une grotte parmi les tapis de mousse et le papillotement blanc de la calcite. A peine un battement dans la fuite de l’heure. Alors on vit sans le savoir. Peut-être n’y a-t-il que peu de mérite à être homme, à placer chacun de ses pas dans l’ornière des jours ?

   Au loin, là-bas, entre les fûts bistre des troncs, une frondaison de paille fait sa belle éclaboussure. Que nous dit-elle, sinon la joie d’être-arbre, ici, dans la chute de la saison alors que, bientôt, toute cette résille de franc bonheur s’éparpillera au gré du premier vent ? Seul le souvenir, ces branches dépouillées qui battront l’air de leurs griffes noires, pourra témoigner de ce qui fut et attend le cycle de sa renaissance.

   Puis ces deux taches, si proches de la garance, ne sont-elles la persistance de jeux d’enfants - une balançoire, un toboggan, une cabane -, des vies en éruption, des ébats pleins de cris joyeux, des sauts, des cabrioles, une neuve insouciance -, ces deux feux assourdis qui nous parlent comme si, un jour, ils devaient nous rejoindre dans cette force de l’âge dont le déclin s’annonce déjà dans l’épuisement du divertissement parfois, son extinction alors que les grilles du parc sont fermées, les volets clos, les feux allumés dans l’âtre pris de froid ? Ils sont pareils à des fanaux allumés dans le crépuscule qui flamboie de sa dernière lumière.

   Puis ce genre de tapis d’eau, à mi-chemin de l’amande et de la malachite, cette couleur inimitable de l’herbe en sa dernière fenaison - bientôt seront les frimas qui la couvriront d’un dais de silence -, cette étendue nous fait inévitablement penser au lac immobile des jours, à sa précipitation, parfois, comme si toute cette tendre félicité pouvait soudain refluer en quelque coin d’un passé dont le souvenir nous aurait échappé et il ne demeurerait, entre nos doigts  surpris, qu’un peu de poussière et les traces évanescentes de la mélancolie.

   Oui, je te disais, il y a peu, l’automne en son exception, ses lueurs de sable, ses clignotements entre la croûte de pain et la glèbe retournée dans sa vêture fauve que ponctuent les nervures de sillons plus sombres. Oui, tout est joie qui éclaire les yeux de cette infinie donation qui semblerait n’avoir jamais de fin. Seulement on confie sa chair au profond du sommeil, on se laisse bercer par une douce rêverie, on se réveille un matin entre chien et loup, on écarte le givre de la paume des mains, l’hiver est là qui, sans crier gare, a jeté sur la nature son linceul d’infinie tristesse. Automne n’est déjà plus qu’une lointaine blessure de la mémoire. En elle nos souhaits les plus vifs, les entailles de la lumière estivale, les prémices du printemps en son fleurissement de cristal.

   Sans doute la sais-tu, toi, l’Inépuisable, cette climatique de l’être, cette arrière-saison d’une venue au monde qui paraîtrait ne jamais s’épuiser cependant que tout s’évanouit dans les limbes du passé ? Sans doute en est-tu la gardienne, toi l’Insaisissable, toi dont on ne pourrait proférer le nom qu’au risque de te perdre. Automne s’est enfuie qui, peut-être, jamais ne reviendra ! Jamais !

  

 

 

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 17:45
Elle qui attend

Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

On attend que vienne le temps

On attend longuement

D’être enfin à soi

De se connaître

De ne plus être en fuite

De son être

La seule ressource qui soit

 

*

 

Ici dans les plis ombreux de la ville

Au carrefour des lumières

Dans l’éblouissement de l’instant

Tout glisse infiniment

Dans une manière de brume

Ô ouate des jours

Qui glace les tympans

O fleuve de vie

Qui jamais ne s’arrête

Ô sensations mouvantes

Vous m’enlacez de vos lianes vipérines

Je sens votre venin tout contre

Le miroir de ma peau

Oserez-vous instiller votre mal

Dans le dais infiniment ouvert

De mon âme

 

*

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

Il fait si vide dans les coursives

De la peur

Si glacé dans les colonnes d’effroi

Si absurde

Dans l’inutile glacis des veines

Elles gèlent sous les assauts

De ce qui n’a pas lieu

De ce qui toujours se dérobe

De ce qui n’a nul nom

Car à être nommée

La Présence se dissoudrait

Elle qui n’aime que

La vaste solitude

Les cathédrales de glace

Les vents de Sibérie

Aux arêtes aiguës

 

*

 

Pourquoi faut-il que l’air bleuisse

Au contact de ma sourde mélancolie

Pourquoi cette chape de verre

Tout autour de mes humeurs chagrines

Pourquoi le bruit ne parle-t-il pas

Pourquoi la perte des hommes

Loin là-bas dans le désert

Des cases de ciment

Ils meurent de ne point différer d’eux

Les hommes de bonne volonté

Ils se calquent à la dimension

De leur propre image

Ils disparaissent

À même leur vanité

Ils redoublent leur ego

Ils sont dans leurs terriers

En attente du Rien

Et cependant ils pensent

Tout posséder

La gloire d’être

Le mérite de figurer

Dans les avenues mondaines

Et leur jabot enfle

A mesure qu’ils avancent

Ou croient avancer

 

*

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

On ne sait plus ce qu’exister

Veut dire

Si l’on existe vraiment

Si quelqu’un vous attend

Non dans le palais princier

Mais dans la modeste chaumière

Combien on aimerait

Parler juste au coin du feu

Avec une voix compagne

Qui soufflerait les mots du bonheur

Ferait se lever

 La voile tendue de l’amitié

Peut-être de l’amour on ne sait jamais

Parfois il arrive sur les ailes du songe

Butine longuement le nectar de votre joue

Y pose la larme assourdie d’une gemme

Y dit les paroles muettes

Car tout ce qui est précieux

Ne vit que de silence

Fait ses ronds dans l’eau

Puis éclate telle la bulle

De cristal dans l’air

Qui crisse

 

 

On est là dans son corps de chair

Son corps de pierre

 

Rien ne bouge au-delà de soi

Le banc est immobile

Qui attend son heure

Les voitures glissent

Dans un bruit de chiffon

Nul chauffeur à leur bord

Avec qui voyager

Tout est rêve

Qui fond dans le sommeil

 

*

 

Quand le réveil

Avec son bruit de chaînes

Ah les fantômes sont postés

Ici et là

Qui nous enveloppent

De leur voile de mystère

Que vienne la nuit

Seule consolatrice

De notre solitude

Au moins dans ses plis

Avons-nous refuge

L’ombre est souveraine

Qui efface tout

 

*

 

 

 

 

 

 

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