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Le langage comme littérature - Exigence : Littérature
Récemment lus : Julien Blaine Aïcha Yatabary Patrick Chamoiseau Régis Debray Rainer Höss Juliette Jourdan Philippe Sollers Dominique de Villepin Seydou Koné Jonathan Franzen
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Le langage comme littérature - Exigence : Littérature
Récemment lus : Julien Blaine Aïcha Yatabary Patrick Chamoiseau Régis Debray Rainer Höss Juliette Jourdan Philippe Sollers Dominique de Villepin Seydou Koné Jonathan Franzen
Œuvre : André Maynet.
Tout allait de soi.
Au début, au tout début, c’était pure évidence. C’était une lame de cristal qui partageait le ciel de sa droite décision, de sa volonté d’imprimer aux choses la flèche d’une vérité. Tout allait de soi. Le monde était monde à seulement prendre acte de sa courbure infinie pareille au destin des comètes, au trajet lumineux des étoiles. Rien ne différait d’une beauté immédiate. Le ciel regardait la terre qui reflétait l’eau et cela faisait une immense arche jusqu’aux limites de l’éther, cette jonchée de mariée qui parcourait l’espace de sa longue traîne, effusion que jamais ne clôturait la geôle de quelque insuffisance. Sublime musique céleste qui résonnait jusqu’au cœur de la matière. Dans le tronc d’écailles de l’arbre, au creux du vallon empli de fraîcheur, au centre du rocher qui faisait son gonflement de granit ou de basalte. Tout s’immisçait dans tout avec confiance et les choses confluaient naturellement, grain de sablier entraînant l’autre grain dans une farandole qui semblait inépuisable. C’était à peine un murmure de l’univers comme si, doué des vertus de sa jeune virginité, ses ressources étaient inépuisables, si riches en significations que rien ne servait de parler, de démontrer, de faire signe, miel qui coulait de soi avec l’insouciance des choses justes.
La pointe d’un diamant.
Regard - Regard. Là était le centre du mystère en même temps que son dévoilement. Mystère, dévoilement, étrange binôme dont un terme appelle l’autre, une image son reflet, une parole son écho. Mystère du regard qui interroge et trace sa route à la mesure de son pouvoir éclairant, de son principe de désocclusion. Le regard vise l’ombre et l’ombre s’écarte, se dilate, ouvre ses lèvres d’abord selon le rythme d’un clair-obscur, puis s’illumine de l’intérieur, se déploie comme les ailes phosphorescentes du rhinolophe sous la laitance d’une lune gibbeuse. Etrange et ensorcelante clarté qui rend les doigts diaphanes, les lèvres ourlées de subtil incarnat, le bouton de l’ombilic pareil à une braise sur le bord d’un dire, à moins qu’il ne s’agisse d’une retenue, d’une frontière entre extérieur et intérieur. Mais non. Nul partage. Jamais la lumière ne trouve de limite, les yeux d’obstacle qui les déporterait en-deçà de leur exact pouvoir d’éclairement. A l’origine il faut imaginer ceci : la sclérotique est blanche, dure comme un marbre, lissée d’une pluie de phosphènes, poncée jusqu’à l’âme. L’iris est cet éclat d’émeraude et de turquoise où joue le clavier des réflexions, où rebondissent les images de tout ce qui est présent dans sa livrée initiale. La pupille est un sombre tunnel, un mince oculus, la pointe d’un diamant qui fore loin, jusqu’au moindre détail qui clignote, ici ou là, dans le grand jeu de la représentation mondaine. Fulgurations, pulsations, déflagrations, éclatement du réel en son point de rupture. Mais ceci ne veut nullement signifier sa mise à mort. Bien au contraire extraction de sa puissance, multiplicité de sa parution sous le signe de la joie nécessaire, du luxe à faire briller, de la plénitude à atteindre à l’aune du simple, de l’infiniment inapparent, du menu en sa charge de beauté.
L’amour en regard de l’amour.
