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白蓮を
切らんとぞおもふ 僧のさま
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s’apprêtant à couper
un lotus blanc
le moine hésite
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Une rapide exégèse de ce court poème permettra d'en mieux saisir l'harmonie, l'équilibre, le sens profond, en même
temps que se révéleront à nous, quantité de significations dont, au premier abord, nous ne pouvions éprouver la profondeur.
s’apprêtant : ici le temps marque une inflexion dans le même instant que se révèle
l'imminence d'un geste dont nous ne
pouvons encore appréhender la teneur.
à couper : l'idée de coupure est toujours liée à la notion de régénération, comme
une coupure temporelle à partir de laquelle peut commencer une nouvelle séquence signifiante.
un lotus : lourde de sens, la fleur de lotus apparaît à la façon du sexe, vulve
archétypale assurant la perpétuation des naissances ainsi que l'événement de la renaissance. Emblème du sage, de la pureté, il flotte à la surface des eaux - image de l'indistinction primordiale
-, il est La manifestation, la figure de l'Oeuf du monde. Doté de huit pétales se superposant aux huit directions de l'espace,
il est réverbération de l'harmonie cosmique. Le "joyau dans le lotus" du bouddhisme, quant à lui, ouvre la méditation vers "une
sorte de pierre
philosophale orientale dont le symbolisme est transmuté au niveau spirituel : il s'agit de notre sagesse innée." (Wikipédia). Enfin pour cerner encore l'importance orientale du Lotus, il convient d'évoquer une longue marche en sa direction :
"Cette marche éternelle, vieille de mille deux cents ans, traverse en silence le Japon
d’aujourd’hui. Les images de ce jeune moine en sandales de paille étonnent autant qu’elles émeuvent. Les montagnes voilées de brume confèrent (…) une atmosphère quasi sacrée, propice à
l’observation de ce parcours mystique. La silhouette étrange de cet initié à la tête de lotus avance,
imperturbable, (…) dans l’obscurité impénétrable des temples bouddhiques.
"Les mille jours ou la marche
éternelle d’Ajari" (Source : Maison de la culture du Japon - Paris).
De plus, il semblerait que le
Lotus blanc, tout particulièrement, ait eu une signification alchimique, car il est dit que la "fleur d'or" est blanche.
le moine : puis, après une manière de "longue" introduction réalisée par les huit
premiers mots (nombre identique à celui des pétales du lotus, donc comme une éclosion du sein de la fleur), surgit à notre conscience le sentiment du sacré dont le moine, en tant qu'autorité
spirituelle est le détenteur, permettant ainsi au haïku de s'ouvrir, de se déployer vers une possible transcendance, en même temps que s'annonce le recueil
propice à la prière, à la méditation longuement contemplative, car à se disposer à tutoyer l'ineffable, le corps tremble, l'esprit se condense, les percepts se subliment alors que le mouvement en
direction de … (s'agit-il de la sphère de l'Absolu ?), est comme suspendu à la gravité de ce qui s'annonce qui, jamais, ne peut recevoir par anticipation, prédicats, forme, substance. L'indicible
est de telle nature qu'il nous met au-dehors de nous, nous intimant à quelque envol dont nous sentons bien que nous serons métamorphosés. Littérature, peinture, musique créent de telles aires
dépourvues d'espace, de temps : pur rassemblement en un même lieu de ce qu'être veut dire.
hésite : le poème est alors en sustentation, prenant son envol dont "l'Adepte" ne redescendra pas, état de flottement sans fin, car, ici, le haïku semble s'abstraire de toute attache matérielle, s'extraire
de toute contingence et les points d'appui terrestres sont loin qui font leurs conciliabules étroits parmi les rumeurs du monde.
Du début à la fin du Poème, de "s'apprêtant" à "hésite", c'est une temporalité circulaire qui s'installe, opposée à la temporalité linéaire profane, temps immémorial au long cours, apanage du sacré, de l'art et de
toute pensée transcendante.
