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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 11:00

 

Sous la face, le réel.

 

  La Place d'Ouche ne serait pas ce qu'elle est en réalité, sans ses habituels occupants - les Branquignols -, mais aussi sans ses minuscules commerces, sans le Distributeur de billets de la banque d'Arcillac, mais aussi sans ses éternels pigeons et leurs roucoulements, leurs généreuses fientes, leurs neiges de plumes, leurs insistance à faire votre siège. Mais, voyez-vous, ceci est de peu d'importance au regard de tout ce que leur observation méticuleuse peut amener de compréhension. Pas seulement d'eux-mêmes, les gentils colombidés, mais par glissements sémantiques successifs, par habiles métonymies, de nous autres, les Hommes, les Femmes à la condition modeste qui peuplons la terre de nos égarements successifs. Car l'éthologie, cette belle science qui se met en quête d'en savoir un peu plus sur nos amis à deux ou quatre pattes, avec museaux, becs, queues en panache, l'éthologie, donc, nous en apprend plus sur nos mœurs, comportements, inclinations d'âmes que ne le permettraient, le plus souvent, nos rapides observations dans le miroir. Le très génial La Fontaine ne s'y était pas trompé, lui qui avait si finement décrit les us et coutumes zoologiques dont les humains devaient s'inspirer pour se construire les fondements d'une morale.

  Donc, si vous suivez bien les élucubrations des Copains sur les pigeons de la Place, non seulement vous en saurez un peu plus sur le sens des allées et venues des colombidés, mais aussi, mais surtout, sur vous-mêmes. L'éthologie VOLANT au secours de l'anthropologie. Comme pour dire la modestie à laquelle les hommes pourraient constamment s'abreuver, ceci remettant à sa juste place la très fameuse assertion de Protagoras selon laquelle "L'homme est la mesure de toutes choses." . Formule que nous serions bien inspirés, souvent, de reformuler, compte tenu de la persistance de la bête en nous, selon cette proposition-ci :"La bête est la mesure de l'homme.", tant il est vrai que sous le vernis de notre néocortex sommeille encore et souvent de manière sournoise, le limbique-reptilien, lequel est toujours prêt à déplier brusquement son corps de saurien, nous transformant en de dangereux prédateurs. De ceci nous devons être conscients afin de ne pas se réveiller sous les coups de boutoir du cauchemar majuscule, lorsqu'au petit matin, nous observant dans le miroir, nous n'y apercevrons que l'étroite fente verticale de notre œil, notre carapace d'écailles, notre longue queue crénelée, nos pattes arc-boutées sur une herse de griffes, notre denture en tenaille d'acier. Non, nous n'aurons pas rêvé. Nous aurons juste gratté, du bout de nos ongles inquisiteurs la surface du tain qui, jusqu'alors, ne reflétait de notre effigie que la face lisse et policée. Mais, plutôt que de continuer à me lire, pensant que je ne débite que des sornettes sans fondements, précipitez-vous donc devant vos psychés à la face luisante et interrogez-les sur le contenu qui s'y illustre. Vous ne manquerez pas d'être étonné(e)s !

 

 

 

 

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 10:52

 

  La Place d'Ouche ne serait pas ce qu'elle est en réalité, sans ses habituels occupants - les Branquignols -, mais aussi sans ses minuscules commerces, sans le Distributeur de billets de la banque d'Arcillac, mais aussi sans ses éternels pigeons et leurs roucoulements, leurs généreuses fientes, leurs neiges de plumes, leurs insistance à faire votre siège. Mais, voyez-vous, ceci est de peu d'importance au regard de tout ce que leur observation méticuleuse peut amener de compréhension. Pas seulement d'eux-mêmes, les gentils colombidés, mais par glissements sémantiques successifs, par habiles métonymies, de nous autres, les Hommes, les Femmes à la condition modeste qui peuplons la terre de nos égarements successifs. Car l'éthologie, cette belle science qui se met en quête d'en savoir un peu plus sur nos amis à deux ou quatre pattes, avec museaux, becs, queues en panache, l'éthologie, donc, nous en apprend plus sur nos mœurs, comportements, inclinations d'âmes que ne le permettraient, le plus souvent, nos rapides observations dans le miroir. Le très génial La Fontaine ne s'y était pas trompé, lui qui avait si finement décrit les us et coutumes zoologiques dont les humains devaient s'inspirer pour se construire les fondements d'une morale.

  Donc, si vous suivez bien les élucubrations des Copains sur les pigeons de la Place, non seulement vous en saurez un peu plus sur le sens des allées et venues des colombidés, mais aussi, mais surtout, sur vous-mêmes. L'éthologie VOLANTau secours de l'anthropologie. Comme pour dire la modestie à laquelle les hommes pourraient constamment s'abreuver, ceci remettant à sa juste place la très fameuse assertion de Protagoras selon laquelle "L'homme est la mesure de toutes choses." . Formule que nous serions bien inspirés, souvent, de reformuler, compte tenu de la persistance de la bête en nous, selon cette proposition-ci :"La bête est la mesure de l'homme.", tant il est vrai que sous le vernis de notre néocortex sommeille encore et souvent de manière sournoise, le limbique-reptilien, lequel est toujours prêt à déplier brusquement son corps de saurien, nous transformant en de dangereux prédateurs. De ceci nous devons être conscients afin de ne pas se réveiller sous les coups de boutoir du cauchemar majuscule, lorsqu'au petit matin, nous observant dans le miroir, nous n'y apercevrons que l'étroite fente verticale de notre œil, notre carapace d'écailles, notre longue queue crénelée, nos pattes arc-boutées sur une herse de griffes, notre denture en tenaille d'acier. Non, nous n'aurons pas rêvé. Nous aurons juste gratté, du bout de nos ongles inquisiteurs la surface du tain qui, jusqu'alors, ne reflétait de notre effigie que la face lisse et policée. Mais, plutôt que de continuer à me lire, pensant que je ne débite que des sornettes sans fondements, précipitez-vous donc devant vos psychés à la face luisante et interrogez-les sur le contenu qui s'y illustre. Vous ne manquerez pas d'être étonné(e)s !

 

 

Démosthène, Pythagore, Aristote et les Autres.

 

 

  Un matin, qu'avec Bellonte on était arrivés avant le reste de la Compagnie et que la Place était déjà parcourue des allées et venues incessantes des pigeons, on a décidé de s'intéresser d'un peu plus près au sort des volatiles. Antoine avait apporté, dans une poche en papier, de vieux croûtons de pain qu'il avait déposés sur le banc vert et j'avais acheté, à leur intention, une poche de graines qui portait l'inscription "Oiseaux du ciel". D'ailleurs je voyais pas très bien pourquoi le fabricant avait rajouté "ciel", parce que, des oiseaux de la terre, à part les kiwis de Nouvelle Zélande, je voyais pas très bien où on pouvait en dénicher du côté d'Ouche et des environs.

  Et puis, à bien y réfléchir, j'ai pensé que l'ajout du mot "ciel" qui, à première vue, paraissait bien anodin, n'était pas aussi innocent qu'il y paraissait, et que distribuer des graines c'était peut être, dans l'esprit du grainetier, se prendre un peu pour Dieu qui, du haut du firmament, aurait dispensé aux rescapés de l'Arche de Noé de substantielles nourritures célestes. Mais c'était juste une interprétation et là n'était pas le sujet. Bien sûr, quand les pigeons nous ont vus, assis sur le banc avec les poches qui traînaient à côté de nous, ils ont pas été longs à se rappliquer et y avait même comme une neige de plumes qui s'abattait autour de nous et ça roucoulait tellement dans tous les sens que ça nous donnait un peu le tournis. Ça béquetait, ça voletait, ça faisait de la poussière, ça descendait et remontait vers les platanes et les lampadaires peints en rouge, ça faisait d'incessants trajets sur le ciment et les bordures des caniveaux, ça se posait parfois sur le banc où on était assis Bellonte et moi, ça nous amusait comme si on avait été au "Cirque Pinder" en train de regarder les otaries avec le ballon sur le nez et les singes savants avec leurs salopettes rouges.

  Puis, à force d'observer le spectacle, on a fini par se lasser et, soudain, j'ai eu une idée qui valait son pesant d'avoine et j'ai dit à Bellonte : "Tu sais ce qu'on devrait faire, Antoine ?" . "Non", il m'a répondu et j'ai repris aussitôt, "On devrait leur donner un nom à ces pigeons, comme ça on les confondrait plus et même des fois on pourrait parler d'eux en toute connaissance de cause; je sais pas toi, mais moi  j'ai besoin de mettre des étiquettes sur les choses pour m'y retrouver, c'est comme avec les Blacks, ils se ressemblent tellement tous que j'arrive jamais à me rappeler si c'est au Abdiou que je cause ou à son sosie Youssef".

  Alors, avec Antoine, on est restés un moment à observer les pigeons et, chacun de son côté, on gambergeait dans notre tête pour essayer de leur trouver un patronyme qui soit pas trop idiot, aux colombidés, qui ressemble pas, par exemple, à "Boule de plumes", "Bec rouge", "Roucoul", "Gorge bleue", et je suis sûr, ça vous fait penser à "Noiraud" et "Moïse" et c'est du pareil au même et c'est pourquoi, avec Bellonte on est bien restés un bon quart d'heure avant de porter nos cogitations sur les fonts baptismaux et voilà, à peu près ce que ça a donné :

Bellonte. - Tu vois, le gros bleu qui se pointe après les autres, qui arrive jamais à choper un grain d'orge ou de millet au milieu de la mêlée, et puis retourne, l'air peinard et même heureux, picorer quelques grains de sable dans le caniveau, je crois que CANDIDE ça lui irait plutôt pas mal, d'autant plus qu'il est un peu comme Henriette, il aime bien cultiver son petit lopin de terre, sous les platanes, près du Crédit d'Ouche et, d'ailleurs, ça semble bien lui suffire et sa façon de se comporter dans la vie ça semble vouloir dire que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles".