Dire le regard en tant que possibilité de mise au jour du monde, désigner les yeux tels des miroirs étincelants, c’est pointer en direction d’infinies images spéculaires qui, dans la pureté de leur première apparition, ne reflètent que cette harmonie des choses en leur innocence. Dire les yeux qui regardent les yeux c’est dire l’amour en regard de l’amour (en regard est à comprendre ici comme une nécessité autoréférentielle dont l’amour use et se dote afin que, situé au foyer de ce qui est essentiel, il mérite de recevoir le don d’une éternité), dire les yeux en leur pureté donc, c’est s’appliquer à voir avec générosité, envisager toute rencontre sous la juridiction d’une oblativité, tout échange comme pouvoir fécondant des affinités, cet indissoluble lien qui se tisse entre les Existants et les remet dans l’orbe d’une royauté humaine. Oui, dès l’instant où les yeux ne sont encore nullement atteints d’une taie qui recouvre leur pouvoir de conscience, leur devoir de lucidité, leur attente de sens, alors ils ne visent ni ce qui effraie et angoisse, ce qui divise et sépare, ce qui blesse et aliène. C’est lorsque le regard s’égare qu’il ouvre la voie aux apories, aux tristesses, aux avenues de la haine, aux dagues des revanches. Et, ici, nulle complaisance ou naïveté. Seulement le constat que l’amitié, l’affection, une juste sensibilité sont les perspectives d’une compréhension ouverte de soi d’abord, de l’autre ensuite qui est logé au centre de notre vision.
Regarder l’image en sa parole.
Sans pour autant lui attribuer valeur allégorique, comment conférer à cette image la juste place qui lui revient dans le contexte d’énonciation qui nous occupe ? C’est d’abord le regard qui doit être visé. Celui de Discrète ou bien d’Absente, tous prédicats équivalents pour elle qui se présente à la façon d’une fuite, d’un évitement, peut-être de la perte de quelque chose qui rassurait, unifiait et, maintenant diverge de soi, met dans l’inconfort existentiel, place tout au bord de l’abîme. L’essai de nomination, aussi bien, eût pu s’enquérir de Juliette en guise de référence. Qui est-elle, en effet, cette Juliette éplorée qui se tient dans l’encadrement de sa fenêtre telle l’héroïne de Shakespeare sur son balcon avec l’espoir fou que Roméo apparaisse afin que cet amour de jeunesse puisse trouver son naturel accomplissement ? On sait que le drame de la pièce pose le fil rouge des amants maudits, mortel archétype qui se situe à l’exacte jointure du désir et de son contraire, cette finitude qui rôde en filigrane de toute relation amoureuse. Désirer est seulement repousser la Mort, lui damer le pion l’espace d’une étreinte. Pour cette raison ce sentiment passionnel se double toujours de son revers meurtrier. Ceci est une réalité indépassable.
Le regard est oblique.
Mais il faut revenir au regard puisque nous sommes partis de lui. Le regard est oblique, perdu dans un illisible déchiffrage, comme exilé du personnage qui est censé l’abriter, le porter au devant de soi. Le regard est sorti de sa mission qui est celle d’archiver les images du monde. Les questionner, trouver en elles, ces multiples visions, sa propre justification qui n’est jamais que celle de l’autre qui, parfois nous aliène, souvent nous renie, toujours nous réalise tel ceux que nous sommes, des êtres en attente, en demande. Muette supplication dont l’amour est la pierre de touche, le sentiment ce qui le féconde, la prière ce qui le place sur la dalle levée du sacré. Comme un absolu à atteindre qui procède, à mesure de nos pas en sa direction, à son tragique effacement. Car tout fuit que nous pensions tenir. Car tout s’immole à son propre feu. Aussi bien la passion dont la consomption laisse les yeux vides et le cœur déserté. Visage blême comme celui d’un Pierrot sans sa Colombine. Figure lunaire lorsque le soleil est de l’autre côté de la Terre et que ne demeure que son souvenir maintenant effacé, privé de son rayonnement.
Corps meurtri. Si précieux le regard.
