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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 07:42

 

Existence.

 

 

 

 

*Vouloir l'impossible : seule manière d'atteindre le quotidien.

 

*La vie comme une respiration. Nous sommes tous des plongeurs en apnée. Morts-vivants.

 

*Nous sommes toujours en chemin. Le problème est de savoir vers où.

 

*Invente le monde à chaque seconde. Condition préalable au saisissement existentiel.             

 

*La vie, perpétuelle chute de Charybde en Scylla ou la "connaissance par les gouffres".

 

*Ascèse. Le désert comme esthétique existentielle.

 

*Seul l'Insulaire vit "au-dehors". Afin de ne pas désespérer.

 

*La meilleure façon d'être optimiste : côtoyer sans relâche le tragique. Loi de la relativité.

 

*Métaphore de la Racine dans "La Nausée" : tout est dit de l'existence.

 

*La douleur n'a pas de mots pour se dire. Seulement sa propre existence.

 

 

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 07:52

 

 

  Us et coutumes du bon Youri Nevidimyj.

 

  Youri, en bon Exilé à la recherche constante de ses racines, fréquentait toujours le même sol dont il espérait que ce dernier lui donnerait accès à ses propres sources, à sa propre énigme, la même que les Autochtones de la Ligne 27 cherchaient avec, il faut bien l'avouer,  une certaine fièvre, et les démangeaisons associées à une passion cannibale. Au hasard de ses trajets compulsionnels, de ses virées dépourvues de but précis, il avait fini par substituer l'impérieuse nécessité d'élire certains espaces à la manière de véritables icônes dont faire l'économie eût été l'équivalent d'un renoncement à soi. Ainsi, certaines haltes s'étaient imposées elles-mêmes avec la tyrannie de la nécessité existentielle. Les fragments épars de son anatomie, répandus depuis les limites de la taïga jusqu'à la mansarde du XIII°, en passant par la case orphelinat, trouvaient un début d'assemblage à défaut de pouvoir s'illustrer sous la figure d'une osmose parfaite.

  Nevidimyj avait conscience que, s'il voulait persister dans la vie, à défaut d'exister vraiment, il devait s'inscrire dans cette perpétuelle recherche de lieux commis à le doter d'un territoire vraisemblable. Le trajet quotidiennement réitéré, les haltes aux mêmes stations, son invagination dans une manière de génie du lieu traçaient les contours de son esquisse probable. Renoncer à cela, à ce pèlerinage en lui-même lui eût été fatal, c'est du moins ce qu'il redoutait avec la plus vive des souffrances qui fût. Toujours préoccupé des rives à atteindre, il faisait l'impasse du courant qui le portait, sur lequel voyageaient de concert ses coreligionnaires puisqu'aussi bien ils poursuivaient le même but : s'y retrouver avec l'obscurité Nevidimyjienne.

 

  Une chronique des lieux.

 

Le Jardin du Luxembourg ou l'esquive des jours.

 

  Bien évidemment on aura compris la difficulté d'attribuer une justification aux actes de Nevidimyj et faire la moindre hypothèse sur le choix de ses haltes sur le trajet du Bus 27 n'aurait été que supputation gratuite.  Youri, quoique habité d'une vive intelligence, n'en fonctionnait pas moins sous l'autorité d'une impulsion parfois incoercible qui le jetait hors de son cocon d'acier avec la vivacité que possède un ressort comprimé à se détendre. Lorsque, après Saint-Jacques, il apercevait les frondaisons s'étalant autour du Sénat, il se levait vivement de son siège, appuyait sur le bouton de demande d'arrêt et se plantait auprès de la porte centrale du bus, manifestant une certaine impatience avant que les soufflets ne s'ouvrissent. Son état d'agitation contrastant avec l'immobilité qui l'avait affecté jusqu'alors ne manquait  d'inquiéter nombre de ses Covoyageurs, certains se trouvant même bien inspirés de descendre à sa suite afin que, le suivant, puisse se lever un coin du voile du mystère Nevidimyj. L'on se souviendra cependant du statut de quasi invisibilité du Russe pour en déduire avec aisance et même un brin de flegme britannique que la filature n'était en rien une partie de tout repos, Youri, de sa démarche zigzagante et imprévisible semant irrésistiblement ses poursuivants au gré des complications urbaines, kiosques à journaux, colonnes Moriss, étals divers, terrasses de cafés, attroupements de chalands face aux vitrines pléthoriques.