Labesse. - Et l'autre, le petit qu'a jamais peur de rien, qu'a des plumes en forme de loques, et qui vient juste entre tes pieds pour réclamer son picotin d'un air railleur et un brin goguenard, je serais d'avis que GAVROCHE ça lui irait comme un gant.

Bellonte. -  Et COSETTE, tu l'as reconnue, dans le tas ?

Labesse. - Ce serait pas la pigeonne sans plumes à qui les autres foutent toujours des peignées et même elle a jamais rien à bouffer et  elle a toujours l'air malheureuse comme les péchés ?

Bellonte. -  T'as trouvé, Jules. Et je vais t'en poser une autre de devinette. Tu vois celui qui arrive en roucoulant bizarre comme s'il avait une poignée de sable dans le bec, tu sais comment on pourrait l'appeler?

Labesse. -  DEMOSTHENE, parbleu ! sauf que le Démosthène, quand il avait pas ses légendaires cailloux dans la bouche, il roucoulait impeccable, ça faisait même dans l'éloquence ! Et maintenant, à moi de t'en poser une question. Vise bien celui avec la gorge aux plumes tout ébouriffées, qu'arrête pas d'arpenter la Place de long en large, puis après en travers, d'après toi, on pourrait l'appeler comment ?

Bellonte. -  Le Pélerin !

Labesse. -  Et pourquoi, le Pèlerin ?

Bellonte. -  Parce que, un Pèlerin ça arrête pas de marcher par les chemins avec un bout de bâton pour aller à Saint-Jacques de Compostelle.

Labesse. -  Ouais, c'est pas faux, mais si tu remarques bien, "l'ébouriffé", il arpente la Place, en longueur, en largeur et en diagonale et il marche précis comme si, à chaque fois, il comptait le nombre de ses pas.

Bellonte. -  Et alors, tu en déduis quoi ?

Labesse. -  J'en déduis que "l'ébouriffé", c'est peut être la réincarnation de Pythagore, lequel s'amuse à vérifier l'exactitude de son ancien théorème qui veut que "dans un triangle rectangle, la somme du carré des côtés est égale au carré de l'hypothénuse". Autrement formulé : AB²+AC² = BC².

Bellonte. -  OK pour Pythagore, mais les Grecs c'est un peu loin et un peu ancien et m'est d'avis que les grisets, les ramiers et autres palombes ça fait plus dans le "Petit Peuple de Paris" que dans les "Sophistes d'Athènes".

Labesse. -  Tu veux sans doute dire qu'ils sont plus plébéiens vu qu'ils fréquentent les modestes places publiques et vivent, en quelque sorte, au ras des caniveaux ?

Bellonte. -  Oui, t'as bien saisi, on peut pas vraiment dire qu'ils occupent le haut du pavé.

Labesse. -  Alors c'est plutôt du côté des "Misérables" qu'il faudrait piocher ?

Bellonte. -  C'est plutôt. Et, d'ailleurs, celui qu'a les plumes grises et délavées, on dirait même qu'il sort tout droit du bagne...

Labesse. -  C'est de VALJEAN que tu veux causer, et c'est vrai, on dirait que ce pauvre pigeon porte toute la misère du monde sur ses épaules...enfin, si on peut dire.

  Alors là, ça nous fait tout drôle d'évoquer "Les Misérables", et ça nous rappelle plein de souvenirs de la Communale avec le Père Chaliès qui nous faisait plancher sur le texte d'Hugo et on avait pas intérêt à faire plus de deux fautes quand il nous dictait "La sieste de Jeanne" ou "Booz endormi" et ça nous plaisait bien les histoires du Victor, surtout "Le lit de Gavroche", avec l'illustration en noir et blanc au bas de la page du Souché et la fin du chapitre qui se terminait par : "Maintenant, dit-il, pioncez ! Je vas supprimer le candélabre", c'était la dernière phrase qu'adressait Gavroche aux mômes qui étaient venus le rejoindre dans la carcasse de l'éléphant où il avait élu domicile et ça nous faisait bien rigoler ce langage ringard et argotique à la fois.

 

 

 

  

 

 

 

 

 

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 08:25

 

      Le langage comme littérature.

 

 

 "Lui. Sans âge, il est.

A mi-chemin de la vie.

Peut-être plus, peut être moins.

Indéfinissable.

Lui. La cinquantaine. On dirait.

Le teint basané. Criblé de vent.

Des rides barrent le front.

Calvitie bien avancée,

ménageant deux golfes clairsemés

autour d’une presqu’île de cheveux.

Les yeux : vagues, lointains.

Des yeux qui ne vous voient pas.

Qui sont dans l’errance même.

Dans la non-connaissance des choses."

 

CECI N'EST PAS DU REEL.

 

  Dans le texte encadré ci-dessus, il est parlé de "LUI", sans autre précision. Ceci énoncé, l'on aura aussitôt perçu que cet extrait d'un texte plus long fonctionne dans le cadre d'une fiction, d'une écriture. Quant au discret "LUI", il ne signifie ni plus, ni moins que si Celui dont il est parlé portait nom et prénom. Dès qu'il s'agit d'écriture, les informations, fussent-elles minimales - souvenons-nous de "Personne" dans Ulysse -, sont de purs signes référant à un signifié - le personnage fictionnel -, et il n'est guère besoin de recourir à d'autres balises afin d'assurer la quadrature existentielle qui va occuper l'espace du texte, du roman.

  Car si nous sommes dans la littérature, non dans le document ou bien le reportage, ceci suffit à tracer l'esquisse à partir de laquelle l'écrit fonctionnera. Quand Victor Hugo écrit "Les Misérables", qu'il décrit Cosette, Gavroche, Jean Valjean, certes les nomme-t-il, certes en établit-il les traits significatifs. Ceci est question d'intention, de style littéraire. On n'écrit pas un texte de recherche formelle de la même manière que l'on compose une large épopée. Hugo avait besoin d'un empan "historique" afin que son roman s'inscrive dans une aventure vraisemblable.

  Cependant, même chez ce génie des lettres, pour autant que les personnages sont fortement campés, ils n'en sont pas moins des  effigies entièrement fictionnelles. Jamais Valjean n'est venu frapper à la porte de quelque lecteur que ce fût, celui-ci fût-il ancien bagnard. Cela va de soi, mais la prudence est toujours de mise en la matière, car la confusion, l'assimilation réciproque du réel, de l'imaginaire, du symbolique sont monnaie plus que courante. Sans doute une telle insistance à faire se confondre les registres provient-elle, essentiellement, de la position charnière qu'occupe la fonction  symbolique, à savoir le langage écrit, entre, précisément, l'imaginaire et le réel. Pour autant, il y a différence essentielle et il va de soi qu'un mélange des genres ne peut s'opérer que lorsqu'un de ces registres a été gravement altéré, comme chez le schizophrène, par exemple, où il y a épanchement des registres l'un dans l'autre, ce qui, bien évidemment, constitue un cas limite.

  Mais revenons à la littérature, au langage et aussi bien aux deux puisque celle-là, la littérature, ne saurait exister sans celui-ci, le langage. On aura tout de suite perçu que la proposition inverse ne peut trouver à s'actualiser, car le langage peut fonctionner en dehors du projet littéraire, ne serait-ce que dans la conversation mondaine, nous voulons dire "inscrite dans le monde". Mais si le langage a à fonctionner en littérature, il ne le peut qu'à la condition d'en constituer l'origine. C'est le langage qui est premier, la littérature, la poésie en étant les possibles déclinaisons, sublimes sans doute, mais déclinaisons tout de même. On ne pourra entrer convenablement dans un texte qu'à la condition expresse d'en avoir fait la thèse. Tout le cadre fictionnel, nécessairement parti de l'imaginaire de l'Ecrivain aura trouvé dans l'activité symbolique - l'écriture - les moyens d'assurer à l'histoire, au conte, à la fable, au récit, aux multiples développements romanesques, les conditions de leur existence.

  La littérature, jamais ne peut être la résultante d'une pure délibération du créateur, d'un décret qui la poserait comme un objet en soi, faisant abstraction de ce qui la constitue, à savoir le langage en tant qu'essence de l'homme. C'est pour cette raison de l'antériorité de la parole sur l'acte qui la "met en œuvre", au sens métaphorique du terme, que le roman, ses personnages, son cadre, ses événements ne peuvent être que seconds. Ce ne sont pas les personnages qui ont fait - au sens grec de poïesis, production -, le langage; mais c'est bien plutôt le langage qui a permis que ces protagonistes fassent phénomène au regard de la conscience du Lecteur.

  Car, lorsque nous lisons, c'est un livre que nous tenons entre nos mains, du papier, de l'encre, un texte, des chapitres, des mots, des lettres, des signifiants et, tout au bout de la chaîne, des signifiés, des efflorescences, des abstractions, de l'éther, de l'invisible, de l'impalpable, de l'intouchable. C'est bien là le "miracle" du symbole, sa fonction première, "qu'il donne à penser", selon la célèbre formule du Philosophe Paul Ricœur, ce qui revient à dire, en dernier ressort, qu'il dépose devant nous, affects, percepts, concepts, mais ceci est déjà  tellement de l'ordre de la forme, de l'idée, que nous pouvons seulement en saisir le caractère, l'évanescence, la consistance de brouillard, comme nous percevons le Farghestan à partir du Rivage des Syrtes. Car, lorsque Julien Gracq écrit, c'est à ces "spectres" qu'il fait appel afin que, depuis les rives transcendantes de l'art, ils puissent venir nous adresser la parole du roman, la fuite éternelle de la fiction.