Epaules basses d’un destin lourd à porter ? Haut de la poitrine ceint d’une large bande blanche : renoncement à être, ligature du sens, contention qui retient le souffle, bride le cœur, ses battements, son rythme de vie ? Bras croisés en signe de protection, d’abandon, de lassitude ? Mais quel est donc le danger qui menace si ce n’est le reflux de cet insaisissable amour dont le Sujet semble délesté, perte prochaine dans des dérives hauturières dont le but n’apparaît jamais hormis celui d’un néant proche. Ne restera plus que le recours au songe, à son illusoire étreinte, l’addiction aux fantasmes de l’imaginaire, ces irreprésentables qui dépossèdent de tout jusqu’au territoire de sa propre personne. Qu’indique le vide de la fenêtre contiguë, sa figuration partielle, sinon le territoire d’une incommunicabilité ? Et cette échelle qui plonge dans le vide, qui se précipite rapidement vers l’abîme, nul ne la situerait comme celle dont les pas de Roméo feraient trembler ses barreaux sous la hâte à rejoindre son Amante. Image du soliloque interne que rien ne saurait distraire de son souffle froid, de son vide infini, de son silence où pourrait se lever le vent de la solitude, briller la flamme de la folie. Aucun regard qui tendrait sa braise vers cette ellipse d’être, cette presque disparition à soi. Comme un ascète livré au désert qui l’appelle mais le rejette comme celui dont l’offense est de vouloir rejoindre Dieu, cet inconnaissable. Et ces teintes de gris, ces corridors anticipateurs d’une ombre définitive, que veulent-ils placer en exergue qui ne serait l’esquisse d’une infinie tristesse ? Le plus terrible qui se puisse imaginer : perte de l’amour, donc disparition d’une lumière à l’horizon d’un cheminement qui semble devoir se terminer par une impasse, un lieu où ne profèrerait plus aucune parole, où ne brillerait plus le feu de la conscience. Mais rien ne servirait d’ajouter du tragique au tragique. Nous pourrions baisser le store, claquemurer la fenêtre, ôter l’échelle qui conduit Eros là où toujours il a rêvé d’être, dans le cœur épanoui de Celle qui l’attend. Ou bien alors nous fermons les yeux, en biffons toute vision, ce qui serait une identique entreprise de conduire le réel à sa nullité. Le regard est si précieux qui nous dit le chiffre secret de l’être. Si précieux le regard !
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L'éclosion littéraire - Exigence : Littérature
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Hors de soi : L'Ecriture - Exigence : Littérature
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L'attente cérémonielle - Exigence : Littérature
Récemment lus : Julien Blaine Aïcha Yatabary Patrick Chamoiseau Régis Debray Rainer Höss Juliette Jourdan Philippe Sollers Dominique de Villepin Seydou Koné Jonathan Franzen
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L'éternité d'abord - Exigence : Littérature
Récemment lus : Julien Blaine Aïcha Yatabary Patrick Chamoiseau Régis Debray Rainer Höss Juliette Jourdan Philippe Sollers Dominique de Villepin Seydou Koné Jonathan Franzen
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Notre souffle : poème du monde - Exigence : Littérature
Récemment lus : Philippe Annocque Serge Rivron Yasmina Khadra Mazarine Pingeot Asli Erdogan Grégory Huck Joseph Macé-Scaron Jean-Marie Rouart Angueliki Garidis Dominique de Villepin
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Quand le jour s'annonce - Exigence : Littérature
Récemment lus : Julien Blaine Aïcha Yatabary Patrick Chamoiseau Régis Debray Rainer Höss Juliette Jourdan Philippe Sollers Dominique de Villepin Seydou Koné Jonathan Franzen
Photographie : Ela Suzan.
« Immobile
comme autant d’instants
qui n’ont pu
n’ont su
non sus
ni chanceler
ni se départir
de nous ».
E.S.
Histoire d’une fascination.
Nous ne pouvons regarder cette image comme si elle nous était indifférente. Comme si elle n’était qu’un lointain satellite faisant ses révolutions, loin là-bas, dans la touffeur illisible du cosmos. Cette image nous fascine tant et si bien que nous ne lui échappons pas. Servitude volontaire cependant car rien, après tout, ne nous contraint à demeurer sous son emprise. Nous pourrions nous en absenter, ne plus la viser, l’oublier. Mais cet oubli n’est-il pas seulement une posture de la pensée, nullement une réalité à laquelle nous sommes rivés alors que nous tentons de reprendre une autonomie, de gagner le champ ouvert d’une liberté ? Nous éloignant d’elle, nous ne faisons que nous éloigner de nous. La présence de la photographie nous en percevons les tourbillons gravés au centre de notre corps, cette cire portant en sa mémoire tous les sceaux de la rencontre. Surtout lorsque celle-ci rayonne du prestige de la beauté, de l’étonnement, de la découverte d’une affinité avec laquelle nous avons affaire afin d’en déclore la corolle signifiante. Car le sens, c’est de NOUS dont il dépend, non d’une altérité qui surgirait dans l’aire de la conscience avec la force de l’évidence. Si tel était le cas nous ne ferions que prendre acte de sa surprise et demeurerions en-deçà de notre propre présence, ce qui constituerait le tissu de l’absurde, la faille d’une aporie. Cette image ne flotte nullement dans un éther idéal d’où elle nous enverrait ses signaux, ses étranges clignotements, ses subtiles réverbérations. Sa saisie est d’abord le fait d’une conscience intentionnelle qui la vise en son essence afin que, décryptée, elle puisse tenir son langage, à savoir s’installer dans son propre monde alors même qu’elle nous dépose dans le nôtre. Connaître (« co-naître », « naître avec ») c’est toujours naviguer de concert, établir une relation, poser un objet en regard d’un sujet qui le vise et l’accueille comme le sens qu’il véhicule. Sujet dont l’activité synthétique s’empare de tous les fragments perceptifs, sensoriels, les assemble en une seule communauté d’intérêts, à savoir leur convergence en tant que saisie par l’intelligence. Nulle autre voie pour s’emparer des choses et les porter au seuil de leur révélation.