  Mais ç'aurait été mal connaître l'entêtement de certains Passagers du 27 que de croire que ces derniers, découragés par la fuite éternelle de leur proie, se fussent réduits à un pur et simple abandon. Non. Le vice était ancré au fin fond de quelque turpitude inavouable ou, à tout le moins, s'inscrivait dans les mailles d'un désir irrépressible. Donc, au milieu des bancs et des chaises métalliques, parmi les allées gravillonnées de blanc, derrière les kiosques peints en vert, au travers des ilots de marronniers, dans la perspective des vasques et des balustres de pierre le jeu se poursuivait que Nevidimyj percevait sans même qu'il lui fût nécessaire de se retourner. C'était comme de sentir la brise sur une partie dénudée du corps ou d'anticiper  la perception de l'écho alors qu'on vient de lancer sa voix à l'assaut d'un cirque de montagnes. Toujours le Fuyard glissait entre les doigts de ses poursuivants. Toujours ces derniers ressentaient cet échec avec un sentiment d'humiliation dont, au fond d'eux-mêmes, ils faisaient le serment de se venger. Il n'était pas rare que le Bolchevik - car c'est sous ce type d'attribut révolutionnaire que Youri s'illustrait en ces occasions -, disparût derrière le piédestal de Baudelaire, s'abritât dans l'ombre de la stèle de Stefan Zweig, s'ingéniât à se confondre avec le buste de Flaubert ou bien cherchât refuge auprès de Léda et le Cygne derrière le grand fronton de la Fontaine Médicis.

  Les jours de malchance, au cours desquels il ne parvenait que de justesse à rejoindre sa figure d'invisibilité, il s'esquivait volontiers grâce à l'usage d'un ingénieux stratagème, se cachant au plein jour, si l'on peut dire, parmi les Adeptes du Tai-chi-chuan, se coulant dans leurs postures élégantes, cette esthétique flattant de surcroît ses nobles origines, dont, pour rien au monde, il n'eût voulu se départir. Malgré la hargne de ses ennemis à vouloir fendre l'armure, il parvint toujours à leur échapper assurant ainsi au secret dont lui même ne possédait nullement la clé, sa charge de mystère. Et il se sentait d'autant plus aise de vivre dans ce relatif inconfort, dans cette ambiguïté permanente, que cette dernière était la condition même de son obstination à vivre parmi la touffeur des incertitudes. Il lui fallait côtoyer quotidiennement l'abîme, marcher sur ce fil étroit de funambule afin que ses jours pussent se colorer des teintes du projet à entretenir, sa flamme fût-elle vacillante comme la faible lumière des feux follets. Mais rien ne servirait de prolonger plus avant les assauts dont Nevidimyj parvint toujours à déjouer les pièges mortels. Il convient, à présent, de poser les fondations topologiques de sa prétention à exister parmi les Vivants.

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 07:44

 

Existence.

 

 

*Nous n'existons qu'à rencontrer la RACINE : nous sommes tous des Roquentin.

*Rien n'existe vraiment que par le sentiment que nous en avons.

*Les secondes sont éternelles, l'existence trop courte.

*Le rire est une brume flottant au-dessus des tourbières. Le monde racinaire et opaque n'est jamais bien loin. 

*La déception face au réel ne se mesure jamais qu'à l'aune des fantasmes.

*Emprunter les ornières du quotidien, la seule façon d'en sortir.

*Exagérez la vie, buvez-là jusqu'à la lie, il en restera toujours quelque chose.

*Vivre ne vaut qu'à éprouver l'ivresse. Mortelle, la sobriété.

*Fais inlassablement le siège de  la multitude, sinon c'est la multitude qui t'assiègera.

*Beauté et poésie du quotidien. La simple clé en dit parfois plus long que le dernier roman à la mode.