  C'est une remise des personnages à notre imaginaire - jamais de vrais personnages - à laquelle procède l'Auteur. Chaque conscience lisant en fera son affaire à sa façon, recréant selon les mille facettes de la fantaisie - qui est en même temps une des actualisations de notre propre liberté -, recréant donc chaque espace, reconfigurant la "réalité" du contenu selon ses affinités, ses passions, ses goûts. Si la fiction était première, si les personnages étaient des blocs intangibles, de pures concrétions matérielles dictant leurs lois au langage, alors comment pourrait-on expliquer la ductilité des situations, la constante mobilité des cadres auxquels sont soumis, en permanence, tous les livres dès leur réception par les Lecteurs ?  Aussi bien que ce "LUI" de l'énonciation, figurant à l'incipit de l'article, laissait la porte ouverte à tous les remaniements conceptuels, à tous les chemins de l'imaginaire, car c'est le langage de l'Auteur qui est confié au langage du Lecteur. Langage jouant en écho avec lui-même.

  Le langage comme littérature. La peinture comme tableau. L'harmonie comme musique. La forme comme sculpture.

Entre langage, peinture, harmonie, forme, il y a homologie.

Comme il y a équivalence entre littérature, tableau, musique, sculpture.

Le langage joue à titre d'essence, alors que la littérature, à l'aune de ses diverses productions, existe dans des œuvres.

C'est pour cette raison que le fonctionnement en chiasme peut s'appliquer et donner ceci :

Le langage comme littérature, la littérature comme langage.

Car c'est le langage qui, du-dedans de son essence  crée la littérature, alors que la littérature ne peut que s'illustrer à l'aune du langage.

  Quand nous parlons de littérature, il s'agit, bien entendu, d'un langage porté à sa dignité, à savoir détenteur d'une forme de vérité. Car il ne saurait y avoir d'œuvre "réelle" qui puisse s'exonérer des universaux classiques du Beau, du Bien, du Vrai.

Ce réel qui nous enserre de toutes parts, nous fait êtres de corps et de chair, nous incline à penser, souvent, que toute chose est réalisée à notre image, ces personnages de romans que, parfois, nous penserions vivants ne sont que des leurres de papier et des miroirs aux alouettes. De ceci il nous faut être persuadés afin de ne pas sombrer dans les égarements de la folie. Car le fou se prend toujours pour ce qu'il n'est pas. Il s'invente parole, voix, langage alors que son corps crie dans le silence et que son personnage égaré se perd parmi la multitude.

  Jamais littérature ne nous égarera, jamais elle ne s'égarera elle-même si elle s'origine dans ce langage qui est sa source vive. A défaut de cela le "livre" se perd dans les sombres confluences consuméristes dont la mode est la navrante figure de proue. Sauvons la littérature du désastre. Il est encore temps. Nous avons le LANGAGE pour cela.

 

a2 

 

      R. MAGRITTE

"La trahison des images."

1928-29, huile sur toile,

Los Angeles county Museum of Art, Los Angeles.

Source : VULG'ART.

 

a3

 

Ceci n'est pas Magritte.

 

"Lui. Sans âge, il est.

A mi-chemin de la vie.

Peut-être plus, peut être moins.

Indéfinissable.

Lui. La cinquantaine. On dirait.

Le teint basané. Criblé de vent.

Des rides barrent le front.

Calvitie bien avancée,

ménageant deux golfes clairsemés

autour d’une presqu’île de cheveux.

Les yeux : vagues, lointains.

Des yeux qui ne vous voient pas.

Qui sont dans l’errance même.

Dans la non-connaissance des choses."

 

CECI EST DU LANGAGE.

 

 

L'image d'une pipe n'est pas une pipe.

 L'histoire d'un personnage n'est pas le personnage.

 L'histoire d'un personnage est du langage,

et nulle autre chose.

 Penser différemment

entraîne le langage à être ce qu'il n'est pas,

à savoir pure contingence,

et la littérature à ce quelle ne saurait être,

 à savoir un langage par défaut.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 08:29

 

De l'autre côté de la peau du monde.

 

 

 oeil

Source : SUNDAE's WORLD.

 


 

    Que dire de tous ces hasards platement existentiels qui font se croiser les orgueilleux et les envieux, les avares et les paresseux, les colériques et ceux livrés à la luxure, aux plaisirs de la bouche ? Que dire de tous ces péchés qui ne sont "capitaux" que parce que les hommes en ont décidé ainsi ? Que dire de tous ces mouvements, ces trajets, ces hésitations qui habitent ce peuple de fourmis qui sillonne la Terre, qui s'écoule dans les rues, se répand en filets le long des trottoirs, se faufile au ras des caniveaux, s'agglomère comme un essaim de guêpes sur les vitrines où brille l'éternel miracle ? Que dire ?

  Que faire, sinon ouvrir les yeux et regarder, regarder toujours et sans cesse, ne perdre aucune miette de ce réel qui nous concerne, nous oppresse, nous fascine aussi ? REGARDER, ce qui veut simplement dire : sentir, percevoir, éprouver, comprendre, interpréter, donner du sens. C'est cela que nous essayons de faire au "Club des 7", avec modestie et chacun à sa manière, et, je vous assure, venez un de ces jours vous asseoir avec nous, on deviendra pour un moment le "Club des 8" et, alors que vous aurez regardé à votre tour, mais regardé VRAIMENT, avec toute la force décuplée de vos sclérotiques blanches, avec toute l'acuité de vos pupilles aiguës, alors vous pourrez jeter tous vos livres, tous vos mensonges en forme de petits signes, de petits crochets, de petites virgules, d'insignifiantes parenthèses; vous pourrez dépouiller les choses de leur pellicule glacée et opaque, vous aurez migré sans même vous en rendre compte, vous aurez traversé l'immensité de la conscience et vous vous retrouverez de l'autre côté de la peau du monde, là où les viscères, les meutes de nerfs, les empilements d'os, les ruisseaux de sang ne peuvent plus mentir, vous n'aurez plus de frontière et chacune de vos inspirations sera comme une immense bouffée d'oxygène qui aura traversé l'espace et le temps et vous pourrez vous voir vous-même, séparé, distant, distinct et vous pourrez faire tourner le piédestal où vous reposez et vous éprouverez un étrange sentiment, une bizarre ubiquité qui courbera votre vision, vous aurez gagné une manière d'omniscience, pas parfaite bien entendu, mais tout vous concernera dès lors d'une façon englobante, sphérique, circulaire, comme si vous étiez une planète et son satellite à la fois et vous jouerez à ce jeu subtil de la substitution, tantôt au centre, tantôt sur l'ellipse et nul autre que vous ne le saura et vous pourrez, vous aussi, la trouver votre "agora", votre "Place du Marché" d'où battra le cœur intime de la vie, ses pulsations, ses rythmes et plus jamais votre regard ne sera le même, plus jamais il ne sera linéaire, aveuglé par la ligne basse de l'horizon par où s'écoule le jour vers sa ligne de fuite et après il n'y a plus que la foule des ombres et le silence de la nuit.

  La cataracte qui recouvrait votre cristallin se sera fissurée et vous aurez surgi en pleine clarté, et dans le déboulé de la lumière, vous apparaîtront des nuées de minces cristaux aux facettes inconnues, des ondes en forme d'échos venues de très loin, des lisières à peine cendrées là où gesticule toute la démesure de la grande geste humaine, sa beauté aussi, son sens du tragique, son incessant métabolisme fou et alors, de votre point d'observation, sur le banc peint en vert, il ne s'agira plus seulement de la Place du Marché, mais de toutes les places du monde à partir desquelles vous saisirez, d'un seul empandu regard, tous les peuples de la terre et ces peuples auront déclos leurs bouches muettes aux lèvres serrées et ils vous livreront quantité de secrets dont vous aviez eu l'intuition mais qui n'avaient pu encore surgir de la clairière, ils vivaient alors leur vie paisible à l'ombre des forêts et n'étaient, pour vous, qu'insondables mystères.

 

 

 

 

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 08:16

 

La Gourmandise.

 

 

  Que dire enfin de la Mère Gignoux dont les rondeurs de sumo ne cherchent en rien à dissimuler sa légendaire GOURMANDISE ? Que dire de tous les sensuels qui, inévitablement, ralentissent et le plus souvent s'arrêtent à la devanture de chez Hassenforder, le Pâtissier meilleur ouvrier de France, avec ses pyramides de frangipanes, de pavés, de nonettes, avec ses tours de croquignoles, ses élévations de croquembouches aux sucres glacés couleur de miel; que dire de ses plum-cakes, de ses puddings avec des fruits confits comme des arcs-en-ciel, de ses accumulations de macarons, de ses meringues légères comme des nuages, de ses mosaïques de loukoums, de ses échauguettes en chocolat sur des tours de praline ?, que dire des chalands au profil "chou à la crème", genre Pittacci, qui observent longuement les friandises, se balancent d'un pied sur l'autre au bout de leurs jambes courtes et boudinées et, finalement, se décident à franchir le Rubicon, restent un grand moment sur l'autre rive dont ils reviennent toujours les bras chargés  de "delicatessen", comme on dit Outre-Rhin, un sourire faisant de leur tête une pomme d'api que traverse une lézarde radieuse anticipatrice du plaisir des papilles ?