On aura compris, malgré la sobriété, l'ellipse apparente du haïku, qu'un domaine
différent a fait phénomène, un peu à la façon dont la Cité Interdite à Pékin, ouvrirait ses portes et ses secrets aux Fidèles venus afin d'être révélés. La
modestie de l'empan textuel n'empêche nullement le déploiement des significations. Bien au contraire, sa forme extrêmement ramassée, concise, la précision horlogère des mots, le cœur de cristal
vibrant de l'intérieur du langage, tout ceci converge vers une essentialité, un fondement difficilement perceptibles par quelque autre médium. Donc, notre perception s'est soudain élargie
jusqu'aux limites de l'inconnaissable.
Mais, maintenant, nous voudrions essayer de justifier notre titre : "De l'ellipse à la
période", tâchant d'établir un parallèle, de possibles convergences, entre le haïku d'une poète (l'ellipse) et un texte
bien plus étoffé extrait du "Génie du christianisme" de Chateaubriand dont on se souviendra que cet Ecrivain était considéré, en quelque sorte, comme le parangon de la phrase ample, spacieuse, aérienne, portée par un rare lyrisme poétique. (la période)
"Épiques ou élégiaques, ses textes sont de vastes
poèmes, en ce sens qu'ils mettent effectivement en pratique des procédés stylistiques propres à la poésie : les phrases y sont rythmées et cadencées
comme des périodes oratoires ou des vers mesurés […]; en outre, les jeux sonores […] et les figures de rhétorique […] y sont
présents avec la même densité que dans les textes qui relèvent du genre poétique à proprement parler. Loin d'être un simple ornement, ce langage poétique très travaillé est constitutif d'une
vision poétique et tragique du monde, hantée par le temps perdu, la mort et le désir d'Éternité."
Source : Encyclopédie Microsoft® Encarta® 2000.
Autant dire qu'avec l'Auteur des "Mémoires
d'Outre-tombe", il semble que nous soyons à des lieues de la "miniature" orientale. Et pourtant, est-on si éloignés qu'on le pense ? Plaçons donc ces deux "textes" en perspective et
tâchons d'y voir plus clair.
Source : Italian Haïku Association.
LE HAÏKU.
Splendeur de la nuit
Ciel étoilé
La cloche retentit.
Catherine B. Ho Chu
Source : Association Zen Ten Bō Rin
Source : Christian Larcheron.
LE TEXTE.
Un soir je m'étais égaré dans une grande forêt à quelque distance de la cataracte
de Niagara; bientôt je vis le jour s'éteindre autour de moi, et je goûtai dans toute sa solitude, le beau spectacle d'une nuit dans les déserts du Nouveau-Monde.
Une heure après le coucher du soleil, la
lune se montra au-dessus des arbres, à l'horizon opposé. Une brise embaumée que cette reine des
nuits amenait de l'orient avec elle, semblait la précéder dans les forêts comme sa fraîche haleine. L'astre
solitaire monta peu à peu dans le ciel : tantôt il suivait paisiblement sa course azurée ; tantôt il reposait sur des groupes de nues, qui ressemblaient
à la cime de hautes montagnes couronnées de neige. Ces nues, ployant et déployant leurs voiles, se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d'écumes, ou
formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante, si doux à l'oeil, qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité. La scène sur la terre n'était pas moins ravissante
: le jour bleuâtre et velouté de la lune, descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de
lumières jusques dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds, tour à tour se perdait dans les bois, tour à tour reparaissait toute brillante des constellations de la nuit, qu'elle répétait dans son sein. Dans une vaste prairie, de l'autre côté de cette
rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement, sur les gazons. Des bouleaux agités par les brises, et
dispersés çà et là dans la savane, formaient des îles d'ombres flottantes, sur une mer immobile de lumière. Auprès, tout était silence et repos, hors la chute de quelques feuilles, le passage
brusque d'un vent subit, les gémissements rares et interrompus de la hulotte ; mais au loin, par intervalles, on entendait les roulements solennels de la cataracte de Niagara,
qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts
solitaires.