 

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 10:10

 

  Les Membres du 27, dépités de ne pas être élus à le fréquenter  eussent pu fomenter une révolte dont il eût été la victime immédiate. Ils eussent pu lui planter une dague par le mitan des omoplates  et le saigner comme un goret. Ils eussent pu lui faire avaler des baleines de parapluie, lui faire déglutir des calots de verre, lui enfiler des aiguilles à tricoter dans les oreilles, lui enfoncer des osselets dans les yeux, lui hacher la langue avec une moulinette à légumes. Oui, tout ceci aurait pu être fait sans que la police s'en inquiétât et que les juges fussent obligés de revêtir leurs hermines afin de juger les assassins. En fait la société des braves gens ne supportait plus ces empêcheurs de tourner en rond qui, au fond du fond, étaient pires que les envoyés de Satan, pires que les suppôts de quelque secte maléfique, pires que la peste bubonique. Car, faute de se le formuler clairement, avec la facilité des évidences, les Habitués du 27 avaient bien perçu, chez Youri, cette dimension d'étrange étrangeté qui les inquiétait au plus haut point. Certes ils n'en avaient pas une intuition exacte mais ils percevaient, chez le Mansardeux, comme l'exhalaison d'une odeur de souffre, l'insistance rubescente de flammes mortifères, la poursuite d'un funeste projet.

  Outre que les Voyageurs étaient des pleutres et des nabots se réfugiant derrière le dos du Voyageur qui le précédait, nul ne prit l'initiative  de procéder à l'extermination de la Vermine machinique. Percevant, parmi l'étroitesse de leurs esprits emboucanés et miteux, la dimension d'absence ultime dont Nevidimyj était porteur à son insu, ils renoncèrent selon un accord tacite à employer le vitriol qui défigurerait à jamais le visage du Malveillant. Ils disposaient d'un moyen bien plus efficace. Plutôt que d'envoyer dans les pupilles de l'Impétrant l'éclat d'une vive lumière commise à lui infliger la cécité, - une lampe à arc, par exemple -, ils préféraient user d'une méthode plus douce, faisant fuser la mince flamme d'une lampe acétylène diffusant ses rayons à la mesure d'un lent effritement de la pierre de carbure. Ils renouaient ainsi avec les pires supplices d'antan et pensaient que le lumignon du gaz serait plus adéquat que la clarté coruscante de l'arc à instiller dans l'âme du pauvre hère la pire des décompositions qui se pût imaginer et dont la lenteur à agir constituait le plus sublime des raffinements jamais conçus.

  Mais avant de passer aux friandises du dessert, le Lecteur comprendra que l'on veuille faire précéder la chute du couperet final d'une revue  des us et coutumes de l'Erratique. Nulle proie n'est mieux dégustée par son prédateur que lorsque ce dernier, informé du contenu de sa victime, fond sur elle avec les délices de l'anticipation. Ainsi en est-il de l'amant que la manta religiosis  boulotte avec componction et recueillement, depuis les frêles antennes jusqu'aux ailes diaphanes et l'abdomen vidé de son précieux nectar, les génitoires du Séducteur n'étant plus qu'une mince désolation, après que l'accouplement royal a eu lieu.

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 08:52

 

Espaces intermédiaires.

 

 

Le corps ne se révèle jamais autant qu'à la lumière des espaces intermédiaires : apnées respiratoire; suspens diastole-systole; reflux des processus métaboliques.

 

Aucun fleuve ne peut se définir par sa source ou son estuaire. Seulement trajet de l'une à l'autre.

 

Leçon heideggérienne : Les rives d'un fleuve ne prennent sens qu'à être reliées par l'arche du pont.

 

Jamais espace matriciel ne peut être défini, sauf à annuler son caractère d'ouverture à tous  les possibles.

 

 

Étonnement.

 

Il est de bon ton de s'étonner des "Grands" de ce monde. Que ne s'étonne-t-on des "petits" 

 


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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 09:21

 

  Réputé asocial, jugé inapte à l'exercice d'un métier quel qu'il fût, il vivait des subsides de la société, relégué quelque part entre ciel et terre, aux confins de la vie. Ses journées se passaient en longues flâneries dépourvues de but précis, si ce n'est d'échapper à la cohorte humaine et à la vindicte dont il se croyait la victime expiatoire. Sans que cette impression ait reçu, jusqu'à ce jour, d'estampille sociale officielle ou de début de réalisation,  il existait par défaut, dans la crainte d'une toujours probable anastrophe dont lui, au premier chef et la Terre  entière ne manqueraient d'être atteints, prélude à une manière d'eschatologie cosmique réalisant, d'un même élan, l'ultime déclinaison de l'aventure humaine. Pour solde de tous comptes. Cependant, si Nevidimyj passait, à ses propres yeux, pour un devin ou un prophète, il ne pouvait supputer que la seule victime potentielle immédiate serait précisément celle qui aurait présidé à cette prédiction. A savoir lui-même en chair et en os, si l'on pouvait oser cette métaphore aussi cruelle que réaliste.