  Que dire des autres, plutôt minces et fluets, à la façon de Simonet et de moi-même, qui demeurent longtemps devant les vitres où reposent les précieuses reliques, ne se balançant nullement, n'opinant pas du bonnet, ne parlant pas non plus, puis repartent soudainement sur le trottoir, les yeux rêveurs comme s'ils avaient été traversés d'un songe ? Que dire ? Des premiers qu'ils sont des sybarites, des jouisseurs et des voluptueux qui ne vivent que dans l'instant ? Des seconds qu'ils sont de délicats ascètes, des esthètes qui se projettent dans la durée et  se sustentent à la source de la contemplation ?

  Que dire de tous ces hasards platement existentiels qui font se croiser les orgueilleux et les envieux, les avares et les paresseux, les colériques et ceux livrés à la luxure, aux plaisirs de la bouche ? Que dire de tous ces péchés qui ne sont "capitaux" que parce que les hommes en ont décidé ainsi ? Que dire de tous ces mouvements, ces trajets, ces hésitations qui habitent ce peuple de fourmis qui sillonne la Terre, qui s'écoule dans les rues, se répand en filets le long des trottoirs, se faufile au ras des caniveaux, s'agglomère comme un essaim de guêpes sur les vitrines où brille l'éternel miracle ? Que dire ?

  Que faire, sinon ouvrir les yeux et regarder, regarder toujours et sans cesse, ne perdre aucune miette de ce réel qui nous concerne, nous oppresse, nous fascine aussi ? REGARDER, ce qui veut simplement dire : sentir, percevoir, éprouver, comprendre, interpréter, donner du sens. C'est cela que nous essayons de faire au "Club des 7", avec modestie et chacun à sa manière, et, je vous assure, venez un de ces jours vous asseoir avec nous, on deviendra pour un moment le "Club des 8" et, alors que vous aurez regardé à votre tour, mais regardé VRAIMENT, avec toute la force décuplée de vos sclérotiques blanches, avec toute l'acuité de vos pupilles aiguës, alors vous pourrez jeter tous vos livres, tous vos mensonges en forme de petits signes, de petits crochets, de petites virgules, d'insignifiantes parenthèses; vous pourrez dépouiller les choses de leur pellicule glacée et opaque, vous aurez migré sans même vous en rendre compte, vous aurez traversé l'immensité de la conscience et vous vous retrouverez de l'autre côté de la peau du monde, là où les viscères, les meutes de nerfs, les empilements d'os, les ruisseaux de sang ne peuvent plus mentir, vous n'aurez plus de frontière et chacune de vos inspirations sera comme une immense bouffée d'oxygène qui aura traversé l'espace et le temps et vous pourrez vous voir vous-même, séparé, distant, distinct et vous pourrez faire tourner le piédestal où vous reposez et vous éprouverez un étrange sentiment, une bizarre ubiquité qui courbera votre vision, vous aurez gagné une manière d'omniscience, pas parfaite bien entendu, mais tout vous concernera dès lors d'une façon englobante, sphérique, circulaire, comme si vous étiez une planète et son satellite à la fois et vous jouerez à ce jeu subtil de la substitution, tantôt au centre, tantôt sur l'ellipse et nul autre que vous ne le saura et vous pourrez, vous aussi, la trouver votre "agora", votre "Place du Marché" d'où battra le cœur intime de la vie, ses pulsations, ses rythmes et plus jamais votre regard ne sera le même, plus jamais il ne sera linéaire, aveuglé par la ligne basse de l'horizon par où s'écoule le jour vers sa ligne de fuite et après il n'y a plus que la foule des ombres et le silence de la nuit.

  La cataracte qui recouvrait votre cristallin se sera fissurée et vous aurez surgi en pleine clarté, et dans le déboulé de la lumière, vous apparaîtront des nuées de minces cristaux aux facettes inconnues, des ondes en forme d'échos venues de très loin, des lisières à peine cendrées là où gesticule toute la démesure de la grande geste humaine, sa beauté aussi, son sens du tragique, son incessant métabolisme fou et alors, de votre point d'observation, sur le banc peint en vert, il ne s'agira plus seulement de la Place du Marché, mais de toutes les places du monde à partir desquelles vous saisirez, d'un seul empan du regard, tous les peuples de la terre et ces peuples auront déclos leurs bouches muettes aux lèvres serrées et ils vous livreront quantité de secrets dont vous aviez eu l'intuition mais qui n'avaient pu encore surgir de la clairière, ils vivaient alors leur vie paisible à l'ombre des forêts et n'étaient, pour vous, qu'insondables mystères.

  Si Henriette m'entendait en ce moment, elle dirait :

  "Mais, mon pauvre Jules, arrête donc de te creuser le ciboulot, il n'en sort que des trucs sans tête ni queue et plutôt que de prendre ton scalpel pour disséquer les Autres, occupe-toi de ton petit ego, et puis du mien aussi, parce que, un coup de main pour repeindre la cuisine, ça serait pas de refus et au moins quand on peint, on voit de suite les résultats, alors que toi, avec tes idées voilées comme les planches d'un tonneau, t'es comme un aveugle qui chercherait un microbe dans une botte de radis, un sourd qui voudrait écouter la Neuvième de Beethoven, un paralytique s'exerçant à la perche, un manchot s'inscrivant au concours de boules.

  Pourtant, Jules, je te l'ai déjà dit, les idées c'est que du vent et on peut pas dire, ça nourrit pas son homme, alors que moi, avec mon petit lopin de terre, je peux au moins te mettre sur la table une jardinière de légumes et je sais pas si tu vois la différence, c'est même comme si elle croquait sous la dent et que son jus cascade dans ta gorge, descende le long de ton œsophage, puis glisse dans ton estomac, et le réel est là, tu peux franchement le sentir, tu peux même lui donner des noms, par exemple "radis", "laitue", "potiron", alors que toi, avec tes mots gonflés comme des baudruches, c'est juste de l'air que tu brasses et une fois que l'air est parti y a plus rien que du vide et t'es pas plus avancé à la fin qu'au début, alors ça vaut pas le jardin et d'ailleurs tu ferais mieux d'aller bêcher plutôt que de te goberger avec les autres barjots à reluquer les Ouchiennes qui vous voient même pas tellement vous êtes insignifiants, alors..."

 

 

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 10:04

 

Car connaître est pécher !

 

 

ccep.jpg 

 La Chute de l'homme 

par Lucas Cranach,

illustration du xvie siècle

Source : Wikipédia.

 

 

 Eh bien, voilà, dès que l'on parle "péché", soudain, tout se met à être "capital", comme si le péché était la chose la moins partagée du monde, situé en haut de quelque Annapurna, hors de vue, inaccessible. Et pourtant, cette petite chose peccamineuse, nous lui flattons le ventre au moins autant de fois que nous mangeons, buvons, aimons et, peut-être respirons. Seulement c'est tellement coalescent à notre humaine condition, c'est si intimement entrelacé à nos actes, nos pensées, nos projets, nos fantasmes, nos envies, nos désirs, nos tentations, nos frustrations, nos objurgations, nos palinodies que nous n'en apercevons même plus la silhouette. Ça se réfugie derrière nos sourires, ça se terre bien au chaud dans nos rictus sociaux, ça se dissimule dans la main que l'on tend, dans la caresse que nous prodiguons, dans la dénégation que nous opposons dès que la faille menace de s'ouvrir et de jeter au plein jour le revers de nos sentiments.

  Mais n'allez pas en déduire trop tôt que tout ceci résulte d'un manque de considération de l'Autre, d'une volonté de le dénigrer ou bien de le réduire à l'état de simple objet. Ceci, bien au contraire, signe un excès d'amour, un trop plein de juste passion dont nous voudrions faire l'offrande à la mesure de ce manque congénital qui creuse un vide en nous et dessine l'étrange brume de l'abîme. Car, tous, toutes nous sommes sous l'emprise de ces passions qu'on dit volontiers mortelles ou, à tout le moins, contraires aux règles de la morale.

  Mais la morale est une invention de l'homme, une pure abstraction et il nous faut le recours au symbole afin d'en percevoir la trace signifiante. La morale, c'est comme une pomme dans laquelle nous enfouirions notre museau obséquieux alors qu'un INTERDIT serait édicté de toute éternité par lequel cet innocent fruit porté à la dignité  serait l'essence même de la connaissance. Et nous voilà revenus auJardin d'Eden et à la virginité première dont l'homme, la femme étaient censés habiller leur nudité.

  Le problème là dedans, c'est la présence du "troisième homme", Dieu, sauf son respect, lequel introduisait lui-même, par son regard Transcendant, par son jugement altier, le ver dans la pomme. Car, si Adam et Eve portaient déjà en eux le germe de la perversion - comment, d'ailleurs eût-il pu en être autrement ? à moins d'une génération spontanée -, ils pouvaient en jouir réciproquement, sans conséquence fâcheuse. Leurs relations fussent-elles empreintes de ce que, plus tard, on jugeaitpeccamineux, rien n'en aurait altéré la qualité, la spontanéité, le don de soi et ainsi, de péché en péché, comme par un simple décret de la nature, les choses seraient allées d'elles-mêmes sans que le cours de l'univers en eût été affecté.

  Imaginons un instant une manière de "scène primitive", genre d'archétype et d'anticipation de la"Comédie humaine" dont, d'ailleurs les Protagonistes dans leur innocence native n'auraient nullement alertés. Prélevant des fruits sur l'Arbre de la connaissance du bien et du mal, les dégustant sans arrières pensées, d'un façon quasiment "virginale", Adam aussi bien qu'Eve; Eve aussi bien qu'Adam auraient pu se livrer au péché sous de multiples manières sans même que leur conscience manifestât quoi que ce fût à leur égard. Car, en direction de cette pomme, ou bien de Celui, Celle qui fait face, manifester orgueil, avarice, envie, colère, luxure, paresse, gourmandise c'eût été "vivre" tout simplement dans une bien naturelle inclination, "exister" serait pour plus tard.