Effacer le monde.
La position exacte de l’image est celle-ci : la mise en relation d’une vision nette et d’une vision floue. Comme si, métaphoriquement, elle invitait à une lecture essentielle sous la forme d’une vérité s’opposant à une fausseté. Etrange dialectique qui, d’emblée, nous installe dans les deux registres conjoints d’une esthétique et d’une éthique. Car délibérer de vérité à propos d’une représentation fait toujours signe en direction d’une apparence, donc d’une esthétique, alors même que se présente, en filigrane, un jugement de valeur concernant le propos dont elle est le support, qui pourrait se manifester sous la catégorie du mensonge, donc l’appel à une éthique. Cette sorte de menhir au premier plan se présente en ce qu’il est, émergence des flots tumultueux en sa parfaite visibilité. Stature orthogonale assurant son assise sur ce néant dont la masse liquide semblerait atteinte comme de sa possibilité la plus tangible. Rocher surgi du rien, de l’abîme, concrétion qui profère son élévation hauturière à la manière de l’Homo Erectus portant son regard au-dessus des herbes de la savane afin de hisser sa conscience au degré de visibilité qu’elle exige en tant que seul lieu de l’existence. Coïncidence des opposés, cette illisibilité ourlée de mystère, confrontée à cette visibilité qui dit la présence à soi, au monde, de cette pierre levée en son incontournable présence.
Un cogito compassionnel ?
Effacer le monde afin de mieux le retrouver. C’est ceci qui nous occupe en son fond dès que nous avons établi une relation avec les significations latentes. D’abord il nous faut gommer tout ce qui paraît, reconduire le visible à sa nullité originelle. Oui, car tout phénomène ne peut faire sens qu’à surgir de son propre néant, tout comme le Modèle du Peintre s’enlève du fond par lequel il se libère de son silence. C’est seulement lorsqu’il s’est détaché de son anonymat qu’il commence à proférer et devient audible. Notre première confrontation à l’image nous reconduit en notre propre assise qui n’est que le moi en ses multiples constellations. Qu’il s’agisse de ce « moi haïssable » de Blaise Pascal, du moi de l’égotisme stendhalien qui brouille les lignes entre littérature et existence, de l’égocentrisme partout répandu qui satellise le monde, de l’égoïsme pléthorique qui renvoie dans l’ombre tout ce qui n’est pas sa propre lumière. Il faut avoir la modestie (à moins qu’il ne s’agisse de son exact contraire, cette boursouflure paranoïaque de l’ego, ce cogito compassionnel qui ne vibre qu’à sa propre fréquence), donc avoir l’humilité de considérer cette manifestation première de tout individu dans son rapport aux choses.
Nécessaire mienneté.
La présence de ce qui est (aussi bien ce rocher, aussi bien cette eau), ne s’affirme qu’à se détacher de la gangue qui le retient prisonnier, à savoir notre regard qui l’aliène, le dépose au centre de notre propre subjectivité et le maintient en notre étrange pouvoir. Le monde est toujours en première instance monde-pour-nous. Ce n’est qu’à l’aune d’un saut qu’il redevient monde-pour-lui lorsque, le libérant des mors de notre propre possession, il redevient cette objectivité qu’un instant il avait perdue. Mais, ici, combien ce vocable « d’objectivité » est frappé de stupeur, poinçonné de nullité. Qu’en est-il de l’objet-image lorsque, visé par une infinité de consciences, il se démultiplie à l’infini selon une myriade d’esquisses aussi légitimes les unes que les autres ? Perte dans une irrémédiable multiplicité dont seule l’immuable fixité de l’Idée platonicienne pourrait le sauver en l’installant sous la cloche de verre d’une possible éternité. Avant d’être eau-pour-elle, rocher-pour-lui, nécessairement ces substances seront les miennes, blotties là au creux de mon corps, sous le feu de l’esprit, la vibration de l’imaginaire. Je ne les restituerai au monde qu’empreints de ces stigmates dont je les aurai affectés. Toujours ils seront pour moi cette exception d’une visée singulière, non reproductible, que nul fac-similé ne pourrait porter au jour qu’au titre de l’erreur. C’est ainsi, nous sommes des réalités monadiques où courent les vents de nos affinités, de nos affections, de nos afflictions, de nos joies. Ce rocher, cette eau en sont atteints comme d’un mince vernis qui les recouvrirait à la manière d’un voile de signification.