  La quarantaine bien sonnée, Youri était un bel homme au visage blafard, somme toute empreint de tragique, une manière d'Antonin Artaud lors de ses jeunes années, lèvres régulières au parfait arc de Cupidon, front haut sous un casque de cheveux révoltés entretenus en un savant désordre, pommettes saillantes sous une peau doucement parcheminée, menton affirmant la volonté ferme, assurée, yeux sombres brillant d'une intelligence toute contenue et profonde. Ce post-romantisme inquiet, cette inclination affirmée à une vie intérieure, passionnée, séduisait les femmes mûres aussi bien que les soubrettes et il n'était pas un homme qui fût indifférent à cette esthétique du désespoir.

  Les Nomades du quotidien, les Orphelins de la ligne 27 eussent été ravis d'un simple sourire de Youri à eux adressé, d'une attention même passagère, d'une inclinaison de sa tête d'acteur en guise de reconnaissance. Mais, au fil des jours, des mois et, finalement, des années, le même scénario invisible reproduisant sa trame vide avait fini par altérer les sentiments fraternels entretenus à son endroit et, à la façon dont un gant se retourne, ne dévoilant plus sa surface d'agneau glacé mais ses piqûres, ses empiècements, ses rognures de cuir bouilli, ne restait plus de Nevidimyj que cette armature sans vie, cette architecture muette pareille au dialogue d'un parapluie privé de sa toile, les nervures seules s'offrant comme ultime ressource.

Peu à peu, chez les Egarés du 27, le doute avait lancé ses assauts, faisant de l'Immigré russe un potentiel espion à la solde de l'ennemi - la guerre froide faisait rage alors -, ou bien un prédateur sexuel dissimulant bien son jeu ou, peut-être, un étrangleur de concierges au fond de leurs cours sombres et humides. Toute la discrète faveur entretenue à longueur de temps à l'égard du Mansardeux s'était soudain muée en ressentiment puis en franche hostilité. Lorsqu'à Tolbiac, l'Esseulé montait à bord du moderne fiacre, s'installant tout près du postillon, c'étaient comme si de vigoureux coups de fouets s'étaient abattus sur la croupe miteuse qu'était devenu l'ancien moujik. Il ne restait plus trace de l'élégance de l'habitant de la datcha  qu'on lui avait intuitivement attribuée, en raison de sa distinction naturelle, de la grâce de ses articulations, de la finesse de ses doigts de violoneux.

  Car, s'il y avait une chose à laquelle Nevidimyj tenait par dessus tout, c'était bien celle de son aspect physique, en même temps que celui de sa vêture, toujours impeccable grâce au dévouement et à l'amour prosaïque que lui portait Olga. La beauté de son visage, le port altier du costume sombre et cintré, sa minceur, son allure empreinte de facilité l'installaient dans une manière d'aristocratie immatérielle qui pouvait s'exonérer de tout rapport au temps. Ainsi flottait-il à mi-chemin entre rêve et réalité, ayant cependant un penchant affirmé pour le côté onirique et souvent baroque de ce qui constituait sa vie ordinaire.

 

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 09:12

 

Écriture.

 

 

 

 

Les tags : une psychanalyse à ciel ouvert.

 

Ecrire ne consiste pas à raconter une histoire, mais faire du langage sa matière première, des

 

mots une fin en soi.

 

Ecrire. L'urgence du désir à sortir de l'ombre.

 

Ecrire : encre corporelle contre l'absence de la page blanche.

 

Ecrire une phrase, une seule qui dirait le TOUT du monde. Rêve d'écrivain.  

 

Ecrire un mot, un seul, qui dirait TOUT l'homme. Rêve d'humaniste.

 

Ecrire avec un scalpel jusqu'au sang de la condition humaine.

 

Le livre, on ne l'écrit jamais que pour soi.  

 

 

 

 

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:48

 

proust-1.JPG

 

proust-2.JPG

 

(Source : BNF).