Et si nos ancêtres avaient pu poursuivre leur aventure généalogique dans cette optique généreuse, sans entrave d'aucune sorte, nous les hommes, les femmes d'aujourd'hui, serions en train de commettre toutes sortes de péchés, la paix dans l'âme - celle-ci, sans doute n'aurait eu aucune raison d'apparaître -, le corps en repos, l'esprit en roue libre. Le problème, du reste, est venu d'un conflit entre nature etculture. Ainsi naissait la première version édénique de la dialectique. Car il y avait paradoxe et paradoxe majeur à déguster un fruit porteur d'interdit, stigmatisé par les ruses du serpent, jugé par Dieu.

  La morale était ce "tiers-instruit" - allusion à l'ouvrage du génial Michel Serres -, qui, s'immisçant entre les consciences, "instruisait" simplement du fait, culturel entre tous, que certains actes pouvaient recevoir l'approbation divine, d'autres étant fortement prohibés, avec, tout au bout, les flammes coruscantes de l'Enfer. "L'enfer, c'est les autres" disait Sartre à bonne raison, à commencer par l'Autre Majuscule, ce sublime empêcheur de tourner en rond, à savoir Dieu. Dans la nature, l'Eternel-Dieuavait jeté une poignée de sable, la culture, et tout le système s'était enrayé, produisant de la différence dans ce qui, à l'origine n'en avait pas; la différence établissant sa mortelle ligne de partage entre le Bien et le Mal. Désormais, il y aurait les actions vertueuses, les délictueuses. C'est pour cette raison, qu'aujourd'hui même, pensant, écrivant, lisant, nous réinvestissons symboliquement le paradigme d'une connaissance marquée du sceau du péché.

Pensant, nous péchons. Ecrivant, nous péchons. Lisant, nous péchons. Existant nous péchons.

Cependant nous continuons à pécher puisqu'aussi bien c'est inscrit au profond de la destinée humaine et qu'une vie sans péchés serait comme un sexe nu, une simple désolation dont nous ne souhaiterions jamais que nos yeux soient abreuvés.

 

 

 

 

 

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 09:36

 

  Eh bien, voilà, dès que l'on parle "péché", soudain, tout se met à être "capital", comme si le péché était la chose la moins partagée du monde, situé en haut de quelque Annapurna, hors de vue, inaccessible. Et pourtant, cette petite chose peccamineuse, nous lui flattons le ventre au moins autant de fois que nous mangeons, buvons, aimons et, peut-être respirons. Seulement c'est tellement coalescent à notre humaine condition, c'est si intimement entrelacé à nos actes, nos pensées, nos projets, nos fantasmes, nos envies, nos désirs, nos tentations, nos frustrations, nos objurgations, nos palinodies que nous n'en apercevons même plus la silhouette. Ça se réfugie derrière nos sourires, ça se terre bien au chaud dans nos rictus sociaux, ça se dissimule dans la main que l'on tend, dans la caresse que nous prodiguons, dans la dénégation que nous opposons dès que la faille menace de s'ouvrir et de jeter au plein jour le revers de nos sentiments.

  Mais n'allez pas en déduire trop tôt que tout ceci résulte d'un manque de considération de l'Autre, d'une volonté de le dénigrer ou bien de le réduire à l'état de simple objet. Ceci, bien au contraire, signe un excès d'amour, un trop plein de juste passion dont nous voudrions faire l'offrande à la mesure de ce manque congénital qui creuse un vide en nous et dessine l'étrange brume de l'abîme. Car, tous, toutes nous sommes sous l'emprise de ces passions qu'on dit volontiers mortelles ou, à tout le moins, contraires aux règles de la morale.

  Mais la morale est une invention de l'homme, une pure abstraction et il nous faut le recours au symbole afin d'en percevoir la trace signifiante. La morale, c'est comme une pomme dans laquelle nous enfouirions notre museau obséquieux alors qu'un INTERDIT serait édicté de toute éternité par lequel cet innocent fruit porté à la dignité  serait l'essence même de la connaissance. Et nous voilà revenus au Jardin d'Eden et à la virginité première dont l'homme, la femme étaient censés habiller leur nudité.

  Le problème là dedans, c'est la présence du "troisième homme", Dieu, sauf son respect, lequel introduisait lui-même, par son regard Transcendant, par son jugement altier, le ver dans la pomme. Car, si Adam et Eve portaient déjà en eux le germe de la perversion - comment, d'ailleurs eût-il pu en être autrement ? à moins d'une génération spontanée -, ils pouvaient en jouir réciproquement, sans conséquence fâcheuse. Leurs relations fussent-elles empreintes de ce que, plus tard, on jugeait peccamineux, rien n'en aurait altéré la qualité, la spontanéité, le don de soi et ainsi, de péché en péché, comme par un simple décret de la nature, les choses seraient allées d'elles-mêmes sans que le cours de l'univers en eût été affecté.

  Imaginons un instant une manière de "scène primitive", genre d'archétype et d'anticipation de la "Comédie humaine" dont, d'ailleurs les Protagonistes dans leur innocence native n'auraient nullement alertés. Prélevant des fruits sur l'Arbre de la connaissance du bien et du mal, les dégustant sans arrières pensées, d'un façon quasiment "virginale", Adam aussi bien qu'Eve; Eve aussi bien qu'Adam auraient pu se livrer au péché sous de multiples manières sans même que leur conscience manifestât quoi que ce fût à leur égard. Car, en direction de cette pomme, ou bien de Celui, Celle qui fait face, manifester orgueil, avarice, envie, colère, luxure, paresse, gourmandise, c'eût été "vivre" tout simplement dans une bien naturelle inclination, "exister"serait pour plus tard.

  Et si nos ancêtres avaient pu poursuivre leur aventure généalogique dans cette optique généreuse, sans entrave d'aucune sorte, nous les hommes, les femmes d'aujourd'hui, serions en train de commettre toutes sortes de péchés, la paix dans l'âme - celle-ci, sans doute n'aurait eu aucune raison d'apparaître -, le corps en repos, l'esprit en roue libre. Le problème, du reste, est venu d'un conflit entre natureet culture. Ainsi naissait la première version édénique de la dialectique. Car il y avait paradoxe et paradoxe majeur à déguster un fruit porteur d'interdit, stigmatisé par les ruses du serpent, jugé par Dieu.

  La morale était ce "tiers-instruit" - allusion à l'ouvrage du génial Michel Serres -, qui, s'immisçant entre les consciences, "instruisait" simplement du fait, culturel entre tous, que certains actes pouvaient recevoir l'approbation divine, d'autres étant fortement prohibés, avec, tout au bout, les flammes coruscantes de l'Enfer. "L'enfer, c'est les autres" disait Sartre à bonne raison, à commencer par l'Autre Majuscule, ce sublime empêcheur de tourner en rond, à savoir Dieu. Dans la nature, l'Eternel-Dieu avait jeté une poignée de sable, la culture, et tout le système s'était enrayé, produisant de la différence dans ce qui, à l'origine n'en avait pas; la différence établissant sa mortelle ligne de partage entre le Bien et le Mal. Désormais, il y aurait les actions vertueuses, les délictueuses. C'est pour cette raison, qu'aujourd'hui même, pensant, écrivant, lisant, nous réinvestissons symboliquement le paradigme d'une connaissance marquée du sceau du péché.

Pensant, nous péchons. Ecrivant, nous péchons. Lisant, nous péchons. Existant nous péchons.

Cependant nous continuons à pécher puisqu'aussi bien c'est inscrit au profond de la destinée humaine et qu'une vie sans péchés serait comme un sexe nu, une simple désolation dont nous ne souhaiterions jamais que nos yeux soient abreuvés.

 

 

 La Paresse.

 

 

  Que dire, ensuite, d'Yves Le Barsic, le petit gros aux lunettes rondes cerclées de fer ?, que dire de sa myopie ?, de son rythme lent à se mouvoir ?, que dire de sa PARESSE sinon qu'elle est souvent semblable au cours sinueux de la Leyze lorsqu'elle s'éloigne d'Ouche pour aller rejoindre les plaines qui descendent vers l'Océan ?, que dire d'Yves sinon que sa femme l'envoie, à intervalles réguliers, retirer des sous à la Banque d'Arcillac, sa seule occupation de la semaine selon sa Conjugale ?, que dire du fait que parfois la fatigue le saisit aux épaules, lui coupe bras et jambes et l'abandonne sur le banc du parking qui fait face au Distributeur et Le Barsic se trouve si bien sur ce banc à la douce inclinaison en forme de col de cygne, le dos éclairé par le soleil levant, les pieds bien au repos dans ses charentaises qu'alors il sommeille et, sur le coup de midi, quand il rentre à la maison, c'est pas Millet qui sonne l'Angélus, c'est son épousée qui lui dit : "Yves, t'as ramené les sous ? faut aller aux courses cet après-midi !" et, devant sa réponse de calicobat, elle reprend en chantant : "aujourd'hui peut être...ou... ou bien demain", mais c'est comme si elle chantait jaune on dirait et elle dit, "c'est toujours pareil, on peut rien te confier, t'es comme un gosse de trois mois qu'essaie de grimper à l'échelle, en plus, à l'échelle il lui manquerait des barreaux et c'est toujours Ma Pomme qu'est obligée de tout se cogner", que dire de cette paresse et de la réplique maritale en forme de lieu commun ?

 

La Colère.