La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau, ne sauraient s'exprimer dans
les langues humaines ; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain dans nos champs
cultivés, l'imagination cherche à s'étendre; elle rencontre de toutes parts les habitations des hommes : mais dans ces pays déserts, l'âme se
plaît à s'enfoncer dans un Océan de forêts, à errer aux bords des lacs immenses, à planer sur le gouffre des cataractes, et pour ainsi
dire à se trouver seule devant Dieu.
François-René de Chateaubriand
Génie du christianisme, 1802
Première partie, Livre V
Existence de Dieu prouvée
par les merveilles de la nature, ch.12
Deux perspectives de la nature.
Bien évidemment, l'ampleur de la prose de Chateaubriand a tôt fait de
reléguer dans quelque domaine inaperçu la "petite chose" dont, par comparaison, le haïku paraît la simple et rapide apparition. Et, portant, les deux textes,
l'elliptique et celui confié à la période disent la même chose. Sans doute dans des styles différents, avec plus ou moins
d'emphase, de lyrisme; plus ou moins de métaphores poétiques convoquées. Ici, il faut se livrer à une analyse didactique comparée de ce qui apparaît dans les deux poèmes, puisque c'est de cela
dont il s'agit : de Poésie.
La typographie bleue sera celle destinée au haïku; la typographie rouge au texte de Chateaubriand. Les différentes
analogies seront mises en relation.
Splendeur : le beau spectacle - ouate éblouissante - la
scène sur terre n'état pas moins ravissante - la grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau - les plus belles nuits -
la nuit : le beau spectacle d'une nuit - cette reine des
nuits - constellations de la nuit - dans le calme de la nuit - les plus belles nuits -
ciel étoilé (dont la Lune fait partie, par métonymie) : la lune - cette reine des nuits - l'astre solitaire - le jour bleuâtre et velouté de la lune -
constellations de la nuit - la clarté de la lune -
la cloche retentit (allusion au Sacré) : ne sauraient
s'exprimer dans des langues humaines - l'âme se plait (…) à se trouver seule devant Dieu.
On en conviendra, les occurrences croisées sont nombreuses, les confluences
de sens apparentes, les figures métaphoriques semblables. Car, à se situer face à ces textes et afin de les entendre adéquatement, il paraît opportun de se confier à une appréhension du contenu
de manière phénoménologique et, si cette approche est correctement conduite, alors apparaîtront les nervures du sens, les expériences fondatrices auxquelles ont été confrontés les Poètes, ellipse ou période, dans une identique quête de ce qui pourrait surgir comme
événement du cœur de la nuit, sous les étoiles, dans un recueillement propice à la révélation du sacré.
C'est au vif de la compréhension qu'il est nécessaire de se confier lorsque, lisant, nous cherchons à explorer
quelque arcane, à faire phénomène parmi ce qui s'esquisse sous la pellicule des apparences et fait signe vers les profondeurs. Qu'un Auteur, pour y parvenir,
privilégie la voie "courte", le propos elliptique, la modestie du dire, la retenue, la bogue inapparente, alors qu'un autre fera de l'ampleur, du lyrisme, de l'emphase, de la période oratoire, de
la déclamation son mode de faire exister la poésie, ceci est de peu d''importance. La valeur poétique d'un énoncé ne saurait être déduite du nombre et de la qualité des prédicats qui s'attachent
à créer les conditions d'une écoute et d'une réception particulière chez les lecteurs.
Il y a mille façons de dire la beauté, l'amour, la vertu. La splendeur de la nuit est bien plus affaire d'état
d'âme que de prosodie. Ceci nous le savons depuis le cercle de notre intuition et ne cessons de le comprendre comme tel, mais, parfois, convient-il de se livrer à une analyse, sans doute
déductivo-logique, mais nous sommes hommes des Lumières aussi bien qu'hommes de sentiments immédiats, passionnés, prompts à s'enflammer. Ellipse comme période y contribueront d'égale façon !