Quelle vérité ?
Alors, dans cette perspective, la vérité serait-elle la synthèse de tous les recouvrements opérés par les Voyants ? Ou bien y aurait-il dépassement dans une transcendance, dépôt dans un éther idéal qui en assurerait l’éternelle conformité en regard de son essence plénière ? Ici se montre le vertige de la pensée à partir du moment où elle est confrontée à ce qui la fait sortir d’elle pour la porter au-devant des choses qui la questionnent et la mettent en demeure de répondre. Comme si toute vérité ne pouvait être qu’intuitionnée, posée dans le silence, à l’orée d’une profération, réalité antéverbale, préconsciente, manière de songe éveillé arrêté sur la braise vive d’une sensation qui jamais ne pourrait s’actualiser, demeurer seulement dans la catégorie des hypothèses. Avant même que la raison raisonnante ne s’en empare et ne la dote des infinies virtualités des délibérations de l’intellect.
Goutte au firmament.
Notre posture, dans sa décision fondamentale, nous fait rester toujours au bord de l’image afin que nous ne nous y perdions pas. Commencer à sentir et s’enroule la roue polychrome du désir, et se dévide le fuseau des fils entremêlés qui tissent le réel de ses mailles serrés. Toujours nous sommes en voyage pour plus loin que nous. Etranges nomades qui ne rêvent que de sédentarité afin qu’une position fixe ait lieu sous le rayonnement de l’étoile directrice. Le voyage est long de nous à nous, de nous aux autres, de nous au monde qui nous enjoint d’être le même tout en devenant différent. Magnifique paradoxe de l’exister, sublime tension entre deux essences, deux infinis, comme si nous étions cette goutte suspendue au firmament qui, jamais, n’en finit de chuter ! Oui, nous voyageons loin, nous les hommes, nous les femmes qui avons archivé dans notre mémoire quantité de signes qui se télescopent, de dessins qui se recouvrent et s’oblitèrent à la manière des palimpsestes qui conservent les traces de ce que nous fumes, peut-être de ce que nous serons puisque, toujours, nous rajoutons une impression, traçons l’esquisse d’un possible, raturons les lettres, les biffons avec la finalité d’y faire apparaître de nouveaux projets, de nouvelles sensations, des perspectives dont, encore, nous ne percevons qu’elles en seront les retombées plurielles. Tous les signes, fussent-ils géologiques, lignes de clivages, failles tectoniques, fussent-ils typographiques, ces traits et ces points, fussent-ils psychologiques, ces rapides focalisations du sentiment, ces fulgurances de l’amitié ou de l’amour ne nous atteignent jamais qu’à nous métamorphoser en ce que nous ne sommes pas encore, que pourtant nous pressentons comme notre trace dans le sensible, une joie infinie, la pente d’une mélancolie, le surgissement d’une émotion. Pour cette raison et pour mille autres, nous sommes toujours en instance d’être, balançant entre d’impétueuses visions, placés face aux « Hasards heureux de l’escarpolette » de Fragonard, souhaitant, tout comme son commanditaire, voir l’invisible en son étrange et impalpable visibilité. Histoire d’une déchirure que celle de vivre.
Comme l’oiseau le ciel.
Aussi disons-nous, avec la Photographe, l’impossibilité de montrer ce qui toujours nous fuit, nous précède de son sourire narquois ou nous suit avec des habits chamarrés, cette succession « d’instants qui n’ont pu se départir de nous », que nous sentons, dont nous éprouvons parfois de rapides résurgences à défaut d’en saisir l’essence toujours fuyante car le temps nous traverse comme l’oiseau le ciel alors que le vol consommé, il ne reste plus qu’une pliure d’air et le songe qui l’a habité.
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Le ciel noir - Exigence : Littérature
Récemment lus : Serge Rivron Yasmina Khadra Mazarine Pingeot Asli Erdogan Grégory Huck Joseph Macé-Scaron Jean-Marie Rouart Angueliki Garidis Dominique de Villepin Rhéa Galanaki
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