 

 Que dire de la Mère Dubreuil qui s'excite comme un pou dès que l'Automate lui a pas craché les billets qu'elle a commandés une demi seconde auparavant, et l'ancienne Cantinière tapote activement la plaque d'acier brossé posée devant elle comme si c'était le clavier à Hemingway et, depuis notre banc de la Place du Marché, nous savons tous que ce comportement est sous l'emprise de la COLERE, que cette dernière peut parfois être froide, blanche, bleue, noire, selon son emplacement sur la gamme de l'émotion et que ce registre affectif est maintenant monnaie courante, que les gens supportent plus rien, "ils sont trop habitués au ZAPPING", comme dit l'avisé Simonet et que ce truc, le "zapping", ça induit plein de comportements sociaux à la gomme, peut être même de l'irrespect et certainement de la violence.

 

 La Luxure.

 

 

  Que dire du Père Denisel qui flirte allègrement avec ses soixante douze balais et qu'est vert comme un poireau ? Que dire de cet ancien Garde-chasse bien connu de tout le canton, qui vient retirer, à vingt et une heures précises, tous les vendredis soirs, son billet de 50 euros, tout neuf, tout lisse, qui sent bon le sable chaud sauf qu'il a pas de képi sur la tête et que le Sahara est un peu loin ?, que dire de ce bon Célestin qui, chaque semaine, va porter son billet tout neuf au Claque que Monsieur Le Maire vient de faire rouvrir pour une raison de "tolérance", de prophylaxie et parce qu'il a toujours été opposé aux dispositions de la Loi du 13 Avril 46 et, d'ailleurs à ce sujet, Pittacci, vous vous en seriez douté, dit volontiers que c'était quand même mieux les maisons closes que les films X et que le Maire a eu raison de transformer l'ancien Café des Touristes en maison de rendez-vous, au moins ça crée de l'emploi et ça évite aux jeunes d'attraper le sida vu que les Filles sont contrôlées et même elles se protègent et nous, au "Club des 7", on dit que c'est un point de vue, on le partage pas tous mais on reconnaît qu'y a pas que du faux dans ce qu'il dit Pittacci et que notre génération, du temps de sa jeunesse, elle les fréquentait souvent les "Maisons de Madame Claude" et du reste y avait pas le choix, les clubs privés existaient pas encore et les bals de campagne c'était toujours la foire d'empoigne et les yeux au beurre noir entre bandes rivales et nous, pour la plupart, on préférait les caresses payantes de "ces dames" plutôt que les poings des types du rugby...Que dire de la LUXURE qui est si bonne en privé et que les honnêtes gens débinent avec des moues de dégoût dès qu'ils flirtent en société ?, que dire de l'hypocrisie qui est encore plus monnaie courante que dans l'Automate du Père Arcillac ?

 

 

 

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 10:23

 

Nous sommes des sauriens.

 

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      Varanus prasinus

  Enfin, nous y voilà à la petite pochette surprise de l'humanité prise en flagrant délit de mensonge permanent, d'arrangements avec la vérité, de faux-fuyants, d'esquives récurrentes, de menus pas de deux afin de ne pas se faire piquer, les doigts dans la confiture, de subtils entrechats dès fois qu'on découvrirait chez Madame BCBG de somptueuses tendances à la volupté ou bien chez la Concierge au-dessus-de-tout-soupçon une nette inclination à la kleptomanie, ou bien chezla Boulangèreune nymphomanie bien cachée derrière les fagots de son Mitron de Mari, lequel, selon toute vraisemblance, le serait "marri", de surprendre la menotte menue et gracile de sa Conjugale copieusement engoncée dans la première braguette venue, particulièrement celle de L'Apprenti boutonneux tellement inapparent, on dirait un éphèbe.

  "C'est pas reluisant", pensez-vous et vous vous mettez à douter et vous pensez que je vous roule dans la farine et vous pensez encore "non, tout de même, l'Ecriveur-Impénitent, il exagère, il pousse le bouchon, juste par plaisir ou provocation jusqu'au tréfonds de l'âme et, de cette manière, il justifie sa prose."

  Oh, sans doute n'avez-vous pas tort et toute écriture, par définition, est une transgression du réel, une gentille fiction vous menant par le bout du nez, quelque part, dans une manière de "métamonde" où tout ce qui était connu jusqu'alors se retourne comme un gant et les coutures sont juste là, exprès, pour vous montrer l'envers des choses. Car, vous Lecteur, Lectrice, placez-vous donc face à un miroir, seul, seule, dans l'absolue vérité dont votre âme - c'est le mot juste -, est capable et, sans compromission d'aucune sorte, observez-vous jusqu'au mitan du corps, là où les choses sérieuses font leurs battements métaphysiques; jusqu'au fin fond de l'esprit, là où la raison pure vous pousse dans vos derniers retranchements, vous ôte les voiles dont vous vous êtes revêtus afin de vous travestir sous les auspices de la personne (étymologiquement, du latin "persona",  « masque de théâtre », « rôle, personnage ») et alors sous votre maquillage social, sous vos vêtures bourgeoises conventionnelles, sous le balancement chaloupé de votre marche altière, ne tarderont guère à faire phénomène mille petits tressautements que, jamais, vous n'auriez soupçonnés, mille minuscules picots, une multitude d'élévations, chair de poule de l'envie, du désir de l'Autre, du désir de paraître, frisson du désir de gloire, de richesse, de connaissance, de domination, de royauté, de puissance, envie de Surhumanité comme chez Nietzsche, démangeaisons épidermiques, exhaussements tendineux, élongations vertébrales, déhanchement occipital, aspiration de la fontanelle vers le zénith, manière d'apogée sans fin dont vous supputez qu'elle ne finira jamais, vous exilant de la marée des nécessiteux de l'intellect, vous ouvrant la gloire et les chemins vers quelque condition sublime dont même Faust lui-même, aurait désespéré de croire. Toujours une manière de désespoir dont l'énergie est une aimantation par-le-haut, jamais une descente, le bas c'est l'enfer, comme les Autres, Sartre nous l'a bien assez répété. Car c'est bien le regard des autres qui nous aliène et nous prive de notre liberté. Mais, à tout bien considérer, ce fameux regard de l'autre que nous croyons cause de tous nos maux, ne serait-il pas seulement notre propre regard qui se serait retourné vers nous, un peu comme le désespéré braque l'arme sur sa solitaire et étique poitrine ?

  Car, imaginez donc, une seconde, que toutes mes hypothèses soient exactes et, alors, vous penseriez, à juste titre d'ailleurs, que les hommes sont fous, les femmes cernées pareillement de démence. Oui, folie à bas bruit, juste au-dessous de la ligne de flottaison, démence que nous refoulons à force de civilité, de comportements moraux, de badigeons éthiques, de fards complaisants, de perruques dissimulant notre constante calvitie, de bonnes manières, "d'après vous, je vous en prie", de "quel plaisir de vous revoir", lesquels parfois ne dissimulent que des canines aigues, des incisives tranchantes comme la lame, des envies de mordre. Notre néocortex "d'homo socialus" dissimule à grand peine les circonvolutions, remous, convulsions de notre archaïsme limbique reptilien. Il y a du saurien en nous, de l'alligator, toutes dents de sabre dehors, arc-boutés sur notre queue épineuse, prêts à bondir, à dépecer. Dans le marigot dans lequel nous séjournons avec nos congénères, nous feignons de dormir, nos yeux assassins se dissimulent derrière la meurtrière de la paupière, mais comme le chien de Pavlov attendait le tintement de la cloche, nous sommes tendus comme un ressort, veillant le moindre faux-pas d'un autre saurien, blessé ou bien faible. Et, alors le marigot couleur d'argile boueuse devient un magma de sang où flottent les débris de ceux qui n'ont pas attaqué ou bien su se défendre. C'est ainsi et nous le savons bien du fond de notre conscience. Nous feignons de croire à notre infinie bonté, à notre naturel penchant rousseauiste postulant l'homme bon et, pourtant, du-dedans, nous sentons les bouillonnements de lave, l'effusion, le jaillissement toujours sur le point de s'actualiser. Voyant le danger, les hommes, les femmes, ont inventé, pêle-mêle, l'amour, l'art, la diplomatie, les jeux, les voitures automobiles, les plages, la gastronomie, l'olympisme, le sport, les promenades mais ça veille toujours, comme les torchères des champs pétrolifères et il suffirait de… Mais, volontairement, nous ne franchissons pas la frontière fatidique et mortelle des points de suspension, nous voulons bien être des "machines désirantes" comme les appelait Deleuze, mais à l'économie, sur le plan social, s'entend, sur le plan de notre psyché.

  Cependant le machinique est là qui, toujours, nous tire vers le bas, vers l'abîme au-dessus duquel nous ne faisons que des sauts de puce et que nous savons être notre destinée. De temps en temps, nous nous livrons à une petite incursion dans l'abîme en question, juste le temps de savoir en quoi il consiste et alors nous l'habillons de prédicats, de haillons colorés comme l'habit du Fou et qui se déclinent sous les formes de l'Orgueil, de l'Avarice, de l'Envie, de la Colère, de la Luxure, de la Paresse, de la Gourmandise et qui ne sont "Capitaux" qu'en raison d'une incurie de notre part à les atteindre facilement. Nous les hommes, les femmes qui vivons sur terre notre vie contingente parmi les misères du monde et les inconséquences de toutes sortes, combien il est bon, pour le corps, l'esprit et aussi bien l'âme, pareillement au bon Robinson qui se vautrait dans la soue, de commettre le péché qui, pour être interdit, ne saurait être que véniel, c'est du moins ce que nous pensons et, déjà, nous ne pouvons nous retenir de rire sous cape !