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:44

 

  Tout au long du cheminement du 27 - Youri Nevidimyj effectuant la totalité du trajet -, les Questionnants, les secrétaires, les vendeuses de grands magasins, les bourgeoises, les prostituées, les conservatrices de musées, les notaires, les galeristes, les retraités, les rentiers, les midinettes, les collégiens, les gardiens de squares, les imberbes, les chevelus, les chauves, les bigleux, les sourds, les malveillants, les filles de grande et de petite vertu, les bonnes sœurs, les professeurs à la Sorbonne, les SDF, les marmiteux, les coiffeuses, les infirmières, les employées du cadastre, les bibliothécaires, les quincaillers, les rentiers, les sans-importance, les notables, tout ce petit monde enclos dans le microcosme ambulant et cotonneux, dans la nasse où nageaient toutes sortes de poissons, proies latentes ou bien prédateurs à l'affût, tout ce petit monde donc focalisait son unique regard sur la manière de bernique collée au rocher sombre du Machiniste, sur le genre de bouleau perdu, confondu parmi les autres bouleaux de la taïga, sur la sorte de permafrost sur lequel, même les sabots des caribous et des rennes n'avaient nullement prise, leurs pieds fourchus rebondissant sur les matelas laineux des lichens et des spores de toutes sortes qui en comblaient les interstices. Interstices par lesquels une connaissance approchée du sol spongieux, mystérieux, eût pu recevoir un semblant de réponse. Etait-ce sa lointaine ascendance russe qui avait installé Nevidimyj dans cette hébétude du sous-sol à révéler de sa structure intime quoi que ce fût ?

  Or, chez tous les Assis du 27, il y avait urgence à connaître cette vivante énigme posée devant eux, à en percer les secrets, à s'introduire dans les arcanes de la pensée de cette mutité en acte. Au fil du temps le désir s'était accru de mettre à jour cette mystérieuse archéologie.  (Il n'y a, en effet, que les choses qui nous résistent qui fouettent notre intérêt à les mieux connaître, le connu n'offrant à nos yeux blasés que la figure de la  banalité.)  Or, ici, l'on pressentait qu'il y avait de riches filons à exploiter, des pépites rares à extraire.

  Car, pour le dire vite, la personne de Youri Nevidimyj dégageait un charme indiscutable, fait à la fois d'une distinction tout aristocratique telle qu'elle apparaissait dans la bourgeoisie pétersbourgeoise, au siècle dernier, dans les romans de Dostoïevski ou de Pouchkine. En lui, il y avait à la fois une rusticité de bon aloi, une souche de moujik qu'était venu tempérer un profil noble, aristocratique. Du premier il tenait une nature farouche, volontiers accordée aux rudesses de la tâche agricole, aux rigueurs du climat; du second une inclination à la retenue, à la distinction, à la pratique des beaux-arts et à celui, tout en finesse, de la diplomatie. Cet inhabituel cocktail des tempéraments, cet héritage de manières de vivre, de sentir, de s'exprimer, si opposées, jointes à un passé dont la trace se perdait quelque part dans les convulsions  ayant suivi la Révolution russe, tout ceci avait contribué à faire de Youri un personnage complexe, lequel s'était constitué selon une manière de ligne de partage des eaux, la tension résultant de ces deux courants contraires expliquant vraisemblablement le clivage actuel, le refuge hors de toute raison apparente. Exilé de son pays depuis son plus jeune âge, orphelin sans racines, longuement confié à l'anonymat des Institutions sépulcrales recueillant les sans-familles, lieux désincarnés, privés de la moindre chaleur, de communication,  il avait flotté entre deux eaux, à la manière d'un fétu de paille pour échouer, bien plus tard, au hasard de ses pérégrinations hasardeuses, dans cet immeuble vétuste du XIII°, tout près de la Place d'Italie qu'il apercevait, du reste, du haut de sa mansarde.

 

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:38

 

Déréliction.

 

 

Nous ne sommes que des poulpes en sursis avant que ne se retourne la calotte existentielle livrée à l'effraction du monde.  

 

L'interprétation, notre dernier refuge contre la paroi opaque du néant.

 

Quand bien même vous taperiez sur le malheur jusqu'à ce qu'il rende l'âme, il en restera quelques scories. Condition humaine.

 

Les larmes n'épuisent jamais la générosité du tragique.

 

Cultive le spleen. Cerne tes yeux de noir. Baudelaire n'est jamais bien loin. Fleurs du mal.  

 

La folie n'est jamais que le cri de l'homme ouvert par la déréliction.

 

 

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