 

 

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 10:12

 

  Enfin, nous y voilà à la petite pochette surprise de l'humanité prise en flagrant délit de mensonge permanent, d'arrangements avec la vérité, de faux-fuyants, d'esquives récurrentes, de menus pas de deux afin de ne pas se faire piquer, les doigts dans la confiture, de subtils entrechats dès fois qu'on découvrirait chez Madame BCBG de somptueuses tendances à la volupté ou bien chez la Conciergeau-dessus-de-tout-soupçon une nette inclination à la kleptomanie, ou bien chez la Boulangère une nymphomanie bien cachée derrière les fagots de son Mitron de Mari, lequel, selon toute vraisemblance, le serait "marri", de surprendre la menotte menue et gracile de sa Conjugale copieusement engoncée dans la première braguette venue, particulièrement celle de L'Apprenti boutonneux tellement inapparent, on dirait un éphèbe.

  "C'est pas reluisant", pensez-vous et vous vous mettez à douter et vous pensez que je vous roule dans la farine et vous pensez encore "non, tout de même, l'Ecriveur-Impénitent, il exagère, il pousse le bouchon, juste par plaisir ou provocation jusqu'au tréfonds de l'âme et, de cette manière, il justifie sa prose."

  Oh, sans doute n'avez-vous pas tort et toute écriture, par définition, est une transgression du réel, une gentille fiction vous menant par le bout du nez, quelque part, dans une manière de "métamonde" où tout ce qui était connu jusqu'alors se retourne comme un gant et les coutures sont juste là, exprès, pour vous montrer l'envers des choses. Car, vous Lecteur, Lectrice, placez-vous donc face à un miroir, seul, seule, dans l'absolue vérité dont votre âme - c'est le mot juste -, est capable et, sans compromission d'aucune sorte, observez-vous jusqu'au mitan du corps, là où les choses sérieuses font leurs battements métaphysiques; jusqu'au fin fond de l'esprit, là où la raison pure vous pousse dans vos derniers retranchements, vous ôte les voiles dont vous vous êtes revêtus afin de vous travestir sous les auspices de la personne (étymologiquement, du latin "persona",  « masque de théâtre », « rôle, personnage ») et alors sous votre maquillage social, sous vos vêtures bourgeoises conventionnelles, sous le balancement chaloupé de votre marche altière, ne tarderont guère à faire phénomène mille petits tressautements que, jamais, vous n'auriez soupçonnés, mille minuscules picots, une multitude d'élévations, chair de poule de l'envie, du désir de l'Autre, du désir de paraître, frisson du désir de gloire, de richesse, de connaissance, de domination, de royauté, de puissance, envie de Surhumanité comme chez Nietzsche, démangeaisons épidermiques, exhaussements tendineux, élongations vertébrales, déhanchement occipital, aspiration de la fontanelle vers le zénith, manière d'apogée sans fin dont vous supputez qu'elle ne finira jamais, vous exilant de la marée des nécessiteux de l'intellect, vous ouvrant la gloire et les chemins vers quelque condition sublime dont même Faust lui-même, aurait désespéré de croire. Toujours une manière de désespoir dont l'énergie est une aimantation par-le-haut, jamais une descente, le bas c'est l'enfer, comme les Autres, Sartre nous l'a bien assez répété. Car c'est bien le regard des autres qui nous aliène et nous prive de notre liberté. Mais, à tout bien considérer, ce fameux regard de l'autre que nous croyons cause de tous nos maux, ne serait-il pas seulement notre propre regard qui se serait retourné vers nous, un peu comme le désespéré braque l'arme sur sa solitaire et étique poitrine ?

  Car, imaginez donc, une seconde, que toutes mes hypothèses soient exactes et, alors, vous penseriez, à juste titre d'ailleurs, que les hommes sont fous, les femmes cernées pareillement de démence. Oui, folie à bas bruit, juste au-dessous de la ligne de flottaison, démence que nous refoulons à force de civilité, de comportements moraux, de badigeons éthiques, de fards complaisants, de perruques dissimulant notre constante calvitie, de bonnes manières, "d'après vous, je vous en prie", de "quel plaisir de vous revoir", lesquels parfois ne dissimulent que des canines aigues, des incisives tranchantes comme la lame, des envies de mordre. Notre néocortex "d'homo socialus"dissimule à grand peine les circonvolutions, remous, convulsions de notre archaïsme limbique reptilien. Il y a du saurien en nous, de l'alligator, toutes dents de sabre dehors, arc-boutés sur notre queue épineuse, prêts à bondir, à dépecer. Dans le marigot dans lequel nous séjournons avec nos congénères, nous feignons de dormir, nos yeux assassins se dissimulent derrière la meurtrière de la paupière, mais comme le chien de Pavlov attendait le tintement de la cloche, nous sommes tendus comme un ressort, veillant le moindre faux-pas d'un autre saurien, blessé ou bien faible. Et, alors le marigot couleur d'argile boueuse devient un magma de sang où flottent les débris de ceux qui n'ont pas attaqué ou bien su se défendre. C'est ainsi et nous le savons bien du fond de notre conscience. Nous feignons de croire à notre infinie bonté, à notre naturel penchant rousseauiste postulant l'homme bon et, pourtant, du-dedans, nous sentons les bouillonnements de lave, l'effusion, le jaillissement toujours sur le point de s'actualiser. Voyant le danger, les hommes, les femmes, ont inventé, pêle-mêle, l'amour, l'art, la diplomatie, les jeux, les voitures automobiles, les plages, la gastronomie, l'olympisme, le sport, les promenades mais ça veille toujours, comme les torchères des champs pétrolifères et il suffirait de…Mais, volontairement, nous ne franchissons pas la frontière fatidique et mortelle des points de suspension, nous voulons bien être des "machines désirantes" comme les appelait Deleuze, mais à l'économie, sur le plan social, s'entend, sur le plan de notre psyché.

  Cependant le machinique est là qui, toujours, nous tire vers le bas, vers l'abîme au-dessus duquel nous ne faisons que des sauts de puce et que nous savons être notre destinée. De temps en temps, nous nous livrons à une petite incursion dans l'abîme en question, juste le temps de savoir en quoi il consiste et alors nous l'habillons de prédicats, de haillons colorés comme l'habit du Fou et qui se déclinent sous les formes de l'Orgueil, de l'Avarice, de l'Envie, de la Colère, de la Luxure, de la Paresse, de la Gourmandise et qui ne sont "Capitaux" qu'en raison d'une incurie de notre part à les atteindre facilement. Nous les hommes, les femmes qui vivons sur terre notre vie contingente parmi les misères du monde et les inconséquences de toutes sortes, combien il est bon, pour le corps, l'esprit et aussi bien l'âme, pareillement au bon Robinson qui se vautrait dans la soue, de commettre le péché qui, pour être interdit, ne saurait être que véniel, c'est du moins ce que nous pensons et, déjà, nous ne pouvons nous retenir de rire sous cape !

 

 

 L'Orgueil.

 

 

  Mais, tenez, regardez au bout de la Rue de la Gare, c'est Madame Delmonteil qui paraît dans une gloire de lumière, pareille au toréador qui entre dans l'arène. Oui, vous avez remarqué, "elle se pavane comme un paon, vous dites ?,elle fait un peu la roue ?", en effet, mais regardez maintenant comme elle tourne l'angle du Crédit, avec une telle majesté, une telle assurance que c'est comme si Ouche disparaissait tout à coup et qu'il n'y avait plus sur la Place, qu'elle-même en personne et maintenant elle sort sa carte de retrait avec prestance, à la façon dont on dégaine une épée, elle tape son code avec autorité et la machine à sous lui refile une liasse de billets épaisse comme un mille-feuilles et Madame Delmonteil, elle les range pas dans son sac, ses beaux billets tout neufs qui fleurent bon l'euro; elle les tient même avec ostentation devant elle comme on tient un éventail pour se rafraîchir et elle entre au Comptoir d'Ouche et elle regarde personne puisqu'elle sait que tout le monde la regarde et elle achète plein de choses utiles et même beaucoup d'inutiles et elle balance ses billets sur le tapis roulant et la vendeuse ramasse le magot, et le magot représente au moins deux fois son SMIC à la petite vendeuse et...et vous me dites que vous l'avez trouvé, le péché ?, oui, répétez pour voir, c'est ça, c'est bien ça, Madame Delmonteil elle porte l'ORGUEIL en sautoir, comme les saintes portent un scapulaire et après, on y peut quoi à l'orgueil de la Mère Delmonteil si elle est née avec et si, sa vie durant, elle l'a cultivé ? On y peut quoi, aux attitudes des autres ? Ils font bien avec la nôtre, d'attitude, alors "faut laisser pisser le mérinos" comme il dit Garcin et peut être il a pas tort !

 

L'Envie.

 

  Je sais pas si vous l'aviez remarqué, mais pendant qu'Estelle Delmonteil retirait son oseille sous le petit auvent peint en vert, Pierrette Berson se planquait derrière le gros platane qu'est juste à deux coudées du Distributeur. C'est presque tous les jours le même cirque : pendant qu'Estelle retire son mille-feuilles en euros, la Pierrette la reluque depuis son abri sylvestre. Et, je vous jure, Pierrette devient verte, aussi verte qu'un bouquet de pissenlits, rien qu'à la vue de la pile de billets qui penche comme la Tour de Pise, et elle emboîte le pas à Madame Delmonteil qui sait bien qu'elle est emboîtée, du point de vue des pas, et à la vérité, c'est un peu ce qu'elle cherche, Estelle, parce que, en plus d'être orgueilleuse, elle est ce qu'il y a de plus pervers. Elle sait que la Pierrette qui la suit comme son ombre va zieuter un poil au-dessus de son décolleté pour voir ce qu'elle met dans son cabas et que cette brave Madame Berson va peu à peu changer de couleur, à la façon d'un caméléon, pour arriver tout juste écarlate au moment de la caisse, alors que ses yeux s'ouvrent comme des bondes d'évier et que sa bouche s'arrondit en cul de poule, même ça en devient presque indécent, de réprobation et de convoitise mêlées. Et ses sentiments sont alors tellement transparents que même un enfant à qui on demanderait de faire son portrait, en crayonnant ses joues en rouge, en dessinant ses yeux comme des billes et son regard exercé à traverser les omoplates, eh bien, l'enfant écrirait maladroitement, sous son dessin, le mot ENVIE et, alors, sans le faire exprès, il aurait un peu ouvert la fenêtre du réel, celle par où se montre un poil de la comédie humaine.

 

L'Avarice.

 

  A peine les deux premières figurantes sont-elles sorties du plateau où se tourne quotidiennement la scène existentielle des Ouchiens, que se pointe Yvette Calmette, oui, c'est bien cela, c'est la petite bonne femme que vous voyez maintenant tout près du Crédit; Yvette qui, le dimanche, en compagnie de Calestrel fait la quête à l'Eglise du bon Curé Aloisel. Chaque jour que Dieu fait, Yvette se déplace, d'une façon menue comme les cricris quand ils naviguent au milieu des tiges courtes des chaumes, marmonnant en elle-même quelques mots qui ressemblent à des stridulations qu'elle cloîtrerait dans l'étui de ses élytres, sortant prudemment sa carte, non sans avoir, au préalable, jeté un coup d'œil à la ronde, introduisant la carte dans la fente, composant son code secret d'une façon si secrète que nul ne pourrait en deviner le moindre chiffre même s'il se collait à ses talons de bigote. Yvette prélève un billet, un seul, de vingt euros, en principe, qu'elle glisse aussitôt, au titre des dépôts en espèces, sur son propre compte, sortant ainsi de sa poche droite ce qu'elle remet dans sa poche gauche. Certaines mauvaises langues la disent possédée par l'AVARICE, et quoi qu'elle vive à la flamme d'une bougie, on pense, au "Club des 7", que c'est une sorte de jeu, c'est son "Loto", sa "Roue de la Fortune", le petit guichet peint en vert et, du reste, le vert c'est bien la couleur de l'espérance, alors la Mère Calmette elle a peut être raison de recycler chaque jour sa petite pension et au moins elle s'assure que son modeste magot est bien réel, bien palpable et c'est tout de même mieux d'avoir un billet tout neuf qui chante comme une cigale entre les doigts que de regarder à la loupe les relevés mensuels qu'envoie le Père Arcillac, avec une suite de retenues pour frais de gestion. Alors la critique c'est facile et l'avarice c'est qu'une question de point de vue, comme pour les autres péchés, capitaux ou pas, et l'Yvette elle a peut être pas le choix de ses péchés surtout que, pour elle, l'argent court pas les rues, c'est pas comme pour la Veuve Delmonteil qui sème son fric à tout vent comme Larousse distribuait les graines de la connaissance à qui voulait bien les prendre.

 

 

 

 

 

 

 

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 20:47

 

Le temps immobile des mots.

 

2-copie-3 

 

 "Les mots viennent, sans causes particulières, en monologue intérieur.. Une légère brise tiède, exhalant un bouquet embaumé, fait entrer et sortir les rideaux de la haute fenêtre.. sentiment soudain de retrouver la sève généreuse.. cette capacité à faire de la temporalité quelque chose de rare.. de permanent.. il me faut fabriquer d'autres mondes.. creuser dans les gisements profonds de ma vie sociale.. mais aussi de l'imagination.. laisser doucement les mots venir.. s'écoutant et se dégustant eux-mêmes.. étranges et rares.. inoffensifs."

  

 

 Sur un texte et une image de

Pierre-Henry SANDER.

 

 

 Le jour fait son  emmêlement, sa tresse subtile. Juste une esquisse  s'étoilant dans le devenir.  Les collines, au loin, reposent dans la brume. Il y a si peu de présence et, déjà, les choses s'apprêtent à surgir. Mais la pensée est là qui veille et maintient l'événement dans l'irrésolution. Il faut cette ambiguïté, cette vacuité afin que l'heure reste disponible, celée à son propre destin. L'effraction n'est pas pour encore. Il est toujours trop tôt pour la désocclusion . Et que seraient les mots si l'on ne les retenait dans le silence, si l'on ne les mettait au secret ?Comment les envisager, là, soudain, pris de clarté et ne pouvant s'offrir à quelque méditation ?

  Les mots sont là, on entend déjà leur bruissement d'abeille, la montée de leurs flammes, leurs crépitements. Seulement, ils ont besoin de temps, ils ont besoin de s'accorder au rythme de la création. Qui n'est jamais le rythme du monde. Pas plus que celui des hommes. Les mots sont là, repliés sur leur ombilic et la sève bouillonne qui se prend de fièvre. Car les mots sont inquiets. Car les mots sont pressés. Mais de quelle urgence seraient-ils donc pris qui les précipiterait sur la feuille blanche ? Seraient-ils si esseulés qu'ils veuillent faire partager leur émoi ?

  Nous sommes saisis et nos mains tremblent et nos lèvres balbutient et nos yeux sont hagards. Mais qu'y a-t-il donc qui se profile ? Mais les mots pourraient-ils  disparaître, s'absenter de nous et nous cloîtrer dans un éternel silence ? Mais alors que serait la mort, sinon cette pure gemme désertant nos bouches muettes ? Que serait la maladie, sinon cette paralysie plongeant nos membres dans le profond de la glace ? Que serait la vie, sinon cette éternelle litanie faisant ses boucles  vides ?

  Alors nos yeux désertent la pièce plongée dans la brume blanche. Le chat, sur la fenêtre, semble comme en méditation. Rien ne bouge si ce n'est la vague des rideaux qui fait son efflorescence blanche. Tiens, une odeur de camélias, somptueusement, et sa subtile fragrance. Nos narines s'en émeuvent et déjà le temps floral est passé qui ne reviendra pas. Et cette musique semblant naître à la pointe des herbes, flûtée à souhait et qui nous rappelle les sanglots des violons. Mais serions-nous en automne ? L'air est si pur, diaphane, tellement semblable à la douce irisation du printemps. Et, ces autre trilles, que sont-elles ? On dirait les arpèges d'un clavier bien tempéré. La musique est si douce, teintée de mélancolie, liée harmonieusement au paysage. Et puis cette odeur, si indéfinissable, quelle est-elle ? On dirait celle, sucrée, du levain, ou bien celle d'une friandise, peut-être un caramel ou bien un berlingot. C'est si subtil, les odeurs. Mais, oui, l'odeur c'est simplement celle venue du plus loin du temps, quelque part du côté de Combray, pareille au dépliement de la brioche à peine sortie du four. La Petite Madeleine. Faut-il être distrait !  Et cette lumière pareille à un céladon précieux, nous la connaissons, nous pourrions presque la toucher, nous sentons combien elle est unique, opalescente, à la limite de la plénitude. Il y a du Vermeer, là-dedans, cette si belle clarté diffuse des paysages hollandais.

  Mais nous avons failli nous égarer. Nous nous étions disposés à écrire, là, au contre-jour du ciel, surveillé par notre Sphinx taciturne, tout contre notre chère pile de livres, alors que le plateau de la table luisait doucement, pareillement à un lac gelé, sur lequel, muni de nos patins, nous étions censés faire quelques arabesques. Oui, écrire, c'est cela, quelques arabesques sur le parchemin alors que le temps se fige et que les mots se fixent dans l'âme du papier. Du moins le croyons-nous. C'est une telle solitude. Ecrire et le monde s'évanouit et le monde s'absente. Ce matin, nous le savons, alors que la lumière monte dans le ciel avec son écume blanche, nous n'écrirons pas. Nous rêverons simplement. Les mots étaient là que nous n'avons pas su saisir. Ils sont passés, comme cela, facilement, dans les plis du rideau, faisant leur bruit d'étoupe; ils se sont habillés des pétales du camélia; ils ont habité la caisse du violon, pleuré autour de Verlaine; contemplé avec Bach; recherché le temps avec Proust; glissé dans la lumière avec Vermeer.

  C'est ainsi, les mots, parfois - toujours, dit-on,- sont insaisissables. C'est leur destin que de tournoyer, de voltiger, de parcourir du temps, de traverser l'espace. Ils n'ont jamais de repos, ils viennent de très loin, bien au-delà des hommes; ils vont très loin, bien au-delà de nos yeux éteints. C'est leur nature. Un instant, nous avons feint de croire que nous pourrions les épingler sur les pages glacées auxquelles nous les destinions, comme l'entomologiste épingle les scarabées sur la feuille de liège. Ils ont fait semblant, juste le temps de nous faire plaisir, afin de ne pas nous décevoir. C'est fragile un Ecrivain, et cela, ils le savent. Les Ecrivains qui courent après avec leurs grands filets à papillons, comme des enfants espiègles, primesautiers et un peu fous. Parfois quelques papillons, une uranie phosphorescente, un argus bleu, un chiffre pointillé, un sphinx, et alors, quelle fête. C'est si beau, un papillon ! Alors, ça se met à briller dans les yeux de l'Ecrivain. Il y  même des petites gouttes brillantes, pareilles à des larmes. C'est si éphémère un papillon ! Cela dure si peu. C'est pour cela sans doute  que les Ecrivains sont de grands enfants. Ils ne vivent que d'illusions. Parfois, même, on ne les voit nullement attablés à leur table de travail et leur siège est vide. Il paraît qu'ils se prennent parfois pour des mots et passent des heures à voltiger autour de la clarté d'une lampe ou bien derrière une vitre en regardant le ciel. Enfin, c'est ce que l'on dit…

 

    

 

 

 

 

 

 

 

     

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